‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 30 sur 79 · LI?BE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LI?BE CINQUIEME

Ces difficultés ne parurent pas nouvelles à Xavier, qui était très docte , et qui savait tout ce que les Pères et les Théologiens disent là-dessus. Il répondit, sans cloute , selon leur doctrine , mais le Portugais qui rapporte les objections, n'a pas osé écrirç les réponses , si nous Ten croyons lui-même, parce qu'elles passaient de beaucoup la capacité d'un marchand (*).

Les bonzes firent divers répliques, auxquelles le Père donna en peu de mots , et dans les règles de l'école , des solutions convaincantes. Soit qu'ils ne connussent pas ces solutions , ou par trop d'entêtement , ou pour n'être pas faits à la méthode scolastique; soit qu'ils fissent semblant de ne les pas concevoir pour n'avoir pas la honte de céder , ils ne se rendirent point et crièrent plus fort qu'auparavant. Comme c'était moins pour la vérité que pour la victoire qu'ils dispo* taient, ils niaient tout, jusqu'aux principes évidents , prétendant par là embarrasser feur adversaire; mais comme Xavier savait prendre ses avantages , il les confondait eux-mêmes, en les réduisant à des contradictions manifestes, dont ils ne pouvaient se retirer : de sorte qu'au lieu de répondre ils grinçaient des dents, écumaient de rage , et jetaient des regards furieux de tous côtés.

Le roi , indigné de l'obstination des bonzes, leur dit un peu en colère : Pour moi j autant que je mis capable d'en juger, je trouve que le- père François parle de bon sens, et que vous autres ne savez ce que vous dites. Il faut être plus éclairé, ou moins passionné que vous n'êtes , pour bien connaître ces vérités , ajouta le prince ; mais ii la loi divine vous manque, aidez-vous de la raison, qui seule fait voir qu'on ne peut nier des choses claires, et n* aboyez pas comme des chiens.

S'étant levé après ces paroles , il prit Xavier par la main, et le ramena jusqu'à son logis. Les gens qui suivaientenfoule, chan taient des louanges dusainthomme, tandis que les bonzes, outrés de dépit et transportés de fureur , disaient tout haut : Que le feu du ciel tombe

n On trouve la réponse à toutes ces difficultés dans la Heligion au Philosophe, par Muzzarelli.

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sur un prince qui se laisse séduire si facilement par un enchanteur étranger.

Les disputes que Xavier eut avec les bonzes se terminèrent ainsi. Elles furent très glorieuse pour lui et pour la religion qu'il prêchait , mais d'assez peu de fruit pour les idolâtres qui y assistèrent ; car , ni l'auteur que nous avons déjà cité plusieurs fois , ni les autres histo^ riens de la vie du Saint, ne disent point qu'il -se fît alors de nouvelle conversions : et il y a sans doute lieu de s'étonner que les seigneurs de la cour, qui approuvaient tant la doctrine du christianisme , demeurassent encore dans l'idolâtrie ei dans le vice; si ce n'est qu'on se souvienne qu'en matière de conversion 4es lumières de l'esprit ne suffisent pas, que le cœur doit être touché , et que les philosophes dont parle saint Paul ayant connu Dieu , ne l'ont pas glorifié comme Dieu. Il y a néanmoins bien de l'apparence que ces disputes eurent leur effet avec le temps , et il est même très probable qu'elles forent la semence des convei*sions merveilleuses qui se firent les années suivantes.

Le père Xa\fier alla le lendemain dire adieu au roi , qui lui donna de nouvelles marques de sa bienveillance; et il partit du Japon le même jour , qui était le 20 de novembre de l'année 1551 , aprèsy avoir demeuré deui ans et quatre mois.

