‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 31 sur 79 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

lerreur panique, avaient pris la fuite, et' que la ville était entièrement libre.

Il restait encore une iuquiéiude à Pereyra touchant le voyageque voulait faire le père Xavier avantcelui de la Chine. Comme la saison était déjà beaucoup avancée, il craignait qu'on ne trouvât plus à Malaca de navire pour Goa. Il ne pouvait mener lui-même le Père à Cochin , parce qu'il s'était obligé de passer à Sunda pour y décharger des marchandises. Mais l'inquiétude de Pereyra fut aussitôt dissipée ; car Xavier, éclairé d'en baut tout de nouveau , lui dit positivement que le vaisseau d'Antoine Pereyra était dans le port de Malaca, et qu'ils le trouveraient sur le point de lever l'ancre pour faire voile vers Cochin.

Xavier découvrait ces choses h son ami durant un grand calnnequi rendait la navigation agréable, lorsqu'on sentit venir un de ces terribles tourbillons dont nous avons parié , et qui submergent les vaisseaux en un instant. Tous ceux du navire crurent d'abord leur perte certaine; ils espérèrent néanmoins quelque chose, en faisant réflexion que le pèi*e François élait avec eux, et ils le prièrent d'intercéder auprès de Dieu en leur faveur.

Le Saint, sans rien répondre , se relira pour faire oraison. Il revint peu de tempsaprès, le visage tout en l'eu, et donna sa bénédiction au navire en disant tout haut ces paroles : Le navire la Sainte Croix, c'était le nom du vaisseau , ne périra jamais sur mer : le li^u qui i'a uw bdiir le verra se défaire de lui-même. Plût d Dieu , ajouia-t'il , que l'on en pût dire autant du vaisseau qui fst parti avec nous ! Mais nous ne verrons que trop tôt combien sa destinée est malheureuse.

Au même moment , il parut des signes qui commencèrent à vérifier la prophétie : le tourbillon se dissipa , ctla mer redevint tranquille. Ils virent ensuite des marchandises et des corps morts qui flottaient sur l'eau , et ils jugèrent par-là que le typhon avait abîmé le navire (jui suivait ; mais ils en furent bientôt assurés par deux matelots qui s'étaient attachés à une planche dans le temps que le navire périt, et qui, après avoir disputé leur vie avec les flots pendant quelques heures , furent poussés par les flots mêmes au bord de Pereyra.

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Le reste de la navigation fut henreox , et on ne vit jamais un temps plus serein. Le navire ayant pris terre au détroit de Sincapour , Xavier , qui savait certainement qu'Antoine Pereyra était dans le port de Malaca prêt à faire voile vers Cocbin , comme noas avons dit, lut écrivit par une frégate qui partait , pour le prier d'attendre encore trois jours. Il écrivit, par la même voie , au père François Ferez , supérieur des Jésuites de Malaca , et il leur ordonna à tous de chercher des rafraîchissements pour les Japonaisqui raccompagnaient.

Dès que Ton sut dans la ville que Xavier venait , œ fut une joie publique qui effaça presque le souvenir de tous les malheurs de la guerre. Les habitants accoururent en foule sur le rivage; et aussitôt que le Saint parut , on n'entendit de tous côtés qu'acclamations et que cris de joie. Ils le reçurent, à la sortie du vaisseau, avec toute la tendresse et toute la révérence possibles. En le conduisant uu logis des Pères delà Compagnie, ils lui montrèrent les ruines des maisons, et ils lui dirent que , s'il ne les eût point quittés , ils auraient été garantis de la fureur des Javes , comme ils l'avaient été de celle des Âchenois ; mais le Père leur répondit que l'excès de leurs péchés était la cause d'un si terrible fléau ; que rien n'aurait pu le détourner qu'un prompt changement de mœurs , et que le moyen d'attirer sur eux la miséricorde divine, était de prendre ce châtiment en esprit de pénitence.

