‹ Vie de Socrate (volume 3)Chapitre 3 sur 28 · VI | PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI | PRÉFACE

spéculative, mais surtout la philosophie pratique, la sagesse, c’est-à-dire à la fois la science et l’art de vivre. C’est à lui qu'est due cette profonde beauté morale, cette inspiration pure et forte, sublime et sensée, qui fait de la sagesse antique la préparation, la promesse, le commencement même du grand renouvellement du christianisme. Socrate, lui aussi, est un précurseur.

“Et cependant, quand on essaye de se rendre compte de cette prodigieuse influence, si l’on se borne à se représenter, même en les enflant un peu, ses théories et sa dactrine, on se l’explique mal. | | '

Quelle est en effet, en peu de mots, la philosophie de Socrate? Comme tous les réformateurs, comme Descartes, 1l commence par une “œuvre de destruction, par une critique négntive, ou du moins limitative ; il part du doute, en se demandant : qu'est-ce que l’homme peut savoir ? Il nie la possibilité comme l'utilité de ce savoir intempérant qui, dans son ambitieuse curiosité, embrasse le monde entier, et semble

__ PRÉFACE | VII même s’attacher de préférence à des questions étrangères et à des phénomènes extérieurs à l’homme ; il affirme que l’homme ne peut savoir qu'une seule chose, mais la seule aussi qu’il ait intérêt à connaître, c’est-à-dire lui-même: or, pour mesurer l'étendue etfixerleslimites de notre puissance de connaître, évidemment il a fallu instituer une sorte de critique de la raison. C’est ainsi que,pourla première fois, l’hommese prend Iui-même et àvec conscience pour objet de son examen, pour but de son étude, pour matière de la science; alors il est obligé de se séparer pour ainsi dire de lui-même, de ‘s’analyser comme un objet extérieur, de s’objectiver, et de cette observation curieuse du sujet qui pense par lui-même, naît la psychologie, fondement de toutes les sciences morales et de toute saine philosophie,

Pour s’étudier ainsi lui-même, pour vérifier l'état de son esprit et de son âme, détruire en soi l'illusion du faux savoir, dégager la notion pure du véritable, l’homme n’a qu’à consulter sa conscience. L'autorité, la tradition, ne peu-

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