Depuis peu de jours , Dieu avait fait connaître à son serviteur que la ville de Malaca était assiégée par mer et par terre ; que c'était le roi de Gentana , sarrasin , qui avait formé lui-même le siège avec une armée de douze mille combattants ; que les soins du gouverneur don Pedro de Silva , et le secours de don Fernandez Carvaglio n'avaient pu la défendre contre l'effort des barbares ; que les Javes , peuple belliqueux et féroce, qui s'étaient rendus maîtres de la place, y avaient mis tout à feu et à sang ; que de trois cents Portugais qui étaient dedans , plus de cent avaient été massacrés, et quelerestene s'était dérobéauglaivedes infidèles qu'en se sauvant dans la forteresse ; enfin que Malaca n'était plus qu'un lieu d'horreur, et que l'ennemi , lassédu carnage, avait mis à la chaîne plusieurs milliers d'hommes.

Le Saint apprit à Gama et aux Portugais de son na-

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vire ces tristes aouvelies avant qu'on sortit du port , et U leur déclara que les péchés d'une ville si corrompue avaient attiré la malédiction du Ciel , dont il l'avait menacée ; mais il les conjura en même temps de prier Dieu pour apaiser la justice divine , et il le fit lui-même de tout son cœur.

Outre les deux Japonais, Matthieu et Bernard, qui avaient toujours suivi le Père et qui ne voulurent point le quitter , un ambassadeur du roi de Bunfifo s'embarqua avec lui dans le vaisseau portugais. Le motif de cette ambassade était de rechercher d'amitié le vice-roi des Indes , et d'obtenir un prédicateur qui vînt achever de convertir le royaume de Bungo en la placé du père François.

Ils naviguèrent le long des côtes durant six jours, et la navigation fut heureuse jusqu'à une lie du roi de Mlnaio , nommé Meleitor , d'où, traversant un détroit , ils cinglèrent en haute mer. A la nouvelle lune le temps changea , et il s'éleva un vent du midi si furieux , que , le pilote ne put tenir contre avec tout son art. La tempête porta le navire en une mer inconnue aux Portugais et aux Indiens , le ciel était si noir de nuages , que pendant cinq jours et cinq nuits , on ne vit ni soleil ni étoiles, tellement que les marins ne pouvaient prendre la hauteur pour savoir où ils étaient.

Un jour , sur le soir , le vent redoubla de telle sorte que le vaisseau n'avait pas la force de rompre les vagues , tant elles étaient hautes et venaient avec furie. Dans une conjoncture si fâcheuse, le parti qu'on prit fut de raser le château de proue pour venir plus aisément à bout des voiles, et afin que le vaisseau obéît mieux au gouvernail ; on attacha ensuite au navire avec de gros cables la chaloupe qui suivait. Mais la nuit étant survenue durant ce travail , et une nuit très obscure avec une pluie épouvantable qui augmenta la tempête , on ne put tirer de la chaloupe cinq Portugais et dix Indiens , tant esclaves que matelots , qui étaient dedans. '

Ceux du navire ne trouvaient de ressource dans un péril si extrême, qu'en lu compagnie du père Xavier. Il les exhortait à pleurer leurs péchés pour apaiser le courroux du Ciel , et il versait lui-même des larmes en abondance devant Dieu.

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Lorsque la nuit était le plus noire, on entendit un cri lanoentable , comine de gens qui se croient perdus et qui demandent du secours. Le bruit venait de la chaloupe que la violence du vent avait détachée du vaisseau , et que les flots emportaient.

Dès que le capitaine s'en fut aperçu , il ordonna au pilote de tourner vers ces malheureux , sans considérer qu'en voulant sauver son neveu Alphonse Calvo, qui était un des cinq Portugais de la chaloupe , il faisait périr le navire et qu'il se perdait lui-même. En effet, comme le navire était difficile à gouverner ,. quand ou voulut le tourner du côté de la chaloupe , il demeura de travers et penché entre deux montagnes d'eau, dont l'une tomba sur la poupe et inonda le tillac. En ce moment-là tous crurent que c'était fait d'eux , et ce ne furent que cris et que larmes.