Il visita l'ancien gouverneur don Pedro de Silva , et le nouveau qui lui succédait, don Âlvare d'Atayde, et il leur communiqua son projet touchant l'ambassade de la Chine. L'un et l'autre trouvèrenice,dessein également avantageux h la couronne de Portugal et à la religion chrétienne.

Jacques Pereyra , ne pouvant accompagner le Père à Goa pour la raison que nous avons dite , fournit dès lors trentemille écus pour faire lesprépafatifsdu voyage de la Chine , et envoya avec le Père un de ses gens , qui disposa tout. Xavier, après avoir embrassé plusieurs fois ce fidèle ami , entra avec ses Japonais dans le vaisseau d'Antoine Pereyra , qui n'attendait qu'eux pour mettre h la voile.

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La prédiction que rhomme de Dieu avait faite en fa^ veurdu navire de la Sainte Croix , 6t qu*on l'appela le vaisseau du Saint , et que de Malacu , d'où il partit en même temps que celui qui portait Xavier, sa réputation se répandit dans tout TOrient. En quelque port qu'il arrivât, il était reçu avec honneur, et toujours salué des autres navires par des volées de canon. Tous les marchands s'empressaient à mettre dessus, et payaient volontiers pour le transport des marchandises, ou pour le droit de passade, plus qu'on n^'avait coutume de payer dans les autres vaisseaux. On ne gardait point de poids ordinaire en le chargeant; mais on y mettait tout ce qui pouvait y entrer. Comme il dura fort longtemps , et que , trente ans après la mon du père François, il servait encore au trafic des Indes , on ne laissait pas de le charger excessivement, tout usé et tout faible qu'il était. Les maîtres entre les mains desquels il vint dans l'espace de ces trentes années, prirent seulement une pré* caution , et ce fut de l'éloigner toujours de la terre, si bien que , quand il y avait quelque chose à refaire , on le raccommodait sur mer.

Ce n'est pas , au reste , que , durant tout ce tempslà, il Q*eut des rencontres très fâcheuses. Il fut combattu souvent, et par les corsaires et par les tempêtes ; mais il évita toutes sortes de périls, et personne ne se repentit jamais de s'y être embarqué.

A la vérité, une fois, faisant voile deMalaca à Cochin avec unecharge extraordinaire, il fit tant d'eau au commencement du voyage , que les passagers qui étaient en très grand nombre, furent d'avis qu'on mît une partie et des hommes et des marchandises en d'autres vaisseaux de la compagnie. Mais les vaisseaux qui avaient leurcharge, ne voulurent pointsoulager la Sainte-Croix, et l'épouvante obligea de retourner promptement au port. Toute la ville fut surprise d'un retour si brusque : onsen^oquadecesgensqui craignaient défaire naufrage dans le navire du Saint. On leur reprocha publiquement leur peu de foi , et on n'en fît tant de honte, qu'ils n'osèrent rien diminuer delà charge du vaisseau , ni s'arrêter dans le port. Ils se i*emirent aussitôt en mer; et ce que le monde leur dit delà bonne fortune qui accompagnait

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ce navire depuis vingt-deux ans, les rassura tellement qu*il firent leur voyage sans aucune crainte.

La Sainte-Croix courut de la sorte toutes les mers et tous les ports de TAsie, jusqu*à ce qu'elle lonibât entre les mains du capitaine de la forteresse de Diu , qui , la voyant à demi-pourrie, et ouverte en plusieurs endroits, jugea qu'elle ne pourrait plus servir, si on ne la raccommodait entièrement. Il la iit pour cela conduire à Cochin , et pousser à terreau lieu même où elle avait été bâtie autrefois : mais elle ne fut pas plutôt sur le flanc, qu'elle se défit d'elle-même , sans qu'il restât de ce grand corps que des planches et des poutres qui n'étaient plus bonnes qu'ù brûler.

