CHAPITRE IL
Education de Louis jusqu'à sept ans.
JLja marquise savoit qu'une femme véritablement chrétienne fait de l'éducation de ses enfans le premier de ses devoirs. Elle fit pour ainsi dire sucer à son fils la piété avec le lait. A peine commença-t-il à articuler quelques mots , qu'elle lui apprit à former le signe de la croix 3 à prononcer les saints noms de Jésus et de Marie , à réciter le Pater et Y Ave Maria. Le saint enfant profita si bien de ces premières leçons , que le goût de la piété se montra chez lui long-temps avant l'âge où se développe ordinairement la raison chez les autres enfans. Dès qu'il fut en état de marcher seul , on remarqua qu'il cherchoit souvent à se cacher ; et à quoi le trouvoit-on occupé dans la retraite ?
6 Vie de S. Louis de Gokzague.
à prier. Dès lors il se distingua par une tendre compassion pour les pauvres ; il n'en apercevoit aucun , qu'il ne voulût lui faire une aumône. Les inclinations naissantes ne permettoient pas de douter qu'il ne fût un jour un grand saint. Quelques personnes ont déposé, avec serment , que lorsqu'elles le portoient entre leurs bras , elles se sentoient touchées dune dévotion particulière.
La pieuse mère voyoit avec une joie sensible son fils croître en âge et en piété : mais le père , qui étoit guerrier , avoit bien d'autres vues. A peine Louis avoit-il quatre ans , qu'il lui fit faire de petites armes proportionnées à sa taille et à ses forces. Etant même obligé d'aller passer quelques mois à Casai où il devoit rassembler un corps de troupes pour le service du roi catholique , quipréparoit une expédition contre Tunis , il y mena Louis , le tirant dès lors d'entre les mains des femmes pour lui donner un gouverneur. Toutes les fois qu'on faisoit la revue des troupes , il vouloit que son fils y parût avec la pipe et la cuirassée
Louis fut quelques mois à Casai. Comme à cet âge enfantin on aime à faire tout ce qu'on voit faire aux autres , étant continuellement avec les soldats , il prit aisément l'esprit militaire : il parut même qu'il étoit naturellement porté à la gloire des armes, à laquelle son père l'appeloit par ses exemples et l'excitoit par ses discours. Il lui arriva plus d'une fois , dans le maniement des armes , de courir les plus grands dangers ; mais la divine providence l'en garantit presque miraculeusement , le réservant à un meilleur état de vie. Un jour entre autres, déchargeant un fusil , il mit le feu à la poudre