‹ Vie de Saint Stanislas Kostka, de la compagnie de JésusChapitre 3 sur 3 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

I. JLJA vie de Paul Kostka a trop de liaison avec celle du bienheureux Stanislas , pour ne pas lui donner quelque place dans cette Histoire. 11 est même de la justice qu'ayant fait voir à mes lecteurs dans la première partie de cet ouvrage les déréglemens de ce jeune seigneur y je leur en apprenne la pénitence en celle-ci : afin que s'ils l'ont considéré jusqu'à présent comme le persécuteur de son saint frère, ils l'honorent désormais comme l'imitateur de ses vertus , et qu'ils bénissent éternellement les miséricordes de celui qui change, quand il lui plaît , les pierres en des enfans d'Abraham. J'ai cru que je ne pouvois mieux placer le récit de cette vie , qu'au commencement de ce livre , où j'ai dessein de raconter les miracles du bienheureux Stanislas , et les grâces extraordinaires que plusieurs personnes ont obtenues de Dieu par son moyen : n'estimant pas qu'il lui soit moins glorieux d'avoir contribué à la conversion d'un pécheur , que d'avoir guéri des aveugles et ressuscité o'es morts,

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Quelques années après la mort clu bienheureux Stanislas , lorsque la réputation de sa sainteté commencoit à s'étendre dans la Pologne, Paul étant devenu plus mûr et plus capable de profiter des bons exemples que son frère lui avoit autrefois donnés , se sentit également touché du repentir de l'avoir persécuté , et du désir d'imiter sa vertu. Dieu qui le disposoit de loin à la perfection , ne permit pas qu'il s'engageât dans le mariage. On lui offrit en divers temps de grands partis , et il en rechercha même quelques-uns avec assez d'empressement ; mais il trouva toujours dans ses poursuites des obstacles imprévus , qui l'empêchèrent de rien conclure : si bien que se trouvant en cet état , lorsqu'il plut à Dieu de lui inspirer le désir d'une vie plus réglée , il prit la résolution de ne se point marier , de peur que les soins qui accompagnent le mariage ne partageassent son cœur, qu'il vouloit donner tout entier à Dieu. Comme la retraite de Paul fit beaucoup d'éclat dans le monde , elle lui attira de grandes persécutions. Ses parens et ses amis ne cessoient de lui représenter, qu'il faisoitun tort considérable à sa famille , en prenant une manière de vivre qui le mettoithors d'état d'entrer dans les charges ; ils le prioient de considérer que sa race étoit sur le point de s'éteindre, faute de personnes capables d'en soutenir l'éclat et d'en conserver le nom ; ils lui disoient qu'il ne pouvoit sans injustice ruiner ainsi toutes les espérances de la plupart de ses proches et des anciens serviteurs de sa maison , dont la fortune étoit attachée à la sienne ; que les personnes de sa qualité et de son rang n'avoient pas le même droit que les autres hommes de

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renoncer à ces sortes d'intérêts, qui sont toujours joints avec ceux d'autrui ; que sa famille avoit déjà fait une assez grande perte dans la personne du petit Stanislas , sans qu'il lui ôtât encore , par une retraite si hors de saison , Tunique appui qui lui restoit.

Ces remontrances , qui faisoient ressouvenir Paul de celles qu'il avoit faites autrefois à son frère dans une pareille rencontre , lui remettoient aussi en mémoire les sages réponses que le saint enfant avoit accoutumé de lui faire ; et il s'en servoit alors très-utilement pour défendre son procédé contre les plaintes de sesparens et les sollicitations de ses amis. Il leur disoit, avec une liberté pleine de douceur , qu'il étoit bien fâché qu'ils eussent fondé sur sa personne des espérances contraires à ce que Dieu demandoit de lui , mais qu'il se voyoit dans l'impuissance de les contenter; qu'il se soucioit fort peu que son nom se conservât sur la terre, où il faudroit toujours qu'il finît un jour, pourvu qu'il fût écrit au Ciel dans le Livre de vie ; qu'il n'étoit pas raisonnable qu'il abandonnât le soin de sa perfection , pour travailler à l'élévation des autres ; que n'estimant point de bonne fortune que celle qui se fait auprès de Dieu , il n'en pouvoit souhaiter d'autre à ses amis, comme il ne souhaitoit point d'autre éclat à sa maison, que de voir reluire en tous ceux qui portoient son nom , les vertus de son frère Stanislas.

C'est ainsi que Paul justifioit sa conduite auprès de ceux à qui le sang et l'amitié l'obligeoient d'en rendre raison ; car pour tout ce qui s'en disoit dans le monde , parmi les personnes auxquelles il croyoit être indifférent, iî ne s'en

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mettoit pas en peine. Il savoit bien qu'on en railloit , que cela l'avoit rendu méprisable à plusieurs personnes qui l'estimoient auparavant , que ceux mêmes qui ne désapprouvoient pas qu'il eût embrassé le parti de la dévotion, le blàmoient de l'avoir fait publiquement et de s'être trop déclaré , disant qu'il y avoit eu de l'imprudence à faire un éclat qui n'étoit bon à rien , et qui lui ôtoit la liberté de se remettre dans le monde , s'il venoit par hasard à s'ennuyer dans la retraite. Paul ne répondoit à tout cela que par ces paroles de l'Apôtre , qui lui servirent de devise pendant sa vie , et qu'il fit lui-même graver sur son tombeau : Non erubesco Evangelium ; voulant marquer par-là qu'il n'avoit point de honte de suivre les maximes de l'Evangile. Au contraire il ne pensoit jamais au temps qu'il avoit passé sans les suivre , qu'il n'en eût une extrême confusion.

Il se considéroit , à l'exemple de saint Paul , comme une personne qui avoit contrarié la Doctrine de Jésus-Ghrist r et qui avoit persécuté les Saints; et Dieu, qui le vouloit conduire à la perfection parla voie de la pénitence, lui remettoit continuellement devant les yeux les violences dont il avoit usé contre le petit Stanislas : de sorte qu'il vivoit dans une sainte haine de lui-même , et dans un désir insatiable de souffrir pour expier le mal qu'il avoit fait à son frère. Il n'en parloit jamais qu'il ne parût tout attendri : il prenoit plaisir à raconter à ses amis les persécutions injustes qu'il lui avoit faites , et la douceur avec laquelle ce courageux enfant les avoit endurées. Il passoit tous les jours devant son image un long espace de temps , prosterné en terre , les bras étendus en forme

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de croix , versant un torrent de larmes , auxquelles il mêloit quelquefois son sang. Ce. qui fut remarqué une fois entre autres par un jeune enfant de qualité, qui a assuré avoir été témoin de ce que je m'en vais dire.

Paul étant un jour allé rendre visite à un gentilhomme de la maison de Lusca , on l'y retint à coucher, et quand l'heure en fut venue, on le conduisit , selon la coutume , dans l'appartement qui lui avoit été préparé. Aussitôt que ceux qui l'y avoient accompagné se furent retirés , il fît aussi retirer ses gens , et alors croyant n'être vu de personne , il se mit en oraison , et y passa une grande partie de la nuit. Cette prière fut suivie d'une rude discipline , qu'il prit durant un fort long espace de temps , jetant de profonds soupirs , et répétant souvent ces paroles , qui marquoient le sujet de sa pénitence : Mon saint frère y mon saint frère y priez Dieu pour ce pauvre pécheur ; et pardonnez-moi tous les maux que je 'vous ai faits. Après que Paul eut cessé de se frapper , il se coucha pour prendre un peu de repos , sans prendre garde qu'il y avoit à côté de sa chambre un petit cabinet où couchoit un des enfans de la maison , qui ne sachant à quoi attribuer une chose si peu ordinaire dans un homme de cette qualité, crut qu'il avoit tué son frère , et que ce qu'il lui avoit vu faire , étoit une pénitence qu'on lui avoit imposée pour ce crime. Mais il fut détrompé de cette pensée le lendemain matin , lorsque racontant ce qu'il avoit vu , en présence de quelques personnes qui savoient la vie de ce seigneur , il apprit quel étoit ce frère que Paul avoit persécuté , et de quelle nature avoient été les persécutions qu'il lui avoit faites. Si

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l'imagination de l'enfant parut plaisante à ceux qui l'entendirent , ce qu'il leur racontoit les étonna. Ils ne pouvoient comprendre comment un emportement de jeunesse , si ordinaire dans les maisons où il y a des frères d'humeurs différentes, avoit fait une si forte impression dans l'esprit de Paul , et qu'il en fît une si longue pénitence : car il y avoit déjà plus de quarante ans que le bienheureux Stanislas étoit mort. Mais ils eussent été encore bien plus surpris , si on leur eût dit , que depuis un si long temps il avoit passé presque toutes les nuits de la même manière qu'il avoit fait cellelà , ne couchant ordinairement que sur la terre nue , quoiqu'il fût devenu très-infirme , et qu'il eût le corps tout atténué de jeûnes.

Il demeuroit d'ordinaire à Prasniz , à cause que cette ville étoit proche de ses terres. Il y avoit fondé un hôpital , et s'étoit logé tout auprès , afin de servir et d'assister les pauvres : ce qu'il faisoit avec une charité toute paternelle , prévenant leurs besoins , et n'épargnant ni son bien ni sa peine pour les soulager. Sa maison étoit le refuge ordinaire des pèlerins , et de tous ceux qui n'avoient pas le moyen de loger ailleurs ; il les recevoit avec un visage gai et épanoui , il leur lavoit les pieds , il les servoit lui-même à table ; et quand ils sortoient de chez lui , il leur donnoit encore l'aumône pour continuer leur voyage , selon le besoin qu'ils en avoient.

