‹ Vie de Saint Louis de Gonzague de la compagnie de JésusChapitre 79 sur 85 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Commencement et progrès de la dévotion à saint Louis de Gonzague. Décret de sa Canonisation.

JLjA.dévotion des ridelles envers saint Louis de Gonzague se distingue surtout par deux qualités remarquables ; la première est l'universalité de cette dévotion , la seconde est sa ferveur. On peut assurer qu'il n'y a presque point de lieu où cette dévotion ne soit aujourd'hui connue et pratiquée avec des démonstrations singulières de piété envers le Saint ; et l'on remarque que ce culte est toujours accompagné d'une ferveur particulière , qui produit des fruits admirables d'innocence et de sainteté. Ces deux caractères sont si singuliers , qu'ils méritent bien qu'on rapporte ici les cornmencemens et les progrès de cette dévotion jusqu'à ce jour.

Elle commença dès le moment de la mort du saint jeune homme. A peine fut-il dans la bière , que l'idée de sa sainteté saisit tout le monde, et excita universellement une certaine émotion qui portoit à devenir meilleur ; de sorte qu'il fut très-facile de conjecturer de là

Troisième Partie. Chàp. X. 289 que cette dévotion s'étendroit partout. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit dans le chapitre 3 1 de la seconde partie de cette histoire , touchant la multitude de personnes qui se trouvèrent à ses funérailles , l'empressement que chacun témoignoit d'avoir quelqu'une de ses reliques , les éloges qu'on en faisoit , et les honneurs qu'on rendit à son tombeau.

Les premiers qui rendirent à notre Saint un culte public, avant que Paul V l'eût déclaré Bienheureux , furent les Pères de l'ordre de Saint-Dominique. Il faut observer qu'alors il n'y avoit point encore de décret qui défendît de rendre aucun culte aux personnes mortes en odeur de sainteté. L'approbation des évêques suffisoit pour autoriser ces cultes précoces : c'est ce qui arriva par rapport à saint Louis de Gonzague , qu'on qualifient de Bienheureux dans toute la Lombardie. Le père Silvestre Ugoloti , dominicain , vicaire général du Saint-Office, se trouvoit à Brescia l'an 1604. Il avoit connu Louis dans son enfance , et il étoit instruit des merveilles multipliées qu'il avoit plu au Seigneur d'opérer par son intercession. Il résolut donc , avec la permission de l'évêque , et de concert avec la nombreuse jeunesse de la ville, de célébrer cette année 1604 la fête du bienheureux Louis. Rien ne manqua de ce qui pouvoit la rendre magnifique ; riche tenture , musique choisie , concours nombreux. Un père dominicain prononça le panégyrique du Saint ; l'après-dîner des savans distingués lurent plusieurs pièces de leur composition à la louange de notre Saint , qui fut choisi ce même jour pour protecteur de la ville.

Ce même père Ugoloti fit célébrer une pa-

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reille fête le 28 juillet suivant , à Ghâtilion , patrie du Bienheureux et la sienne. Avec la permission de l'évêque , il fit exposer à la vénération publique , dans l'église collégiale , le tableau du bienheureux Louis, environné d'une grande quantité de lumières. L'église étoit d'ailleurs richement parée. Le père Inquisiteur prononçant le panégyrique du Saint , tira les larmes des yeux de ses auditeurs. Ils avoient été les vassaux de notre Saint ; et dans ce jour il se montrèrent ses dévots les plus fervens. Ce qui rendit ce spectacle plus touchant fut la présence de la marquise , mère du bienheureux Louis. Que de larmes de tendresse et de dévotion ne versa-t-elle pas à cette cérémonie, surtout quand le prédicateur finissant son discours , et lui adressant la parole , lui dit : O mère bienheureuse ! qui voyez couronne de gloire sur ces autels , celui-là même que vous aviez coutume pendant sa vie d'appeler votre

Ange La fête dura deux jours ; et pendant

ce temps on vit toujours un grand nombre de personnes prier devant son image, y passer des temps considérables , et ne s'en éloigner qu'avec peine. Quand cette cérémonie fut achevée, on laissa toujours le tableau exposé , sans que le concours des personnes qui venoient implorer la protection de notre Saint diminuât. On comprend aisément qu'une des plus assidues fut la marquise , sa mère. Elle eut la consolation de voir cette même année douze lampes brûler devant l'image de son saint fils , et environ quatre cents vœux ; preuves évidentes d'un pareil nombre de grâces obtenues par son crédit. Le 5 du mois d'août de la même année 1604 , le prince François de Gonzague , frère de Louis ,