Le peuple de Cocbin , qui savait la prédiction de Xavier dans toutes ses circonstances, en vint voirTaccomplissement. Un petit marchand qui se trouva là , nommé Georges Nugnez,eut lapenséequ'il restait encore dans les planches quelque chose de la vertu que la bénédiction du Saint y avait imprimée, et il eu prit une qu'il fil mettre à sa frégate , persuadé qu'avec ce secours il ne ferait jamais naufrage. Ainsi, plein d'une foi vive , il entreprit hardiment de très longues navigations, que les plus gros navires avaient peine à faire; et, sans prendre garde au temps, ni ménager rien, il traversa plusieurs fois les golfes les plus orageux. Lorsqu'on lui disait qu'il n'était pas sage de se hasarder de la sorte , il répondait que les vents de la mer connaissaient bien safragate, et y respectaient la planche du Saint. En effet , elle sortit toujours heureusement des plus grands périls; et, ce qui fut remarquable, c'est qu'ayant eu le sort du navire , elle finit comme lui , se défaisant d'elle-même sur le rivage de Coulan, où l'on avait dessein de la radouber.

Pour reprendre la navigation du père Xavier, il arriva à Cochin le 2A janvier de l'année 1552. Le roi des Maldives y était depuis quelques mois, prince de vingt ans, né dans la religion de Mahomet et nourri dans la haine û^ chrétiens. La révolte de ses sujets., qui ne l'aimaient pas, ou qui haïssaient le gouvernement, l'obligea d'abandonner son royaume pour sauver sa vie et de se réfugier chez les Portugais, dont il espérait du

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secours pour se rétablir. Les Pères de ia Compagnie le reçurent en lear maison , et d*abord tâchèrent de le œnverlir, en lui faisant voir la fausseté de sa secte. Le mauvais état de ses affaires le rendait assez docile aux iustruciions du père Antoine Heredia, qui entreprit sa conversion avec beaueopp de chaleur; mais la crainte d'irriter encore davantage ses peuples rebelles , s'il changeait de religion , lui faisait différer son changement de jour en jour ; et peut être qu'il n'aurait point quitté le mahométisme , si le père François ne fut survenu pour achever Touvrage que les autres avaient commencé.

Le saint Apôtre parla de Dieu si fortement au roi des Maldives,. qu'il le réduisit enfin sous Tobéissance de la foi, malgré toute la prudence mondaine qui Tempéchait de se rendre. L*ayanl instruit tout de nouveau des mystères du christianisme, il le baptisa solennellement. Il excita ensuite les Portugais a le remettre sur le trône, et il nomma quelques-ans des Pères de Cocbin pour accompagner Tarmée navale qui irait aux Maldives : son dessein était qu'ils travaillassent à la conversion de tout le royaume , dès que le roi serait rétabli. Mais parce quil importait peu à la couronne de Portugal que des îles qui ne produisaient ni or, ni épiceries, ni parfums, en fussent tributaires, les gouverneurs ne firent rien pour ce prince malheureux , Qui, désespérant, de recouvrerjamais ses états, épousa une Portugaise et mena une vie prWée jusqu'à sa mort, heureux seulemeal en ce que la perte de sa couronne lui valut le doQ de la foi et la grâce du baptême.

Lorsque le saint homme était prêt à partir, il se présenta une occasion d'écrire en Europe , dont il se servit pour rendre compte de son voyage du Japon, et au roi du Portugal, et au général de la Compagnie. S'étant embarqué pour Goa, il s'y rendit en très peu de temps, au commencement de février.

Dès qu'il (Vit à terre, il visita les malades des hôpi> taux de la ville, et ail» ensuite au collège de Saint-Paul , qui était la maison de la Compagnie. Après les embrassementâ ordinaires, qui furent plus tendres quejamais, il demanda ^'il n'y avait point de malade dans le colla*

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)ége; on lui dit qn'il n'y en avait qu*un qui était à Tagonie. Aussitôt Xavier le va voir , et récite un évangile sur lui : à la vue du Saint, le moribond reprend ses esprits, et recouvre entièrement sa santé. Les médecins n*en espéraient rien, et on avait déjà lout préparé pour sa sépulture; mais il ne dé<iespérait pas lui-même de sa guérison, et le jour que Xavier arriva , il disait d'une voix mourante que , si Dieu lui faisait la grâce de voir leur bon Père, il guérirait infailliblement.