Avoir comme Paul s'occupoit en ces exercices de charité , l'on eût dit qu'ils ne lui eussent laissé de temps que ce qu'il lui en falloit pour se reposer : mais il n'en étoit pas moins assidu à la prière ; il récitoit tous les jours l'office divin

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comme les prêtres ; il se levoit à deux heures après minuit pour dire matines, après lesquelles, ayant pris la discipline en la manière que nous venons de dire , il passoit ce qui lui restoit de temps jusqu'au jour dans une profonde contemplation. Il avoitun attrait particulier à méditer les mystères de la Passion de Notre-Seigneur. Il y trouvoit tant de douceur , qu'il y passoit quelquefois les nuits tout entières. Il avoit encore des sentimens de dévotion fort tendres pour le Saint-Sacrement de l'autel. Il entendoit tous les jours plusieurs messes ; et lorsqu'il étoit en voyage , s'il ne rencontroit point de lieu le matin où il la pût entendre , à quelque heure qu'il arrivât dans les bourgs où il y avoit des églises , il y alloit et se faisoit ouvrir le tabernacle par un prêtre , pour faire sa prière devant le Saint-Sacrement. Lorsqu'il trouvoit en son chemin quelque image dévote ou quelque chapelle , il faisoit arrêter son carosse , et descendons pour y faire oraison, se jetant à genoux , et se prosternant souvent la face contre terre : car c'étoit ainsi qu'il prioit presque toujours; à quoi il s' étoit tellement endurci les genoux , qu'il s'y étoit fait un calus qui lui rendoit ces parties-là insensibles.

Paul Kostka avoit déjà pies de soixante ans, lorsque voulant rendre son sacrifice encore plus parfait , il prit le dessein de se faire Jésuite. Il s'adressa d'abord au Provincial de Pologne pour être reçu ; mais ce Père en ayant fait difficulté , sur ce que ce seigneur étoit trop avancé en âge et qu'il s' étoit ruiné la santé , Paul en écrivit au Père Général, qui accorda volontiers cette grâce , et à la mémoire de son frère déjà honoré par le souverain Pontife du

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litre de Bienheureux , et à sa propre vertu : estimant qu'un Saint, quelque infirme et quelque âgé qu'il soit , n'est jamais inutile dans une communauté , tant qu'il peut encore prier et souffrir.

Notre saint pénitent ayant reçu la lettre du Père Général , commença à disposer ses affaires pour entrer au noviciat dans une parfaite liberté d'esprit, et sans aucun autre soin que de travailler à sa perfection avec une ferveur toute nouvelle. Mais Dieu se contenta de sa bonne volonté ; car étant allé à Pétricovie pour faire observer quelques formalités de justice qui manquoient aux contrats des fondations qu'il avoit faites , il y tomba malade , et y mourut dans une grande opinion de sainteté , qui fut confirmée par une lumière miraculeuse dont son corps parut environné durant la nuit qui précéda le jour de ses obsèques.

II. Une troupe d'enfans de la ville de Posna, jouant ensemble sur le bord de la Varte lorsqu'elle étoit glacée , un d'entre eux , nommé Stanislas , fut poussé dedans par un de ses compagnons, et son malheur voulut qu'il tombât dans un endroit où l'on avoit rompu la glace pour puiser de l'eau; de sorte qu'il fut incontinent emporté par le courant sous cette glace , et tous les autres le perdirent de vue. Au cri que firent ces enfans tout effrayés , il s'assembla un grand nombre de personnes sur les deux bords de la rivière , dont plusieurs se mirent en devoir de secourir Stanislas ; mais ce fut inutilement , car quelque diligence que l'on fît pour trouver où l'eau l'avoit porté, l'on n'en put jamais rien découvrir.

Il y avoit déjà près de trois heures qu'on le

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cherchoit , lorsque deux jeunes Jésuites venant à passer par-là, et voyant le peuple assemblé en foule le long de l'eau , eurent la curiosité de s'informer de ce que c'étoit. On leur dit que c'étoit un pauvre enfant qui étoit tombé dans la rivière, et que Ton ne pouvoit trouver. Cet accident funeste toucha ces deux bons Religieux de compassion , particulièrement depuis qu'ils eurent appris que l'enfant étoit luthérien , et qu'il avoit déjà dix ans; et l'un d'eux se sentant porté d'un désir ardent de retirer cette ame du danger où elle étoit de se perdre , fut tout d'un coup inspiré de la recommander au bienheureux Stanislas , dont ce malheureux portoit le nom. Aussitôt qu'il eut formé cette pensée , il la communiqua à ceux qui étoient autour de lui ; et les ayant invités à joindre leurs prières aux siennes, il se mit à genoux sur le rivage, et pria tout haut le bienheureux Stanislas de vouloir prendre la protection de cet enfant , et d'employer le pouvoir qu'il avoit auprès de Dieu pour lui rendre \a vie du corps , afin qu'il pût recevoir celle de l'ame dans le sein de l'Eglise catholique , qui étoit sa vraie mère.

Au moment que le bon Religieux achevoit sa prière , on aperçut au travers de la glace le corps de l'enfant que le courant portoit vers une digue de gros pieux plantés pour détourner l'eau et pour la faire aller avec plus d'impétuosité du côté de deux moulins bâtis l'un audessous de l'autre , dans le milieu de la rivière. Ce corps ne fut pas plutôt arrivé à la digue , que suivant le fil de l'eau, il fut porté sous la roue du premier de ces moulins , où il devoit être mis en pièces , si Dieu , qui vouloit glorifier le bienheureux Stanislas en cet enfant, n'eût corn-

mencé dès lors le miracle qu'il acheva bientôt après , en lui rendant la vie. Etant sorti de cette roue , il alloit encore passer par-dessous une autre, lorsque quelques branches d'arbres et quelques morceaux de bois s'étant attachés à lui , l'embarrassèrent autour d'un pieu et l'y arrêtèrent , ce qui donna le loisir à ceux qui le cherchoient de l'aller prendre et de le porter sur le rivage.

Dès qu'on l'eut étendu sur le sable , tout le monde jugea bien qu'il étoit mort; mais pour s'en assurer davantage on fit venir un médecin , qui , après avoir fait bien des expériences pour voir s'il n'y reconnoîtroit point quelque marque de vie , s'en retourna , disant que les morts avoient besoin d'un prêtre pour les enterrer, et non pas d'un médecin. Le dévot Pieligieux, qui avoit mis l'enfant sous la protection du bienheureux Stanislas , ne perdit pas néanmoins courage : il lui sembloit que le Serviteur de Dieu avoit trop bien commencé pour en demeurer là ; et il ne douta point que celui qui avoit déjà fait un miracle si visible pour conserver le corps , n'en fît bien encore un autre pour sauver l'ame. Ainsi , sentant redoubler sa confiance , il réitéra sa prière , durant laquelle l'enfant commença à se remuer , au grand étonnement de tout le monde ; et revenant peu à peu , il se trouva bientôt en état de témoigner sa reconnoissance à son libérateur , en abjurant l'hérésie dans laquelle il avoit été élevé. Ce que son père lui permit volontiers , aussi bien qu'à tous les autres de la famille , qui avoient été touchés de ce miracle , quoiqu'il ne le fît pas lui-même, au moins publiquement, se trouvant engagé dans son parti par l'intérêt,

Vie du 1). Stanislas Rosira. * j ni est le plus ordinaire obstacle que le demou mette à la conversion des hérétiques, quand ils ne sont pas d'ailleurs corrompus par le

libertinage.

Le bruit de ce miracle s étant répandu clans tOUte la Pologne , et ayant clé dépeint en beaucoup d'endroits dans les églises , donna occasion à plusieurs personnes d avoir recours au bienheureux Stanislas en de pareilles rencontres , et d eu recevoir la même grâce : ce est arrive si souvent , (pie qeg peuples l'ont appelé le Saint qui ressuscite les mon,.

III. Ce n'est pas une action moins digm d'un Saint , de procurer une bonne mort à ceux qui lui sont dévots, que de leur rendre la vie lorsqu'ils l'ont perdue.

11 y avoit à Jaroslau un jeune enfant , nommé Albert, qui avoit pris le bienlieureux Stanislas, non-seulement pour son protecteur, mais encore pour le modèle de sa vie et de ses mcvur>. C'étoit une ame que Dieu avoit prévenue par les bénédiction* de sa douceur ; car à l'âge de treize ans on Testimoit déjà un grand Saint, et quoiqu'il lut pauvre et crime naissance obscure, :i en grande considération dans toute la \ille. Il avoit une pureté d'ange, il aimoit la prière, il évitoit les compagnies suspectes, et i; ne conyersoit qu'avec les plus régies de ceux qui étudioient avec lui.

Albert avant ainsi imité le bienlieureux Stanislas en sa vie , eut le bonheur de lui ressembler aussi en sa mort. Car étant tombé malade au mois de mai, il prédit qu'il mourroit le jour de roi lave de l'Ascension ; et il porta toujours son ame entre ses mains, pour la rendre à son «leur quand son heure seroit venue.

