IX. — Avec Champlain tout cela va changer
La Compagnie le présente à Richelieu, et Richelieu le nomme son lieutenant et général de la flotte qui doit porter en Canada le premier contingent colonial.
Il est vieux, seul. Il aurait besoin d’une femme pour adoucir sa vie. Mais la sienne, confite dans une dévotion puérile, étroite, monacale, égoïste, abêtissante, .croit qu'elle n’est au monde que pour penser à son salut, n’a conscience de ses devoirs et s’en soucie comme de cela.
Ainsi que le remarque Francis Parkman, Champlain était plus homme du moyen âge que du xvrr® siècle. L'enthousiasme aventureux de la jeunesse s’était amorti. Il était devenu colonisateur convaincu et la religion était le pivot de sa politique. Pour lui, la France était le champion de la chrétienté. Son honneur et sa grandeur étaient dans cette fonction. Pour lui, tout ce qui s'écartait de la foi catholique, apostolique et romaine était dans les ténèbres, perdu, voué aux flammes éternelles, irrémédiablement, et son pauvre cœur en saignait. Il se
1 Relation du voyage fait «n Canada pour la prise de possession du Fort de Quebek, dans le Mercure François, t. XVIII, 1632, pp. 07-69, — P, Le Jeuxe, Retation de 1632. édit. de Québec, pp. 9-10,
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donnait donc pour mission d'ouvrir aux Sauvages les portes du paradis, et se servait, comme d’une clé, du commerce et de la civilisation.
X. — Il arrive à Dieppe le 3 mars, reçoit le serment des capitaines, des équipages, des passagers et met à la voile le &. |
Après le traitée de Suze, la convention de Saint-Germain et la restitution de la Nouvelle-France, on pouvait croire que les Anglais respecteraient nos droits. C'était une erreur. Champlain les trouve à Gaspé et à Tadoussac. Ils répondent à ses sommations qu'ils ont congé du roi d'Angleterre. Champlain n'est pas sûr d’être le plus fort et reste sur le terrain diplomatique. Les rapports sont courtois, forcément, ne croyant pas prudent de donner la parole au canon !.
Il arrive devant Québec le 23 mai et somme Emery de Caen de lui remettre le fort et l'habitation. Emery sort avec ses hommes et du Plessis entre avec les siens.
Le lendemain, le P. Le Jeune, suvérieur de la mission, est réveillé par le bruit du canon. Au même moment, l'immense et tonitruant P. de Brébeuf fait, dans le couvent, une bruyante et joyeuse entrée.
Les Ind'ens jettent des cris d'étonnement. Champlain remontait le sentier qu'il avait descendu, quatre ans auparavant, le cœur triste, en vaincu. Le P. Le Jeune arrive au fort juste à temps pour voir le défilé des mous-
l Voyage de Champlain, dans le Mercure François, t. XIX, 1033, pp. 803-817,
quetaires et des piquiers qui forment l’escorte. Emery de Caen remet au vieux gouverneur les clès de la citadelle. Le Jeune se réjouit, exulte. Plus de protestants ! Il voit, dans le retour de Champlain, le triomphe de la mission et entonne un cantique en l’honneur de Richelieu. « Il me vient quelquefois en pensée », dit-il, « que ce Grand Homme qui par son admirable sagesse, et non-pareille conduite ez affaires, s’est tant acquis de renommée sur la terre, se prepare une couronne de gloire tres esclatante dans le Ciel, pour le soing qu’il » tesmoigne avoir en la conversion de tant d’ames que » l'infidélité perd en ces pays sauvages! ».
XI. — Cet enthousiasme a deux causes : l'expulsion des Huguenots et celle des Récollets. L'expulsion des huguenots est affaire faite. Ceux-ci réclament, mais, dit M. Faillon, sans raison, ne jouissent-ils pas paisiblement de leurs biens? N’ont-ils pas part, commeles catholiques, aux honneurs, charges, offices de magistrature, emplois de la couronne, distinctions, gratifications, libéralités royales. L'abbé Faillon ne dit pas qu'ils tyrannisaient les catholiques. Mais il nous apprend, après le Mercure François*, que, « tandis que les huguenots » jouissaient en France de cette entière liberté, en An- » gleterre les catholiques étaient en butte à la plus » injuste et la plus révoltante des persécutions ? ».
1 Le JEUNE, Relation de 1634, édit. de Québec, p. 26, 2 Mercure François, t. XIII, pp. 785-189.
3 FaiLLow, op. cit.,t. 1, pp. 269-271,
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Assurément les Protestants anglais ont accablé de tracasseries les catholiques. On ne saurait trop les en blämer. Maïs on ne peut leur reprocher rien qui ressemble, mème de très loin, à la guerre des Albigeois, à la Saint-Barthelemy qui reprirent plus tard sous le nom de Révocation de l'Edit de Nantes et de Dragonnades.
Du 4 février 1555 au 10 novembre 1558, on a établi en Angleterre l'Inquisition, la torture, la délation, organisé la terreur, fait périr dans les flammes, pour cause de religion, plus de deux cents personnes. Quels étaient les persécuteurs ? Les Protestants anglais? Non, c'étaient Marie Tudor et les Catholiques.
M. Faillon à perdu le souvenir de ces crimes, sans cela il aurait imité « de Conrart le silence prudent ».
Le fait est que Richelieu a voulu, pour de bonnes raisons, un Canada exclusivement catholique et qu’il l'a spécifié, expressément, dans l’article 2 de l’édit d’établissement de la nouvelle Compagnie !.
Sur ce point les PP. Jésuites ont partie gagnée.