SA PERSONNE
imagination de Rabelais, ce portrait est élo- : quent, beau et vrai.
À la fois par économie et par nécessité, car il était pauvre, mais aussi par simplicité de goûts et mépris des délicatesses extérieures de la vie (1), Socrate se nourrissait avec une s0briété rare et s’habillaït avec une extrême simplicité. Antiphon le lui reproche dans Xé6nophon : « À la manière dont tu vis, lui dit-il, un esclave ne resterait pas chez son maître; les mets les plus grossiers, la plus mauvaise boïisson te suffisent. C’est peu de n’avoir qu’un méchant manteau, qui te sert l'hiver comme l'été, tu n’as ni tunique ni souliers (2). »
N’allons pas croire, sur ces expressions, que Socrate allât tout nu, ni même nu-pieds; ce sont là des équivalents métaphoriques de nos hyperboles de va-nu-pieds et de sans-culottes.
Les Grecs appelaient éredürns, Où x{rev, par excellence, la tunique de dessus; ceux qui ne l'avaient pas et ne pouvaient se donner que celle de dessous, üreydürns, étaientnommés à zires (3). C'était le cas de Socrate, qui n’avai
(1) Aristoph., Nub., 363 :
Kavurod'nros KAXX ToÂX AVÉYEL.
(2) Mem.., 1,6, 12.
(31 Salmas. ad Tertull., de Pallio, p. 0.
bb VIE DE SOCRATE
pas toujours de quoi s’acheter un manteau (1). De même les drodtuara étaient des souliers qui couvraient tout le pied et constituaient une chaussure élégante, de luxe, et beaucoup trop chère pour la fortune, comme beaucoup trop délicate pour la simplicité des habitudes de Socrate. L'absence de cette recherche de costume n'indique ni la rusticité nj le cynisme (2). Socrate n’a aucun trait qui rappelle. le moine mendiant, le jogui indien ou l’ascète. Xénophon le peint, au contraire, décent dans sa tenue modeste, et ne se permettant pas, sous . prétexte de vertu, la négligence de certains
(1) Diog. L., 11, 28.
(2) Athénée, XII, 34, cite commeune preuve des mœurs efféminées d’Alcibiade, ses souliers, éncdmuara. Cependant sur l'évurodnoix de Socrate, consulter Stallbaum ad Phæd.,64. Phædr.,229 a. On voit dans ce dernier dialogue que Phèdre se trouve ce jour-là comme Socrate, ävurddntes. Il était sans inconvénient de mouiller la semelle de Jeurs sandales, mais ils n'auraient pas pu marcher dans le ruisseau avec des chaussures couvertes. Dans le Banquet, p. 220, Platon nous le montre marchant, évurédnros, sur la glace, et il appose à cette insensibilité la délicatesse des soldats bncded'euéva, et il explique ce mot en disant qu'ils portaient miAcUe ‘Xi dpvéud'as, des peaux et des fourrures; mais quand on serait obligé d'entendre, comme l’a fait Cicéron, (de * Orat., 1,1, « durissimis pedibus ille ») ävurcd'naia de l'absence totale de chaussures , l'exemple de Phèdre prouve que ce n’était pas une exception bizarre ou une affec-