Xavier, qui était en prière dans la chambre du capitaine, accourut au bruit , et vit un spectacle pitoyable , le vaisseau près d'être submergé , et les matelots, les soldats et les passagers tous péle-méle les uns sur les autres, déplorant leur malheureuse destinée et n'atteo dant plus que la mort.

Alors le saint homme , levant les yeux et les maios au ciel, dit tout haut , dans un transport de ferveur: Jésus , l'amour de mon âme , tecourez-tumi , je vaut m prie, par les cinq plaies que vous avez reçues pour nous sur la croix. Aussitôt le navire , qui coulait déjà à fond , se releva de lui-même et gagna le dessus de l'eau. Les matelots , encouragés par un miracle si visible, disposèrent tellement les voiles, qu'ils prirent le vent en poupe, et se remirent sur leur route.

Cependant la chaloupe disparut, et personne ne douta qu'elle n'eût été engloutie dans les flots. Le capitaine pleura son neveu, les autres regrettèrent leurs compagnons. Pour le Père , ce qui l'affligeait davantage , c'était la perte de deux esclaves mahométans qui n'avaient pas voulu se faire chrétiens. Il gémit sur leur état malheureux ; mais , dans ces sentiments , rentrant en luimême , ou plutôt se recueillant tout en Dieu , il eut la pens^ d'implorer la protection du Ciel sur la chaloupe , au cas qu'elle ne fût pas encore abtmée.

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U snivil l'ÎD^piratioD du Samt-Esprit , et S9 prière n'était pas fioie qu'il se seniît exaucé ; si bien que , se tournant vers Edouard de Gaaia qui était extrêmement triste : Ne vous affligez pas , mon frère , lui dit-il d'un visage g^ai , avant trois jours la fille viendra retrouver la mke. U entendait que la chaloupe se rejoindrait au navire, et il s'expliqua.

Le capitaine , occupé de sa douleur , voyait trop peu d'apparence à ce que le Père disait, pour ajouter foi. Il ne laissa pas , dès le point du jour , de faire monter sur la hune, pour voir si on découvrirait quelque chose; mais on ne vit rien que la mer toujours fort émue et toute blanche d'écume.

Le Père , qui s'était retiré pour faire oraison , revint deux heures après , avec la même gaieté sur le visage ; et, ayant donné le bonjour au capitaine , au pilote et à six ou sept autres Portugais qui étaient ensemble , il leur demanda si* on n'avait point vu la chaloupe. Ils répondirent que non ; et , jcomme il souhaitait qu'on montât à la hune , un des Portugais , nommé Pierre Vegiio, lui dit brusquement : Oui , mon Père , la chaloupe rmendra ; mais c'est quand il s'en sera perdu une autre; il voulait dire qu'elle ne reviendrait jamais.

Xavier reprit doucement Veglio de son peu de foi , et lui fit entendre que rien n'était difficile à la main toute-puissante de Dieu . La confiance que j'ai en la divine mérieorde, dit-il , me fait espérer que les personnes que j at mises sous la protection de la sainte Vierge , et pour piifai fait vwu de 'dire trois messes à Notre- Dame^du- Mtmt y ne périront pas .

Il pressa ensuite le capitaine de faire monter à la hune pour voir si la chaloupe ne paraissait point. Gama, pour contenter le serviteur de Dieu , y monta lui-même avec un matelot ; et après avoir regardé attentivement de tous côtés durant une demi*heure, ils ne virent rien ni l'un ni l'autre.

Cependant Xavier, à qui l'agitation du vaisseau avait renversé l'estomac , et qui avait été deux jours et trois Quitssans manger ni sans dormir , fut attaqué de maux de tête très violents, et eut de si grands vertiges qu'à peine pouvait-il se soutenir. Un des marchands portu*

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gais , appelé Fernaud M^dez PIdIq ^ le pria de se reposer an peu , et lui offrit pour cela sa chambre. Xavier, qui , par ud esprit de mortification , couchait ordinairement sur le tillac , accepta l'offre de Mendez , et demanda, pour comble de grâce , qu'un valet chinois dn marchand se tint devant la porte de la chambre , afin que personne ne rinterromptt.

