‹ Vie de Samuel Champlain [microforme]Chapitre 88 sur 112 · MS · texte numérisé non relu

MS

Le sixième jour, dès l'aube, ils s'envolaient comme une bande d'oiseaux !. ;

XVII. — Ces foires donnaient parfois lieu à des incidents graves, bizarres ou comiques, x Un jour, des Nipissings entouraient un garçonnet qui

“battait du tambour. Le petit bonhomme, serré de trop

près, s'impatiente et donne à l’un d’eux, en pleine figure, un coup de baguette qui le fait saigner. Les témoins de l'affaire vont trouver le truchement et lui disent: « Voilà, l'un de tes gens a blessé l’un des nôtres. Tu » connais notre coutume? Fais-nous des présents ». Le truchement répond : « Notre coutume à nous, vous le » savez bien, est de châtier celui qui fait mal. Cet enfant » à vivssé l’un de vous, il sera fouetté en votre pré- » sence », On appelle l'enfant et on le deshabille, Quand les Sauvages voient que c’est sérieux, que les verges sont prêtes, que le petit homme va être battu, ils crient : « Pardonnez-le, C’est un enfant, il n’a point » d'esprit et ne savait ce qu'il faisait ». Comme on persistait à le vouloir châtier, un sauvage se met tout nu, . jette sa robe sur l'enfant et dit à l’exécuteur : « Frappe » sur moi, si tu veux, mais tu ne toucheras pas à l’en- « fant° »,

1 Voyage de Champlain, dans le Mercure François, 1653, t. XIX, pp. 849-850.— Le Jeune, Relation de 1633, édit. de Québec, p, 39.

2 Voyage de Champlain, dans le Mercure François, t. XIX, 1033, pp. 828-829. — I. JEuNE, Relation de 1633; édit. de Québec, p. 30.

Les Sauvages du Canada ne frappaient jamais et ne voulaient pas que l’on frappât les femmes-et les enfants,

XVIII. —— En 1633, juste le jour de la fête de saint Ignace, les Hurons se trouvaient à Québec. Tous les ans, à pareille époque, Dieu accrrdait, à ceux qui venaient rendre hommage au grand Loyola, d'importantes réductions de peines. Champlain, les capitaines des navires et. tous les habitants accoururent à la chapelle des Fères pour avoir part aux largesses divines. Les Hurons vinrent en si gland nombre qu'il fallut leur fermer les portes.

Après vèpres, on leur permit d’entrer et de contem-

pler les ornements de la chapelle, trois images de la

Vierge, celles de saint Ignace, de saipt Xavier et du Saint-Esprit. Le P. de Brébeuf leur expliquait ces merveilles et « ils mettoient la main à la bouche et se la » frapoient en signe d’estonnement ». Le Père les fait ensuite prier et demande à l’un d’eux ce qu'il a « dit à ce grand Dieu ». « Je luy ai dit », répond le sauvage : « Prens courage à nous ayder et à nous secourir, et à » nous donner un bon voyage ». Le P. Le Jeune ajoute, avec commisération : « Voilà la prière de ce pauvre bar- » bare ». Cette prière est pourtant comme une tradustion de « Donnez-nous notré pain quotidien... Délivrez- » nous du malin ». Il semble bian que pour les Sau-

vages, comme pour les autres, prier c'est demander ou remercier !,

1 Voyage de Champlain, dans le Mercure François, t. XIX,

RER nee

XIX. — Des incidents moins gais, mettent parfois à rude épreuve la patience de Champlain.

Un jour un Montagnais partant pour la guerre dit à un sien neveu : +« Si je meurs, tue Un-tel, je serai fort » satisfait ». Le bonhomme meurt. Le neveu cherche Un-tel. Ne réussissant pas à le surprendre et voulant remplir sa promesse, il se décide à tuer le premier venu.

Le premier venu fut un Français qui lavait son linge à la rivière. Il s'approche de lui doucement, sans bruit, et l’assomme à coups de hache. Content d'avoir rempli le vœu de son oncle, il va faire un tour daus les bois et revient tranquillement à sa cabane. Il croit n’avoir pas été vu et pense que ce meurtre sera mis sur le compte des Iroquois.

Il en va autrement. Champlain le fait saisir et le traduit devant l'assemblée des Sauvages. Ceux-ci reconnaissent sans peine que le meurtrier mérite la mort, mais quand il s'agit de voter, ils ne veulent plus et disent à Champlain :.« Si vous vous gouverniez comme nous, » il feroit des presents et tout seroit dit ».

Champlain repousse cette solution. Il a tort. Cet homme devait être puni selon les lois de son pays, non selon celles faites pour un autre pays et pour un autre état de civilisation. Pour n'avoir pas compris cela, Champlain a déjà dû laisser impuni le meurtré de quatre Français.

