‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 80 sur 112 · ED EE TA PRET IN METRE CES · texte numérisé non relu

ED EE TA PRET IN METRE CES

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., p. 263. ? CHAMPIAIN, tbid., pp. 241, 242, 3 CHAMPLAIN, 1bid., p. 242.

RE

| I | | AE = 30) — : t S$, Champlain. Le pauvre gouverneur en éprouve un grand | | À | is chagrin, et tous les jours les deux fillettes pleurent à ll 8, chaudes larmes. Tout ce qu’il peut obtenir, c’est qu’elles é, seront données en garde à la famille Couillard !, 14 nt A la reprise de Québec, il n’est pas question d'elles. || ce Comme l'a dit le P. Sagard : « C’est une marchandise as difficile à conduire ». Il est probable qu’elles ont quitté || ite la famille Couillard pour suivre dans les bois des amou- (ll h reux au teint cuivre. i | el, XXI. — À Tadoussac, les huguenots sont les maîtres, | | et ils le font voir. Les catholiques leur ont défendu de — chanter des psaumes, ils leur défendent de prier publi- | ner quement. Aussi tolérants les uns que les autres. | Les calvinistes ont pour chef Jacques Michel, le traître (LL TS: qui a provoque et dirigé les deux expéditions anglaises je , ils qui viennent d'aboutir à la prise de Québec. | | Lime Il était habile marin et avait le titre de vice-amiral. | | Impressionnable et sensible au point d'honneur, faci- | | lement irritable, il s'emportait jusqu’à la frénésie quand | en les Français l’accusaient de trahison et de perfidie. Les des officiers anglais le traitaient avec dédain, de façon haurait taine ; à travers la politesse forcée du langage perçait le i de à mépris, et cela l'exaspérait. Les matelots eux-mêmes ne | gne se gènaient pas pour dire qu’il avait trahi sa patrie, | s de commis le crime irréparable. Qu'il ait eu de la haine pour les fanatiques qui l’ont poussé en exil, cela se comprend; |

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2e part., pp. 242, 243, 246-253. | |

mais on ne se venge pas de la patrie, l’alma mater. Thémistocle, frappé d'ostracisme, a mieux aimé mourir que de porter les armes contre la Grèce.

Jacques Michel disait à Champlain, parlant des frères Kertk : «Ils ont usé envers moy d'ingratitude. .. J'ay » laissé ma patrie, comme ils ont fait, pour servir un » estranger, jamais je n'aurai l'ame bien contente, je » seray en horreur à tout le monde, sans esperance de » retourner en France ». Il ajoutait, avec amertume, que Kertk n’entendait rien à la navigation. Il voulait aborder le navire de Roquemont, mais je ne voulus pas y consentir et lui dis : « Si nous l'abordons nous sommes perdus, ne » vous y frotez pas, je cognois mieux les François en ces » choses que vous, qui n'avez que des gens mal faits en

vostre vaisseau, hors les Canoniers et les Officiers :

c’est pourquoi il les faut battre à coups de canons, dont nous avons l’advantage, les contraignant à se rendre, vous conseillant encore une fois que si jamais vous rencontrez des François sur mer de ne les aborder, ils sont plus courageux et plus adroits que les Anglois, qui l’emportent à labordagé. IL creut mon conseil, me remettant tout l'ordre du combat.... ». Il s'empara du navire français dont la victoire aurait sauvé Québec.

Champlain cherchait pourtant à lui relever le moral. « Il y a », lui disait-il, « des remedes partout, hormis à » la mort ».

Il était malade, et Champlain dit que c'était de remord de conscience. Ne serait-ce pas plutôt du mépris que les

Français et les Anglais lui manifestaient à toute heure, à toute occasion, cruellement, impitoyablement, justement?

XXII. — Le généralKertk, qui n’aimait pas les Jésuites, leur disait un jour : « Messieurs, vous aviez l'affaire du » Canada pour jouir de ce qu’avoit le sieur de Caen, que » vous avez dépossédé.