Le dessein du Père n'était pas de donner du soulagement à son corps. Il se remit en prière , et on sut du valet chinois que , depuisles sept heures du malin qu'il se retira , il avait été h genoux jusqu'au soir , poussant des soupirs et versant des larmes. Il sortit de sa retraite après le soleil couché , et redemanda au pilote si oo n'avait point découvert la chaloupe , qui ne pouvait être guère éloignée. Le pilote repartit qu'il n'y fallait plus penser , et qu il n'était pas possible qu'elle eût résisté à une si furieuse tempête ; matis que , quand elle aurait échappé du périt par hasard , ou que Dieu l'aurait sauvée par miracle, elle sei*ait à plus de cinquante lieues de leur bord , et qu'il y avait de la témérité à croire qu'elle pût revenir.

C'est le pi*opre de la confiance chrétienne d'élre assuré et inébranlable parmi tous les sujets qu'on a de craindre raisonnablement. Xavier trouva les raisons dn pilote bonnes , et ne douta pas pourtant du retour de ta chaloupe : il lui soutint toujours qu'elle n'était pas loin , et le conjura d'envoyer quelqu'un à la hune, tandis qu'on voyait encore clair. Le pilote , moinspar complaisance pour le Père qu'afin de le détromper, y alla lui-même et n'aperçut rien.

Xavier , sans avoir égard au rapport do pilote, pria instamment le capitaine de feire abaisser les voiles pour donner le temps à la chaloupe de regagner le navire. L'autorité du saint homme l'emporta sur les raisons do pilote : on baissa l'antenne, et on s'arrêta près de trois heures; mais enfin les passagers se lassèrent, ne poavant souffrir davantage le balancement du vaisseau , et chacun cria : A la voile. Le Père leur repnx^a leur impatience , se saisit lui-même de l'antenne pour empêcher les matelots de tendre les voiles , et , pendiant la tête dessus , éclata en soupirs et en sanglots , et répandit un torrent de larmes.

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Il se releva un peu après , et tenant les yeux attachés au ciel , encore tout baignés de larmes : Jésus , mon Seigneur et mon Dieu, dit-il d'un ton pathétique , je vous eonjure , par les souffrances de votre sacrée pctssion , d'avoir pitié de ces pauvres gens qui viennent à nous au travers de tant de périls. Il se remit ensuite comme il était , et demeura appuyé sur l-antenne sans dire root , pendant quelque temps , comme s'il eût été endormi.

Mors uo enfant qui étaitassis au pied du mât , s'écria tout à coup : Miracle, miracle, voilàda chuloupe. Tout le monde s'amassa au cri de l'enfant , et ou vit effectivement la chaloupe à une portée de mousquet. Ce ne furent qu'exclamations et que cris de joie tandis qu'elle approchait du vaisseau . Cependant la plupart se jetèrent aux pieds de Xavier, et se reconnaissant pour des pécheurs indignes de posséder un si saint homme , lui. demandèrent pardon de leur incrédulité; mais le Père, confus de se voir traiter ,de la -sorte, s'échappa de leurs mains le plus tôt qu'il put , et alla s'enfermer dans une chambre.

Enûn la chaloupe gagna le navire. On remarqua que, quoique les flots fussent fort émus , elle vint droit sans être agitée, et qu'elle s'arrêta d'elle même. On prit garde aussi qu'elle n'eût aucun mouvement jusqu'à ce que les quinze hommes qu'elle portait fussent entrés dans le vaisseau , et que les matelots l'eussent attachée derrière la poupe.

