‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 27 sur 61 · DÉVOTION DU B. JEAN A SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

DÉVOTION DU B. JEAN A SAINT JOSEPH

ce Très dévot à tous les Saints, dit Pierre Alfaroli, Berchmans avait un culte particulier pour les Saints des mois, dont ii dres-

Vrai portrait de S. Ignace de Loyola.

sait soigneusement le catalogue, et auxquels il se recommandait fréquemment. Une affection bien plus tendre l'attachait à notre bienheureux P. saint Ignace, au Bienheureux Stanislas, au

Bienheureux François de Xavier ». — Quand il parlait de notre P. Ignace, écrit un autre de ses Frères, il le faisait avec tant de goût, qu'il semblait avoir un très doux miel à la bouche » (i). Lui-même nous apprend qu'il n'allait pas à la campagne sans y visiter la chapelle de Saint-Ignace.

Après ce Père bien-aimé de son âme, le Saint que son cœur avait choisi pour ami, celui dont la pensée raccompagnait partout, c'était le Bienheureux Louis de Gonzague. Il disait : « Je suis fier de pouvoir l'appeler mon frère ». Il écrivait : « Au nom du Bienheureux Louis, découvre la tête » ; et cette résolution, il l'accomplissait à la lettre.

Tous les jours, au sortir des classes, après avoir adoré le Très Saint Sacrement, il ne manquait pas d'aller se prosterner près de l'autel où reposaient les restes de Tangélique Louis. Berchmans écrivit un abrégé de sa vie et y ajouta le récit des miracles que la Congrégation des Rites avait approuvés pour sa béatification.

En l'honneur de son bien-aimé protecteur, Jean s'infligeait fréquemment des pénitences et pratiquait de nombreux actes de vertu. On trouva dans ses notes plusieurs témoignages de sa générosité; ainsi, par exemple, le 25 mai 1621, moins de trois mois avant sa mort, il écrivait : « En l'honneur du Bienheureux Louis, j'offrirai à Dieu cent actes d'humilité ».

On avait publié une remarquable gravure, reproduite plus tard en médaillon dans les Acta Sanctorum, où le Bienheureux Louis est représenté en habit religieux, les bras pieusement croisés sur la poitrine, le pied droit posé sur un globe, emblème du monde qu'il avait méprisé. Les yeux du Saint sont élevés vers le ciel où se montre à lui Jésus, qui lui tend d'une main une palme et de l'autre une couronne de fleurs. Berchmans avait dessiné à la plume une copie de cette image et la portait sur lui.

Mais le soin principal de Berchmans était d'imiter les saints exemples de Louis, et, à Rome comme à Malines, on contempla en lui un portrait vivant du jeune Saint. Le i5 juin 1620, on

(1) « Quando parlava del nostro Beato Padre Ignazio... lo faceva con tanto gusto. che pareva che avesse dolcissimo miele in bocca ». — Félix Carminata.

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fit, au collège romain, une première translation des reliques du Bienhe ureux Louis : de la chapelle de la Vierge, où elles se trouvaient alors, elles furent transférées à la chapelle récemment décorée pour les recevoir. Dans la cérémonie, Jean eut à remplir son office ordinaire, c'est-à-dire à porter un chandelier. Le P. Croce, assistant d'Italie, fut tellement édifié de la modestie et de la piété de Berchmans, que, se penchant à l'oreille du P. Théodore Busée, assistant d'Allemagne : « Il me semble, lui dit-il, voir là un autre Louis de Gonzague » (i).

Vers le mois de janvier 1621, Berchmans écrivit de Rome à un des Pères, qu'il avait connus à Malines, une lettre où l'on trouve la vive expression de son amour pour saint Ignace, saint François Xavier et saint Louis de Gonzague. C'est peutêtre la dernière qui soit venue de lui en Flandre :

« Mon Révérend Père,

« La paix de N. S. Jésus Christ.