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11 se disposa à ce dernier passage par l'exercice de toutes les vertus que l'état où il étoit lui ût permettre de pratiquer. Durant ce tempst , il fit paroître tant de tendresse pour son bienheureux Protecteur , et une si grande confiance en lui , qu'il mérita de le voir un peu avant que de mourir. Car étant alors entré dans une profonde extase , le ciel s'ouvrit tout d'un coup à ses yeux , et il aperçut le bienheureux Stanislas tout brillant de lumière qui venoit au-devant de lui, et s' approchant jusqu'auprès de son lit, l'entretint quelque temps familièrement, et lui fit beaucoup de caresses.

Ceux qui étoient alors autour du petit Albert , s'aperçurent bien , par les divers mouvemens de son visage et par le feu qui paroissoit dans ses yeux , quil se passoit en lui quelque chose qui n étoit pas ordinaire. Ce qui ayant donné la curiosité à quelques-uns de savoir ce que c étoit , Albert le leur apprit avec simplicité , quand il fut revenu à lui ; après quoi cet heureux enfant rendit doucement l'esprit entre les mains de son saint Patron , pour aller jouir de la gloire que ses mérites lui avoient acquise. Ses funérailles furent célébrées avec beaucoup de pompe et un concours extraordinaire de tous les ordres de la ville. La duchesse d'Ostrog s'y trouva avec sa maison , et l'on prononça en sa présence un discours très-touchant sur les vertus d'Albert, et sur les grâces que le bienheureux Stanislas faisoit à ceux qui lui étoient dévots.

IV. Une paysanne, nommée Anne, qui demeuroit dans un village assez proche de Lublin , gagnoit sa vie par le petit trafic qu elle faisoit de quelques plantes. Elle avoit entre autres

yô Vie du B. Stanislas Kostka.

une grande quantité de romarin , qu'elle cultivent avec un soin particulier, parce que l'usage en est fort commun en ce pays-là , et qu'elle en tiroit un grand profit,

Anne n'étoitpas méconnoissante envers Dieu de la bénédiction qu'il donnoit à son petit travail : elle le servoit dans la simplicité de son cœur ; et comme elle avoit beaucoup de dévotion au bienheureux Stanislas , elle lui portoit souvent des bouquets et des couronnes de fleurs, lorsqu'elle alloità Lublin. Car c'est une coutume universellement pratiquée en cette ville-là , que de charger l'autel du Serviteur de Dieu de ces sortes de présens , qui se distribuent ensuite aux malades , et qui font souvent des guérisons très-miraculeuses.

La pauvre femme dont nous parlons continua de frire son offrande sur cet autel,, jusqu'à ce que la peste se mît dans le bourg où elle demeuroit. Car alors beaucoup de ceux qui en étoient frappés étant entrés dans son jardin, pour cueillir quelques herbes dont ils avoient besoin pour se faire des remèdes , elle n'osa plus y aller , de peur qu'ils n'y eussent porté le mauvais air ; ce qui fut cause que la plupart de ces plantes venant ou à manquer de culture , ou à sentir la corruption de l'air , moururent presque toutes,

Anne fut bien surprise , lorsque rentrant dans son jardin , après que la maladie eut cessé , elle y vit les choses dans un si grand désordre : mais rien ne la toucha tant que la perte de son romarin , dont elle trouva plus de quatre cents pieds morts , les ^branches en étant desséchées jusqu'à la racine et les feuilles toutes noires. Comme elle étoit dans cette affliction , elle se

Vie du B. Stanislas Kostka, jj

sentit inspirée d'avoir recours au bienheureux Stanislas , auquel elle avoit si souvent offert des bouquets de la plante dont elle regret toit la perte. Elle alla donc à Lublin , où s'étant prosternée devant l'autel du Bienheureux , elle fit vœu que s'il lui rendoit son romarin , elle lui en offriroit encore à l'avenir bien plus souvent qu'elle n'avoit fait jusque alors. Puis ayant demandé à un des Pères de la maison un morceau de romarin qui eût été sur l'autel du bienheureux Stanislas , elle s'en retourna chez elle. Aussitôt qu'elle y fut arrivée , elle se retira dans une chambre où elle avoit mis son romarin ; car elle l'avoit arraché par le pied , avant que d'aller à la ville ? et tenant en sa main la branche qu'on lui avoit donnée , elle fit cette prière , pleine de confiance et de cette simplicité qui fait les miracles : « Grand Saint , vous savez bien que cette plante a toujours été autant à vous qu'à moi ; ayez la bonté de me la rendre , cela ne vous coûtera rien , et moi j'en recevrai un grand soulagement dans ma pauyreté. » Après avoir dit ce peu de paroles , elle fit toucher la branche de romarin , qu'elle avoit apportée de dessus l'autel du bienheureux Stanislas , à celui qui lui étoit mort durant la peste ; lequel par cet attouchement reverdit sur l'heure , et parut tout d'un coup plus frais et plus beau qu'il n'avoit jamais été.

V. Dans une petite maison , située sur une éminence à la vue de Lublin , il y avoit un artisan pauvre , mais vertueux , qui avoit eu la dévotion d'orner sa chambre d'images propres à inspirer de la piété à ses enfans , qu'il élevoit soigneusement dans la crainte de Dieu. Parmi ces images , il y avoit un petit tableau du bien-

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heureux Stanislas attaché par en bas à la muraille , et suspendu par en haut à une corde qui l'en tenoit éloigné environ d'un demi-pied , et le faisoit pencher sur une table , où l'artisan avoit accoutumé de manger avec sa famille. Un jour , à l'issue de son dîner , comme il étoit encore à table avec sa femme et une petite fille qu'ils avoient , cette enfant , qui étoit assise vis-à-vis de l'image , ayant jeté la vue par hasard de ce côté-là , s'aperçut que le visage du bienheureux Stanislas étoit tout mouillé de sueur. Ce prodige l'ayant extrêmement surprise, elle en avertit son père et sa mère , qui étoient de l'autre côté de la table , en leur criant : « Regardez notre Saint, il pleure , il est tout en eau. » Mais ni l'un ni l'autre n'ayant pris garde à ce que leur disoit la petite fille , le jour se passa sans qu'ils s'aperçussent de rien.

La nuit étant venue , et l'artisan s'étant allé coucher , sa femme qui étoit demeurée en prière devant l'image du bienheureux Stanislas , la vit tout d'un coup toute couverte de grosses gouttes de sueur. Elle avertit incontinent son mari de ce qu'elle voyoit, le priant de se lever , pour en être lui-même témoin. Cet homme traita d'abord ce que lui disoit sa femme de rêverie , et ne vouloit pas se lever : mais enfin elle l'en pressa tant , que pour se délivrer de son importunité , il sortit de son lit , et s'approchant de l'image , il reconnut lui-même que ce n'étoit point une illusion. Néanmoins afin de s'en assurer davantage , il monta sur la table , et ayant passé la main pardessus le tableau , il l'en tira toute mouillée , ce qui l'étonna extrêmement et lui fit jeter un grand cri. Cette première sueur ayant été ainsi

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essuyée , il n'en parut pas davantage ce jour-là: mais le lendemain , qui étoit le neuvième Dimanche d'après la Pentecôte , auquel on lit dans l'Evangile comme Notre-Seigneur pleura sur la ville de Jérusalem i l'artisan , étant encore à table dans la même situation que le jour précédent , sentit qu'il lui tomboit des gouttes d'eau sur le col , et ayant levé les yeux en haut pour voir d'où cela pouvoit venir , il reconnut que c'étaient de grosses larmes qui sortoient des yeux du bienheureux Stanislas , sous le tableau duquel il étoit assis. Le bon artisan croyant alors qu'il ne devoit pas être seul témoin d'un miracle que Dieu ne faisoit apparemment que pour donner quelque avertissement au peuple , partit à l'heure même pour aller à Lublin en avertir les Jésuites , qu'il jugeoit bien y devoir prendre plus de part que les autres. Il arriva au collège si plein d'émotion et si attendri , qu'à peine pouvoit-il parler : il raconta néanmoins au père Fénici , qu'il rencontra le premier en arrivant dans la maison , ce qui se passoit chez lui ; et l'ayant persuadé , par les larmes qu'il versoit en lui parlant , de la bonne foi de son procédé , il l'emmena avec lui, afin qu'il s'en convainquît par ses propres yeux. Ce qui ne fut pas difficile : car l'image jetoit encore une si grande quantité de sueur et de larmes lorsqu'ils arrivèrent , que la terre en étoit toute couverte ; et la même chose continua le reste de la journée à la vue de toute la ville de I^ublin , d'où l'on accouroit en foule pour voir ce prodige.

