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IX. — La piété publique a érigé pour lui un sépulcre particulier. Le 22 octobre 1642, on a placé, près de son corps, celui de Claude Pijart, le premier des Jésuites morts en Canada. Mettre dans le tombeau du fondateur de la Nouvelle-France le corps d’un Jésuite, c’est le signe d’un fol orgueil et, pour dire toute ma pensée, une profanation.
« Les archéologues », dit un Canadien éminent, « cherchent le lieu de la sépulture du père de la patrie ; » mais ce tombeau, qui peut-être ne sera jamais trouvé » dans le roc ni dans le sable, est dignement remplace » par un immense respect. Deux cent quarante ans se » sont écoulés, et le nom de Champlain fait encore in- » cliner nos têtes, des rivages de Gaspé aux montagnes » de la Colombie anglaise et des sources de l'Ottawa » jusqu’à la baie de New-York — partout enfin où la » race canadienne s’est étendue ! »,
X. — Il a consacré à la découverte, à la colonisation, à la défense de notre ancien domaine d'outre-mer son activité, sa fortune, son repos domestique et trente-trois années de sa vie. De 1603 à 1633, il a fait vingt-quatre fois la traversée de l’Atlantique.
Solide de corps, d'esprit bien pondérée, instruit, studieux, il savait ce qu’il voulait et poursuivait patiemment, avec persistance, par tous les moyens honnêtes, à travers tous les obstacles, le projet qu'il avait arrêté. Il suppor-
1 BenJAMIN SULTE, Hist., t. Il, p. 58.
tait avec constance, sans se, plaindre jamais, les fatigues et les privations. Peu d'hommes, dit le P. Sagard, seront capables de vivre, comme lui, parmi les Sauvages. Il supporte bien la disette, il n'est point délicat en son vivre ; sa chasteté à triomphé des provocations des Sauvagesses },
Il avait la foi naïve, paresseuse, inconsciente du charbonnier, l’ardeur et l'intolérance religieuses de son siècle, Il était absolument convaincu qu'hors l’Église catholique, apostolique et romaine, il n’y a que géhenne et flammes éternelles. Son pauvre cœur saignait à la pensée que tant de braves peuples étaient voués, sans miséricorde, aux épouvantements de l'Enfer. Il était homme, pour les sauver, à refaire l’ascension du Golgotha. Pour lui, la conversion de ces peuples primait tout ; elle était le tourment de sa vie, l'idéal de ses rêves, le but ultime de ses efforts.
A ses yeux, les Protestants étaient des réprouvés, marqués du sceau de la colère divine. Il n'avait pour eux que de la pitié. Les Sauvages, esprits très subtils, remarquaient que le Dieu des Pères n’était pas celui des Huguenots. Ils en riaient, faisaient des commentaires, des réflexions, et leur conversion n’en allait pas mieux. C’est sous cette impression, et sous l’énergique pression des moines, qu'il défendit aux Calvinistes de chauter, sur le Saint-Laurent, les psaumes de Clément Marot.
A la fin de sa vie, dit Francis Parkman, les hérétiques
1 SacanD, Hist., 1636, p. 914.
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lui parurent moins odieux et les moines moins parfaits !,
Il voyait bien que, tout en le couvrant de fleurs, les bons Pères l'absorbaient, substituaient adroitement leur volonté à la sienne, l’enveloppaient, se mêlaient de tout, ne le perdaient jamais de vue, manœuvraient pour faire de Québec un couvent et de la Nouvelle-France un empire jésuite, Il était trop tard. L’ennemi était dans la place, et cet ennemi était bien autrement dangereux que le Huguenot, l'Anglais ou l'Iroquois. Il lui fallait vider ce calice ou marcher sur ses convictions religieuses et jouer l'existence même de la colonie.
Soldat dès sa jeunesse, dans un temps de licence effrénée, Champlain mit toujours d'accord sa vie avec ses
croyances. Vingt-deux ans après son voyage au pays des Hurons, les anciens rappelaient encore « plusieurs belles » vertus qu'ils admiroient en luy, et particulièrement » sa chasteté et continence envers les femmes ? ».
Sa patience était admirable. Elle ne fut'épuisée ni par les difficultés quotidiennes de son œuvre, ni par les luttes sans trève qu’il lui fallut soutenir en France, ni par les querelles religieuses, ni même par ce que Francis Parkman appelle les saintly follies of his wife «les saintes folies de sa femme ».
Il se peint dans ses écrits. Il n’a pas la plume élégante, souple, facile et inventive des PP. Jésuites, mais il peut mettre sur ses œuvres, comme Michel de Montaigne sur ses Essais : « C’est icy un livre de bonne foy ».
1 Farnois PaARkMaAN, Pioneers of France in the New World, p. 419, ? Vimonr, l'elation de 1640, édit. de Québec, p. 90.
Le nom de Samuel de Champlain est écrit en lettres d'or au frontispice de l’histoire du Canada. Dans son rayonnement paraissent à peine ceux de Chauvin, d'Aymar de Chastes, de Pontgravé, de Mons, de Soissons, de Condé, de Montmorency, de Ventadour et même du grand cardinal de Richelieu.
li est l'âme de l’entreprise. Toujours sur la brèche, il lutte, sans trève ni repos, contre les hommes et contre
des choses. Comme le dit Benjamin Sulte, aucune tache
ne ternit sa mémoire. Il a été fidèle à son Dieu, à la patrie, à son œuvre, et là-bas on l'appelle, à bon droit, le PREMIER DES CANADIENS.