‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 30 sur 85 · Première Partie. Chap. XL · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. XL

sanctifiés dans cet état ; que notre siècle même nous en offroit un beau modèle dans le cardinal Charles Borromée , et dans plusieurs autres , qui élevés en dignités , avoient été plus utiles à l'église que bien des religieux. Il finissoit par lui promettre de ne rien négliger pour lui procurer ces mêmes dignités ecclésiastiques.

Levêque remplit sa commission avec zèle , et fit son possible pour réussir. Louis , dans sa réponse , pria levêque de remercier son Altesse de la bonté qu'elle lui avoit toujours témoignée , ajoutant qu'il étoit persuadé que c'étoit par un effet de cette même bonté qu'elle lui faisoit faire de semblables propositions ; mais qu'ayant déjà renoncé à tout ce que sa famille pouvoit faire en sa faveur , il croyoit ne pouvoir accepter les offres obligeantes de son Altesse; que la raison pour laquelle il faisait choix de la Compagnie de Jésus , étoit précisément parce qu'on y renonçoit à toute dignité ecclésiastique ; que Dieu dans cette vie lui suffisoit.

Un autre personnage de ses parens , après avoir dit à Louis tout ce qu'il put s'imaginer de plus capable de lui faire changer de résolution , crut mieux réussir en lui parlant mal de la Compagnie. Il l'exhorta donc, ayant résolu de quitter le monde, à ne pas faire choix d'une Compagnie qui vivoit au milieu du monde , à entrer plutôt dans quelqu'une de ces religions éloignées de tout commerce , comme sont les Capucins , les Chartreux , ou autres semblables. Peut-être ce seigneur ne parloit-il ainsi que pour avoir occasion , ou de condamner absolument la vocation de Louis , s'il eût montré quelque inconstance , ou parce qu'il lui eût été plus aisé de le détourner des autres Ordres religieux , comme peu

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proportionnés à la délicatesse de sa complexion , ou encore parce qu'il eût été plus facile de l'enlever à ces Ordres peur le faire monter aux dignités ecclésiastiques. Mais Louis , sans prendre le change , lui répondit en peu de mots , qu'il ne voyoit pas de moyen plus efficace pour s'éloigner du monde que d'entrer dans la Compagnie de Jésus ; parce que si par le monde on entendoit les richesses , dans la Compagnie on observoit la pauvreté la plus parfaite , n'ayant rien et ne pouvant rien garder en propre : que si par le monde on entendoit les honneurs et les dignités , la porte leur étoit fermée dans la Compagnie , par le vœu qu'on fait de ne les point accepter , à moins que le Pape n'en fasse un commandement absolu. Il n'en fallut pas davantage pour réduire au silence ce seigneur et bien d'autres , qui eurent connoissance de cette conversation. Louis fit comprendre par-là combien sa vocation étoit solide.

Cependant le marquis n'en demeura pas là ; il voulut que Louis eut encore d'autres combats à soutenir , et en particulier celui que lui livra l'archiprêtre de Châtilîon , qu'il estimoit beaucoup. Ce prélat le sollicita , le pressa de demeurer pour gouverner le marquisat. Mais Louis sut lui donner de si bonnes raisons de son refus , qu'il en fit son avocat auprès de son père , à qui le prélat s'efforça de persuader que la vocation de Louis étoit une vocation divine. Depuis ce temps il ne parloit de Louis que comme d'un saint. Malgré tout cela le marquis ne se rendit pas ; il pria encore un religieux de ses amis , grand prédicateur , et qui mourut évêque , de faire tous ses efforts et de ne rien négliger pour détourner Louis de sa vocation.

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