‹ Vie de SocrateChapitre 27 sur 114 · EXAMEN DES HOUMES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES HOUMES

Si cet oracle n'a pas fait naître dans Soerate l'idée de la mission qn'il avait à remplir envers lui-même et envers les autres, il la détermina sans doute avec plus de précision et la confirma plus pleinement. Pour s'expliquer le sens de la réponse du dieu , il se crut obligé envers tous ses concitoyens, comme si chacun d'eux était son père ou son frère, d'examiner leur esprit, de scruter leur conscience, d'éveiller dans leur âme le sens du vrai et du hien, et de la purger des erreurs et des vices qui, en s' opposant à la vertu, s'opposent au bonheur (1). C'est là pour lui une tâche périlleuse, il le sait, mais c'est un devoir sacré; il aimerait mieux renoncer à la vie, il aimerait mieux mourir mille fois que de refuser de la remplir (2), car il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (3); il se promit donc de lui obéir tant qu'il lui resterait un souffle de vie (4), et nous savons qu'il a tenu parole.

Considérant donc les Athéniens comme un coursier robuste et généreux, mais que sa grandeur même appesantit, et qui a besoin d'un éperon qui l'aiguillonne, il accepta ce rôle dangereux de réveiller des âmes qui voulaient s'en-

{\)Plal.,Apol.,3\a.

(2) Plal., ApoI.,!^c, d.

(3) Plat., ApoL.'i^c, U.

(4) Plat., A-fjoL, 2!t c, d : sWitij î- i<,.nn^ . j.

108 VIE DE SOGRATE

dormir, et passa toute sa vie^ noD pas à enseigner, car il repoussa toujours le titre de maître, et nia toujours qu'il eût jamais promis ou donné à personne, des leçons , mais s^oflFrant à tous, et provoquant tout le monde, étranger ou Athénien; jeune ou vieux, riche ou pauvre, à des entretiens toujours gratuits. Toute* la journée sur la place publique, au moment même des marchés, ou dans les gymnases, particulièrement au Lycée (1), loin de se séparer de la multitude, comme les sophistes de profession, il causait avec les marchands dans leurs baraques, avec les ouvriers dans leur échoppe, avec les banquiers à leurs comptoirs, avec des sophistes, des politiques, des rhéteurs, des orateurs, des poètes, mais recherchant surtout les jeunes gens, et se hasardant jusque chez une courtisane (1) ; il cherchait à convaincre ses interlocuteurs de l'inanité et de la vanité de leurs connaissances, et les encourageait à substituer

(1) Plat., Eutyphr,, 2 a ; Charm. 153 a, b.

(2) Xénoph., Mem., 1. T, 10 ; Mem., 111, 11, 1 ; Plat. ApoL S,<, 17 et 16, 31 a. Nous Tavons vu proclamer Aspasie comme son maître d'éloquence. Quant à Théodote, célèbre entre les courtisanes de la Grèce, elle avait aimé Alcibiade et, à sa mort, elle fit ensevelir son corps dans une robe qui lui appartenait, avant qu'il fût porté au bûcher. Athén., Xlll, 5*74; Libanius, t. I, p. 582 ; Ml.^Hist. Var., XIII, 32, citent encore Gallisto comme une courtisane avec qui s'est entretenu Socrate.

Page 1