Sur le soir , le père Fénici , qui s'en étoit retourné à la ville , revint en cette maison avec deux magistrats, un avocat et un notaire , pour

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faire le procès-verbal de ce qui s'y passoit. Mais l'image cessa de suer à leur arrivée : ce qui obligea le Père de se jeter à genoux devant elle, et de prier le bienheureux Stanislas de ne pas priver ceux qu'il avoit amenés avec lui de la vue d'un miracle qu'il avoit fait voir à tant d'autres personnes. A peine ce Père avoit fini sa prière , qu'il sortit une larme de l'œil droit de l'image, d'une grosseur extraordinaire et tout entourée de rayons lumineux, comme le sont ceux des étoiles. Celle-là fut suivie de beaucoup d'autres, et accompagnée delà sueur ordinaire, qui sortoit avec tant d'abondance , que plusieurs en mouillèrent tout leur mouchoir en la voulant essuyer. Pendant que chacun raisonnoit à sa manière sur ce sujet , et que le peuple épouvanté crioit à haute voix , Bienheureux Stanislas > priez pour nous , les commissaires visitèrent exactement l'Image et tout ce qui étoit autour, pour voir si l'on n'ytrouveroit rien d'humide. On détacha le tableau du lieu où il étoit, et on le visita de tous les côtés ; maison trouva que l'endroit qui regardoit la muraille étoit extrêmement sec, et on remarqua même que la poussière qui s'y étoit attachée , y avoit fait une manière de croûte , qui auroit été capable de la garantir de l'humidité , quand le temps , qui étoit alors très-sec , y auroit été disposé. Ce qui ayant été reconnu, on en dressa une acte juridique; et , après que le miracle eut cessé, on transporta l'Image dans l'Eglise des Jésuites , où elle est encore aujourd'hui honorée de toute la Pologne.

Quarante jours après ce miracle , il en arriva un autre tout semblable dans la Maison Professe des Jésuites de Cracovie. Il y eut néan-

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moins cela de particulier en celui-ci, qu'outre la sueur et les larmes qui couloient en grande abondance d'un tableau du bienheureux Stanislas , il paroissoit divers mouvemens sur son visage qui marquoient de la douleur. Quelquefois on le voyoit tout pensif et comme plongé dans une profonde mélancolie : il pâlissoit de temps en temps , et sembloit se laisser abattre à quelque grand déplaisir; puis il reprenoit tout d'un coup un air affectueux , comme s'il eût demandé quelque chose à Dieu avec ferveur .; et son visage étoit si ardent , qu'il en sortoit de la fumée pendant tout le temps que dura ce nouveau miracle. On changea plusieurs fois l'Image de lieu ; mais , quelque part qu'on la mît , elle jetoit toujours la même quantité de larmes et de sueur. Ce qui ayant enfin cessé après avoir duré plus d'une semaine entière, en présence d'une infinité de personnes qui en furent témoins, on porta l'Image dans l'Eglise, où il a plu à Dieu de la rendre célèbre par beaucoup d'autres grands miracles qui s'y sont faits.

Toutes les circonstances de ce prodige marquoient assez que le bienheureux Stanislas employoit ses prières auprès de Dieu , pour détourner quelque grand malheur de dessus Ja Pologne; et il est à croire qu'il fut exaucé , ce royaume n'ayant jamais été plus florissant qu'il étoit alors , et qu'il le fut encore long-temps depuis. Ce qui me confirme dans cette pensée , est la révélation quavoit eue, quelque temps auparavant, un dévot Religieux de l'ordre de saint François, nommé Daniel Bonicouski, par laquelle Dieu lui fit connoître que le bienheureux Stanislas détournoit par son intercession

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beaucoup de grands fléaux de dessus la Pologne. Car, une nuit qu'il étoit en oraison, le Père éternel se fit voir à lui sous l'image d'un Roi plein d'une majesté terrible , et avec un visage tout étincelant de colère. Au pied de son trône, étoit une troupe de ces Anges exterminateurs , dont il est parlé dans l'Apocalypse , le glaive en main et prêts à exécuter ses ordres. Cet appareil de justice donna de la frayeur à Daniel ; mais il en eut encore bien davantage lorsqu'il entendit ce Roi irrité prononcer un arrêt contre la Pologne , où ses crimes lui étoient reprochés en particulier, et en ordonner l'exécution à ses Anges. Car ces ministres delà colère de Dieu se disposoient déjà à obéir, lorsque la sainte Vierge s'adressant à son Fils , le pria de lui aider à obtenir du Père éternel , la grâce d'un royaume où elle avoit toujours été honorée d'une façon particulière; puis ayant aperçu le bienheureux Stanislas tout tremblant de la crainte respectueuse dont la colère de Dieu l'avoit rempli , elle lui dit ces mots pour l'avertir de venir joindre ses prières à celles de Nôtre- Seigneur et aux siennes : Hé quoi , mon fils , vous ne priez pas pour votre patrie et pour vos frères ! Ce petit reproche sembla donner de la hardiesse au bienheureux Stanislas : car il s'approcha incontinent du Trône , et demanda grâce pour la Pologne, avec une confiance par laquelle il mérita d'être exaucé : Dieu déclarant à l'heure même qu'il pardonnoit à ce Royaume, en considération de son Fils, de la sainte Vierge et du bienheureux Stanislas. Cette action causa une joie incroyable aux Anges qui y assistaient; et ils la témoignèrent par un Cantique qui fut encore ouï du saint Pteligieux , dont on a appris en détail tout ce que je viens de raconter.

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VI. Après la bataille de Prague où l'empereur Ferdinand avoit défait les Protestans Betlem Gabor , prince de Transylvanie , qui s'étoit lié d'intérêt avec eux, piqué contre Sigismond , roi de Pologne , de ce qu'il avoit assisté la maison d'Autriche dans cette guerre résolut, pour s'en venger, de le brouiller avec le Grand-Seigneur. Il ne lui fut pas difficile d'y réussir. Le jeune Osman, qui gouvernoit alors l'Empire des Turcs, se laissant gouverner luimême par deux de ses Bâchas , il fut aisé à Gabor de se rendre maître de son esprit , après avoir gagné ses favoris , et de lui persuader que la Pologne étoit une conquête aussi facile qu'elle lui seroit glorieuse. Ce Prince qui étoit naturellement ambitieux et plein de présomption se laissa si bien flatter de cette espérance que quelque chose que lui pussent remontrer les plus sages de son conseil , pour le détourner d'une entreprise qui avoit mal réussi à tous ses prédécesseurs , il s'y opiniâtra , et traita ceux qui s'y opposèrent , comme les ennemis de sa gloire et du bien de son état.

A peine Osman avoit formé le dessein de cette guerre , que la révolte de Gratian , prince de Valaquie, lui donna occasion delà commencer. Gratian étoit un homme d'esprit, qui avoit fait sa fortune auprès du Grand - Seigneur mais qui , connoissant le génie de la Porte où il avoit été élevé, crut qu'il étoit de la prudence de s'assurer d'un asile , en cas qu'il vînt à tomber dans la disgrâce de son maître ou à déplaire aux favoris. Dans cette pensée il prit d'étroites liaisons avec la Pologne , et entretint une grande correspondance avec le roi Sigismond. Les intelligences de ces deux Princes ne pu-

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rent être si secrètes , que Betlem Gabor , leur commun ennemi , ne s'en aperçût , et n'en avertît le Grand-Seigneur. Mais comme Gratian étoit averti aussi de son côté par les amis qu'il avoit à la Porte , des mauvais offices qu'on lui rendoit auprès du Sultan, il résolut de prévenir ses ennemis , et de mettre sa Province en tel état que le Grand-Seigneur n'en pût pas aisément disposer en faveur d un autre. Le crédit qu'il s'y étoit acquis l'ayant rendu maître de l'esprit du peuple , il le disposa secrètement à se soulever et à secouer le joug de la domination Ottomane, pour se mettre, comme il avoit été autrefois , sous la protection du roi de Pologne, qu'il avoit déjà fait pencher à seconder ses desseins , en l'informant de ceux que le Grand- Seigneur avoit contre son Pvoyaume , et des apprêts qu'il faisoit pour y porter la guerre.

Les choses en étant là , Gratian apprit que le Sultan envoyoit une puissante armée dans la Valaquie , sous la conduite de Sander , l'un des Bâchas favoris Alors ce Prince jugeant bien qu'il n'y avoit plus pour lui de mesures à garder avec la Porte , fit faire main basse sur les Turcs qui se trouvèrent dans sa Province , et y fit entrer l'armée de Pologne commandée par Zolkieulski , auquel il promit de s'aller joindre à la tête de quinze mille chevaux, aussitôt qu'il auroit pourvu à la sûreté de ses places.

Le général étant entré bien avant dans la Valaquie sur cette promesse , pressa Gratian d'amener ses troupes avant que les ennemis fussent en état de les empêcher de se joindre. Mais , soit que ce Prince eût agi de mauvaise foi avec la Pologne , comme plusieurs l'ont cru , soit <jue les Valaques lui eussent manqué au besoin,

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ce que l'inconstance de ces peuples rend assez probable , il ne tint pas sa parole ; car il n'amena avec lui que six cents hommes, assurant néanmoins que le reste arriverait au premier jour. Le général vit bien que Gratian le trompoit , mais il le dissimula pour ne pas effrayer ses soldats à la vue des ennemis qui commençoient à paroître.