« Il ne faut pas, sous le présent Pontificat, s'attendre à voir la canonisation de notre Bienheureux P. Ignace, que la Compagnie désire si vivement obtenir-, car on n'en dit rien, bien que déjà, sur les instances réitérées du roi des Espagnes, la canonisation du Bienheureux Isidore, Espagnol, ait été décidée, et que les préparatifs de la fête soient déjà commencés pour les Pâques prochaines. Nous en avons tous été, je vous l'avoue, fort affligés. Une espérance adoucit pourtant notre peine ; c'est que ce délai servira à glorifier plus encore notre bien-aimé Père.

« Quant au Bienheureux François-Xavier, la piété des fidèles envers lui grandit admirablement. On lui a déjà dédié un autel spécial dans l'église de la Maison professe. La multitude et l'éclat de ses miracles frappe tout le monde, et les auditeurs

(1) On retrouve partout, dans les dépositions de ceux qui connurent Jean Berchmans, des paroles comme les suivantes :

Félix Caminata : — « In tutte le sue azioni, mi pareva un ritratto del nostro Beato Luigi... ».

Nicolas Grégoire : — « A plerisque fuit noniinatus alter Aloysius.

Alexandre Donati : — « Pareva il beato Luigi... ».

Jean Marie Valeri, Frère coadjuteur : — « Molti scolari ed altri, che lo vedevano, me hanno detto che si maravigliavano di vederlo. ., che pareva un altro Beato Luigi ».

2o4 LE B. BERCHMANS A ROME.

même delà Rote, d'une sorte de stupéfaction. J'ai entendu moimême le Très Révérend Père général, Muzio Vitelleschi, affirmer, devant dix sept cardinaux, qu'entre les miracles du Bienheureux François, on compte vingt trois ou vingt quatre résurrections de mort, et que dix sept de ces résurrections sont établies par des témoignages si convaincants, qu'il est impossible d'en révoquer en doute la vérité.

« A sa fête dernière, que nous célébrions il y a peu de jours, la main droite du Bienheureux a été exposée dans un buste d'argent. Elle est entière, mais desséchée. Le buste du Bienheureux François est à droite, et le buste de notre Bienheureux Père est à gauche, comme si le Père entendait révérer ainsi lui-même la main d'un fils généreux entre tous, cette main qui a répandu l'eau régénératrice du baptême sur douze cent mille têtes, oui, sur douze cent mille têtes, je vous le redis, afin que vous ne pensiez pas que j'aie été inattentif : c'est le chiffre que j'ai trouvé dans la Vie italienne du Bienheureux, récemment imprimée, et celui qu'a proclamé le Père chargé de prêcher, au réfectoire, le panégyrique du Bienheureux François.

ce Comme le Bienheureux François fait rayonner glorieusement son titre d'apôtre, ainsi le Bienheureux Louis son titre d'ange. Les auditeurs de la Rote ont, en effet, intitulé le dossier de son procès : De la vie et des miracles de Vangêlique Louis de Gon^ague, de la Compagnie de Jésus.

« Le collège romain l'a choisi pour patron et le Très Révérend Père général a permis que la rénovation des vœux eût lieu désormais le jour de sa fête, 21 juin, et non le 22 juillet, jour de sainte Marie-Madeleine. Le 21 juin, trois élèves du collège romain, distingués par leur naissance et leurs talents, viennent réciter à l'église, dans la chapelle dédiée au Bienheureux, et si richement décorée de marbres précieux, l'un un discours latin, le second un discours grec, et le troisième un poème, à la louange de leur patron. Plusieurs cardinaux assistent à cet exercice.

« Il y a encore, au collège romain et à la Maison professe, un grand nombre de Pères, qui ont connu le Bienheureux Louis et vécu familièrement avec lui : entre autres, le Très Révérend P. Muzio Vitelleschi et le Père Virgile Cépari, qui a écrit sa Vie

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