CHAPITRE VI
Retracer en son âme l'innocence de Louis de Gonzague, se faire semblable à lui, pour ressembler à Jésus Christ, telle fut l'ambition de Jean Berchmans, et il sut la réaliser pleinement.
« Jamais, écrit le P. Thomas Massucci, qui, après avoir connu saint Louis de Gonzague, fut, pendant un an, confesseur de Berchmans, jamais je n'ai rencontré un jeune homme d'une conscience plus pure. De toute sa vie, et non pas seulement durant l'année que je l'ai connu, Jean ne commit aucun péché ni mortel d'aucune sorte, ni même véniel pleinement délibéré; et la remarque est d'une souveraine importance : c'est dire qu'il a gardé intacte, jusqu'à la mort, la robe de son innocence baptismale ».
Le P. Jean-Baptiste Cecotti, un vieillard de soixante huit ans qui, depuis plus de trente ans, dirigeait les religieux du collège romain, quand Berchmans vint, à son tour, lui confier le soin de son âme, parle ainsi de son saint pénitent :
« Je l'atteste avec vérité, parmi les âmes saintes que j'ai connues (et j'en ai connu un grand nombre par office), je n'en ai trouvé aucune qui eût une pureté plus grande; et même il m'a toujours semblé que l'innocence de Jean était privilégiée entre toutes.
« Les péchés de Berchmans n'étaient pas de ceux qui, mortels de leur nature, n'atteignent pas cependant cette gravité, par défaut de matière ou de consentement : c'étaient des fautes vénielles en elles-mêmes, que, selon les lois ordinaires, on ne peut
pleinement éviter, et encore étaient-elles des plus légères; et s'il les commettait, c'était, comme les Saints, non avec détermination délibérée de sa volonté, mais par l'effet, en quelque sorte inévitable, de la fragilité d'une nature viciée par le péché d'origine. Il faut encore l'observer, grâce à l'assistance spéciale dont le Saint Esprit environnait cette âme bienheureuse, et à la vigilance incessante qu'elle-même exerçait sur ses puissances extérieures et intérieures, ces fautes, déjà si petites, étaient extrêmement peu nombreuses.
« Jean avait de ces fautes, bien qu'imperceptibles, une vue très claire; il était d'une très grande délicatesse de conscience, sans toutefois éprouver le moindre tourment de scrupule. Il s'était, à cet égard, formé un jugement d'une droiture parfaite, en étudiant les règles tracées par saint Ignace pour discerner et guérir cette infirmité spirituelle.
« Si je n'en dis pas davantage, c'est que je me sens impuissant à trouver des paroles qui rendent l'idée que j'ai de la pureté, de l'innocence d'un si bienheureux Frère. Je n'en doute pas, en quittant sa dépouille mortelle, l'âme bénie de Berchmans a été trouvée si pure, qu'à l'instant elle s'est envolée droit au ciel, sans toucher aux flammes du purgatoire » (i).
Enfin, le P. Virgile Cépari, recteur du collège romain, à qui l'âme de Berchmans était toujours ouverte : « Jean, dit-il, n'échappa point à ces défaillances, qui sont l'inévitable conséquence de la fragilité humaine et que tous les Saints ont connues; il s'accusait avec sincérité de faillir en plusieurs choses; mais ces fautes étaient si légères, qu'elles se dérobaient à tous les yeux, et qu'une spéciale lumière de Dieu pouvait seule les révéler aux siens (2).
« Les confesseurs de Berchmans ont affirmé qu'il garda intacte, jusqu'à la mort, l'innocence de son baptême; lui-même l'affirme, au reste, dans un billet où je trouve écrit de sa main : « Dieu « m'a fait chrétien, compagnon de Jésus, son ami; il a épousé
(1) « Non posso dubittare che, uscendo dal corpo, quella benedetta anima non uscisse cosi ben purgata e netta, che subito dritta se ne volasse al cielo. senza toccare pure al purgatorio ».
(2) Au témoignage du P.Jérôme Longini, le P. Ceccotti disait : « Le cardinal Bellarmin avait peine à trouver, dans les confessions de Louis de Gonzague, matière d'absolution : les confessions de Jean Berchmans me mirent, plus d'une fois, dans le même embarras ».