Les premières rencontres furent favorables aux Polonais ; mais leur prospérité les rendit insolens , car ils méprisèrent leur ennemi , et forcèrent leur général à donner un combat où ils perdirent une partie de leur canon et cinq cents de leurs meilleurs hommes. Cette disgrâce abattit autant le cœur aux soldats Polonais, que les avantages passés le leur avoient enflé. L'ennemi qu'ils méprisoient leur devint tout d'un coup formidable .; et la peur qu'ils eurent de tomber entre ses mains fut telle , que plusieurs désertèrent pendant la nuit, et prirent la fuite. Il y eut même des personnes considérables dans l'armée , et par leur qualité et par leur emploi , qui suivirent ce pernicieux exemple. Calinouski et Gratian furent de ce nombre ; mais leur mauvaise fortune ne leur permit pas de jouir du fruit d'une si lâche action : car f le premier se noya en voulant traverser une rivière , et le second s'étant égaré durant la nuit tomba entre les mains des ennemis qui le tuèrent.

L'armée de Pologne se voyant extrêmement affoiblie par cette désertion , et hors d'état de donner bataille, prit le parti de la retraite. Le général fit admirer sa conduite en cette occasion. Il ne lui restoit plus que deux mille hommes , qu'il ramena jusques aux portes de Mohilou,

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place frontière de Pologne, les ayant fait passer dix fois sur le ventre aux ennemis , qui leur avoient coupé chemin et qui s'étoient emparés de tous les passages. Une si belle action méritoit un succès heureux; mais il fut très -funeste par l'imprudence des soldats, qui, s'imaginant être en sûreté à la vue de leur pays , se débandèrent malgré leur chef pour aller au fourrage, et donnèrent occasion aux ennemis qui les suivoient encore , de les charger dans ce désordre; ce qu'ils firent si à propos qu'ils les taillèrent en pièces. Le général fut tué dans la mêlée , ayant refusé un cheval qu'un officier lui avoit offert pour s'enfuir. Sa tête fut long-temps exposée devant la tente du Bâcha, qui l'envoya ensuite au Grand-Seigneur pour marque de sa victoire.

Le bruit de cette défaite ayant été porté en même temps à Constantinople et à Varsovie , augmenta autant la fierté du Sultan, qu'elle jeta d'effroi et de consternation dans toute la Pologne. Osman ne doutoit point qu'après des avantages si considérables , il ne s'en rendît maître sans résistance , aussitôt qu'il y paroitroit en personne , à la tête des nombreuses troupes quiluivenoient de toutes les parties de son empire. Au contraire , les Polonais se trouvoient si abattus , que le Roi ayant fait assembler à Varsovie , pour délibérer des moyens de soutenir la guerre , il s'y trouva des gentilshommes qui proposèrent de payer un tribut au Grand-Seigneur , pour détourner ses armes de dessus le royaume. Cette proposition donna néanmoins de l'horreur à tout le reste de l'assemblée. Chacun s'écria qu'il valoit mieux mourir, et le Roi s'étant servi heureusement de l'émotion que

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l'ouverture de cet avis avoit causée dans les esprits , pour les porter à faire un effort extraordinaire dans cette nécessité extrême , il obtint de la diète l'assignation d'un fonds pour la subsistance de cent mille hommes.

Pendant qu'on faisoit les levées , le Roi dépêcha des ambassadeurs à divers princes, pour en obtenir quelque secours , et donna ordre à celui qu'il envoya à Rome de demander de sa part au général des Jésuites , le chef du bienheureux Stanislas , sous la protection duquel il avoit mis son royaume. Cette sainte Relique fut l'unique assistance que la Pologne reçut des pays étrangers, en toute cette guerre : ses voisins ne l'ayant pas voulu secourir, et les autres ne l'ayant pu faire aussitôt. Car le Sultan , qui vouloit profiter du désordre où les victoires de Sander avoient mis les Polonais , hâta sa marche : ce qui obligea le Roi de hâter aussi celle de ses troupes , afin qu'elles se saisissent des passages. Son dessein étoit qu'elles s'avançassent jusque sur les bords du Danube ; mais elles ne furent pas assez tôt prêtes pour cela. Tout ce qu'elles purent faire, fut de prévenir les ennemis au passage de la rivière de Tyre , pour les arrêter dans la Valachie. Chodkievic , général de l'armée , et Lubomirski son lieutenant , s'y rendirent les premiers , et ayant fait passer l'eau à leurs troupes , ils campèrent sur le rivage proche la forteresse de Choczin , où ils attendirent les Cosaques, et le prince Ladislas qui devoit commander l'armée en qualité de généralissime , et qui amenoit avec lui la fleur de la jeune noblesse polonaise.

Ils demeurèrent assez long-temps dans ce poste , sans apprendre aucune nouvelle ni des

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uns ni des autres ; il courut même un bruit , que les Cosaques avoient été défaits par les Turcs , mais il se trouva faux. Il étoit bien vrai qu'ils en avoient été souvent attaqués , et que cinq cents des leurs s'étant écartés du gros de 1 armée , avoient ete investis dans un vallon par les ennemis, et qu'ils avoient mieux aimé mourir que de se rendre : mais tous les autres se rendirent au camp en fort bon état.

L'arrivée des Cosaques fut bientôt suivie de celle des ennemis , qui vinrent placer leur camp à la vue de celui des Polonais. Le nombre en étoit prodigieux; il y avoit plus de quatre cent mille conibattans, et le Sultan les commandoit en personne. Ils ne furent pas plutôt arrivés , que leurs tentes furent dressées avec une diligence incroyable. Elles étoient toutes blanches; et les aigrettes , les pommes dorées , les étendards de diverses couleurs , dont elles étoient ornées par le haut , faisoient un spectacle fort beau à voir. Le quartier du Sultan étoit placé sur une éminence, plus semblable à un superbe palais , par la magnificence des tentes qui le çomposoient , et par les ameublemens somptueux dont il étoit orné au dedans, qu'au camp d'un général d'armée.

Aussitôt que les Turcs furent campés, Chodkievic voulant faire voir que leur nombre ne l'étonnoit pas , fit sortir son armée hors des retranchemens , et la rangea en bataille , en présence des ennemis. On dit que quand Osman l'eut vue , il eut honte d'avoir amené tant de troupes pour combattre si peu de gens. Car l'armée Polonaise n'étoit pas alors de plus de quarante mille hommes , le Prince qui n'étoit pas encore venu ? en ayant bien avec lui trente

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mille. De sorte que le Sultan , ne croyant pas que ses gens eussent besoin de se reposer pour vaincre les Polonais, ordonna à l'heure même au hacha Uursaïm de les aller attaquer. Le succès de cette première journée apprit à Osman que ce n'est pas assez pour vaincre , que d'avoir beaucoup de soldats. Car les Turcs furent battus en ce premier combat , et y perdirent un nombre considérable de leurs meilleurs officiers.

La joie qu'un commencement si heureux avoit causée dans l'armée de Pologne , fut augmentée par l'arrivée du Prince , dont le nom célèbre par tant de victoires , jeta autant d'effroi dans le cœur des Turcs , que sa présence augmenta le courage des Polonais. Il n'y eut personne parmi eux qui ne se crût invincible, sous un chef qui n'avoit jamais été vaincu , et qui , comme un autre Constantin , faisoit porter à la tête de ses troupes le signe triomphant de notre Rédemption , peint dans un étendard , avec ces mots latins , Pro gloriâ Cruels y par lesquels ce Prince vouloit marquer qu'il combattoit moins pour sa propre gloire , que pour celle de la Croix.

Le même jour que Ladislas arriva à l'armée, les Turcs se présentèrent devant le camp en ordre de bataille , et voyant les Polonais occupés à faire achever quelques demi-lunes qui manquoient à leurs ouvrages , ils crurent qu'ils avoient peur, et résolurent de les assaillir dans leurs retranchemens. Ils les attaquèrent par trois différens endroits. L'assaut fut opiniâtre et furieux du côté des Turcs ; mais la résistance des Polonais fut si vigoureuse , qu'ils les repoussèrent de tous côtés et les mirent en fuite.

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Les Cosaques les poursuivirent jusque dans leur camp , où ils mirent tout en alarme ; et ils étoient même dans le dessein de pousser leur victoire plus avant , si le général , qui ne vouloit pas exposer ses troupes pendant la nuit , dont on étoit déjà menacé , ne leur eût refusé le secours qu'ils lui envoyèrent demander. De sorte qu'ils furent obligés de s'en retourner au camp, également chargés du butin qu'ils avoient fait dans les premières tentes des ennemis, et couverts de la gloire qu'une action si hardie leur avoit acquise.

Le Prince ne se trouva point à ce combat , parce qu'à son arrivée au camp il fut saisi d'une fièvre violente qui l'obligea de garder le lit , et dura même très-long-temps : l'impatience qu'il avoit de guérir , et le chagrin où il étoit de se voir hors d'état de combattre , augmentant tous les jours son mal , il fut enfin réduit à une extrême foiblesse. Quelque temps après le gé~ néral tomba aussi malade , et devint tout languissant; ce qui ne l'empêcha pas néanmoins de faire une action très-vigoureuse, dans une troisième attaque que donnèrent les Turcs au camp des Polonais , entre son quartier et celui de Lubomirski. Les officiers auxquels on avoit donné le soin de ce poste , n'avoient pas fait leur devoir. Les Turcs, qui s'en étoient aperçus, lès avoient surpris , et les ayant enlevés , poursuivoient leur victoire avec chaleur : lorsque le général, prévoyant le désordre que cette irruption alloit apporter dans tout le camp , si l'on n'en arrêtoit promptement le cours , forma un escadron de six ou sept cents chevaux , et se mettant à leur tête , se jeta le premier l'épée à la main dans le plus fort de la mêlée. Ceux

qui le suivoient ayant fait comme lui, il se livra un effroyable combat. Les Turcs furent néanmoins obligés de céder à la valeur du général , qui les mena battant jusque dans leur camp , après en avoir tué plus de six mille à la vue du Sultan, qui en pleura de dépit, et qui commença dès - lors à perdre l'espérance d'une conquête que ses flatteurs lui avoient représentée si facile.