Dès qu'on eut embrassé ces hommes qu'on croyait perdus , on voulut savoir leur aventure , et on fut bien surpris d'apprendre qu'ils étaient venus au milieu de la plos horrible Aempéte qui se vit jamais , sans craindre ni de périr, ni de s'égarer; parce que , disaient>ils , le père François était leur pilote , et que sa présence ne leur laissait pas la moindre inquiétude. Comme les gens eu navire soutenaient que le Père ne les avait point quittés , ceux de la chaloupe , qui l'avaient va toujours auprès d'eux tenant le gouvernail , ne pouvaient croire ce qu'on leur disait. Après un peu de contestation , les uns et les autres jugèrent que le Saint avait-été en même temps en deux lieux ; et un miracle si visible fit tant d'impression sur l'esprit des deux es*

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claves sarrasins de la chaloupe , qu'ils abjurèrent le mahométisme.

L'impaiience qu'avaient les quinze hommes de voir celui qui les avait conduits si heureusement, et qui s'était évanoui de leurs yeux au moment qu'ils avaient joint le navire, obligea Xavier de paraître. Ils voulurent le saluer comme leur libérateur , en se prosternant devant lui ; mais il ne le souffrît pas , et leur déclara que c'était la main du Seigneur , et non pas ta sienne , qai les avait sauvés du naufrage. En même temps il rendit à Dieu de publiques actions de grâces pour une faveur si extraordinaire , et il ordonna au pilote de disposer tout pour continuer leur voyage , en l'assurant qu'ils auraient bientôt le vent favorable.

L'usage que le pilote avait de la mer ne lui promettait pas un changement si soudain ; mais l'aventure de la chaloupe lui fit ajouter foi , contre sa propre expérience , aux paroles du père Xavier , et il reconnut , m moment après, que celui qui commande à la mer et aux vents faisait parler le saint homme.

On n'eut pas plutôt tendu les voiles , qu'un vent du nord se leva , que l'air s'éclaircit et que la mer se calma entièrement ; de sorte qu'en treize jours de navigation ils gagnèrent le port de Sancian , ou les marchands por tugais du navire tenaient leur trafic. Comme la saisoD de naviguer dans ces mers se passait , il n'y avait plus là que deux navires des Indes , et celui de Jacques fereyra en était un . Le navire d'Edouard de Gama n'étant pas en état d'aller d'une traite è Malaca , et ayant besoin de«e rafraîchir à Siam , le Saint se mit dans le vaisseau de son ami Pereyra. C'est merveille qu'au moment qu'il y entra, le vent qui, depuis quinze jours, était ao nord et tout contraire à celui qu'il fallait pour aller aux Indes, changea tout*à fait, si bien que le jour suivant , qui fut le dernier de l'année 1551 , on mit à la voile. Un autre navire , qui n'attendait que le vent, partit avec eux ; mais il éprouva dans la suite qu'il ae portait pas l'Apôtre des Indes.

Avant leur départ , Xavier s'eotretenant des périls de la mer avec le pilote qui l'avait amené du Japon, et qui se nommait François d'Aghiar, lui annonça qo'il

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ne finirait pas ses* jours sur Teau , et qu'aucun navire où il serait ne ferait jamais naufrage , pour violenteqiie fût la tempête. Aghiar crut si ferraeoient ce que le Père lui dit , et en ressentit depuis si visiblement Teffet dans plusieurs rencontres » que , sans observer ni vents ni saisons , il se mettait très souvent en mer avec un vieux bâtiment fort mal équipé, jusque-là que ceux qui ne savaient pas ce qui le faisait agir , le prenaient pour un homme téméraire et peu entendu dans la marine.

