‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 4 sur 85 · Première Partie. Chàp. t · texte numérisé non relu

Première Partie. Chàp. t

Seigneur s'est montré facile à exaucer de pareils désirs : c'est ainsi que sainte Anne , mère du prophète Samuel , se croyant stérile , demanda au Seigneur , en présence de l'arche , un fils pour le consacrer a son service ; et elle l'obtint. La même chose arriva pour saint Nicolas de Tolentin , qui fut pareillement accordé aux prières d'une mère stérile. Ces exemples ne sont pas les seuls qu'on pourroit citer : ainsi , le Seigneur en inspirant à la marquise de demander la première grâce , put bien lui accorder la seconde , et choisir pour lui le premier fruit de sa fécondité.

Il est évident que Dieu voulut posséder Louis , même avant qu'il fût né , puisqu'on ne peut s'empêcher de reconnoître que , par une disposition divine , Louis fut baptisé avant d'être tout-à-fait né ; et que la reine du Ciel , dont il fut l'enfant chéri et le très-dévot serviteur , s'intéressa particulièrement à sa naissance. La marquise , aux approches de ses couches , se trouva saisie de douleurs si vives , qu'elle fut réduite en peu de temps à l'extrémité. Le marquis ayant fait venir les médecins, leur recommanda , que, dans le cas où ils ne pourroient pas sauver l'enfant , ils songeassent à son ame et à la vie de la marquise : mais , après avoir inutilement épuisé toutes les ressources de l'art , ils déclarèrent que la mère et l'enfant périroient. La marquise , instruite de cette décision , et n'attendant plus rien des secours de la terre , se détermina à recourir à ceux du ciel , et surtout à la protection de la sainte Vierge , cette mère de miséricorde. Ayant donc fait entrer le marquis dans sa chambre , elle fit vœu , avec sa permission ,

As

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que si elle en échappoit , elle feroit le voyage de Notre-Dame de Lorette , et y porteroit l'enfant , s'il survivoit.

Gomme les médecins continuoient à dire qu'il étoit impossible que l'enfant vécût , et que le marquis recommandoit qu'on pensât à son ame , on le baptisa avant qu'il fût tout-àfait né ; et contre toute espérance , quelques momens après , la mère fut entièrement délivrée. Ainsi , la sainte Vierge sauva la vie de la mère et de l'enfant , qui ne parut au monde qu'en grâce avec Dieu , ce qu'on doit attribuer à une faveur singulière du Seigneur , qui voulut posséder Louis dès le sein même de sa mère ; faveur qui lui fut commune avec la bienheureuse Mathilde , à qui le Seigneur voulut bien révéler que , par un danger semblable , son baptême avoit été avancé afin que son ame fût immédiatement comme un temple dédié à Dieu , où , dès le premier instant de sa naissance , il devoit habiter.

Cet enfant de prières naquit à Châtillon , lieu principal du marquisat de son père , dans le diocèse de Brescia , sous le pontificat de Pie V , un vendredi 9 de mars i568. Dès qu'il fut né , la marquise fit sur lui le signe de la croix et lui donna sa bénédiction. Il demeura si immobile pendant une heure entière , qu'on avoit peine à distinguer s'il étoit mort ou vivant. Ensuite , comme s'éveillant d'un profond sommeil , il fit entendre quelques gémissemens : puis il resta tranquille , ne pleurant plus ? comme les enfans ont coutume de faire : ce qui pouvoit passer pour des indices de la douceur naturelle de ses mœurs.

La solennité des cérémonies du baptême

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