— « Pardonnez-moi, Monsieur », répondit le P. de Brébeuf, « ce n’est que la pure intention de la gloire de » Dieu qui nous a mené, nous exposant à tous les dangers » et périls pour cet effet, et la conversion des Sauvages de » ces lieux ».

— « Oui, oui », dit Michel, « convertir des Sauvages, » mais plustost pour convertir des castors ».

Brébeuf, piqué au point sensible, car le reproche était juste, répondit vivement : « Celà est faux ».

Michei, furieux, lève sur lui la main et dit : « Sans le » respect du General, je vous donnerois un souflet, de me » desmentir ».

Brébeuf était très grand, très fort et aussi très violent ; mais voyant que Michel lui fait la partie belle, il se contient et lui repond onctueusement : « Vous m’excuserez, » jen’entend point vous démentir, j'en serois bien fasché, » c’est un terme de parler que nous avons en nos escoles, » quand on propose une question douteuse, ne tenant » point cela pour offencer, c’est pourquoi je vous prie me » pardonner, et croire que je ne l’ay point dit pour vous » donner du desplaisir ».

Champlain ajoute cette réflexion qui montre à nu l’état

D CNE SP TL

PTE DE

d'âme du dix-septième siècle : « Dieu la puny ne luy » faisant la grâce de se recognoistre à l'heure de la mort, » qui a couppé la broche à tous ses desseins pernicieux » et meschans ».

L'infortuné Michel épanche sa colère au dehors comme le veut Montaigne, mais il ne sait pas la mesurer. Souvent il jure, blasphème, charge d'imprécations les Jésuites et les Malouins. Champlain, scandalisé, lui dit un jour : « Bon Dieu ! commie pour un reformé vous jurez, sçachant » si bien reprendre les autres quand ils le font ». — «Il » est vraye », répond-il, « mais je suis tellement outre » de passion et de colere contre ces chiens de Malouins

Espagnols, qui m'ont rendu de grands déplaisirs, et

aussi serois-je content si j'avois frappé ce Jesuite qui » m'a donné un dementy devant mon General ».

XXII. — Deux jours après son affaire avec Brebeuf, il tomba en léthargie et, au bout de trente-cinq heures, sans avoir repris connaissance, « il mourutrendant l'ame, » laquelle », dit Champlain, « si on peut juger par les » œuvres et actions qu'il a faites, et qu'il fit le jour » d’auparavant, et mourant en sa religion prétendue, je » ne doute point qu'elle ne soit aux enfers ».

Je ne suis pas du tout de l'avis du vénérable gouverneur. Je ne sais rien de l’auw dela. Mais je suis absolument convaincu qu’un homme ne peut, dans sa courte existence, mériter une éternelle félicité ou d’éternels supplices.

Les Anglais, sans préjuger le jugement de Dieu, ont

inhumé Michel sous les rocs de Tadoussac, solennellement, avec les honneurs militaires dus à un vice-amiral. Les navires en rade ont tiré, pendant la cérémonie, une salve de quatre-vingt à quatre-vingt-dix coups de canon".

XXIV.— Le P. de Charlevoix reconnaît dans cette mort le doigt de Dieu ?. Il a menacé un oint du Seigneur, et de tous les crimes c'est le plus grand. « Homme de » bien », crie Aeditue à Panurge, qui voulait jeter une grosse pierre sur un Evesgaut qui ronflait, « Homme de » bien, frappe, feris, tue et meurtris tous roys et princes » du monde, en trahison, par venin ou autrement, quand » tu voudras; deniche des cieulx les anges, de tout auras » pardon du Papegaut : à ces sacrez oiseaux ne touche, » d'autant qu’aimes la vie, le profit, le bien, tant de toy » que de tes parens et amis vifs et trepassés; encores » ceux qui d'eux après naistroient en sentiroient infor- » tune ».

C'était le crime de Michel. Il faut donc s'attendre à quelque chose de terrible.