Il montra , une fois enti^e autres , combien il s'assurait sur les promesses du Saint , et ce fut en allant de Tenasserim au royaume de Pégu , dans une barque légère , tout usée et tout en désordre. Une tempête qui s'éleva au milieu du voyage , jeta contre des rochers et brisa de grands navires quisuivaient la barque d'Âghîar: elle seule semblait braver les écueils; et , tandis que la mer était borriblement agitée , le pilote chantait comnœ si elle eût été fort tranquille. Un passager, qui tremblait de peur, lui demanda comment il avait le courage de chanter lorsqu'ils étaient si près de la mort ! C'est, repartit Âghiar , que je ne crains rien, et je ne craindrais pas, ajouta-t il , qtMtnâ les ondes monteraient une fois plus haut, et q%^ ma barque serait de verre ; car te père maitre François m'a assuré que je ne périrais point sur mer, en quelque vaisseau que je fusse.

Des Sarrasins qui étaient dans la barque , et qui ouïrent les paroles du pilote , furent si touchés de ce miracle continuel, qu'ils promirent de se faire chrétiens aussitôt qu'ils seraient à terre , et ils exécutèrent fidèlement leur promesse. La barque ayant mouillé à Tavar, ils y reçurent te baptême , d'autant plus persuadés de la vérité du mirade et de celle du christianisme , qu'ils virent eux-mêmes , sur le rivage d'alentour, les débris des autres navires.

Les entretieûs qu'eut Xavier avec Pereyra durant lu navigation furent presque tous du Japon et delà Chine. Le S^int dit à son ami le progrès qu'avait fait la Foi^ en peu de temps, dans les royaumes de Saxuma, d'Aroangttchi , de Bungo , et l'espérance qu'il y avait de convertir aisément toutes ces îles , dès que les Chinois adoreraient Jésus-Christ ; que c'est ce qui l'avait fait

résoudre de passer à In Chine, et qu'il nereloumaît aux Indes , qu'afiii de faire ce voyage après qu'il aurait réglé les affaires de In Compagnie ; qu'il apportait pour cela du Japon son catéchisme traduit en chinois , et que cette traduction lui fiiciliterait les commencements, qui sont toujours difficiles.

Quelques Portugais qui étaient dans le même vaisseau, et qui savaient les ordonnances delà Chine, trouvèrent le dessein du Père un peu chimérique. Ils lai dirent qu^outre la mauvaise intelligence qu*il y avait entre les Chinois et les Portugais, il était défendu aux étrangers, sous peine-de la vie ou d'une prison perpétuelle , de mettre le pied dans ce royaume ; et que des marchands de leur nation qui s*y*étaient glissés secrètement pour trafiquer, ayant été reconnus, les uns avaient eu la tête coupée , les autres avaient été chargés de fers et jetés dans des cachots pour le reste de leurs jours. Ils ajoutèrent néanmoins qu'on pourrait entrer sûrement dans la Chine , si on envoyait une solennelle ambassade vers l'empereur des Chinois, au nom du roi Jean III; mais que cela ne se pourrait faire sans une prodigieuse dépense , quand on ne compterait que les présents de l'empereur et de ses ministres , et qu'apparemment le vice^-roi des Indes ne se chargerait pas des frais de l'entreprise en un temps où il avait de la peine à soutenir d'autres affaires très importantes.

Ces difficultés commençaient à embarrasser le père François , lorsque Jacques Pereyra , qui , sous l'habit d'un marchand , avait le cœur et d'an prince et d*an apôtre , offrit son nnvire et tout son bien pour faire réussir l'expédition qu'on venait de proposer. Le Père accepta ses offres avec un transport de joie ^ et s'engajgea de son côté à obtenir du vice-roi l'ambassade de la Chine pour son ami.

Pereyra , qui avait eu des nouvelles du siège de Malaça, témoigna au Saint qu!il y avait lieu de craindre qu'on ne retînt son navire pour le secours de la ville. Xavier , à qui Dieu avait révélé la délivrance de Malaca , et aux prières duquel elle fut peut être accordée , rassura son ami , en lui disant que, lorsque la forteresse Xtvait été près de se rendre, les infidèles , frappes d'iine

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