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grâce n'avoit été jusqu'alors accordée que de vive voix. Le ciel voulut bien confirmer ce décret , en rendant tout-à-coup miraculeusement la santé au docteur Flaminien Bacci , substitut de la secrétairerie des Rits. Ce prélat , pour obtenir sa guérison , avoit eu recours à la protection du bienheureux Louis , afin de pouvoir s'employer à sa gloire , comme il le fit en effet dans la cause de sa canonisation.
La Vie du bienheureux Louis , composée en italien par le père Gépari , ayant donc été approuvée , et le Saint Père ayant permis de l'imprimer , cette Vie fut traduite en différentes langues , et se répandit en peu de temps dans toute la chrétienté. Il est incroyable combien elle a contribué a étendre partout le culte du bienheureux Louis, en faisant connoître sa sainteté et ses miracles : cette lecture excitoit tous ceux qui avoient quelque besoin , à recourir avec confiance à la puissante intercession d'un si grand Saint. Son parent François de Gonzague , évêque de Mantoue , fit ériger dans sa cathédrale une magnifique chapelle en l'honneur du Bienheureux. Cette chapelle fut bénie avec une grande solennité le 20 décembre de la même année. Le duc de Mantoue fit dresser un pareil monument dans son église ducale , en action de grâces de la santé qu'il avoit re« couvrée à Florence par l'intercession de son bienheureux cousin , lors du voyage qu'il avoit fait à Rome.
Peu d'années après , la ville de Mantoue choisit le bienheureux Louis pour son protecteur particulier. Toutes les terres soumises à la maison de Gonzague suivirent cet exemple. Toutes ces consécrations se firent avec tant de
Troisième Partie. Chap. X. 29a pompe et des particularités si marquées , que les Bollandistes ont cru devoir en consigner les relations intéressantes dans leur immortel ouvrage. Beaucoup d'autres pays se dévouèrent pareillement à notre Bienheureux 5 on lui édifia des chapelles , et Ton établit sous sa protection des confréries et des congrégations , parmi lesquelles on distinguera toujours le collège des Vierges fondé par trois nièces du Saint.
Le 21 de juin de l'an 1608 , jour de la fête de leur saint oncle , ces trois nièces , filles du marquis Rodolphe Gonzague , se retirèrent du monde avec dix autres demoiselles , pour mener ensemble une vie très-exemplaire sous la direction du père Cepari. La même année, le pape Paul V assigna à ce nouveau collège des Vierges saint Louis de Gonzague pour patron. Elles furent de très-ferventes imitatrices des vertus de leur saint oncle , comme le prouve ce qu'en rapportent les Bollandistes , au quatrième tome de juin , Vie de saint Louis de Gonzague. Elles y sont toutes trois qualifiées du titre de Vénérables.
Pendant ce temps , on travailloit à l'expédition de la cause , suivant le bref que Sa Sainteté Paul V avoit envoyé à la Congrégation des Rits. Enfin , après cinq années de discussion et d'examen , le 10 novembre 1612 , le cardinal Capponi fit un long rapport qu'il conclut en ces termes : « Je crois trouver dans cette » cause toutes les conditions requises pour la » canonisation du bienheureux Louis de Gon- » zague , à qui Dieu a accordé des dons si rares , » si extraordinaires , que je n'en ai jamais lu » dans ma vie, ni entendu de pareils : et pour " cela , je juge qu'on doit présentement accor-
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» der l'office et la messe au jour de son anni- » versaire. » Ce sentiment du cardinal Capponi fut suivi avec une merveilleuse unanimité par toute la Congrégation. Le saint cardinal Bellarmin qui en étoit , et qui avoit été le confesseur du bienheureux Louis , ajouta tant de belles choses sur ses vertus et sa sainteté , qu'il n'y eut pas un seul des cardinaux qui ne fût attendri. Le décret fut donc souscrit non-seulement avec de l'encre , mais encore avec des larmes.