Le P. Lejeune nous apprend, en effet, que les Sauvages ont déterré, insulté, mis en pièces et donné à manger à leurs chiens le cadavre de Michel à.

Dans sa Relation de 1634, le Révérend Père donne un récit plus complet. Il faut le citer textuellement.

« Je mettray en ce lieu », dit-il, « ne sçachant où le » mieux placer ailleurs, ce qu'un de nos François, {res-

1 CHAMPLAIN, Voyages, 1632, 2° part., pp. 256-263.

2 CHARLEVOIx, op. cit, t. I, pp. 257-258.

3 LE JEUNE, Relation de 1633, édit. de Québec, p. 8.

» digne de foy et recogneu pour tel, nous a raconté de » Jacques Michel Huguenot qui amena les Anglois en ce » pais cy : ce miserable la veille de sa mort ayant vomy

contre Dieu et contre nostre sainct Pere Ignace mille

» blasphemes, et s’estant donné cette imprecation qu'il » vouloit estre pendu s'il ne donnoit une coupple de » soufflets avant la nuict du jour suivant à un de nos

Peres qui estoit pris de l'Anglois, vomissant contre luy des injures fort messeantes, il fut surpris bien tost apres d'une maladie qui lui osta toute cognoissance et le fit mourir le lendemain comme une beste. Quatre circonstances de ce rencontre donnerent de l’estonnement aux Huguenots mesmes : la maladie qui le prit

» quelques heures apres ces blasphemes; l'erreur des

chirurgiens qui estoient en nombre, lesquels donnerent des remedes soporifiques à un létargique; son trespas si soudain et sans cognoissance, expirant sans qu'aucun s'en aperceust, quoy qu'il y eust six hommes aupres de luy ; la fureur des Sauvages envers son corps, qui le deterrerent et le pendirent selon son imprecation, puis le jetterent aux chiens. Les Anglois qui estoient dans le fort de Québec ayant sçeu cette histoire tragique, dirent tous estonnez : que si les Jesuites sçavoient tout cela qu'ils en feroient des miracles. Or nous le sçavons maintenant, et cependant nous n’en ferons ny prodiges ny miracles : mais nous dirons seulement, qu’il ne fait pas bon blasphemer contre Dieu ny contre ses se

ny se bander contre son Roy trahissant sa patrie

1 Lx Jeune, Relation de 1634, édit. de Québec, p. 2

Ce récit, habilement présenté, dut faire grande impression dans les petits cabinets du Louvre. Malheureusement, comme les contes de La légende dorée, dont on le dirait extrait, il ne contient pas un mot de vérité, Le bon Père Le Jeune, s’en est laissé conter par son « François très » digne de foy ».

Les Montagnais des environs de Tadoussac nous étaient hostiles, et la trahison de Michel servait leur rancune.

Is préféraient les Huguenots de la Rochelle aux catholiques de Rouen ou de Saint-Malo.

Quant aux blasphèmes contre Dieu, et, ce qui paraît plus grave, contre saint Ignace et le P. de Brébeuf, on peut assurer sans crainte que ces crimes dépassaient leur entendement.

Ils n'avaient donc aucune raison de profaner le corps de Michel.

Qui croira que les Anglais ont laissé des Sauvages exhumer, pendre, couper en morceaux et jeter aux chiens le cadavre d’un homme qui partageait leurs creyances religieuses et avait eu honneur de les conduire au combat ?

Champlain, qui, lui, est bien un « François tres-digne » de foy et cogneu pour tel », était sur place; il raconte, comme témoin, les derniers jours, la mort, les funérailles de Michel et la joie des équipages. Aurait-il pu ignorer ou dissimuler la monstrueuse profanation qui réjouit le cœur du P. Le Jeune ? Il n’en dit rien. Elle n’a donc pas eu lieu.

Le P. de Charlevoix n'en dit mot; je n'ai vu nulle part que le P. de Brébeuf en ait parlé; l'abbe Faiïllon ! y croit.

1 FAILLON, op. cût,t. I, p. 249.

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