‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 73 sur 112 · M US · texte numérisé non relu

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commencent à croire, comme Champlain, qu'ilest dangereux d'attendre toujours, pour manger, les navires de France, et daignent mettre la main à la bêche. Le second jour de mai on sème du froment. Il ÿ a loin, hélas! des semailles à la moisson. Il faut vivre en attendant l’août, et la patience ne suffit pas. Les pauvres vont dans les bois, à cinq ou six lieues de distance, chercher des racines et du gland.

Le P. Sagard nous apprend que ces racines sont celles du Sigillum Salomonis. Elles servaient souvent de pain. Plus souvent on les faisait bouillir avec du gland, un peu de farine et de son d'orge, de la paille et du poisson coupé menu, quand on pouvait s’en procurer. Cette horrible mixture semangeaitsanssel, parce que, depuislongtemps, Québec n’en avait plus un grain !.

VII. — Le capitaine Erouachy dit à Champlain qu'il y a de l’autre côté du fleuve, à sept ou huit jours de marche, une nation agricole qui désire s’allier avec les Français pour faire la guerre aux Iroquois.

Champlain pense que cette nation, qui est celle des Abénaquis, lui peut être utile, soit en lui fournissant du grain, soit en se chargeant d’un certain nombre de ses compagnons. Le 16 mai 1629, il envoie un homme de confiance reconnaître le pays, porter des présents aux chefs et leur dire qu’il veut aller avec eux à la guerre suivi de cent hommes, si les navires viennent, et de cin-

1 SagarD, Hist., 1636, p. 976,

AACUIT ii | A DLPEUT À an | ( quante s'ils ne viennent pas. Il jugeait « qu'il valloit DL à : . . . | 1 La » mieux faire et executer ce dessein, pour descharger | i ë À x FAN ul 1e » l'habitation, que mourir de necessité les uns pour les (ll uk » autres, attendant le secours de France, et ainsi », dit- | 1 t il, « j'allois cherchant des remedes au mieux qu'il m’es- il | 1, ; AL ës » toit possible ! ». A ëg Il aurait voulu aller chez les Iroquois pour vivre à leurs | | ’ . , . H dépens, venger le supplice de Magnan et autres méfaits, | sé mais pour cela il fallait de la poudre, et il n’en avait pas. n 6 | | ét VIII. — Il envoie à Tadoussac deux hommes. Ils y | pé resteront jusqu’au 10 juin pour l’avertir de l’arrivée de 1l | île vaisseaux français, anglais ou contrebandiers. Ils propo- | | ps seront, au premier contrebandier qui viendrait : de lui il ; Fà 4 ; | | acheter, au même prix que les Sauvages, ses vivres et ses | | | marchandises; de passer en France, moyennant payement, a (ù :] un certain nombre de nos gens. Ils lui promettront, à | | IL: | 1 . ’ Q ’ ‘ | ill i titre de récomjense, la liberté de trafiquer sur le fleuve *. | | Un de : On rin ; se DAT D Le Les navires de 1629etaient en retard. Depuis longtemps LIRE S Q . . , . ! . ‘ . ji (4 | | la ration quotidienne etait réduite à sept onces de farine | \l A de pois. À partir de la fin de mai, il ne restera plus rien (l es 88 008 | du tout. î ses Doll | IX. — Le 17 mai, le sieur Desdames part, avec six | | | C e ’ , . Îl 4 hommes, pour Gaspé. Il s’efforcera de trouver des navires | A | LL | ux n « , init | {| { de pêche, leur demandera des vivres pour l'habitation et | rre | | in- 1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2° part., pp. 176-178. | | | | | 2 CHARLE VOIX, 0p. cit., t. I, p. 260. {ll | 3 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 178-179. | 1

le passage pour un certain nombre d'hommes. Il a tout pouvoir pour traiter. Ce qu'il fera est approuvé d'avance.

Cette affaire arrangée, Champlain s'occupe de la réparation de la barque. Par son moyen, il enverra, dans les eaux de Gaspé, une trentaine d'hommes pour pêcher, chercher des vivres ou se mettre en pension, pour l'hiver, chez les Sauvages des environs. Ils devront surtout s’efforcer d'envoyer à Québec du sel et du poisson.

X. — « La deploration la plus sensible en ces lieux » en ces temps de disette », dit Champlain, « estoit de » voir quelques pauvres mesnages chargez d'enfans qui » crioyent à la faim après leur pere et mere, qui ne pou- » voient fournir à leur chercher des racines ! ».

Certaines personnes consommaient sans produire parce que les Compagnies n'avaient pas voulu leur donner les moyens de cultiver la terre. Seule la famille Hébert se suffisait. Elle avait eu des ressources. Surtout elle avait lutté avec obstination et avait résisté courageusement aux vexations, spoliations, privations que lui faisaient souffrir les Compagnies.

