CHAPITRE XXIX
Rii^aud reprend liéogaiic et assiège le Portau-Prince. — Toussaint attaque ISaint-Harc. — Mjes Anglais prennent possession du Iflirebalais.
Rigaud de son côté n'avait rien perdu de son activité : il avait mis la vil le des Ca>es à l'abri de tout coup de main ; il éleva six forts, dont deux battaient la mer, les autres regardaient l'intérieur; la ville était entourée d'un fossé de vingt-cinq pieds de large rempli d'eau; on ne pouvait y entrer, n'y en sortir que par un pont- le vis qui se fermait tous les soirs à la retraite.
Le colonel , alors sans inquiétude pour sa ville chérie, part de Léogane le \^^ germinal (21 mars 95) avec Beauvais , la légion du Sud et la légion de l'Ouest pour la conquête du Port-au-Prince. Un vaisseau et un brick anglais, embossés devant Mariany, à mi-chemin du Port-au-Prince, en face d'un étroit sentier, le seul praticable, arrêtaient la marche de l'expédition. Le lieutenant-colonel d'artillerie Pétion, à la nuit, monte une batterie sur le dos du sentier. Au jour, la cannonade commence; plusieurs boulets atteignent le vaisseau qui lève l'ancre, ainsi que le brick. Une grande chaloupe, abandonnée par les Anglais, fut prise par les
vainqueurs qui la nommèrent V Enfant- Trouvé % c'était de bon augure.
Rigaud campa au carrefour-Truitier, à une lieue et demie du Port-au-Prince. Il visita les environs du fort-Byzoton, et ordonna d'établir sur une éminence qui le dominait une batterie à laquelle il donna le nom de fort de la Montagne. Les travaux furent inquiétés par le Port-au-Prince. Le colonel Markams, qui commandait cette ville, fait une sortie le 6 germinal ( ou 26 mars ) à la tête de mille hommes, surprend l^ avant-postes de Rigaud, pénètre jusqu'au quartier-général établi dans la maison principale de Truitier et s'empare, malgré le courage de soldat que déploie Beauvais, de toutes les pièces d'artillerie et de toutes les munitions. Le colonel Rigaud et Pétion descendent du fort de la Montagne et arrivent au milieu des désordres d'une déroute. Chacun presse Rigaud de s'élancer sur son cheval et de prendre la fuite pour épargner ses jours ; mais le preux légionnaire s'y refuse , s'empare d'un fusil, rallie cinquante hommes, se jette au milieu des Anglais occupés au pillage et en fait un affreux carnage; les canons sont repris, les fuyards reviennent au combat ; Markams à son tour bat en retraite; il est poursuivi et tombe percé de balles. Lamartiniére, alors capitaine, ne cessa de talonner les Anglais qu'à l'eau de Byzoton (1); là périt
(1) Lettre de Rigaud à Laveaux, de Léogane, k floréal an ni (25 avril 1795).