« mon âme; il Ta préservée du péché mortel ». — Aussi n'éprouva-t-il aucune impression, en méditant sur le péché, lorsqu'il fit, pour la première fois, les exercices de saint Ignace. J'ai sous les yeux ce qu'il notait à cette époque : « En méditant sur les péchés commis dans le monde, j'ai été tout à fait sec et aride, sans aucune émotion ». — Plus tard, à Rome, vaquant à ces exercices une seconde fois, il écrivait : « J'ai bien fait la méditation, mais je n'ai ressenti aucune impression ». — Enfin, une troisième fois, peu de mois avant sa mort, au sortir de la même méditation, il en notait ainsi le résultat : « Je l'ai bien faite, mais sans aucun sentiment, et j'ai souffert d'une aridité extrême, au premier et au second point ». — C'est que l'heureux enfant, n'ayant jamais offensé Dieu, ne trouvait pas dans sa vie un seul objet de confusion ou de regret amer.
« Exempt de toute souillure mortelle, il se détermina énergiquement à fuir, de toutes ses forces, le péché véniel; je l'ai appris de sa bouche, et je retrouve cette résolution reproduite, sous bien des formes, dans ses écrits : « Plutôt mourir mille « fois, dit-il, que de commettre le plus petit péché. Je me garce derai toujours, avec une souveraine diligence, de commettre « un péché véniel; j'éviterai, le plus qu'il me sera possible, les « imperfections même les plus légères ». — Or, il fut rigoureusement fidèle à ces résolutions ».
Les condisciples et les autres témoins de la vie extérieure de Jean attestent, comme ils le peuvent faire, son admirable innocence :
« Je suis, dit Paul Oliva, prêt à jurer que, les trois années que j'ai vécu avec lui à titre de condisciple, je ne me souviens pas de l'avoir vu transgresser la moindre règle; jamais je ne l'ai vu faire une action, entendu dire une parole, qui me parussent répréhensibles ».
Jérôme Longini : « De notre Bienheureux Jean Berchmans je puis, ce me semble, dire avec pleine vérité n'avoir pas observé dans sa conduite l'apparence même d'un manquement : combien moins une faute vénielle ! ».
Jacques Lampugnani : — « Je l'affirmerai sous serment, si les supérieurs me le permettent; je ne me souviens pas, et pourtant j'y ai pensé et repensé, d'avoir observé ombre de manque-
ment, même petit, dans la conduite de notre nouveau Bienheureux Louis, le Frère Jean Berchmans ».
Pierre Alfaroli : « Celui-là eût entrepris une rude besogne, qui eût voulu noter en lui quelque imperfection : j'en puis juger après avoir passé une année avec Jean dans la même chambre ».
Le Père Barra, ministre da basso : — « Non seulement, ditil, je ne lui ai vu faire aucune action imparfaite, mais j'ai remarqué que tous ses actes respiraient dévotion et sainteté » -, et le Père De Ruschiis : « Ses vertus excédaient la portée de la nature humaine : On eût dit qu'il y avait du divin dans ses actes, qu'il agissait angéliquement » (i).
Louis Gabrielli : — « Non seulement je n'ai rien vu de répréhensible dans sa conduite, mais je pensais, en considérant ses actions, qu'il était impossible de mieux faire ».
Berchmans dut cette pureté de cœur toujours grandissante à la pratique exacte et persévérante du compte de conscience, de l'examen particulier, de l'examen général, de la confession et des revues mensuelles. Tels sont, en effet, les actes de cette vigilance incessante que requiert l'Esprit Saint pour environner l'âme de son assistance préservatrice.
Toujours semblable à lui-même, Berchmans, à Rome comme à Malines, voulait être dirigé. Il écrivait : « Je n'aurai pas honte de conférer souvent avec le Père spirituel, et je me persuaderai que je ne saurais rien faire qui lui soit plus agréable. Même dans les plus petites choses, demande conseil, et, en général, laisse-toi conduire comme si tu étais un enfant d'un jour. Oui, j'en prends la résolution, je serai très sincère, très ouvert avec le Révérend Père recteur et le Père spirituel , et mon âme sera sous leurs yeux comme une eau transparente. A cette seule condition, je puis être vrai fils de la Compagnie de Jésus. Chaque semaine, j'irai donc trouver le Père recteur et lui rendrai compte de ma conscience. Je lui dirai, en particulier, si j'ai ob-
(i) « ... Superavano l'umana natura, e pareva lui aver del divino nell' azione sue, corne angiolo ». Le Père Corneille de La Pierre dit aussi : « Actus ejits angelici pctius videban- Uir, quant humant : filius gratiarum videbatur ».
serve le silence; en second lieu, si, pendant les récréations, je me suis entretenu de choses édifiantes-, enfin, si j'ai mis fidèlement en pratique toutes mes résolutions ».
