CHAPITRE XXVIII
Toussaint organise ses régiments •
Jusqu'alors les troupes de Toussaint-L'Ouverture n'avaient aucun numéro comme régiments; c'étaient des compagnies et des bataillons qu'il massait au besoin. Toussaint lui-même, malgré les grands services qu'il rendait à la France , n'avait aucun grade officiel. Laveaux voulait organiser le cordon. L'Ouverture lui proposa (1) la création de quatre régiments dont la force totale pouvait s'élever à huit mille hommes; les régiments devaient être, suivant L'Ouverture, numérotés du cordon de l'Ouest. Les hommes armés de Plaisance , de la Marmelade , d'Ennery et de Hinche devaient former le régiment n** 1 du cordon , les hommes armés du Dondon devaient former le n^ 2 , les hommes armés de la Grande-Saline de l'Artibonite jusqu'au Haut-des- Lianes , pays adjacent au Mirebalais , devaient iormer deux autres régiments, no 3, no 4. C'est à Moyse qu'il réservait le commandement du 2« régiment , à Desrouleaux le commandement d'un des deux autres , etc.
(1 ) Lettre datée de l'Artibonite du 3 thermidor an m (21 juillet 1795).
Laveaux, dans cette combinaison, voulut donner à Toussaint le rang de colonel ; il lui laissa le choix du commandement d'un des régiments du cordon. L'Ouverture , comme chef général du cordon , demanda le commandement du l^'^. La tactique de Toussaint était adroite jusqu^à un certain point, en ne voulant pas faire suivre aux nouveaux régiments le chiffre successif des trois régiments qui existaient déjà au Cap ; savoir : le premier , colonel Rodrigue ; le second , colonel Pierre-Michel ; le troisième , colonel Leveillé ; car c'eût été pour l'homme prendre un rang de bataille inférieur à son ambition et, aussi du reste, à son mérite. Ce fut à quelques soldats du régiment de Dillon, qui avaient livré le Môle aux Anglais et que Toussaint avait fait prisonniers à la prise des camps- Molet , qu'il confia l'instruction de ces régiments, au numéro desquels Laveaux ne nous semble pas avoir donné son assentiment. Néanmoins l'armée du cordon s'exerçait , se disciplinait , se façonnait à l'européenne; elle était déj^ de longue main aguerrie; elle se trouva bientôt prête à figurer en ligne de bataille contre les troupes anglaises et les émigrés.