Parmi ces succès , l'armée Polonaise ne laissoit pas que de souffrir de grandes incommodités. On y manquoit de vivres, de fourrages et de poudres ; parce que les Turcs avoient des camps volans au-delà de la Tyre , qui lui empêchoient la communication avec la Podolie et les autres provinces , où il auroit pu s'en fournir. Il y avoit parmi ces soldats des maladies contagieuses qui en faisoient mourir beaucoup ; les Cosaques , qui n'étoient pas payés , se mutinoient ; le secours que le Roi devoit amener étoit encore fort éloigné : la noblesse ne se pressant pas de monter à cheval , et le Roi s'étant amusé , par un contre-temps que l'Histoire n'a pu pardonner à un si grand Prince , à faire la cérémonie de l'investiture de Guillaume , Electeur de Brandebourg, que son père avoit laissé héritier de la Prusse ducale , dépendante de la couronne de Pologne. La présence du Prince et le respect extraordinaire que tous les gens de guerre avoient pour sa personne , empêchoit beaucoup le désordre que tant de maux auroient pu causer dans l'armée : mais le Prince jugeoit bien lui-même , que si la guerre duroit plus long-temps , la nécessité et la faim seroient plus fortes, pour faire sortir les soldats hors des bornes du devoir, que son autorité pour les y tenir.

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Dans cette pensée il fit assembler le Conseil de guerre dans sa chambre , car il ne sortoit point encore du lit , pour délibérer avec les principaux officiers de l'armée , sur ce qu'il y avoit à faire , dans l'état où se trouvoient les choses. On y résolut d'un commun consentement , que l'on attaqueroit les Turcs dans leur camp pendant la nuit , parce que l'on avoit remarqué que ces barbares , se fiant sur leur grand nombre , n'ayoient pas eu soin de le fortifier. Mais cette entreprise ayant toujours été traversée par quelque accident , Osman qui en fut averti, fit dessein de prévenir le Prince, et de l'aller attaquer avec toute son armée : la mauvaise humeur où l'avait mis le malheur qu'il avoit eu jusqu'alors dans cette guerre, le faisant résoudre à tout riquer pour la finir.

Pendant que le Sultan se préparoit à cette entreprise , Ghodkievic , général de l'armée Polonaise., fut emporté par sa maladie. Sa mort fut semblable à sa vie , qui avoit été si pure et si pleine de piété , qu'il se confessoit tous les samedis. La Pologne perdit en sa personne un des plus grands capitaines qu'elle eût jamais eu. C'est de lui qu'est ce mot célèbre et si guerrier qu'il dit lorsqu'on lui vint annoncer l'arrivée du Grand - Seigneur à Choczin , avec ce nombre effroyable de troupes qui composoient son armée : Nous verrons si ce que Ion dit est vrai , nous les compterons avec lépée. Cette mort affligea extrêmement toute l'armée, mais la présence du Prince empêcha les désordres qu elle y auroit pu causer. Son autorité y étoit si grande, que quelque répugnance qu'eussent les troupes de Lithuanie d'obéir à un chef Polonais, elles se soumirent en sa considération àLubomirski,

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qui exerça la charge de général depuis la mort de Chodkievic.

Les ennemis donnèrent bientôt occasion à ce nouveau chef de faire voir qu'il étoit digne d'un si bel emploi. Osman brûlant d'impatience de réparer les pertes qu'il avoit souffertes , et de rétablir la réputation de ses armes par quelque action éclatante , sortit un matin de son camp à la tête de son armée rangée en bataille , et fit donner un assaut général aux Polonais , par tout ce qui lui restoit de troupes en état de servir. Jamais la Pologne ne fut plus sensiblement assistée du ciel, qu'en cette importante occasion , où il ne s'agissoit de rien moins que de la religion et de la liberté , et où , pour soutenir ces grands intérêts contre toute la puissance de l'empire Ottoman , elle n'avoit plus que les restes d'une armée manquant de tout , et ruinée par les maladies et par six semaines de combats presque continuels. La bataille dura depuis l'aube du jour, jusqu'au coucher du soleil. Les premières heures en furent assez heureuses aux Turcs , les Janissaires ayantbien fait leur devoir dans la première chaleur du combat: mais ils furent enfin repoussés par les gardes du Prince, qui , malgré son extrême foiblesse , se faisoit porter en litière dans tous les lieux où il croyoit sa présence nécessaire. Depuis qu'ils eurent une fois lâché le pied , ils furent toujours battus et mis enfin en déroute , et le Sultan s'en fuit avec le reste de cette armée effroyable qui avoit donné de la terreur à toute l'Europe.

Pendant que le prince de Pologne faisoit ainsi l'office de Josué , combattant contre les Infidèles; le bienheureux Stanislas faisoit celui de Moïse , levant les mains vers le trône de Dieu ,

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pour obtenir la victoire aux siens. Les historiens de Pologne , et ceux qui ont travaillé aux procès faits à Caliz, à Gracovie et à Rome pour la Canonisation du bienheureux Stanislas , racontent, qu'au même temps que la bataille dont nous venons de parler se donnoit à Choczin , plusieurs saintes âmes virent en l'air un char magnifique sur lequel la Sainte-Vierge étoit portée , allant de l'Occident à l'Orient , par une route toute lumineuse, et ayant à ses pieds le bienheureux Stanislas , qui lui montroit l'armée Polonaise , alors aux prises avec les Turcs , comme s'il l'eût priée de la prendre en sa protection , et de la rendre victorieuse.

Le père Nicolas Oborski fut un de ceux que Dieu voulut bien favoriser de cette vision , et il la publia à Caliz, où il demeuroit alors , longtemps avant que l'on y eût pu apprendre ce qui se passoit à Choczin , éloigné de là de plus de cent lieues. Ce qui ne laissant plus lieu de douter que cette victoire ne fût un effet des prières et de la protection du bienheureux Stanislas , on lui rendit dans toute la Pologne de solennelles actions de grâces. On les renouvelle encore tous les ans à Cracovie, par une célèbre procession qui se fait à une chapelle de la Cathédrale dédiée au Serviteur de Dieu , où cette apparition a été dépeinte , avec une inscription qui ajoute aux circonstances que nous venons de marquer , qu'au même temps qu'Osman sortoit du royaume , le chef du bienheureux Stanislas y entroit.

Vil. Sur la fin du règne de Ladislas, les Cosaques se révoltèrent contre la Pologne , et allumèrent en ce royaume une très -dangereuse guerre. L'auteur de ce tumulte fut un soldat

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de fortune , nommé Bogdan Kmielniski, que sa valeur avoit élevé par tous les degrés de la milice 5 jusqu'à la charge de général des troupes que les peuples de l'Ukraine sont obligés d'entretenir au service de cette couronne. G'étoit un homme d'un génie propre à conduire sûrement une grande entreprise. Il avoit ce feu et cette impétuosité naturelle à ceux de sa nation, autant qu'il en falloit pour être brave et vigilant, mais il n'en avoit pas l'emportement ni la précipitation. Tant qu'il cr^ut ne pouvoir être maître, il n'y eut personne plus soumis que lui. Il n'étoit pas de ces esprits inquiets qui brouillent sans dessein , et qui ne cherchant point d'autre fruit des troubles qu'ils excitent que le plaisir de n'être pas en repos , embrassent inconsidérément la première occasion qui se présente de former un parti, et trouvent leur ruine eu des révoltes ou qu'ils concertent mal , ou qu'ils n'ont pas la force de soutenir. Kmielniski vécut content de sa fortune , jusqu'à ce qu'il trouvât une ouverture à s'en faire une meilleure ; et alors même il prit ses mesures de loin. Il aima mieux employer plus de temps à s'acquérir par ses bons offices les personnes qui lui étoi*mt nécessaires , que de le faire plus vite , en leur découvrant un dessein qu'il ne vouloit faire éclater qu'après s'être assuré des secours et des ressources dont il avoit besoin pour l'exécuter sûrement. Car il youloit se mettre en tel état , que son pis-aller dans cette affaire fût d'en venir un jour à un accommodement qui lui acquît de la réputation sans diminuer sa fortune. Ce fut dans cette vue qu'il affecta de la modération durant toute cette guerre , et qu'il eut soin de couvrir les défauts qui accompagnent

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l'extrême ambition , par l'apparence des vertus opposées. En quoi, bien qu'il ne réussît pas auprès des personnes qui le connoissoient à fond, il fit toujours par-là ce que prétendent tous les rebelles sous les prétextes de justice et d'amour du bien public , dont ils colorent leurs soûlevemens, conservant dans son parti ceux à qui un reste d'honneur et de conscience auroit pu donner quelque scrupule, et ne mettant pas le Prince dans la nécessité de ne lui pouvoir pardonner, si le désespoir de ses affaires l'obligeoit jamais d'avoir recours à sa clémence.