« J'ai été confesseur de Berchmans, dit le P. Massucci, du icr janvier 1621 au i3 août de la même année, qui fut le jour de sa mort bienheureuse. Pendant ce temps, au moins une fois le mois, Jean venait me rendre compte de sa conscience. Il notait d'avance brièvement les points qu'il voulait me soumettre; il me les développait de vive voix, ou me remettait son écrit, et répondait ensuite à mes interrogations. Quand je lui désignais pour cela un jour et une heure, au jour et à l'heure marqués, il se trouvait à ma porte. Il voulait que son âme fût pleinement connue de son directeur et semblable, comme il le disait, à une eau limpide; et, en vérité, je le trouvai toujours d'une simplicité, d'une ouverture de cœur et d'une candeur parfaites ».
Le P. Cépari ne permit pas à Berchmans un compte hebdomadaire; « mais, dit-il lui-même, tous les quinze jours, Jean se rendait auprès de moi sans être appelé, et m'ouvrait sa conscience, comme à son Supérieur et Père. Il se manifestait avec une telle simplicité, qu'il ne me laissait ignorer aucune de ses pensées, aucune de ses inclinations, aucun de ses désirs. Il me disait, à ce propos, un mois tout au plus avant sa mort : — Pour l'univers entier, je ne consentirais pas à déguiser mon âme au supérieur; et il étendait cette disposition de son cœur à l'oraison, à l'examen particulier et à l'examen général. Voici ses propres paroles : — Entre les moyens qu'emploie la Compagnie pour atteindre sa fin, je fais grand cas de l'oraison, de l'examen particulier et général, et de la candeur avec les supérieurs; je ne me souviens pas d'avoir jamais négligé pleinement une de ces choses, et pour l'univers entier je ne le ferais pas.
« Outre cette pleine révélation de son âme, renouvelée deux fois le mois, Berchmans, sans y manquer jamais, me faisait connaître, chaque semaine, sa conduite sur trois points qui lui semblaient plus importants; c'étaient : l'observation du silence^ les entretiens pieux en récréation, et la fidélité aux résolutions prises dans l'oraison du matin ».
Instruit et dirigé par les hommes, en qui il révérait l'autorité et la sagesse de Dieu, Berchmans entreprenait, avec un courage plus confiant, la lutte contre la nature, et c'est dans l'examen particulier qu'il trouvait une arme toujours triomphante : « Si je ne vais à la racine de mes défauts, écrit-il, j'étudierai toujours sans jamais acquérir la science ; si je n'atteins les racines, je demeurerai incliné vers l'abîme du péché véniel d'abord, et puis du péché mortel. Hâte-toi donc d'arracher ces racines maudites, tandis qu'elles sont encore tendres. Si tu les laisses s'affermir, quand tu voudras plus tard les détruire, tu ne le pourras faire. Et de quel instrument armeras-tu ta main? De l'examen particulier. Il n'est pas d'exercice égal à celui-là pour exterminer les vices, faire croître les vertus, acquérir une parfaite pureté de cœur. Fais donc avec diligence l'examen particulier ».
« Saint Ignace, dit le P. Frizon, trace dans son livre des Exercices spirituels fidée de l'examen particulier. Ce n'est pas, à la vérité, que ce Saint en soit l'auteur. Il en a trouvé l'usage dans ceux qui l'ont précédé ; mais on lui doit cette justice de dire qu'il en a tracé des règles si précises et si sûres, qu'il n'est pas possible de les suivre, sans venir parfaitement à bout de la réforme de son intérieur.
« Cet examen diffère de l'examen général, en ce que celui-ci s'étend sur toutes les fautes, au lieu que l'examen particulier s'attache à la recherche de celles qui naissent d'un certain vice comme de leur source.
