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mème nom, et remonte cette rivière jusqu’au lac Nipissing.
IT. — La Matawan, qui se jette dans l'Ottawa, prend sa source près du lac Nipissing, dans le lac de la Truite ou Trout Lake, qui est très profond ; elle traverse le lac Talon, d’où elle s'échappe par une cascade de 13 mètres. Son cours, long de 72 kilomètres, très profond, constamment dirigé de l’ouest à l'est, forme des chutes qui exigent au moins quatre portages et portent à 170 nieds sa dénivellation totale. C'est le plus large et le plus profond des affluents occidentaux de l'Ottawa!.
Le pays est désagréable, couvert de sapins, de bouleaux et de quelques chênes. Il est rocheux, parfois un peu montagneux, désert, stérile. Quelques Algonquins y vivent de chasse, de pêche, de prunelles, de framboises et autres petits fruits qui croissent spontanément sur le bord des rivières.
III. — Après avoir passé plusieurs petits lacs, Champlain entre, le 26 juillet, dans celui des Nipissings, qui est « beau à merveille, profond et fort puissonneux ».
Il glisse tout le jour dans un dédaiïe d'îles verdoyantes qui se mirent dans la profondeur bleue. La vie humaine se manifeste par des groupes de huttes qui émergent de la sylve.
1 A, Buies, L'Outaouais supérieur ; Québec, 1889, p. 192.
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Les Nipissings sont infestés de démons, d’esprits et de sorciers. Les Jésuites et les Récollets voient dans les Nipissings un peuple de sorciers. La vérité est que les Jésuites et les Récollets croient, comme les Nipissings, aux démons, aux esprits, aux sorciers, et que Nipissings, Récollets, Jésuites, sont aussi sorciers les uns que les autres.
Champlain passe deux jours chez les Nipissings, qui le festoient de poisson, de daims et d'ours. Il trouve, comme le P. Sagard, qu'ils sont assez bonnes gens, fort honnêtes et courtois en leur conversation et d’un esprit capable de quelque chose de bon.
Ils sont au nombre de sept à huit cents et restent habituellement dans les îles.
IV. — Champlain sort du lac par la brèche de l’ouest, et ses canots flottent sur la rivière Française, maintenant French River.
Il reste plusieurs jours sans rencontrer figure humaine. Cela lui semble dur, car ses dix sauvages ont gloutonnement dévoré les provisions du voyage. Il faut vivre maintenant d'un peu de maïs, de prunelles et de framboises qu’il trouve sur les bords de la rivière.
V. — Soudainement il rencontre une troupe de trois cents sauvages. Il les nomme Cheveux Relevés « pour » Les avoir fort relevez, et agencez, et mieux peignez que » nos courtisans, et ny a nulle comparaison, quelque fers
» et façon qu'ils y puissent apporter. Ce qui semble leur » donner une belle apparence ! ».
Ils ont le corps tailladé et tatoué, le visage peint de diverses couleurs, les narines percées, les oreilles ornées de patenôtres. Hors de leurs maisons, ils portent une massue, Ils n’ont pour armes de guerre qu'un arc et un bouclier en cuir bouilli. Les femmes et les filles ne sont pas choquées «le leur nudité, Elles vont au milieu d’eux, les entretiennent sans gêne aucune, « sans que l'on puisse » appercevoir », dit le P. Sagard, « que cela fasse mau- » vais effet sur elles ? ».
Champlain fait amitié avec eux et donne au chef, qui en est ravi, une hache. Celui-ci dessine sur une écorce, avec du charbon, la carte du pays.
VI. — Du point où il est, il découvre une immense étendue d'eau : c'est le lac Attigouautan, qu’il nomme « Mer Douce » et que nous appelons « lac Huron ». Il voit, à la limite de l'horizon, sous la figure d’une ligne bleuâtre, la grande île Manitoulin. Au sud s'étale le vaste bassin de Georgian Bay.
