‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 3 sur 112 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

[. Jean Alfonse et les croyances Ccosmogoniques de son temps. — II. La bulle d'Alexandre VL commentée par Alfonse, déchirée par François Ler, — II. Anciens voyages aux côtes d'Amérique, — IV, Voyage du vicomte de Guen et du baron de Léry à l'ile de Sable. — V, Voyage de Giovanni Verrazano, — VI, Voyages de Jacques Cartier. — VII. Capture de Donnacona, roi de Canada, — VIII. Voyage de Roberval, au Saguenay, — IX. Jean Alfonse cherche un passage à la Chine. — X. Etat des esprits au xvié siècle, — XI, Le voyage de Pantagruel. — XII. Comment Rabelais entend la colonisation. — XII. Opinion de Montaigne sur les Sauvages, — XIV, La conquête du Nouveau-Monde jugée par Montaigne. — AV. Les Sauvages de l'Amérique du Nord, — XVI. Ce que demandent les Européens. — XVIL. Nécessité de hâter la conversion des Sauvages,

L. — Le 24 novembre 1545, Jean Alfonse, du pays de Saintonge, achevait la rédaction de son Hydrographie.

On voit avec étonnement, dans cette œuvre d'un marin brave, instruitet heureux, quele xvi° siècle croyait encore aux rêveries cosmographiques des ancêtres.

Un demi-siècle après la découverte de l'Amérique, le Puys de saint Patrik, le Phœænix, la Pomme de Paradis, les Hommes acéphales, cynocéphales, capripédes, unipèdes, monocoles, Ophiophages, ete., etc., n'étonnaient

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personne. Jean Alfonse en donne la raison : « Cecy a » este veu par beaucoup de gens, et de cecy nul ne se » doibt esmerveiller, car tout ainsi que Dieu a créé » beaucoup de choses en la terre, aultant en a créé en la » mer et davantaige ». Et puis, suprême argument, erfoncé comme un clou dans la dure cervelle du moyen âge : « C’est setret de Dieu dont il ne se faut trop en- » querir ».

Les voyageurs de ce temps-là n'étaient pas tenus de croire tout ce qu’ils disaient. On leur demandait du merveilleux : ils en donnaient, et on leur criait en riant : « À beau mentir qui vient de loin ». Les fictions des Chrétiens étaient de même famille que celles des Hellènes et des Latins, s'étayaientréciproquement et se gravaient ensemble dans les esprits. Les cartes contenaient moins de détails géographiques que d'images d'hommes ou d'animaux fantastiques. Cependant, quand Alfonse écrit avec componction : « C’est secret de Dieu », il fait penser à son ami François Rabelais, qui nous donne ce joyeux précepte : « Uh homme de bien, un homme de bon sens ‘» croit toujours ce qu'on lui dit et trouve par escrit ». Des hommes graves montrent pourt at cette crédulité.

Dom Manuel, roi de Portugal, n’ec.it-il pas aux souverains espagnols, le 29 juillet 1501, que les hommes de ses mines du Sofala ont deux yeux par devant et deux par derriére f *

1 NAVARRETE, Coleccion de los viages y descubrimientos; Madrid, 1829, t, LIT, p. 100,

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Christophe Colomb, qui ne riait jamais et pontifiait toujours, ne nous apprend-il pas que les sujets du puissant roi Magon ou Mangon naissaient avec une longue queue et qu'ils la dissimulaient sous une tunique qui leur tombait sur les talons?! Ala vérité, les sujets du roi Magon avaient une longue queue, mais elle n'était pas attaghee où le disait Colomb; en bon chinois qu'ils étaient, 1]s la tressaient soigneusement et se la laissaient pendre dans 1e dos.

Au moment où Jean Alfonse écrivait son Hydrograplie, Copernic découvrait que le soleil est au centre de l'infini, comme assis sur un trône, ct qu’il fait tourner en cercle, despotiquemernt, sa famille d'astres. Cette découverte modifiait notre horizon cosmographique.

On retrouvait alors un nouveau monde. ELa:vieille Europe tressaillait, lisait avec enthousiasme les récits des marins, les descriptions de constellations, de terres, de mers, d'hommes, d'animaux, de plantes inconnus. L'homme comprenait les harmonies de la nature, admirait, et son ambition ne connaissait plus de limites.

Il. — Le pape Alexandre VI daigna laisser à Dieu la nue proprièté de la planète, mais il s’en réserva l’usufruit et Le droit d’en disposer à son bon plaisir. Par bulle du 4 des nones de mai 1493, il partagea, entre l'Kspagne et le Portugal, les Indes Orientales et Occidentales.