Les nouvelles que dit Xavier de l'église do Japon aux Pères de Goa les consolèrent beaucoup, et il fol consolé lui-même eii apprenant d'eux l'état de la chrétienté desIndes. Les missionnaires qu'il avait dispersés avant son départ, se trouvèrent pre$qiie tous réunis à son retour: les uns étaient venus sur ses lettres, et par son ordre; les autres , d'eux-mêmes , pour des affaires très pressantes ^ comme si le Saint-Esprit les eût rassemblés exprès, afinquela présence de l'hommede Dieu redoublât eii eux la ferveur religieuse et le zèle apostolique. Dieu avait béni partout leur travaux. La ville d'Ormuz, qui échut en partage au père Barzée, avait changé toul-à-fait de face : on y voyait les idolâtres, les sarrasins et les juifs courir au baptême, des temples d'idoles consacrés à Jésus-Christ , des mosquées et des synagogues désertes, les mœurs réformées et toutes les méchantes coutumes abolies.

Le christianisme florissait plus que jamais dans la côte de la Pêcherie , depuis la mort du Père Antoine Criminal , qui l'avait cultivée avec tant de soin, et qni, en la cultivant, avait été massacré par les Badages. Le sangdu martyr semblait y avoir multiplié les chrétiens: on y en comptait plus de cinq cent mille , tous fervents et prêts 5 mourir pour leur foi.

L'Evangile n'avait guère fait moins de progrès à Cochin et à Coulan , à Bazain et à Méliapor , aux Moluques et dans les Iles du More. Mais on ne peut dire combien les ouvriers évangéliques travaillaient utilement àGoa. Tous les prêtres des idoles avaient été chassés de 111e par l'ordre du gouverneur , k la sollicitation d'un des Pères du collège de Saint-Paul . On défendit même , sous des peines rigoureuses , de faire aucun acte public d'ido-

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latrie daos tout le dislrict de Goa ; et ces ordonnances réduisirent peu à peu une înAnité de gentils. Pour les Portugais, leur vie était réglée : dans la liberté de tout faire , ils ne se permettaient rien que d*bonnéte , et les concubines étaient aussi rares qu'elles avaient été commanes. Les gens de guerre vivaient presque en religieux, et il n'est pas imaginable combien leur piété édifiait le peuple.

Mais rien ne toucha Xavier d^^vantage, que la conversion des deux princes qu'on avait vu à Goa pendant son absence. Le premier était le roi de Tanor , royaume situé le long des côtes du Malabar , entre Cranganor et Calicut. Ce prince , sarrasin et idolâtre tout ensemble , mais sage, grand guerrier , très bien fait de sa personne, et poli plus qu'il ne convenait à un barbare , avait eu , dès ses premières annéeS , de l'inclination au christianisme sans le bien connaître. Il en fut charmé dès qu'il eut été instruit à fond des mystères de la Foi , par un religieux de saint François qui hantait sa cour. Cependant les guerres qu'eut ce prince avec d'autres rois , durant dix années , l'empêchèrent de recevoir le baptême. Il fut enfin baptisé ; mais cela se fit secrètement, et même il vécut toujours en apparence comme un infidèle , pour se ménager avec ses.sujets : il en eut néanmoins du scrupule; et , afin de s'éclaircir sur un point si délicat , il pria l'évéque de Goa de lui envoyer un Apôtre : c'est le nom que les Indiens donnaient dès lors aux Pères de la Compagnie aussi bien que les Portugais.

Le père Gomez , qui fut envoyé au roi de Tanor , lui dit nettement que Dieu voulait être servi en esprit et en vérité; que la feinte dans la religion était pire que l'irréligion, etque Jésus-Christaurait honte devant les anges de ceux qui avaient honte de lui devant les hommes.