Quoique toute la Congrégation eût décerné d'un commun avis qu'on pouvoit accorder la messe et l'office du bienheureux Louis pour toute la Compagnie , si Sa Sainteté l'agréoit ; le Pape qui dans ces matières usoit de beaucoup de circonspection , voulut encore > avant de rien décider , examiner lui-même la cause : ensuite il ordonna qu'on la mît au tribunal de la Rote , comme il étoit alors d'usage. Après un examen de cinq autres années , ce tribunal décida que la cause étoit au point que Sa Sainteté pouvoit, quand elle le voudroit, mettre au catalogue des Saints le bienheureux Louis de Gonzague , pour la gloire de Dieu toutpuissant et l'exaltation de notre mère la sainte Eglise. Alors le Pape , après avoir demandé de nouveau l'avis de la Congrégation des Rits , accorda qu'on pût célébrer la messe et dire l'office du bienheureux Louis dans les états de la maison de Gonzague , et dans quelques autres maisons et collèges de la Compagnie. Cette concession , datée de l'an 1621 , fut étendue par le pape Grégoire XV à toutes les églises des Jésuites.
Différens événemens occasionés par la mort
Troisième Partie. Chap. X. 297 des souverains pontifes , et d'autres circonstances firent ensuite suspendre cette cause , et retardèrent la canonisation pendant plus d'un siècle. Mais ce retard ne porta aucun préjudice à la gloire du Bienheureux ; et son culte s'étendit prodigieusement pendant ce long intervalle.
Après la concession de l'office et de la messe, on érigea en l'honneur du Bienheureux deux chapelles au collège romain ; une dans la. chambre où il étoit mort ; l'autre dans 1 église du même collège. Ce fut le cardinal Bellarmin , qui , pour satisfaire sa dévotion , fit tous les frais de la première. Jusqu'à l'époque de l'érection de cette première chapelle , sept ans s'étoient écoulés depuis la mort du bienheureux Louis. Pendant ce temps , cette chambre avoit paru plusieurs fois illuminée; on y avok même souvent entendu des chants mélodieux accompagnés de symphonie. On comprend que ces merveilles firent une sensation extraordinaire dans toute la maison. Les Bollandistes en font mention dans leur volume du mois de juin , cité plus haut. Cette chambre , sanctifiée par la mort précieuse de Louis et convertie en chapelle , n'existe plus : elle fut détruite lorsque le cardinal Ludovisi fit bâtir avec une magnificence royale la superbe église dédiée à saint Ignace. On a cependant eu soin de conserver le souvenir d'un lieu si mémorable. L'emplacement de cette précieuse chambre se trouvant compris dans le local de la chapelle dédiée à saint Joseph , on a placé dans un des arcs de cette chapelle une peinture qui représente Louis mourant , et au dessous on lit ces mots : Ici fm autrefois la chambre du bienheureux
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Louis et son sépulcre. Voici à quel sujet les reliques de Louis furent placées dans ce lieu.
Le cardinal Louis Ludovisi voulant faire bâtir en l'honneur de saint Ignace , une magnifique église , en posa la première pierre le 2 du mois d'août 1626. Quoique l'ouvrage eût été ensuite retardé , par ia mort inopinée de cette Eminence , cependant aussitôt que le vaisseau fut achevé et le dedans fini , avant d'élever la coupole , on ferma la nef du milieu par une muraille élevée jusqu'à la voûte , et l'on appuya le maître-autel de l'église contre cette muraille. Dans la seconde chapelle de la partie gauche , où est maintenant l'autel de saint Joseph , on érigea en l'honneur de saint Louis , un autel de pierres précieuses artistement travaillées; et le 5 du mois d'août de l'année 1649, on y transporta le corps du Bienheureux. Il resta dans ce lieu pendant une cinquantaine d'années , exposé à la vénération du peuple , et surtout des jeunes écoliers , qu'on voyoit matin et soir assidus à lui témoigner la tendre dévotion qu'ils avoient conçue pour un Saint qui avoit été comme eux écolier du collège romain. On vit même cette dévotion des jeunes étudians aller toujours en augmentant. En 1684 on pensa à finir cette église et à fermer le dôme. Quand ce travail fut fini , on détruisit la muraille qui fermoit la nef du milieu. 5 alors ce vaste temple fut libre et ouvert. Dans le bascôté de la traverse à gauche , on désigna l'emplacement qu'on destinoit à recevoir un magnifique autel en l'honneur du bienheureux Louis, tel qu'on l'admire encore aujourd'hui. Ce fut le 20 décembre 1699 qu'on transporta à cet autel ses précieuses reliques. Ainsi la première
Troisième Partie. Chap. X. 299 fête du Saint qu'on célébra à ce nouvel autel , y fut célébrée l'année sainte 1700.