« On se propose, dès le matin, de le combattre; on en prévoit les occasions; on en observe les adresses et les surprises; on tient, chaque jour, un compte exact de toutes les fautes qu'on y fait, afin qu'au bout de la semaine, comparant les jours entre eux, on voie jusqu'où on a poussé l'ennemi dont on a entrepris la défaite.
« C'est un stratagème que saint Ignace avait appris dans la milice du siècle, dont il avait consacré l'usage dans la milice spirituelle; et il avait coutume de dire que, trouver le moyen de séparer les ennemis, c'est avoir trouvé celui de les vaincre.
« Il voulait qu'on en usât de même, à proportion, à l'égard des vertus; que, pour les acquérir toutes, on les prît une à une,
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et c'était son sentiment, soutenu d'une constante expérience, que les entreprendre ainsi chacune en particulier, en y appliquant toute la vigueur de l'âme, c'était être assuré de leur conquête.
« Saint Ignace pratiqua lui-même cet exercice jusqu'au dernier jour de sa vie. Saint François-Xavier ne l'omit jamais, même au plus fort de ses travaux apostoliques, et il ne manquait pas de conseiller vivement cet exercice à ceux qu'il voyait désireux d'échapper au péché et d'avancer dans la vertu.
« Animé par de tels exemples, Berchmans s'adonnait à l'examen particulier, et en gardait les moindres règles avec une attention extrême. S'il lui arrivait de manquer, par oubli, d'en observer quelqu'une, outre la pénitence qu'il s'imposait lui-même, il s'était engagé à en demander encore une autre à son supérieur. Cet engagement, comme il le disait lui-même, lui était une espèce d'aiguillon qui le pressait de s'acquitter en cela continuellement de son devoir ».
A Fexamen particulier, sur un défaut ou une inclination mauvaise, Berchmans ajoutait une sorte d'examen particulier sur la vertu opposée à ce défaut ou à cette inclination. S'il s'exerçait, par exemple, à combattre l'orgueil, il avait soin, non seulement de ne pas blesser l'humilité, mais de poser des actes de cette vertu. Le premier jour, un acte; le second jour, deux actes; le troisième jour trois; « au point, dit le P. Gépari, qu'il en venait à des dizaines d'actes quotidiens de ces vertus, opposées aux vices qu'il voulait déraciner en lui, et je m'étonnais, ajoute le vénérable supérieur, qu'une telle activité laissât son âme en paix ».
Enfin, par une tactique dont saint Ignace lui suggérait l'idée, Berchmans n'attaquait un même défaut qu'en détail, et pour ainsi dire pièce à pièce. Après l'avoir séparé des autres, il le divisait lui-même en parties, et ne passait à un second point d'attaque qu'après avoir triomphé sur le premier.
Berchmans, même au lit de mort, ne laissa pas tomber de ses mains l'arme de l'examen particulier. Il s'y était résolu d'avance : « Non, disait-il au P. Cépari, même quand la maladie me tiendra cloué au lit, je ne veux pas manquer un seul exa-
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men ». On peut juger par là de la générosité avec laquelle il surmonta des obstacles, devant lesquels tant de courages reculent tous les jours. Des faits, racontés plus loin, mettront encore en lumière cette invincible constance de Berchmans.
Quelques fautes échappaient cependant à cette âme si vigilante, mais des fautes que ses yeux très purs pouvaient seuls discerner, et que lui manifestait un Dieu jaloux de la beauté de son âme : « Qu'il dût être admirablement éclairé de Dieu, je le conclus des fautes qu'il accusait publiquement au réfectoire ». Ainsi parle son ami, Nicolas Ratkai; et le P. Cépari ajoute : « On ne saurait dire avec quelle diligence il scrutait et pesait ses actions, ses paroles, ses pensées et tous les mouvements intimes de son cœur. On pouvait s'en faire une idée, en parcourant les billets qu'à certains jours il remettait aux supérieurs, afin d'obtenir qu'on le reprît devant tous au réfectoire. C'étaient des fautes si légères, qu'elles ne pouvaient servir qu'à manifester l'étonnante innocence de sa vie et les lumières extraordinaires dont Dieu favorisait son âme. Ceux qui en entendaient la lecture demeuraient stupéfaits et pénétrés d'une sainte confusion, et plusieurs que j'ai connus ont gardé, comme de précieux trésors, quelquesuns de ces billets ».