Le roi, qui préférait son salut à sa couronne, crut Gomez , et résolut de se déclarer d'une manière éclatante , dès qu'il se serait accommodé avec ses. ennemis. Ayant fait la paix par l'entremise du Père même, qui la lui avait conseillée , il vint à Goa malgré ses sujets, qui , ne pouvant rien gagner sur lui par leurs raisons ni par leurs prières , s'étaient saisis de sa personne , et

l'avaient enfermé dans une des plus fortes citadelles da royaume. II s'échappa de sa prison , passa un fleuve à lu nage , et ayant trouvé huit fusies de Goa qu'on avait envoyées au devant de lui , il se rendit heureusement dans la ville. L'évéque et le vice-roi le conduisirent à la cathédrale parmi les acclamations du peuple, etce fut la qu'au pied des autels il fit une publique profession de foi, avec des sentiments et des* ex pressions de piété qui aiiendrirént tout. le monde.

L'autre prince dont la conversion réjouit extrêmemeni le père Xavier , fut le roi deTrichenamalo , qui est un des états de Ceyian. Ce roi , étant encore au berceau, avait élé mis sur le trône , puis dépossédé, à l'âge de huit ans , par un usurpateur qui , non content de lui ravir la couronne , voulut lui ôter la vie; mais il avait été emmené hors de son rofiaume par un prince du *sang royal et par quarante seigneurs de sa cour , qui lui cherchèrent un asile chez les chrétiens de la Pêcherie.

Les Paravas le reçurent avec toute la charité qu'on devait h un enfant de sa naissance maltraité de la fortune j et ils promirent à ses conducteurs de le servir autant qu'ils pourraient; mais ils leur conseillèrent en même temps de lui procurer une couronne plus noble et plus durable que la sienne , et ils dirent là-dessus tout ce qu'ils savaient de l'adoption des enfants de Dieu, de l'héritage des saints et du royaume des cieux.

Soit que les considérations humaines fissent agir le prince parent du jeune roi, ou que l'Esprit divin lui touchât le cœur, il consentit à ce que voulaient les Paravas, et se mit lui-même entre les mains du père Henriqne/. pour se faire instruire. Les autres seigneurs suivirent son exemple , et tous furent baptisés avec le roi , qui parut avoir dans son baptême des sentiments de piété dont son uge n'était pas capable.

Les chefsdes chrétiens de la Pêcherie , ayant ramassé ensuite tout ce que le pays put fournir de munitions et de gens de guerre , passèrent à Tile de Ccylan , sous la conduite du prince et des quarante seigneurs; mais l'usurpateur était si bien établi , que les Paravas furent contraints de retourner en diligence chez eux. Pour le

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jeone roi , on le conduisit à Goa , et les Portugais qui en prirent soin )e mirent au collège de Saint Paul, où il fut élevé dans la vertu par les Pères de la Compagnie.

Xavier loua Dieu de voir les grands^de la terr^ soumis à Tempire de Jé$us<Christ par le ministère des enfants d'Ignace; et il s eu réjouit avec Ses frères , d'autant plus que révéquede Goa, don Jean d'Albuquerque, lui témoigna qu'il était extrêmement satisfait de leur conduite:

Ce saint et sage prélat lui communiqua une lettre qu'il avait écrite sur cela , durant son absence , au général de la Compagnie. La lettre était en portugais , datée de Cochin , du 28 novembre de l'année 1550 ; la voici traduite en français :

Les grandes choses que font les sujets de Votre Rêvérence en toutes ces contrées de l'Orient, la sainteté- de leur vie, la pureté de leur doctrine, leur zèle à travailler au salut des Portugais par le ministère de la parole de Dieu et par le sacrement de pénitence, leurs courses infct' tigables dans tous les royaumes de l Inde pour convertir les idolâtres et les Mores , letir application continuelle à étudier les langues de ce nouveau monde et à enseigner les mystères de la foi , principalement au cap de Comorin : tout cela m'oblige d'écrire à Votre Révérence, pour lui rendre témoignage de ce que je vois de mes yeux.

