XII PRÉFACE
valeur morale de ses actes. Obéir à une loi que notre intelligence ou repousse ou ignore, professer des maximes que notre raison ne comprend pas, certes, comme 1l le dit par la bouche éloquente de Platon, pour l’homme, ce n’est plus vivre (1). |
Mais néanmoins on ne peut nier n1 les lacuues ni les faiblesses de cette philosophie.
Il est évident d’abord que Socrate n’a pas formulé un système, et c’est avec quelque peine et beaucoup de complaisance qu’on lui . découvre une métaphysique. On ne peut le regarder comme l’auteur d’une doctrine déterminée, arrêtée, du moins dans toutes ses parties et formant un ensemble riche et bien lié. Je sais bien que ce qu’il y a d’ondoyant et de, libre dans son enseignement a contribué à le rendre fécond ; mais néanmoins il faut bien reconnaître qu’au point de vue scientifique, c’est une lacune. La puissance de systématisation n’est autre chose que la puissance de sen-
(1) Plat. A pol.,38 a : Ô di dvebiraaros Bios où Brorèe avbpére.
PRÉFACE XIIT tir et de faire sentir l'unité de la variété infinie des choses : c’est là le génie même de la philosophie (1). On ne peut comprendre une . partie sans comprendre son rapport aux autres parties, et an tout lui-même, dans son principe nécessairement un. Ainsi, pour Socrate, Dieu n’est que l’ordonnateur, l'architecte de l'univers. L’origine des choses n’est ni résolue ni même cherchée, et quelque sage que paraisse cette réserve, il faut avouer qu’elle laisse sans explication ce que la philosophie a précisément pour ‘objet d'expliquer : le monde et l’homme qui en fait partie. De même encore, Socrate ne donne pas à la loi. morale sa véritable nature. La confusion de, l’idée du bien avec celle de l’utile empêche de reconnaître à la première une valeur absolue et universelle.
Au lieu de la placer dans lobligation qui s’at-
(1) C'est l'idée qu’en donne Platon, Rep., VI, 485 a : « L'âme du vrai philosophe est celle qui aspire sans cesse à comprendre l’ensemble, le tout, et veut éténdre sa vue sur l'universalité des temps comme sur l’universalité des êtres : Quyf mellcüon Teù Aou xat mavrèç dei émopléyestar…. Orwpix mavroç pev ppôveu, méonç Je cüofas. »