Berchmans reconnaissait une grâce de Dieu dans ce sentiment qu'il avait des plus légères impressions du mal, et il avait peur de la perdre : « Prends garde, écrivait-il, qu'en punition de tes négligences, Dieu ne te retire la délicatesse de conscience et ne permette que tu deviennes insensible ».
Cette crainte révérencieuse, et plus encore le désir filial de rendre toujours plus agréable au Père céleste une âme qu'il appelait lui-même le Jardin de Jésus Christ, lui faisait rechercher avec soin ses fautes quotidiennes. C'était l'objet d'un examen général, répété deux fois chaque jour, et qui s'étendait à toutes ses œuvres; il y donnait un quart d'heure avant midi et un quart d'heure avant le repos de la nuit. On a vu, plus haut, avec quelle fidélité courageuse Berchmans remplissait ce devoir :
« Quand la cloche donnera le signal de l'examen, dit-il, pé-
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nètre-toi d'une sainte crainte : Qui pourra soutenir l'aspect de la Justice irritée? Seigneur, n'entrez pas en jugement avec votre serviteur.
« Je me verrai traduit au tribunal de Dieu, comme pour y être jugé : d'un côté, le démon; de l'autre, mon ange gardien, etc.; le reste comme à l'ordinaire (i).
« L'examen fini, continue Berchmans, je renouvellerai ma détermination d'observer mon diaire, d'avoir une intention pure, de penser à la présence de Dieu, et de garder les résolutions prises dans l'oraison du matin ».
Les manquements qu'il avait découverts, Berchmans les notait, comme tout le reste, et ces notes lui mettaient, en un instant, sous les yeux, les fautes qu'il devait accuser aux jours de confession (2).
Il se confessait au moins une fois la semaine, et sa conduite dans cette importante action, mérite d'être proposée à l'imitation de tous. Lui-même en donne le détail dans ses notes spirituelles :
« Pour la confession, dit-il, je ferai en sorte d'arriver des premiers à la porte du Père spirituel. » Une trop longue attente répugnait, à la fois, et à son zèle pour l'étude, et à sa piété, que les retards pouvaient attiédir.
« Avant la confession, quand j'aurai fait le signe de la croix, je m'adresserai à la Bienheureuse Vierge, et je la conjurerai d'intercéder auprès de son Fils, pour m'obtenir la grâce de connaître mes crimes [crimina mea\ de les détester et d'être même intimement et sensiblement impressionné par cette connaissance et cette détestation. Regardant ensuite le Fils, je le prierai de m'obtenir de Dieu le Père les mêmes grâces; enfin, je m'adresserai au Père, le priant de me les accorder libéralement et avec largesse.
(i)Sa méthode d'examen général était celle qu'enseigne saint Ignace, dans le livre des Exercices.
(2) Le Frère Rimbaldesi, témoin journalier des actes du Saint, dit, à propos de ses examens :
« Tornato délia scuola (du matin) serviva la sua Messa, ne mai lascio di fare l'esame a suo tempo, benche, moite volte, venisse molto tardi, per essersi il sacerdote trattenuto.
« Sonato l'esame (le soir), subito si poneva a farlo; ed, in questultimo, toccandogli di visitare, lo faceva poco dopo il principio; ma poi sempre rimetteva quel poco di tempo che era stato a visitare, dopo la fine.
« Finito l'esame, pigliava la penna, e segnava non so che cosa, per lo spazio di un Ave; credo che fasse l'esame particolare ».
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Puis viendra l'examen; puis l'excitation à la douleur, que je m'efforcerai de conceyoir pure, profonde, et, Dieu aidant, étendue universellement à tous les péchés de ma vie. J'ajouterai le bon propos de me corriger.
« Pendant la confession, j'observerai ce qui se pratique communément dans la Compagnie.
« Après la confession, premièrement, je rendrai grâces; secondement, j'accomplirai aussitôt la pénitence; troisièmement, je renouvellerai la résolution de me corriger ; quatrièmement, j'inviterai Jésus Christ par quelque aspiration, celle-ci par exemple : Qu'il vienne, mon bien-aimé; qu'il vienne dans son jardin! Ou bien je réciterai cette prière :
« Daignez, Seigneur, je vous en conjure, par l'intercession et les mérites de la Bienheureuse Vierge et de tous les Saints, accepter et agréer cette confession de mes péchés; et si quelque chose a manqué, aujourd'hui ou en d'autres temps, à la sincérité et à l'intégrité de mon accusation, à ma contrition, à la résolution de me corriger, que votre bonté et votre miséricorde y suppléent; et par un effet de votre indulgence paternelle, considérez-moi, du haut du ciel, comme pleinement et parfaitement absous de mes péchés, vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il » (i).
