‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 14 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Louis reçoit de Dieu le don d y oraison y et fréquente plus assidûment les sacremens.

A mesure que Louis se détachoit davantage du monde pour s'unir à Dieu , le Seigneur, rémunérateur magnifique de ceux qui le servent , se plut à faire connoître combien il agréoit la pieuse et dévote affection avec laquelle le servoit un enfant de douze ans seulement. Il n'avoit eu jusque-là ni leçons ni pratique de l'oraison mentale et de la contemplation. Le Seigneur voulut bien être lui-même son maître. Trouvant cette ame innocente bien disposée , il éclaira son esprit d'une lumière surnaturelle , et lui enseigna une façon de méditer et de contempler ses grandeurs , au-dessus de tout ce que peut faire l'industrie humaine.

Louis voyant que le Seigneur miséricordieux lui avoit ouvert cette porte , et lui fournissons des moyens abondans de nourrir son ame , donnoit presque tout son temps à la méditation des sacrés mystères de notre rédemption , ou à la contemplation des attributs divins. Il vaquoit à ce saint exercice avec un goût et une satisfaction intérieure si sensibles , que la douceur que son ame éprouvoit , lui faisoit répandre des torrens de larmes dont il

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baignoit ses habits , et mouilloit jusqu'au pavé de sa chambre. C'est pour cette raison qu'il aimoit la solitude et craignoit d'en sortir , de peur de perdre quelque chose des sentimens affectueux de sa dévotion , ou qu'on n'eût quelque indice de ses larmes. Ceux qui le servoient s'en étant aperçus , se plaisoient à l'épier par les fentes des portes , et s'étonnoient de le voir des heures entières prosterné devant un crucifix, les bras tantôt étendus, tantôt croisés sur la poitrine , et les yeux fixés sur le crucifix , et faisant entendre au loin ses soupirs et ses sanglots. On le voyoit ensuite comme en extase , si immobile , qu'il n'avoit pas plus de mouvement qu'une statue. Il se trouvoit alors tellement absorbé en Dieu , que son gouverneur et ses valets de chambre , qui l'ont raconté , traversoient sa chambre , et faisoient du bruit sans qu'il s'en aperçût. Ces grâces extraordinaires ayant transpiré , plusieurs personnes qui n'étoient pas à son service eurent la curiosité de le voir dans ses saints ravissemens , et en furent dans l'admiration.

Louis n'eut donc d'autre maître dans l'exercice de l'oraison que l'onction de l'Esprit Saint. Mais , quoiqu'il sût méditer , il ne savoit pas mettre de l'ordre dans ses méditations , ni en choisir les matières. Le hasard lui procura un petit livre du père Pierre Canisius , de la Compagnie de Jésus , où se trouvoient des points de méditations mis en ordre. Ce livre , nonseulement servit à le confirmer dans la résolution de faire oraison , mais lui apprit encore la méthode qu'il y devoit tenir , et le temps qu'il devoit y employer. Jusque-là , il n'avoit pas eu de temps fixé pour la faire : il la fai~

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