La cause de la canonisation du bienheureux Louis fut suspendue , comme nous avons déjà dit , pendant plus d'un siècle ; mais il semble que le Seigneur avoit permis ce délai , pour la plus grande gloire de notre Saint et pour augmenter le mérite de ses dévots ; car pendant ce long espace de temps , on compta près de 80 suppliques des empereurs , des rois , des princes, des communautés tant ecclésiastiques que séculières , présentées au Saint Siège pour demander la canonisation du Bienheureux.
Comme toutes ces sollicitations ne venoient que de la grande réputation de sainteté de Louis, de ses miracles multipliés et de la dévotion de toute la chrétienté , elles furent aussi l'occasion d'un nouveau lustre pour ce glorieux Saint. En effet , le pape Clément X décerna à notre saint jeune homme un honneur extraordinaire , en approuvant qu'il fût placé dans le Martyrologe romain , avec l'éloge qu'en avoit fait la Congrégation des Rits , le 3o janvier 1671, lorsqu'elle le déclara illustre par l'innocence de sa vie et par le mépris qu'il avoit fait d'une principauté. De ce moment , si sa fête n'étoit pas solennisée partout , du moins étoit-elle partout annoncée dans les divins offices ; et partout on imploroit sa protection , en même temps qu'on implore celle des autres Saints. C'est ce qui fit dire avec raison au pape Clément XI , dans sa bulle de canonisation , que le Saint Siège apostolique , en prononçant sur ce saint , travailloit moins à le canoniser qu'à déclarer que , du consentement universel de l'Eglise catholique , ei eu
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vertu de la voix publique , il étoit déjà canonisé ; de sorte , dit le Pape , que le Siège Apostolique par oit m oi72 s occupé de le canoniser , que de déclarer qu'il a été canonisé par toute V Eglise. Effectivement , avant qu'il fût canonisé , avant même que la cause eût été reprise , la vénération et la dévotion des peuples pour ce Saint étoit si répandue , que son culte surpassoit déjà , comme l'assuroit Clément XI , celui de plusieurs Saints canonisés,
C'est sous ce même Pontife que le père Michel Tamburini , Général de la Compagnie , reçut Tordre de postuler la reprise de la cause. La demande en fut faite en 17 19. Le Pape témoigna aussi qu'il seroit bien aise qu'on renouvelât les instances pour la canonisation. La mort empêcha Clément XI de satisfaire ses désirs. Il laissa donc à son successeur Innocent XIII , d'ordonner que la cause fût reprise dans l'état où elle se trouvoit.
Biais la gloire de la terminer étoit réservée au pape Benoît XIII. Etant archevêque de Ravenne , il avoit déjà donné des preuves éclatantes de son zèle pour la gloire du bienheureux Louis. Depuis longtemps , il l'avoit choisi pour un de ses patrons particuliers ; et dans un de ses Synodes , il avoit exhorté son Clergé à se mettre aussi sous sa protection. Nous souhaitons ? dit-il , que vous choisissiez le Bienheureux Louis pour votre principal patron ; afin que vous puissiez , par son intercession , devenir aussi Jidelles dans l'observation des lois ecclésiastiques , qu'il Va été dans la pratique de sa règle. Il avoit aussi consacré à Dieu deux autels magnifiques en son honneur , l'un dans l'église des Jésuites , l'autre dans celle des Carmes de Bénévent. Afin même de satisfaire en-
Troisième Partie. Chap. X. 3oiJ core plus sa dévotion , et d'augmenter celle de son peuple envers le bienheureux , il obtint du saint Siège qu'il fût permis d'en dire la messe et d'en faire l'office dans tout son diocèse de Bénévent , où l'on en célèbre maintenant la fête avec beaucoup de solennité.
Dès que ce grand Pontife se vit élevé à la première dignité de l'Eglise , un de ses premiers soins fut de se faire rendre compte de l'état où en étoit l'affaire de la canonisation du bienheureux Louis , et d'ordonner qu'on travaillât promptement à la conclure. Cependant il voulut que tous les collèges de la Compagnie de Jésus le prissent pour protecteur. Enfin , la cause ayant été mise en état d'être décidée , Benoît XIII , après beaucoup de prières et de jeûnes , porta son décret , et donna la Bulle de canonisation en ces termes :