« D'environ 55 à 60 personnes qui estoient pour la » Société il n’y en avoit pas plus de 18 pour travailler » aux choses nécessaires, tant du fort de l'habitation » qu'au cap de Tourmente. .. Tout le reste des hommes > etautres personnes consistoit en trois femmes, l’une desquelles le sieur de Caën avoit amenée pour avoir

1 CnaMPLAIN, Voyages, 1632, 2° part., pp. 182-183,

| till Lu | 1 | Al — 293 — | Al pull it » soin du bestial, qui estoit le plus nécessaire, deux autres | | 1] | >, » femmes chargées de huict enfans, quatre Peres Recolets l | | ï » tous les autres officiers et volontaires n'estoient pas ji 4 2s | » gens de travail ! ». | je ‘1 | F À la fin de mai, les pois sont épuisés. On ne vit plus | ll 5 que de racines et chacun n’en à pas la « moitié de son ll LUE f- saoul », fl | Les Montagnais connaissent la situation. Si l'idée leur | | en venait, ils pourraient attaquer le fort et courir sus à | DE! | de ceux qui vont chercher des racines. C’est alors que l li | | lle Champlain s'arrange pour mettre en liberté, sans altérer 1 lt | Ut | son prestige, l’homme qu'il tient en prison depuis qua- | k | ré torze mois, qu'il ne peut plus nourrir et qu'il ne veut pas | faire mourir sans jugement ?. 1 | "ce Desdames revient sans avoir rencontré un seul navire, L) | | Se Il apporte un baril et demi de sel et l'offre d'un capitaine | il | se gaspésien de prendre en pension vingt Français. Il a con- | ll {1 it naissance que des vaisseaux anglais rôdent sur les côtes | ui ent d'Acadie. | ù 4 | ent | f | XI. — Le 26 juin la barque est prête; Boullé, beau-frère | FA la de Champlain, la monte avec trente hommes. Vingt de | F1 ler ces hommes désirent rester à Gaspé, les dix autres veulent | ll | ton tenter la traversée de l'Atlantique. Champlain a donné, a qi f.| es à l'intrépide officier, des lettres et des mémoires pour le ll ne Roi, le Cardinal, le Conseil et les Associés. il ; | ir

? CHaAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 190-199,

| | | € || | | 1 CnAMPLAIN, Voyages, 1632, 2° part., pp. 183-184. | l |

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XIT. — Champlain attendait, au commencement ile juillet, des Hurons et vingt Français qu’il avait envoyés chez eux pour économiser les vivres de l’habitation. Que leur donnera-t-il à manger? Il n'y avait plus de pois; les racines devenaient rares et il fallait aller les chercher à six ou sept lieues: il ne voulait pas donner pour la chasse les trente ou quarante livres de mauvaise poudre qui lui restait.

XIII. — Le 8 juillet, il envoie à Trois-Rivières le Sauvage Chomina pour acheter aux Hurons de la farine de maïs. Il dépèche en même temps aux Etchemins, pour acheter de la poudre, le Sauvage Ouagabemat.

Ouagabemat, arrètée par les basses eaux, revient, au bout de trois jours, les mains vides.

XIV. — L'homme envoyé chez les Abénaquis est de retour le 15. Il a vu de belles campagnes, peu boisées, bien cultivées ; une bellerivière, la Penobscot, que Champlain a explorée en 1605. Les indigènes désirent faire alliance et offrent de nourrir, pendant l’hiver, un certain nombre de Français. Un chef va venir avec des provisions. Tout cela est bien, mais quelques sacs de maïs feraient mieux l'affaire.

XV. — Le 17 arrivent les vingt Français qui étaient chez les Hurons. Les uns n'ont pas de vivres ; ceux qui en ont les cachent.

Le P. de Brébeuf revient aussi. Il apporte, pour les

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Jésuites, quatre ou cinq sacs de farine de cinquante livres chacun. Les Hurons en ont trois sacs : deux sont achetés par les Récollets, le troisième par Pontgravé. « Pour » moy », dit Champlain, « il fut hors de ma puissance » d'en pouvoir avoir, ny peu, ny prou, et ne m'en fut » seulement offert une escuellée ». Il n'avait jamais eu morceau qu'il n'ait partage avec tout son monde, et tout son monde le laissait mourir de faim.

Il ne pouvait plus compter que sur la récolte de la famille Hébert et des Récollets. Les Jésuites ne cultivaient que pour eux let ne pouvaient donner aux affamés que de belles paroles, de pieuses exhortations, d'éloquents discours sur les mérites du jeûne et la colère divine. A

tout cela, Champlain lui-même aurait préfére quelques sacs de maïs.

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 199-212.

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