1633, pp. 848-850, — La Jeune, Relation de 1693, édit, de Québec, pp. 97-39.

is à

it à

fort rche ant mier

inge ruit, mpli is et * pas mpte

ot le eCOnmort, lisent nous,

Cet , non autre >’hamquatre

Québec,

À la nuit, l'assemblée se sépare et Champlain fait mettre en prison « le galant, qui coufesse sa debte ».

Le dimanche suivant, les Montagnais viennent trouver le gouverneur et lui font une harangue qui se termine ainsi :

« Nous sçavons tres bien que nous t'avons coupé un » petit morceau du cœur et du nostre, lequel il faut re- » parer, afin qu'il n'y paroisse aucune chose ny à nous » pareïllement qui avons le sentiment de ta douleur. » Maintenant nous ne te sçaurions recompernser par dons » et presens qu'en te donnant de nostre chair qui est » sortie de nous, qui est la chose que nous tenons la » plus pretieuse ». Ce disant, ils prennent par la main des enfants, les lui conduisent et ajoutent : « Nous te les » donnons, fais en tout ce que tu voudras, instruis-les, » fais en à ton plaisir; c'est pour reparer ce morceau » qui es hors de ton cœur, et delivre le prisonniet afin » que nous soyons tous resjoüis et toutes les autres » nations ».

Champlain refuse. C’est le cinquième assassinat commis sur des Français. Il croit que s’il se laissait aller à l'indulgence, les Sauvages ne manqueraient pas de dire que les « figures pâles » sont des femmes, et qu'on peut, avec eux, en prendre à son aise.

Le lendemain, le père, le frère et les principaux de la

nation du meurtrier amènent & Champlain deux autres

enfants qui ont leurs colliers de porcelaine. Ils l’implorent avec une finesse qui n’est point barbare. « Tu ferais, lui disent-ils, chose d'un homme hors de

passion, ayant beaucoup d'esprit, se gouvernant bien

en toutes affaires avec nous; les oiseaux du ciel, les

bêtes de la terre, et toutes les nations oüiraient parler de cette action ! ».

Plus tard, dans une assemblée tenue par les Hurons, au moment de la traite, les Montagnais et les Algonquins renouvellent leurs instances. Champlain, toujours inflexible, leur répond par u: long et beau discours qui ne convainc personne ?. or

Les conséquences de cette rigidité se font immédiatement sentir. Les Montagnais et les Algonquins prient les Hurons de n’emmener avec eux aucun Français, et les Hurons disent aux Jésuites : « Nous craignons que notre jeunesse, qui est irritée, folle, imprévoyante et ne veut faire qu'à sa fantaisie, ne commette quelque crime qui causerait la ruine du pays ». Champlain menace, offre la paix, la guerre, dit que les Jésuites parlent à Dieu. Cela n'émeut pas les Sauvages. Le P. Le Jeune s'en mêle, le P. de Brébeuf vient à la rescousse et dit : « Maintenant que je commence à vous pouvoir parler » sans truchement, je voulois vous enseigner le chemin » du ciel, et vous descouvrir les grandes richesses de » l’autre vie; mais ce malheur vous prive de tous ces » biens ». Les Hurons « repartirent qu’ils en estoient » bien marris, et qu’une année seroit bien tost passée ».

1 Mercure François, t. XIX, 1633, pp. 829-835, — Le JEUNE, Relation de 1633, edit. de Québec, pp. 30, 39.

2? Mercure Francois t. XIX, 1633, pp. 853-858, — Le JEUxE, Relation de 1633, édit, de Quebec, pp. 39-40,

En somme ils ne veulent, pour cette année, chez eux, ni interprètes, ni traitants, ni mission paires !, Champlain est très contrarié. Il voulait fonder chez eux des missions et un établissement commercial : des missions pour les arracher aux griffes du diable et léur ouvrir les portes du ciel ; un établissement commereial, pour faciliter notre pénétration dans l'Ouest et à la mer de Chine. La mort ne lui a pas permis de réaliser ce projet; ses successeurs ont eu d’autres vues, ont négligé la nation huronne et ont laissé l’Iroquois « la manger ». Le père du prisonnier prie Champlain de laisser vivre son fils jusqu’à l'automne, et de mettre avec Jui, pour le servir, son jeune frère. La prière est exaucée et le prisonnier s'évade. Le lendemain, le Capitaine des Montagnais vient exprimer ses regrets. Champlain, qui comptait sûrement sui” cette évasion pour le tirer d'embarras, répond, afin de sauver les apparences, que si pareil crime se renouvelle la punition ne se fera pas attendre ?.

1 Mercure- François, t. XIX, 1633, PP. 869-861, — Le JEUNE, Relation de 1633, édit. de Québec, pp. 40-42. ? Mercure-François, t. XIX, 1633, pp. 863-867.

Page 1