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CHAPITRE IV FONDATION DE QUÉBEC

I. Champlain à Paris. — II. Monts et Champlain. — III. Départ de Champlain pour Tadoussac. — IV. Champlain fonde un établissement à Québec. — V. Les voisins du fort. — VI. Tentative de révolte à Québec. — VII. L'hiver de 1603-1609.

I. — Champlain, de retour à Paris, est comme une àme en peine. Il rêve des immenses forêts aux odeurs pénétrantes, des déserts mystérieux et sans fin, de la vaste mer qui toujours gronde et toujours roule sur les côtes une interminable et mobile frange d’écume; il rêve des Sauvages aux formes scuipturales, qui « ne sont point » tant sauvages qu'avec le temps, et la frequentation » d’un peuple civilizé, ils ne puissent estre rendus » polis! »; il rêve aussi du majestueux Saint-Laurent qui doit, pense-t-il, donner accès à la mer de Chine. Il voudrait sonder les mystères de là-bas, appeler à la religion chrétienne des milliers d'âmes qu’il croit au pouvoir du

1 CHAMPLAIN, Voyages et descovvertes faites en la Novvelle France, depuis l'an 1615, iusques à la fin de l'année 1618; Paris, 1629 et 1627, Av Roy.

diable, construire une chaîne de forts, à des points stratégiques bien choisis, pour barrer aux étrangers les tributaires du grand fleuve et canaliser vers la mère-patrie les richesses de la Nouvelle-France.

II. — Le sieur de Monts, de son côte, ne se résigne pas à l'abandon de son entreprise.

I vient voir Champlain et Champlain lui conseille de se porter en Canada, beau pays, sain, riche en hommes et en matières commerciales.

Monts représente à Henri IV les avantages de la colonie et lui montre les échantillons de ses produits agricoles. Le roi le nomme lieutenant général de la Nouvelle-France et lui accorde, par lettre du 7 janvier 1608, pour un an, le trafic des pelleteries !.

Monts et Champlain ne voient pas l’entreprise sous le même angle. Monts est huguenot et ne pense qu’à refaire sa fortune. Champlain, ardent catholique, a pour objectif la decouverte, la conversion et la colonisation du pays. Pour lui, toute vie tourne sur la foi et la gloire de Dieu. Dieu n'a-t-il pas dit : « Que la conversion » d'un infidèle vaut mieux que la conqueste d’un » royaume? ? »., Cependant les deux hommes se font des concessions et s'entendent. Monts nomme Champlain son lieutenant en Canada, et Lescarbot adresse à son ancien

1 LescarBor, Hist., 1612, pp. 618, 619. — CnamrLain, Voyages, 1632, 1re partie, p. 114.

? CHAMPLAIN, Voyages, 1632, lre partie, p. 8.

collaborateur un sonnet qu'il a inséré dans les Muses de la Nouvelle-France.

III. — Monts arme à Honfleur deux navires. Pontgravé, « député pour les négociations avec les Sauvages », part le 5 avril 1608, pour Tadoussac. Champlain part huit jours après. Le 15 mai, il est sur le Grand- Banc; le 30, il passe Gaspé; le3 juin, iljettel'ancre devant Tadoussac. Il suit la côte en chaloupe, ne voit rien, n’entend rien et s'inquiète. Il tourne la Pointe aux Roches, qu'il nomme, pour le moment « Pointe-de-tous-lesdiables », parce qu’elle est souvent fouettée de vents

AV SIEVR CHAMPLEIN Géographe du Roy.

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