‹ Vie de Saint ViateurChapitre 13 sur 25 · SUPÉRIEUR PROVINCIAL DES CLERCS DE SAINT-VIATEUR, EN CANADA · texte numérisé non relu

SUPÉRIEUR PROVINCIAL DES CLERCS DE SAINT-VIATEUR, EN CANADA

Vourles, le vingt-deux octobre 1855.

Mon cher Père,

J'ai eu le grand bonheur de célébrer ici avec vos pères et vos frères la fête de votre bienheureux Patron.

Il me semble qu'il a daigné me traiter comme étant de la famille, et qu'il n'y a pas ici de différence dans la distribution de ses immenses largesses, entre les siens et moi qui cependant ne suis pour lui qu'un étranger.

A la vérité je me suis occupé de ses élèves du Canada du meilleur cœur possible, et c'est sans doute parce que je me suis présenté à lui pour vous, et en votre nom, qu'il a bien voulu m'entendre. Au reste je lui ai bien promis de vous aider de mon mieux à remplit votre belle mission parmi nous, et c'est bien aussi ce que je voudrais faire pour votre propre avantage et pour celui des nombreux enfants du diocèse qui vous sont confiés.

En y réfléchissant sérieusement, je me suis convaincu que si vous n'avez pas été engloutis dans les furieuses tempêtes qui se sont élevées contre vous, vous le devez à la puissante médiation de votre glorieux Patron» Dans cette vue, j'ai pensé que, par devoir et par reconnaissance, nous devions tous travailler à répandre sa dévotion dans le diocèse.

C'est d'abord ce qui m'a porté à vous adresser le mandement ci-joint, dans lequel j'ai réglé tout ce qui concerne la célébration de la fête que nous avons tous tant de raisons d'honorer et de faire honorer en tous lieux et par toutes sortes de personnes.

Mais comme cet admirable Saint n'est guère connu que de nom dans le diocèse, j'ai cru devoir profiter de quelques jours de loisir, pour recueillir les monuments historiques et les traditions qui le concernent, afin d'en écrire l'histoire et de l'envoyer par les deux frères (1) qui s'en vont à Montréal pour y tenir l'école des sourdsmuets. J'espère que Dieu voudra bien verser sa bénédiction sur ce petit travail pour qu'il puisse contribuer à l'édification et à l'encouragement de vos bons frères.

Le lendemain de la fête, je suis allé au cimetière avec tous les frères qui, avant de se séparer, ont coutume, comme vous le savez, d'aller prier sur la tombe de leurs chers défunts. Ce beau spectacle de la charité

(i) C'étaient les FF. M. J. Young et N. Damais.

fraternelle ne pouvait manquer de me toucher et de m'attendrir. En priant pour ceux des frères dont les corps reposent dans ce lieu sacré, je me suis transporté en esprit à Saint- André (i), pour y recueillir tant de bons souvenirs qu'a laissés notre cher Frère Fayard avec sa dépouille mortelle. Il m'a semblé que son âme venait s'unir à celle de ses frères vivants et trépassés, pour faire l'acte le plus touchant de la communion des saints.

Tout ce qu'a fait cet excellent Frère, dans notre Canada, à Berthier surtout et à St- André, me revenait à l'esprit ; le zèle qui l'animait en faisant l'école, le merveilleux changement qui s'opérait chez les enfants qui lui étaient confiés, les belles fêtes et cérémonies pompeuses qu'il a dirigées, l'ascendant qu'il avait obtenu sur les populations entières, l'amour des parents qu'il s'était concilié si heureusement, la confiance des personnes qu'il avait gagnée au plus haut degré, les larmes que fit couler de tous les yeux le P. Thibaudier (2) quand il annonça que son frère, qu'il aimait tant, était dangereusement malade, enfin sa parfaite régularité et ses vertus

(1) Comté d'Argenteuil, Canada, le 26 mars 1854, était décédé sur cette paroisse, où il enseignait, le Fr. Augustin Fayard, compagnon du vénéré P. Champagnear, fondateur de la province canadienne. Arrivé au pays en 1847, Ie Fr. Fayard s'écait vite acquis la réputation d'un saint. Ses restes mortels reposèrent longtemps à St-André ; ils furent transportés à Joliette et inhumés dans le cimetière de la Communauté, après un service solennel, le 1er août 1882.

(2) Clerc de Saint-Viateur alors Curé de St-André d'Argenteuil, décédé à Jolittte, le 23 novembre 1862.

religieuses se peignaient à mon imagination sous des couleurs bien vives, pendant que je priais pour vos frères dans le cimetière de Vourles.

Il me semble que vous devriez envoyer à votre vénéré P. Querbes une notice sur ce bon Frère Fayard, pour bien faire connaître en France ce qu'il a fait en Canada. On en serait à coup sûr très édifié, et il en résulterait cet autre bien, savoir que vous resserreriez de plus en plus les liens qui vous attachent à la maisonmère, car plus il y aura d'intimes rapports entre vous et vos frères de France, et plus vous serez forts dans l'accomplissement de vos devoirs religieux.

Je salue et bénis très affectueusement vous et tous vos pères et frères du Canada, et me recommande instamment à vos ferventes prières.

Veuillez bien aller saluer pour moi M. le Grand- Vicaire (i) et le prier de ne pas m'oublier dans ses mémento. Je recommande à Dieu de le conserver encore bien des années et de bénir toutes ses entreprises et, entre autres, son couvent.

Je suis, etc.

f Ig. Ev. de Montréal.

(i) M. Antoine Manseau, curé de Joliette, coopéra très efficacement, avec l'honorable Barthélémy Joliette, à l'arrivée puis à l'établissement des Clercs de Saint- Viateur, à Joliette, alors l'Industrie. Il fut le soutien et l'un des plus insignes protecteurs' de l'œuvre naissante. Il mourut le 7 avril 1866, à l'âge de 79 ans, après 52 ans de sacerdoce. Ses restes reposent sous l'église paroissiale de Joliette.

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