‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 31 sur 85 · Première Partie. Chap. XI · texte numérisé non relu

Première Partie. Chap. XI

Ce religieux n'eut pas la force de refuser la commission , et il la remplit de la manière la plus insinuante ; mais il ne réussit pas mieux que les autres, ^entretenant ensuite avec un cardinal , de cette commission qu'on lui avoit donnée , voici l'éloge qu'il lui fit de la constance de Louis : On m 'a fait faire , disoit-il, V office du diable auprès de ce jeune homme ; m'en étant mal et méchamment chargé , je m'en suis acquitté de mon mieux ; fai mis tout en œuvre , mais avec tout cela je n'ai pu seulement rébranler , tant il est ferme dans sa résolution. Le marquis se flattoit toujours que son fils se rendroit enfin à tant d'assauts. Pour sonder l'effet qu'ils avoient produit , un jour que la goutte le retenoit au lit , il fit venir Louis , et lui demanda quelles étoient ses pensées ? Louis lui répondit modestement , mais clairement , que ses pensées étoient de servir Dieu dans la religion qu'il savoit. A cette réponse le marquis entra en fureur , et avec des termes injurieux il chassa son fils de sa présence , lui défendant de reparoître. Louis prenant ces paroles pour un commandement , se retira au monastère des Cordeliers , qui étoit peu éloigné de Châtillon. Il se logea dans l'appartement que le marquis y avoit fait construire pour lui et pour le divertissement de ses enfans. Il y fit porter son lit et des livres : il y mena une vie encore plus solitaire et plus mortifiée , pratiquant des macérations plusieurs fois le jour, et donnant presque tout son temps à l'oraison. Personne n'osoit parler au marquis en sa faveur , crainte de l'irriter. Cependant quelques jours après , le marquis continuant de garder le lit , demanda ce qu etoit devenu Louis ? Apprenant

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alors où il s'étoit retiré , il ordonna qu'on le fît sur-le-champ revenir au palais ; et l'ayant fait entrer dans sa chambre , il le réprimanda en termes très-durs de la hardiesse qu'il avoit eue de sortir de la maison , sans doute pour l'insulter. Louis sans s'émouvoir répondit avec modestie , qu'il n'étoit sorti de la maison que pour faire un acte d'obéissance , puisqu'il lui avoit défendu de se présenter devant lui. Le marquis continua ses reproches , réitéra ses menaces , et lui ordonna de se retirer dans son appartement. Louis , baissant la tête , dit à son père : Je vous obéis.

Dès qu'il fut dans sa chambre , il en ferma la porte , et se mit à genoux devant un crucifix j là , versant un torrent de larmes , il demanda à Dieu la constance , la force et le soutien dans ses combats ; puis s 'étant dépouillé , il se mit à faire une rude mortification. Dans ce même temps le marquis n'étoit guère tranquille ; il se sentoit en même temps combattu , et par l'affection naturelle qu'il portoit à son fils , et par les remords de sa conscience. D'un côté , il n'auroit pas voulu déplaire à Dieu ; d'un autre , il ne pouvoit se résoudre à se priver d'un fils , si parfait et si chéri. Se sentant attendri , il fit appeler le gouverneur de Louis , et lui commanda d'aller voir ce qu'il faisoit dans son appartement. Le gouverneur trouva un valet de chambre , qui lui dit que Louis s etoit renfermé et ne vouloit voir personne : le gouverneur ayant répondu que c'étoit par ordre du marquis qu'il venoit s'informer de ce que faisoit Louis , il s'approcha de la porte , où ayant fait une petite ouverture , il aperçut Louis dépouillé , à genoux devant un crucifix , pieu-

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