XII. — I] leur faut autre chose
Ils vont trouver Richelieu et lui exposent que la colonie ne prospérera qu'à la condition d’avoir des religieux d'un même institut. À la vérité, tous les ordres doivent avoir les mèmes dieux, le même Évangile, les, mêmes rites, les mêmes dogmes, mais les PP. Jésuites ont une
1 Mercure François, t. XIV, p, 2%, — dits et ordonnances royauæ, p, 7.
morale, une casuistique, une politique à part : donc il faut aller avec eux seuls ou sans eux.
I] ne paraît pas que Richelieu ait pris de décision.
M. Faillon prétend que ce ne sont pas les Jésuites qui ont fermé, devant les Récollets, les portes du Canada.
Alors c'est par hasard qu'on ne les a pas prévenus du départ de 1632; c'est par hasard qu'on les a prévenus en 1633..... après le départ des vaisseaux. Qui leur a fait donner l’ordre, en 1635, d’ajourner leur départ? En 1636, quand Urbain VIII a renouvelé leurs pouvoirs et manifesté l'intention de créer en Canada, pour un récollet, un premier évêché, qui leur fit défense formelle de partir ? Richelieu? La Compagnie? Qu'importe ! Qui tenait la ficelle #1.
Les beaux discours des PP. Jésuites ne tromperont personne.
XUT. — Champlain dut aecepter les Jésuites et faire contre fortune bon cœur. c
Les Récollets ne lui créaient aucun ennui, ne se mêlaient point des affaires du gouvernement. Les Jésuites, au contraire, seront des maîtres, des maîtres moelleux, onctueux, polis, mais fins politiques, exigeants et autoritaires.
Cornme premier acte de soumission, il lui fallut prendre un directeur de conscience, c’est-à-dire un homme
1 FaAILLON, op. cit., t. I, pp. 219-283. — CHARLEVOIx, op. cit., t. I, pp. 277-278, “
cît.,
qui lirait chaque jour dans son cœur et dans sa pensée, qui pourrait, au nom de Dieu, lui donner des conseils et lui faire des réprimandes.
Il choisit le P,. Le Jeune, esprit très délié, d'une crédulité puérile, du moins dans ses Rélations.
XIV.— Après avoir pourvu à sa conscience, Champlain se donne aux affaires de la colonie.
Il répare les dégâts commis par les Anglais, rétablit les portes et les fenêtres, refait les patties démolies et
construit, derrière le bâtiment, une batterie destinée à
battre à fleur d’eau le travers du Saint-Laurent.
Pour empêcher les Anglais de venir trafiquer dans le fleuve, il fonde un comptoir de traite à la pointe Sainte- Croix, à 15 lieues en amont de Québec. Pour empêcher les Sauvages de passer outre, il construit en face, sur un îlot, quelques fortifications dont le canon commande les deux rives du fleuve. Il donne à cet îlot le nom de Richelieu.
Dans le même temps ilécrit au cardinal :
« Votre Éminence a commencé très prudemment à chasser de Québec les, Anglais. Néanmoins, depuis les traites de paix faits entre les deux couronnes, ils viennent trafiquer encore dans le Saint-Laurent, jusqu’à ‘Tadoussac, cent lieues en amont du fleuve et troublent ainsi vos sujets, disant qu'à la vérité il leur a esté en-
joint de sortir de ce fleuve, mais non de n’y plus retour-
ner, etqu'iis en ont même une permission pour trente
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ans. Monseigneur, quand votre Eminence voudra, elle leur fera ressentir ce que peut son autorité ! »,
Un ou deux bons navires sufliraient pour tenir en respect les Anglais, mais les \ssociès n’y pensent guère. Ils n’ont même pas laissé à Champlain les canots nécessaires pour le transport, à Québec, des vivres, marchandises et objets divers laisses à Tadoussac. Les Anglais connaissent la situation et la mettent à profit. Champlain a recours à la politique pour éloigner d'eux les Sauvages. ,
XV.— Dans le même temps, les Hurons et nos autres alliés se plaignent à Champlain d’être sans cesse attaqués par les Iroquois. Il envoie à la rivière des Prairies une chaloupe armée.
Si la Compagnie lui envoyait seulement vingt jeunes gens de village, bons laboureurs et « non faineans », il ferait des défrichements, terminerait les fortifications et habitations de l'île Richelieu et de Trois-Rivières, ce qui serait d'une grande utilité. Ne pouvant rien, il dit aux Sauvages que le roi va lui envoyer des hommes et des armes et que dans quatre ans, si toutes les nations veulent se joindre à lui, il exterminera les Iroquois.
Il sait bien qu'il faudra, tôt ou tard, faire la guerre aux Iroquois et que, plus on attendra, plus elle sera difficile, Il lui suffirait en ce moment, pour la mener à bonne fin, de cent hommes d'élite, braves, paisibles,
1 Archives des Affaires Etrangères à Paris, vol. Amérique p. 101, lettre du 15 août 1633, citée nar FartLon.
obéissants, durs à la fatigue, se contentant du boire et du manger des Sauvages. Il en fait la proposition et n’est point écouté. Les Compagnies à durée limitée ne voient queleurs intérêts immédiats, leurs dividendes, et ne veulent pas de dépenses qui ne produiront que dans l'avenir, au profit de successeurs.
On sait que la France et la colonie ont payé cher cette :
lésinerie!.
XVI. — Depuis le retour d'Emery de Caen, surtout depuis le retour de Champlain, les Sauvages reprennent le chemin de Québecet des comptoirs frauçais et y tiennent des foires dont le cérémonial est invariable.
Le premier jour, ils construisent leurs cabanes.
Le deuxième jour, ils tiennent conseil, font très posément de nombreux, longs, sages et beaux discours et présentent leurs cadeaux.
Le troisième jour, ils troquent leurs pelleteries et leur pétun contre des couvertures, des chemises, des capots, des haches, des chaudières, des fers de flèche, des petits canons de verre. Quant au vin et à l'eau-de-vie, Champlain en interdisait absolument la vente,
Le quatrième jour ils terminaient les échanges.
Le cinquième, ils tenaient encore conseil, dévoraient le festin qu’on était dans l'usage de leur offrir et dansaient une partie de la nuit.
1 Voyage de Champlain, dans le Mercure François, t, XIX pp. 817-844, — [ie Jeunr, Relation de 1633, pass,
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