‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 23 sur 112 · RER · texte numérisé non relu

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vais traitements que leur font subir ses capitaines et présentent une requête. « Il ne manque en cour de person- » nes », ajoute Champlain, « qui promettent que pour » une somme de deniers l’on feroit casser la commission » du sieur de Mons. Ceste affaire se practique en telle » façon, que ledit sieur de Mons ne sçeut si bien faire, » que la volonté du Roy ne fust destournée par quelques » personnages qui estoient en credit, qui luy avoient » promis d'entretenir trois cents hommes audit pays. » Doncques en peu de temps la commission de Sa Ma- » jesté fut révoquée, pour le prix de certaine somme » qu’un certain personnage eut, sans que sadite Majesté » en sçeust rien ! ». ,

Au fond de tout cela, on ne voit que mensonges, hypocrisie, vénalité, divagation.

XVI. — Poutrincourt est toujours à Port-Royal et ne se résout pas facilement à l’abandonner. Il demande des hommes de bonne volonté pour le garder pendant un an. Huit se présentent, mais ils font des conditions inacceptables. Le fort restera donc à l'abandon. Si des chrétiens y viennent, il sera pillé, dévasté, peut-être incendie. Des sauvages, on n’a rien à craindre : ceux qui out respecté Sainte-Croix respecteront Port-Royal.

Chevalier, le commandant de la barque envoyée par la Compagnie, a reçu pour Poutrincourt une grande quan-

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 1r° part.. pp. 42, 45.

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tité de vivres, d'épices et deux barriques de vin; tout a été perdu « par fortune de gueule ». Ce brave capitaine donne pour excuse qu’il les croyait tous morts.

J1 désire repartir de suite. Poutrincourt ne l'entend pas ainsi. Il veut faire sa récolte, s'assurer des vivres pour la traversée, porter au roi des échantillons de ses produits. Enfin, le 11 août 1607, sa récolte faite, il s'embarque. Les Sauvages pleurent, malgré sa promesse de revenir l’année suivante, et Lescarbot soupire son Adieu à la Nouvelle-France.

Le départ devant avoir lieu du port de Canso, Poutrincourt y fait transporter, en plusieurs fois, ses désolés compagnons. Champlain, qui voulait explorer les côtes du cap de la Hève au cap Canso, pour compléter le périple de la péninsule acadienne, part l’un des premiers.

IL décrit les caps, baies, ports, îles, estuaires et donne des noms qui ne seront pas tous conservés.

Il constate que, du cap de Sable au cap Canso, les côtes sont peu élevées, rocheuses, bordées, en beaucoup d'endroits, d’iles et de brisants qui forment, parfois, des pointes longues de deux lieues. Il y a pourtant de bons havres et de bonnes baies, et les bords des rivières sont très agréables. Il résulte de l’ensemble des observations de Champlain que l’Acadie forme une table inclinée de l'ouest à l’est.

C'est à Canso, il semble, que Monts aurait dû fonder

1 LescarBor, Hist., 1612, pp. 509-608.— Les Moses de la Novvelle- France.

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son principal établissement. C’est la tête de l’Acadie et les navires y peuvent apporter, en toute saison, des secours de France. Le havre, profond de trois lieues, contient plusieurs îles dont la plus grande, située au milieu des autres, a près de quatre lieues de circuit. Le terrain en est boisé, bien arrosé, fertile. Elle forme deux anses dont le mouillage est sûr. Dans le continent, qui est tout proche, coule une rivière où le saumon est si abondant qu’elle est nommée pour cette cause « Rivière aux saumons | ».

Quand Champlain arrive à Canso, il a encore devant lui quelques jours. Il en profite pour visiter le détroit qui sépare l’Acadie de Cap-Breton, notre ancienne île Royale, et pour faire, dans l’intérieur de cette île, quelques excursions. Elle est montagneuse, et ses eaux, pour la plus grande part, vont se perdre dans un lac central, le « Bras d'Or », qui est vaste et beau.

Les Portugais ont occupé cette île, mais peu de temps. Habitués à un isotherme de 15 à 20 degrés, une température moyenne de 5 degrés devait être pour eux, en hiver, un enfer de glace.

« Toutes ces choses veues », dit Champlain, « je re- » passay en France, après avoir demeuré quatre ans » tant à l'habitation de Sainte-Croix qu’au port Royal? ».

Au commencement d'octobre, il touche à Saint-Malo et se dirige sur Honfleur.

1 Cnarrevoix, op. cit., t. I, p. 187.

2 CHampLaix, Voyages, 1632, 1re partie, pp. 94-97.

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L'occupation de l’Acadie avait duré trois ans, coûté cent mille livres et beaucoup de vies humaines, mais la colonie agricole de Port-Royal donnait beaucoup d’espérances.

Pour dédommager Monts de ses pertes, le roi lui accorde une somme de 6,000 livres à prendre sur plus de quatre-vingts navires qui allaient en Nouvelle-France faire le trafic des pesieteries. « C’estoy luy donner la mer à boire ». Il finit par y renoncer. « Voilà, dit Champlain, » comme ces affaires furent mesnagées au Conseil de sa > Majesté : Dieu face pardon à ceux qu’il a appellez, et » amender ceux qui sont vivans », Que peut-on entreprendre avec des gens qui jugent en aveugles, à tort et à

travers, sans prendre avis de ceux qui pourraient les renseigner !.

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, lre partie, p. 46.

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