LA, pe HumBorpr, Examen critique de la Géographie du Nouveau continent, t, IV, p. 244; t, V, p. 221,

Cela ne fut pas du goût de Jean Alfonse, et, tout bon | chrétien qu’il était, il dit nettement à François I : | «Le roy d'Espaigne et le roy de Portugal ont fait par- | » taige de l'Universel, et les limites, dont commencent | » les partaiges, sont à quatre cent cinquante lieues en | » occident des isles du Cap de Vert. La division dont ils

» ont parti s’appelle la rivière de Maragnan, qui est en » la coste de Brésil, coste de l’est et ouest du costé devers ( » le Brésil. La dite rivière est à sept degrez au su de la | » ligne devers le pôle antarctique. Le roy de Portugal a prins la partie d'orient jusques-là où descent la riviere » de Gange en la mer Pacifique, et le roy d’Espaigne a » prins la partie d'occident jusques à la dite rivière de » Gange, et ont faict là-dessus lesdicts partaiges sans y | » appeler Vostre Majesté Royale, ne autres vos prédé- | | | | | |

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cesseurs, et m'est advis qu’ilz ont mal party, entendu » qu'ils ont tout prins, entendu que vous y aviez aultant » et si grand droict que eux,.... et me semble que à vous en appartient portion aussi bien que à eux, parce » que vous avez des gens en vostre royaulme qui cognoissent que sont les plus riches isles du monde! ».

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François l‘* pensait comme son vieux et vaillant pilote, « Est-ce que le fils aîné, dit-il, est plus bâtard que ses puinés? que tout au moins l’on me montre l'article du testament d'Adam qui me deshérite ». Le Saint-Père laissa sans réponse cette demande peut-être indiscrète,

1 Pierre Marany, Les Navigations françaises et la Révolution maritime du xive au xvit siécle: Paris, Tross, 1867, ch. v.

et le roi ne tint compte de la fameuse bulle et de l'excommunication latae sentenciae qu'elle spécifie".

III. — Depuis longtemps déjà les marins normands, basques et bretons fréquentaient les pays si libéralement donnés par le Saint-Père.

En 1364, les Dieppois et les Rouennais avaient des comptoirs sur les côtes de Guinée.

En 1402, le cauchois Jean de Béthencourt a conquis les Canaries.

Vers 1488, les marins de Dieppe ont touché au Brésil.

En 1503, Binot Paulmier de Gonneville a séjourné dans ce pays. La même année, les Normands et les Bretons ont exploré les côtes de l'Amérique du Nord, entre le cap Race et le cap Bonavista (Terre-Neuve).

En 1506, Jean Denis, de Honfleur, et le pilote Garmart, de Rouen, ont pénétré dans le golfe Saint-Laurent.

En 1508, Thomas \ubert, l’un des capitaines de Jean Ango père, a transporté dans ces pays les premiers colons normands ?.

IV. — Saint-Just, vicomte de Guen, ayant « le cou- >» rage porté à choses hautes, désiroit s’establir par delà > et y donner commencement à une habitation de Fran-

! Cette curieuse pièce a été publiée par Navarrete, d'aprés l'original conservé aux Archives des Indes de Séville. (Coleccion de los viages ÿ descubrimientos, t. 11, pp. 28 et suiv.).

? Ramusio, Discorso d'en gran capitano di mare francese del luogo di Dieppa, in Navigationi; Venetia, 1606, t, II, fol. 335, 8. c.

» çois ». En 1518, peut-être quelques années plus tard, il fit voile, avec le baron de Léry, jusqu’à l'île de Sable, en face des pêcheries bretonnes. Le voyage, contrariée par le mauvaistemps, a été très long; le navire 4 manqué d’eau pour le bétail, et force fut de laisser, dans l’île de Sable, les vaches et les cochons. Ce bétail multiplia et sauva de la disette les malheureux que le marquis de la Roche abandonna dans cette île, par fortune de mer, en 1598?.

V. — Toutes ces expéditions étaient privées. François I‘, qui ne les ignorait pas, eut la pensée de les proteger, de les étendre, de se saisir d'une part du monde nouvellement decouvert, et de chercher, à travers ces terres, un passage à la Chine plus court et moins périlleux que ceux du cap de Bonne-Espérance et du détroit de Magellan.

En 1525, il envoie, avec quatre navires, à la recherche de ce passage, le florentin Giovanni da Verrazano. L’habile marin touche, au 34° degré de latitude nord, la terre inconnue. Il descend cinquante lieues au sud, ne trouve rien qui lui convienne, revient en arrière, s'élève jusqu’au 50° degré de latitude Nord et rentre à Dieppe le 8 juillet 1524.

1 D'Avezac, Introduction au Brief récit et succincte nar “ration de ia navigation faite en M. D. XXXV et M. D. XXXVI, du le capitaine Jacques Cartier; Paris, Tross, 1863, fol. vi.

2 Marc LescARBor, Histoire de la Nouvelle-France; Paris, Jean Millot, M. vo. x, p. 420.

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