En vérité, les Pères de votre Corffpagnie sont d'excellents ouvriers dans la vigne du Seigneur ; et ils servent si fidèlement les évéques, que leurs services au regard des âmes dont je suis chargé, me font espérer que je serai moins d'années en purgatoire.

Je n^ose entreprendre de vous raconter toutes leurs actions particulières, et y quand je le voudrais, je n'en aurais pas le temps. Je vous dirai seulement qu'ils sont ici comme des flambeaux allumés pour dissiper les ombres épaisses oà étaient ensevelis ces peuples barbares , et que déjà, par leur moyen , plusieurs nations infidèles adorent un seul Dieu en trois personnes.

Au reste , je leur accorde tout ce qu'ils me demandetU pour le bien des âmes ; je communique d chacun d'eux tout ce que j'ai de pouvoir et d'autorité, sans me réserver rien,' et je me regarde comme un des membres de ce saint corps, quoique ma vie soit bien éloignée de la leur * en un

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fnot , je les aime en Jésut-Chriêt , avec une charité pure et sincère.

Le reste de la lettre n'étant pas tout-à-fait de notre sujet, il serait inutile de le rapporter.

L'homme de Dieu apprit , presque en même temps, que les ministres de Portugal qui étaient à Goa avaient mandé à Lisbonne le fruit des travaux de la Compagnie^ et qu'en particulier le nouveau vice-roi , don Antoine de Norogna , avait écrit que les Indes étaient merveilleusement contentes des Jésuites ; qu'on ne pouvait voir le bien qu'il faisaient partout sans en bénir Dieu , et que leur vie répondait à l'esprit de leur vocation.

Le Saint sut aussi que le roi de Portugal avait fiait savoir au Pape toutes ces nouvelles , surtout la conversion du roi de Tanor et le martyre du père Antoine Criminal ; qu'il avait communiqué à Sa Sainteté le dessein où il était de fonder plusieurs collèges de la Compagnie , pour remplir tout l'Orient d'ouvriers apostoliques; et qu'en attendant , il avait ordonné que tous les séminaires établis aux Indes pour l'éducation de la jeuflesse , fussent mis entre les mains de la Compagnie, s'ils n'y étaient pas encore.

On dit enfin au père Xavier que le vice-roi des Indes et les capitaines des forteresses avaient ordre du roi Jean III de défraye^ les missionnaires dans tous leurs voyages , et que ce prince , si religieux , se déchargeait sur la Compagnie de l'obligation qu'il avait de procurer le salut des infidèles , suivant les anciennes conventions faites avec le Saint-SIége , quand on accorda à la couronne de Portugal les conquêtes de l'Orient.

Parmi tant de sujets de satisfaction, la conduite d'Antoine Gomez causa une véritable douleur au père Xavier. Avant son voyage dû Japon , il l'avait établi recteur du collège de Saint-Paul , suivant l'intention , ou plutôt par Tordre du père Simon Rodriguez , qui l'envoya aux Indes trois ans après son noviciat , et qui , an regard de ces missions , avait une autorité absolue , comme étant provincial de la province de Portugal , dont les Indes dépendaient.

Gomez avait des qualités éminentes et qui ne se rencontrent guère ensemble. Outre qu'il était grand

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philosophe , grand théologien et grand canoniste , il était excellent prédicateur, et un des hommes du monde les plus habiles en affaires ; du. reste , tout brûlant de zèle pour ta conversion des ûmes, toujours prêt à travailler dans les missions les plus pénibles et toujours infatigable au travail , mais fort attaché à son jugement , ne suivant que ses propres vues , et agissant plus par la vivacité de son humeur que par l'esprit de Dieu ou par la raison.

