Première Partie. Chap. II
qu'il portoit , et se brûla tout le visage. Une autrefois , le jeune Louis , profitant du temps où les soldats reposoient , prit de la poudre dans leurs gibernes , en chargea lui seul une petite pièce de campagne , et y mit le feu : peu s'en fallut que dans le recul de la pièce , l'affût ne lui passât sur le corps. Le marquis , éveillé au bruit , et craignant quelque soulèvement parmi ses troupes , envoya aux informations. Apprenant ce dont il s'agissoit , il résolut de punir la témérité de son fils ; mais les soldats qui prenoient plaisir à voir cette ardeur guerrière dans un enfant , prièrent pour lui avec tant d'instance, qu'ils obtinrent sa grâce. Louis dans la suite racontoit volontiers ce fait , pour donner à entendre les soins particuliers que la Providence avoit eus de sa conservation. Il lui restoit encore alors quelque peine d'avoir pris cette poudre aux soldats ; mais il se consoloit dans la pensée que s'il la leur avoit demandée , ils la lui auroient donnée volontiers.
Le marquis étant sur le point de partir pour Tunis avec -ses troupes , renvoya Louis à Châtillon. Là , on reconnut qu'il avoit appris parmi les soldats à dire des paroles trop libres : son gouverneur l'en reprit ; et Louis fut si docile à ses remontrances , que jamais depuis il ne lui arriva de prononcer aucune parole qui ne fût honnête et décente.
Ce fut là la plus grande faute de toute sa vie, Quoiqu'il eût prononcé ces paroles libres , sans en comprendre le sens , il en eut dans là suite tant de confusion , qu'il lui fallut se faire une violence extrême quand il fut question de s'en confesser. Il avoit coutume , étant religieux , d'en faire confidence à ses meilleurs amis , pour
8 Vie de S. Louis de Gox\zague.
leur faire comprendre combien il avoit été méchant dans sa jeunesse. On peut croire que Dieu , par une providence singulière , permit en lui cette légère tache ; afin que , parmi tant de vertus et de dons surnaturels dont la divine bonté avoit enrichi son ame , il eût quelque motif de s'humilier , en se reconnoissant coupable d'une faute que la foiblesse de l'âge et le défaut de connoissance excusoient. Peutêtre aussi que , comme saint Grégoire l'écrit de saint Benoît , Dieu voulut par-là faire retirer à Louis le pied qu'il avoit déjà mis dans le monde.
Parvenu à l'âge de sept ans , il se donna totalement à Dieu , et ne vécut plus que pour le service de sa divine majesté : c'est ce qu'il appeloit l'époque de sa conversion. Aussi , quand il rendoit compte de son intérieur aux Pères spirituels qui le dirigeoient, il comptait, parmi les bienfaits les plus signalés , celui d'avoir commencé à connoître et aimer Dieu dans un âge si tendre.
Dès lors il "eut ses heures de prières réglées , dont faisoient partie l'office de la sainte Vierge et les sept psaurqes de la pénitence : il récitoit toutes ces prières à genoux, sans vouloir accepter ni coussin , ni aucun autre semblable soulagement. Ce fut dans ce temps-là qu'il fut attaqué d'une fièvre quarte qui lui dura 18 mois, et l'affoiblit beaucoup. Il supporta cette maladie avec une patience singulière , sans jamais omettre aucune de ses prières accoutumées. Quand il se trouvoit plus mal qu'à l'ordinaire , il se faisoit aider dans ses dévotions par une des personnes attachées au service de sa mère.
Tels furent les premiers fondemens de Fé-