Troisième Partie. Chap. X. 291 et ambassadeur de l'empereur Rodolphe II , étant à l'audience du pape Clément VIII , Sa Sainteté lui demanda à quel degré il étoit parent de Louis de Gonzague , mort peu d'années avant au collège romain , dans une réputation de grande sainteté ? L'ambassadeur lui répondit que c'étoit son frère , et accompagna sa réponse de quelques larmes : le Pape , attendri de son côté , ajouta : Qu'il est heureux ! il jouit de la gloire éternelle ! Que vous êtes heureux } vous-même 9 d'avoir un tel protecteur dans le ciel ! Ensuite il lui demanda si l'on avoit imprimé sa vie ! Apprenant que non , il l'exhorta à en accélérer l'impression pour l'avantage de tout le monde chrétien ; il permit aussi qu'on transportât son saint corps dans un lieu plus décent ; ce qui fut exécuté l'année suivante, où l'on transféra les reliques du Bienheureux avec beaucoup de solennité dans la chapelle de la sainte Vierge : c'étoit le i3 mai i6o5. m

Le 21 du même mois , le cardinal François Diechmsteint , condisciple de Louis , et qui s'étoit trouvé à ses obsèques , étant à l'audience du pape Paul V , exposa au Saint Père combien il seroit mortifié de retourner en Allemagne , sans avoir obtenu que son saint ami eût le titre de Bienheureux , et que son culte fût approuvé : le Pape qui avoit déjà des idées bien avantageuses sur la sainteté de ce jeune Ange , voulut bien seconder les pieux désirs du cardinal , et lui accorda ce qu'il demandoit. Cette Eminence se rendit sur-le-champ à l'église du collège Romain , où l'ambassadeur de l'Empereur , François de Gonzague , l'attendoit. Ce fut alors qu'on exposa sur le haut de

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son tombeau un tableau , où le Saint est représenté avec une auréole de gloire , et cette inscription : Bienheureux Louis de Gonzague , delà. Compagnie de Jésus. Ce tableau fut^en même temps entouré de plusieurs vœux , qu on avoit jusque-là tenus cachés. Le pieux cardinal voulut ensuite célébrer une messe du Saint- Esprit, en action de grâces de ce premier culte rendu au Bienheureux avec l'autorité apostolique 11 dit cette messe dans la même chapelle où le Bienheureux avoit été inhumé , et ou 1 on avoit placé son tombeau. Tous les Pères du collège romain assistèrent à cette messe , triomphant de joie pour un événement aussi peu attendu qu'il étoit désiré.

' Le bruit se répandit bientôt que le souverain Pontife avoit donné au saint jeune homme le titre de Bienheureux , et permis de lui rendre un culte. En conséquence , le a. du mois de juin suivant , on en solennisa la fête avec grande pompe à Padoue , à Parme , a Modene f Crémone , à Florence , à Brescia , etc. dans les termes de la maison de Gonxague , particulièrement à Châtillon. Dans cette ville , on STu veille ; et le jour de la fête on i comp g Uviron mille communions , parmi lesquelles on rem^qua celle de sept pécheurs obstines rt puÏÏics1, dont le cœur fut miraculeusement lanSpar l'intercession du bienheureux Louis, d mamïe qu'après. s'être confessés avec ton* les marques d'une sincère contri ion , . s joui len^l'un bonheur dont ils avoient ete prives | pendant bien des années.

P Mais la fête la plus magnifia uj e e la nUis mémorable, fut assurément ceUe qui e fit J Borne , pendant huit jours , dans legl.se au

Troisième Partie. Ghap. X. 293 collège Romain ; l'usage n'étant point alors établi de faire cette cérémonie dans l'église de Saint-Pierre au Vatican. Le prince François de Gonzague fit tous les frais de cette superbe fête : elle fut honorée de la présence des cardinaux , des prélats , des princes , des ambassadeurs , et d'un concours infini de peuple. Le prince François présenta de riches et magnifiques dons à l'autel de la Sainte Vierge , où le tableau de son bienheureux frère étoit exposé. L'abondante distribution qu'on y fit à'Agnus Dei , d'images et de médailles frappées avec l'empreinte du Bienheureux , et enrichie d'indulgences , fut prodigieuse , et augmenta encore la célébrité de la cérémonie.

Le prince François n'en resta pas là ; aidé du cardinal Bellarmin , il mit tous ses soins à étendre le culte de son bienheureux frère. Il fit de nouvelles instances auprès du pape Paul V , pour l'expédition de la cause. En conséquence > le Pontife la remit à la Congrégation des Rits , et députa pour rapporteurs de cette cause les cardinaux Bellarmin , Benerio , dominicain , et Pamphile son vicaire. Cette Congrégation fut chargée de revoir les procédures faites par les Ordinaires , et la Vie du Saint , composée par le père Cépari. Le rapport des cardinaux , fait le a3 septembre i6o5 , porte que le jeune homme angélique Louis de Gonzague , vu sa grande sainteté et trente-un miracles de guérisons instantanées , étoit non-seulement digne de la béatification , mais encore de la canonisation. Le Saint Père approuvant ce rapport, en fit expédier le bref le 19 octobre suivant. Ce bref , en qualifiant Louis de bienheureux , permet aussi d'imprimer sa Vie. Cette double

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