Il longe, sur une distance de cent milles, la bande orientale de cette baie, à travers des îles sans nombre, alors sauvages, verdoyantes, belles, aujourd’hui dépouillées de leur parure sylvestre, tristes et désertes. Le long
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1620, fol. 21, 22.
2 SAGARD, Hist., 1636, p. 200.
3 CHAMPLAIN, Voyages, 1620, fol. 21, 22.
du lac, du côté du nord, le pays est àpre, en partie plat, quelque peu boisé, inhabité.
Champlain prend terre à la pointe sud-ouest de Matchedash-Bay, à l'embouchure de la petite rivière Wye, peut-être, dit Francis Parkman, dans le havre de Penetanguishine, maintenant station navale britannique.
VII. — Au lieu des bords arides, désolés de la rivière Française, c’est un sentier indien qui traverse de vastes prairies coupées de nombreux ruisseaux, des bois, de vertes collines qui donnent au panorama un aspect pittoresque et gracieux. Ce pays, maintenant très peuplé, est admirable pendant les mois d'été.
Le 1° août, Champlain traverse une forêt ; dans cette forêt il trouve une clairière, dans cette clairière des champs de maïs et le village huron d'Otouacha.
Ce village ressemblait beaucoup à celui de Hochelaga. Il était le centre d’une communauté très importante.
VIII. — La seconde nuit de son séjour, les puces le chassent de sa cabane. Ilse promenait mélancoliquement, à petits pas, respirait les parfums apportés par la brise et contemplait le ciel étoilé, quand vint à lui une jeune Huronne qui, de façon très pressante, le prie d'amour. Il résiste vertueusement, fait à la belle, sur la chasteté, un sermon que le vent emporte, et va passer le reste de la nuit avec quelques sauvages '!. Déjà les Hurons l'avaient
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1620, fol. 25.
engagé, selon leur coutume, à se choisir une ou deux compagnes. Il avait refusé courtoisement, disant que ce n'était pas l'usage en France. Il se trompait un peu, mais volontairement.
IX. — La veille, il avait visité Carmaron; le lendemain, il parcourt plusieurs autres villages et s'arrête à Caragouha, qui est ceint d'une triple palissade haute de trente-cinq pieds. Il y trouve le P. Joseph Le Caron.
Les Hurons lui ont bâti, au bord de la forêt, uu petit ermitage. Il va voir les Hurons, les Hurons le viennent voir. Ceux-ci lui apprennent leur langue, et lui leur enseigne les mystères de sa religion.
Le 12 août, il a la joie de dire une messe solennelle. Près de l'ermitage, Champlain fait planter une croix de bois!,
X. — Ce pays que parcourt Champlain, a une surface de 4 260 kilomètres carrés; il est compris dans la péninsule huronne, entre les baies Nottawasaga et Matchedash, la rivière Severn et le lac Simcoe. Il est froid comme tous les pays canadiens, mais son climat est tempéré par les grands lacs.
La richesse du sol, la salubrité du climat, le voisinage de grands lacs navigables favorisent singulièrement l'accroissement de la population.
1 CHAMPLAIN, Voyages, 1620, fol. 26. — Saaarn, Hist., 1636, pp. 28, 29.
En 1615, Champlain comptait pour dix-huit villages, dont trois fortifiés, 2 000 guerriers, « sans en ce com- » prendre le commun, qui peuvent faire en nombre » 30 000 âmes ». Dans l'édition des voyages de 1632, il réduit à 20 000 ce dernier chiffre!. Les PP. Sagard, Le Jeune, Lallemant, Le Clercq, portent à 20 et 22 le nombre des villages et à 30 000 le nombre des habitants.
De 1648 à 1650, les Iruquois ont exterminé les Hurons, nos fidèles alliés; les Anglo-Saxons ont détruit ou relégué les Iroquois, et l'Europe a perdu l'unique occasion que lui offrit la nature de régénérer son sang appauvri par la dépravation romaine et l’atmosphère étouffante du moyen âge.
1 CHA1PLAIN, Voyages, 1620, fol. 77. — 1632, 1re part., p. 285.