‹ Vie de Socrate (volume 4)Chapitre 8 sur 34 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

gaeil, tout nous porte à admirer, à aimer, à imiter ce noble exemplaire de l'humanité, oii nous reconnaissons notre propre' nature, mais agrandie, ce type idéal, ce modèle parfait, dont les perfections ne peuvent plus nous paraître une fiction irréalisable, puisqu'elles sont une vivante réalité : or, tel fut Socrate, et en cela même il se conformait à sa propre doctrine.

La philosophie n'est plus pour lui un pur jeu d'esprit, une distraction élégante et noble d'hommes dans le loisir. La philosophie devient chose sérieuse et sévère : elle s'identifie avec la vie. Pour être un vrai philosophe, il faut deux choses : aimer les hommes, obéir à Dieu (1), et c'est précisément obéir à Dieu que d'aimer et de servir les hommes. Celui qui a entendu comme lui l'ordre divin ne doit pas, ne peut pas, dût -il lui en coûter toutes les joies de la vie, et la vie même, se dérober à cette mission sainte. La science n'est que le moyen de servir les hommes, c'est-à-dire de leur faire

(1) Plat., ApoL, 29 d : àa7r«^op.ai &^â(...« itetÔEiv tô Ô8w*

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connaître leur vrai bonheur qui est la vertu. Il n'y a qu'une vraie vie, la vie de la science ; il n'y a qu'une vraie science, la science de la vie. La tentative de réformer la philosophie n^est que la conséquence de la mission de réformer les mœurs; et comment opérer celte réforme dangereuse et difficile, renouveler à la fois le cœur et l'esprit, les mœurs et les idées ? Ce n'est pas avec de beaux discours, ni avec de beaux livres qu'on convertit les âmes, qu'on éveille en elles la honte de l'ignorance, le remords de la faute, l'amour du beau, du vrai, du bien : c'est par des actes et des exemples (1). Socrate devait donc présenter, comme il présenta en effet dans son caractère, ses mœurs et sa vie entière, le modèle, l'idéal vivant du vrai sage.

Son enseignement, disons mieux, sa prédication voulait atteindre et pénétrer partout ; voilà pourquoi il lui donna une forme humble, fami- Hère, populaire, basse. Il s'agissait de convaincre

(l) Xén., iliem.,TV., C. IV, n. 10. OùXo-yw àitc^tîxvuaai...

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les hommes qu'ails avaient jusqu'ici fait fausse route; il fallait les prendre pour ainsi dire un par un, et, dans un entretien direct et personnel, les forcer à rentrer en eux-mêmes, à regarder, non sans une sorte d'épouvante, le véritable état de leur esprit et de leur âme, et les amener à faire comme une'confession publique et sincère de leur ignorance et de leur corruption. Le dialogue n'est pas ici, comme dans Platon, une forme inspirée par un sentiment d'artiste : c'est la forme nécessaire de l'examen de conscience de soi-même et des autres, que le Dieu a ordonné à Socrate de pratiquer et de recommander. On voit donc comment le fond et la forme même de la philosophie de Socrate sont étroitement liés à sa personnalité : jamais on ne vit un rapport aussi intime, une harmonie aussi parfaite entre la vie positive et la vie intellectuelle. Socrate s'estmis toutentier,chair etsang, corps et âme, vie et mort, dans sonœuvre; iln'est pas seulement le missionnaire de la vérité : il en est le confesseur, le martyr. Cette unité de la pensée et de l'action, de la dialectique et

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