Comme il était entré dans la Compagnie ayant déjà assez d'âge, il n'avait pas dompté de bonne heui^ ce naturel impétueux qui le gouvernait en tout; et dès qu'il eut pris la charge de recteur, il commença à l'exercer selon son caprice, même sous les yeux de Xavier , qui n'était pas encore parti pour le Japon , et qui , voyant combien le gouvernement de Gomez était peu conforme à l'esprit de leur institut , voulut le retirer de 6oa pour l'envoyer à Ormuz ; mais le vice<roi , dont Gomez reôhercba l'appui par un des principaux ministres de la couronne de Portugal , ne permit pas qu'on le ftt sortir de Goa , ni qu'on lui àtftt sa charge ; et tout ce que put faire Xavier fut de tempérer l'autorité de Gomez , en établissant le père Paul de Camerin supérieur-général de tontes les missions des Indes.

Mais dès que le Saint fut parti , Gomez usurpa tout le gouvernement , alléguant pour ses raisons que le père Rodriguez lui avait donné un pouvoir absolu , et que Camerin était un bon homme , plus propre à visiter les prisons et les hôpitaux de Goa qu'à conduire les missions et à 'gouverner les collèges delà Compagnie.

Il prescrivit d'abord à ses inférieurs de nouvelles règles , et leur déclara , en termes exprès , qu'il leur fallait rentrer au veiitre de leur mère, renaître dans la vie spirituelle et se transformer en d'autres hommes : ce n'est pas qu'ils eussent besoin de réforme , eux qui étaient des modèles de perfection , mais c'est qu'il avait apporté d'Europe je ne sais quelle manière de vie qui convenait à ses idées et à son humeur. Il entreprit donc de changer la discipline domestique , et de négler les études des Jésuites sur le plan de l'université de Paris , 011 il avait étudié en sa jeunesse. Ce n'était tous les

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jours que changemeuts et qu'innovalions , qu'if faisait avec UBC hauteur et uoe dureté qui sentaient plus le réformateur royal que le supérieur religieux , jusqu'à dire, pour se faire obéir et se faire craindre , qu'il avait du père Simon Rodriguez un ptein pouvoir de mettre eu prison ou de renvoyer en Portugal quiconque traversenût son gouvernement.

Sa conduite n'était pas moins irrégulière à l'égurd des jeunes gens qu'on élevait au séminaire , et qui la plupart étaient Indiens : quoiqu'ils fussent encore novices dans la foi , et même à peine fidèles , il leur donnait des pratiques de la vie intérieure la plus parfaite, où ils u'entendaient rien du tout ; et comme ils ne pouvaient s'acquitter de ces exercices si sublimes, il les punissait très sévèrement. De là naissaient les murniunes i les cabales, les désespoirs de cette jeunesse mai conteute ; et de là venait aussi que plusieurs , ne pouvant souffrir une si violente direction , sautaient la nuit les murailles et s'enfuyaient du collège.

Gomez , qui ne voulait pas être contredit , devint par là plus f&cheux et plus bizarre, tellement qu'un jour il cbassa tous les séminaristes qui restaient , comme s'ils eussent été incapables de discipline ; et , ayant reçu en leur place des Portugais , au nombre de vingt *sepi , qui demandaient à être de la Compagnie sans avoir aucune teinture des lettres humaines , il fil du séminaire un noviciat.

Comme il avait tout-à-ihit gagné don Georges Cabrai, qui était alors vice-roi des Indes , personne n'osait s'opposer à ses folles entreprises , pas même Tévéque don Jean d'Albuquerque , qui ne voulait pas se compro mettre avec le viceM*oi , et qui craignait d'augmenter le mal en y voulant remédier.

Le recteur , au reste, n'était pas si attaché à Goa , qu'il iie fit de temps eu temps des courses ailleurs , soii que son activité naturelle ne lui permit pas de se tenir en repos , soit que son zèle n'eût pas assez d'étendue dans un seul lieu , soit enfin que^ se regardant comme le supérieur général des missions , il cràt être obligé d'avoir l'œil à tout et de fuire tout par lui-même.

La ville de Cocbin voulant fonder un collège à la

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