Il prit occasion d'un démêlé qu'il avoit avec un gentilhomme Polonais , pour faire éclater sa révolte , et il sut si bien se servir de cette conjoncture, pour ménager l'esprit des Cosaques , qu'il leur persuada que la persécution qu'on lui faisoit étoit un effet de la haine que la noblesse de Pologne avoit contre toute la nation. Il trouva l'esprit de ce peuple très-disposé à recevoir l'impression qu'il y prétendoit faire. Il y avoit déjà long-temps qu'ils se plaignoient que la noblesse les traitoit mal , qu'ils n'étoient en aucune considération dans l'Etat, qu'on les regardoit plutôt comme des esclaves que comme des sujets dont les services méritoient d'être reconnus. De sorte qu'à la première espérance que leur donna leur général de les affranchir de ce joug , ils s'attachèrent à lui et résolurent de suivre sa fortune.

Kmielniski s'étant ainsi assuré de ceux de sa maison , se retira dans les îles du Boristhène que l'on nomme Zapores , pour y attendre les Tartares qui l'y dévoient venir joindre sous la conduite de Tohalbec , gouverneur de Précope , que le grand Kan son maître fut bien arse

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d'occuper à une guerre étrangère , pour conserver la paix dans ses Etats , où cet esprit remuant avoit souvent excité de grands troubles. Comme ces choses se passoient à l'extrémité du royaume, on n'en apprit rien que fort tard, ni à la cour qui étoit alors en Lithuanie , ni même à l'armée de Pologne, dont les chefs ne pensoient qu'à disposer leurs troupes à une guerre étrangère , pour laquelle le Roi faisoit faire de tous côtés de grands préparatifs. Ce qui donna du temps au général des rebelles d'augmenter son armée , par les recrues qu'il fit dans l'Ukraine et dans la Russie; et aux Tartares de se joindre à lui avant qu'on se fût mis en devoir de l'attaquer. On fut même si mal informé des particularités de cette rébellion et des forces du parti, que les généraux de l'armée de Pologne, croyant n'avoir affaire qu'à un petit nombre de Cosaques , se contentèrent de détacher quelques troupes pour les aller forcer dans leurs îles , où ils s'imaginoient que leur foiblesse les avoit obligés de se retrancher. Mais ils furent bien étonnés, lorsqu'ils apprirent que ces troupes avoient été défaites presque aussitôt qu'elles avoient paru à la vue des ennemis , et qu'ils se virent sur les bras une armée victorieuse, composée de cent quarante mille hommes , n'en ayant pas dans la leur plus de cinq ou six mille. Une si grande inégalité de forces leur fit prendre le dessein de la retraite, mais les ennemis ne leur donnèrent pas le temps de l'exécuter. Car Kmielniski étant venu tomber sur eux à l'entrée d'un bois , dont les chariots de son équipage avoient occupé le chemin , ils furent obligés de tourner tête et d'accepter le combat , dans lequel ayant été trahis par les Ruthéniens

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dès le commencement de la mêlée , et se trouvantaccablés par le grand nombre des ennemis, ils furent taillés en pièces.

La nouvelle de cette défaite fut portée en Pologne presque en même temps que celle de la mort du Roi ; ce qui mit le royaume dans un désordre dont les ennemis se prévalurent pour ravager impunément toute la Russie , où ils exercèrent d'extrêmes cruautés , particulièrement sur la noblesse et sur les ecclésiastiques, De toutes les villes de cette grande province, Zamoiski et Prémislie furent presque les seules dont les rebelles ne se rendirent pas maîtres : la première s'étant trouvée en état de leur résister plus d'un mois , et la seconde ayant été protégée contre la fureur de ces barbares par ira miracle visible du bienheureux Stanislas.

La place n'étoit nullement fortifiée , et les habitans ne prirent le parti de la défendre, que parce qu'ils avoient affaire à des ennemis de mauvaise foi , avec lesquels on ne pouvoit traiter sûrement. Ainsi plutôt préparés à mourir en braves gens , que prévenus d'aucune espérance de pouvoir conserver leur vie , ils se présentèrent sur leurs murailles , pour défendre un bastion fort foible et fort bas , par lequel les Cosaques firent leur première attaque. Pendant que ceux de la ville , qui pouvoient porter les armes, combattoient sur le rempart, les femmes et les enfans couroient en troupes par les rues, pleurant et jetant des cris pitoyables. Dans cette consternation si générale, un ecclésiastique qui sortoit de la ville , passant par les rues pour aller demander du secours à un homme de qualité , nommé Gorniac , qui commandoit un petit corps de cavalerie assez proche de là,

Vie du B. Stanislas Rostka. gg

remontra à ce peuple combien ces lamentations et ces cris confus étoient inutiles pour leur conservation. 11 leur dit qu'il valoit bien mieux les tourner vers le ciel pour implorer l'assistance divine , et il leur conseilla en particulier d'invoquer la Sainte Vierge et le bienheureux Stanislas. Ces paroles eurent tout l'effet que l'ecclésiastique en avoit attendu. On vit incontinent ce peuple changer les hurlemens affreux qu'il faisoit auparavant , en des prières tendres et ferventes qu'il adressoit à la Mère de Dieu et à son bienheureux Protecteur. On en voyoit des troupes prosternées en terre , d'autres à genoux , levant les yeux et les mains au ciel. Les Juifs mêmes invoquoient le serviteur de Dieu : de sorte que l'on entendoit dans toute la ville retentir le nom du bienheureux Stanislas.

La confiance que ces pauvres affligés eurent en lui ne fut pas vaine. Les Cosaques ayant été très-vigoureusement repoussés à cette première attaque , les assiégés soutinrent le reste du siège avec un courage invincible. Les ennemis donnèrent trois fois l'assaut général à la place ; mais ils y trouvèrent toujours tant de résistance , et ils y perdirent un si grand nombre de soldats , qu'ils furent contraints de se retirer. Ce qu'ils firent assez en désordre , Corniac les étant venu charger en queue avec toutes ses troupes.

Néanmoins , afin que les habitans de Prémislie n'attribuassent pas leur délivrance à ces secours humains , Dieu révéla à une personne de grande vertu qu'ils la dévoient aux prières du bienheureux Stanislas : et le gouverneur même vit deux fois en songe le serviteur de Dieu qui lui donnoit courage , et qui l'assuroit de sa protection.

ioo Vie du B. Stanislas Kostka.

La conservation de ces deux places étoit un foible avantage contre des ennemis qui s'étoient déjà emparés d'une grande partie du royaume , et on les eût bientôt vus maîtres de tout le reste , si l'on n'eût eu soin de pourvoir l'Etat d'un chef capable de leur résister, par l'élection du prince Casimir , frère du roi défunt. Ce prince eut besoin de toute sa vigueur et de toute la fermeté de son courage , pour arrêter les progrès que les ennemis avoient commencé à faire durant l'interrègne. Car bien que le général des Cosaques n'eût jamais paru plus modéré qu'à l'avènement du Roi à la couronne , et qu'il eût même consenti en sa considération à une suspension d'armes pour quelques mois , il avoit néanmoins si bien su profiter de la conjoncture des choses pour l'avancement de ses desseins , qu'il avoit jeté les semences de la guerre dans toutes les parties de l'Etat, par la liaison qu'il avoit faite avec tout ce qu'il avoit pu découvrir de mécontens et de factieux. De sorte que le Roi se vit en même temps obligé de pourvoir à la sûreté de la Lithuanie, attaquée par Holota, avec une armée de quarante mille Cosaques , et de s'opposer à Kmielniski et au grand Kan des Tartares de la Crimée , qui entroient dans la Pologne avec quatre cent mille combattans. Tout ce que put faire ce prince dans cette nécessité pressante , fut d'assembler dix-huit ou vingt mille hommes de troupes réglées , et de faire monter la noblesse à cheval pour se mettre à la tête , . pendant que le duc de Razivil donnoit ordre aux affaires de Lithuanie, et que Firlei et Lancoronski tâchoient avec neuf ou dix mille hommes d'amuser le grand Kan et le général des Cosaques sur les frontières de la Pologne. Mais

Vie du B. Stanislas Kostka. ioi

comme toutes choses ne se font que lentement dans un état où le prince n'est pas toujours le maître , les ennemis eurent le temps de connoître la foiblesse de l'armée Polonaise , et de la venir investir à Sbaras dans la Podolie, où elîe s'étoit fortifiée en attendant le Roi.

Il y avoit déjà près de cinq semaines qu'ils subsistoient en cet état, et ils n'espéroient presque plus d'être secourus , lorsqu'ils trouvèrent un billet au bout d'une flèche tirée du camp des ennemis dans le leur, par lequel un gentilhomme polonais , qui s'étoit trouvé par hasard en gaffé dans le parti des rebelles, les exhortoit à prendre courage, et les avertissons de 1 arrivée du Roi. On s'aperçut bientôt que cet avis étoit véritable , par le partage que les ennemis firent de leurs troupes , dont une partie demeura au camp pour continuer le siège, et l'autre marcha vers Sbrovie, pour aller combattre le Roi, qui s'étoit déjà avancé jusque-là , n'ayant guère plus de vingt mille hommes. Kmielniski et le grand Kan commandoient en personne ce dernier corps , composé de soixante mille Tartares et de quatre-vingt mille Cosaques ; et ils firent une si grande diligence , qu'ils arrivèrent à Sbrovie , sans que les coureurs du Roi eussent pu découvrir leur marche ; si bien que l'armée royale se trouva tout d'un coup investie de ce grand nombre d'ennemis, et attaquée de tous côtés.