Aux examens quotidiens, aux revues hebdomadaires, aux comptes généraux de conscience rendus à son confessseur et au recteur du collège, Berchmans ajoutait une revue mensuelle, à laquelle il consacrait tout un jour :
« Je choisirai, dit-il, dans le mois un jour plus libre, durant lequel je puisse me recueillir et donner trois ou quatre heures à la réflexion et à la prière ».
Le P. Cépari expose ainsi le règlement de Berchmans et sa conduite, en ce jour de récollection :
« Craignant que les exercices multiples de sa vie d'étudiant ne refroidissent peu à peu et insensiblement sa ferveur, le pieux
(i) SU tibi, Domine, obsecro precibas et meritis B. Yirginis et omnium sanctorum, grata et accepta ista confessio mea; et quidquid mihi de fuit, nunc et alias, de puritate et integritate confessionis, de dolore et proposito eimndationis, suppléât pietas et misericordia tua, et secundum illam dignerisme habere plenius et perfectius absolutum in cœlo ; qui vivis et régnas in secula seculorum. Amen.
jeune homme imagina une autre industrie propre à la sauvegarder et à entretenir dans son âme une perpétuelle vigueur : Avec permission des supérieurs, il se réservait, chaque mois, un jour de fête ou un jour auquel les classes étaient interrompues. Dès la veille, il s'abstenait de la récréation qui suit le souper, et employait la soirée à régler les exercices du jour suivant, afin de n'en pas perdre la plus petite partie en délibérations ou en incertitudes.
« Il passait le jour même dans sa chambre, sans presque en sortir, et observait un silence aussi rigoureux que s'il eût été en retraite. Le temps qui lui restait, en dehors des quatre heures de méditation ou de prière, il l'employait à examiner en détail toutes ses affaires spirituelles.
« Il comparait jour à jour, semaine à semaine, le mois écoulé au mois précédent; il s'interrogeait lui-même afin de constater, d'une manière précise, le bénéfice réalisé ou le détriment souffert.
« Il se demandait ensuite : Ai-je parfaitement observé les Règles de la Compagnie, le règlement quotidien ou diaire que je me suis prescrit? Ai-je mis en pratique mes résolutions?
« Et parcourant les Règles, relisant son règlement et ses résolutions, il notait jusqu'aux négligences les plus indélibérées. Il recherchait avec un soin spécial comment il s'était acquitté de son examen particulier, quelle vigilance il avait exercée sur ses yeux et sur sa langue. On eût dit que Berchmans considérait son âme comme une lyre harmonieuse, mise en ses mains pour charmer les oreilles de Dieu, et, en des temps marqués, il se retirait loin du bruit; il interrogeait une à une les cordes de sa lyre, de peur qu'une d'elles, en se détendant, ne mêlât au concert des autres une blessante dissonance. En ce jour encore, Berchmans appropriait à des exigences imprévues le règlement ou l'horaire, tracé à l'époque de la retraite annuelle ou de la rénovation des vœux. A chaque jour, à chaque heure, il assignait un emploi et descendait à des détails si minimes, qu'il était impossible qu'un moment n'eût pas son utile application. Il préméditait tout ce qu'il aurait à faire; déterminait, après l'avoir cherché avec soin, le mode le plus parfait d'exécution ; il préci-
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sait par écrit l'intention, le moment, les circonstances de ses actes.
« Il allait plus loin, et afin de n'être jamais surpris ou indécis, il prévoyait, autant qu'il était en lui, les faits accidentels qui pourraient déranger ses plans de conduite; et, pour ces cas extraordinaires, il traçait d'avance une marche à suivre. On retrouve souvent dans les règlements de Berchmans de ces formules prévoyantes : « Si telle chose arrive, je me comporterai de « telle manière, etc. ». Et ce fut là le principe de l'ordre parfait de sa conduite et d'une innocence de vie si admirable, qu'aucune action, aucune parole, aucun mouvement inconsidéré n'en troubla l'harmonie ».