Un camp volant de Tartares la chargea d'abord par derrière , et obligea les troupes de Prémislie, deSapieha , de Vitusque et d'Ostrog à tourner la tête. On combattit en cet endroit-là durant six heures avec divers évènemens ; et l'on y perdit de fort braves gens de part et d'autre. Cependant les ennemis attaquèrent aussi le

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gros de l'armée , dont Ossolinski , grand chancelier du royaume , commandoit l'aile droite ; George Lubomirski , comte de Visnie , l'aile gauche; et le Roi, le corps de bataille. L'aile droite soutint l'effort des ennemis avec une fermeté qui les obligea de tourner contre l'aile gauche. Ils y furent reçus avec le même courage , mais avec moins de bonheur ; et le désordre qu'ils y mirent alioit causer la défaite entière de larmée royale , si le Roi , averti de ce danger , ne se fût avancé l'épée à la main , pour aider aux chefs à faire retourner au combat les soldats qui lâchoient le pied. Il se mit lui-même à leur tête , et sa mêla le premier parmi les ennemis avec une résolution qui donna du courage aux plus lâches , et qui fit pencher la victoire de son côté ; mais la nuit sépara les combattans , et les obligea de se retirer dans leur camp.

Le Roi ne fut pas plutôt dans le sien, qu'il tint conseil de guerre pour délibérer sur les mesures qu'il falioit prendre pour le lendemain , voyant ses troupes fatiguées de cette journée sanglante, et jugeant bien que les ennemis n'en demeureroient pas là. Une des résolutions que l'on prit dans cette assemblée, fut que Fon tàcheroit de désunir les Tartares d'avec les Cosaques. Le Roi en écrivit à leur Empereur, qui avoit en son particulier de grandes obligations à la Pologne , où il avoit été prisonnier sous le rè gne de Ladislas , et très-favorablement traité. Cet expédient eut tout l'effet que l'on s'en étoit promis , car bien que le lendemain on combattît avec la même chaleur que l'on avoit ce jour-là , le succès en fut néanmoins si favorable aux Polonais , que le Tartare se résolut

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de traiter la paix avec le Roi, ce qui se fit avec beaucoup de satisfaction de part et d'autre. Kmielniski fut compris dans le traité, et reçut son amnistie, après qu'il l'eût demandée au Roi avec des larmes qui auroient été des marques d'un véritable repentir dans un homme moins dissimulé que lui. La paix étant ainsi conclue, on envoya des couriers à Sbaras pour délivrer l'armée de Filei qui y étoit assiégée, et en Lithuanie pour en donner avis au duc de Razivil , qui faisoit la guerre aux rebelles en ce pays -là , et qui avoit remporté sur eux de grandes victoires.

Cette tranquillité ne dura qu autant de temps qu'il en falloit au général des Cosaques pour se mettre en état d'exciter de nouveaux troubles : car il étoit si accoutumé à commander , qu'il ne pouvoit plus obéir. Aussitôt qu'il fut de retour dans sa province , il s'occupa à renouer ses liaisons avec les mécontens , et à en faire des nouvelles avec la Porte et avec le grand duc de Moscovie. Le Roi en ayant été averti , fît assembler une diète à Varsovie , où il fut résolu qu'on lèveroit cinquante mille hommes aux dépens de la République , pour aller combattre les rebelles , avant qu'ils eussent pu ramasser toutes les forces de leurs alliés. Mais on ne put faire tant de diligence que Kmielniski n'eût le temps de mettre sur pied plus de trois cent mille hommes , tant de ceux de sa nation que des Tartares , dont il avoit su se conserver l'amitié par des services importans qu'il leur avoit rendus.

Le rendez-vous des troupes du Roi fut à Socal , où le grand général Potoski se trouva le premier. Lancoronski l'y vint retrouver avec

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n euf mille hommes qu' il amenoit de la Podolie, après avoir pourvu à la sûreté de Caminieck, place importante sur la frontière. Le Roi partit de Varsovie le i3 d'avril de l'année i65i , après avoir reçu, par les mains du Nonce apostolique, l'épée bénite et le chapeau que le Souverain Pontife a coutume d'envoyer aux Rois. Il passa par Lublin , où il demeura quelque temps pour attendre des troupes qui ne l'avoient encore pu joindre. Ce fut là que ce Prince recommanda le succès de la guerre qu'il alloit entreprendre , au bienheureux Stanislas , et qu'il mit sa personne et son armée sous sa protection. Il passa toute une nuit en prière devant l'Image miraculeuse dont nous avons parlé , demeurant durant un fort long espace de temps prosterné en terre au pied de l'Autel , où il fit vœu de faire faire un riche ornement à la sainte Image , s'il plaisoit à Dieu de bénir ses armes , et de le rendre victorieux de ses ennemis.

Ainsi, plein de confiance en l'intercession de son bienheureux protecteur, il partit de Lublin, et ayant joint le grand Général à Socas , ils marchèrent ensemble vers Bérétesque , place située sur le Ster vers la Podolie , où ils furent à peine arrivés, que les ennemis les joignirent et leur présentèrent la bataille. On commença par les escarmouches; mais l'impatience d'en venir à un combat décisif , étant égale dans les deux partis, les armées parurent bientôt rangées en bataille à la vue l'une de l'autre. Le grand Général commandoit l'aile droite de celle du Roi ; il avoit avec lui le comte de Visnie , grand Maréchal, Sobieski, dont la valeur et le mérite a porté le Roi à unir en sa personne ces deux importantes charges, Opalinse et plusieurs au-

Vie du B. Stanislas Kostka. io5 très. L'aile droite étoit conduite par Caiinouskt, assisté du duc de Visnoviski , père du Roi d'aujourd'hui, du ducd'Ostrog et du prince de Zamoisque. Le Roi menoit le corps de bataille, composé de la cavalerie de Vehier , palatin de Mariembourg , du régiment des gardes , des troupes du prince Charles , frère du Roi , de celles de Boguslas Razivil, grand écuyer de Lithuanie, et de plus de cinq cents jeunes volontaires des meilleures maisons du royaume.

L'armée ennemie étoit disposée en forme de croissant , le long d'une grande suite de collines qui sétendoient fort loin des deux côtés. Les Tartares occupoient le milieu du champ de bataille , toute l'aile gauche et une partie de l'aile droite , à la pointe de laquelle le général des Cosaques avoit placé ses troupes. Le combat commença par l'aile droite de l'armée royale , et ce fut le duc de Visnoviski qui obtint le premier permission de charger les Cosaques qu'il avoit devant lui.

Ces rebelles reçurent le duc avec une résolution qui fit long-temps balancer la victoire , et leur grand nombre commençoit même à faire plier ses gens , s'il ne lui fût venu du secours. Mais alors ses soldats , reprenant une nouvelle vigueur , retournèrent à la charge avec tant d'impétuosité , qu'ils rompirent les premiers bataillons des Cosaques , et les ayant renversés sur ceux des Tartares , ils mirent les uns et les autres en déroute. Durant ce temps-là le Roi avoit attaqué le gros de l'armée ennemie , et avoit chassé les Tartares des collines qu'ils avoient occupées , par le moyen de son artillerie qu'il faisoit marcher devant lui. Mais il s'en fallut peu que cet avantage ne lui

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coûtât la vie ; car , s'étant posté sur une de ces éminences , pour donner plus aisément ses ordres à toutes les parties de son armée qu'il avoit en vue , les ennemis s'en aperçurent et pointèrent quelques pièces de canon de ce côté-là. Les boulets passèrent fort près de Sa Majesté , et il y en eut qui tombèrent aux pieds de son cheval. Le Roi fut le seul de sa troupe que ce danger n'étonna pas ; et quelques prières que lui fissent ceux qui se trouvèrent alors auprès de lui ? pour l'obliger à quitter ce poste , exposé à une batterie que les ennemis avoient dressée sur le bord d'un bois qui en étoit proche , il voulut y demeurer.

L'empereur des Tartares n'eut pas la même fermeté dans une pareille rencontre. Un de ses gens ayant été tué d'un coup de canon auprès de lui , il en fut si épouvanté , qu'il prit la fuite , et attira après lui le reste de l'armée. L'aile droite des Polonais que l'on avoit occupée à observer un corps de Tartares qui s 'étoit mis en embuscade dans le bois dont nous venons de parler , n'eut presque point d'autre emploi que de poursuivre les fuyards ; le général des Cosaques fut du nombre , quoique ceux de sa nation se fussent retranchés dans leur camp après la perte de la bataille , où ils eussent encore long -temps résisté aux vainqueurs , s'ils n'eussent point été abandonnés de leur Chef. Mais Kmielniski avoit des ressources plus sûres que l'appui d'une armée assiégée , et tout étonnée de sa défaite. Elles ne lui purent néanmoins servir dans la suite du temps que pour faire une paix honorable

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avec le Roi : ce prince ayant mérité que le Ciel continuât toujours depuis de bénir ses armes contre les rebelles , par la reconnoissance qu'il témoigna envers Dieu , et par la fidélité qu'il eut à s'acquitter du vœu qu'il avoit fait au bienheureux Stanislas , aux prières duquel il s'est toujours cru redevable de cette victoire.

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