‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 79 sur 97 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

îics eufauts de X' Ouverture ç — ils lui sont envoyés par Ijeelerc.

Pendant que le premier des noirs était esclave. Dieu lui avait donné deux enfants, dont l'un,

Placide Séraphin (1), iniïlàtre, que la générosité de L'Ouverture avait adopté , et Feutre , M. Isaac-L'Ouverture. — Ce dernier était le fruit de sa propre aiiiance. — A l'époque où nous sommes, L'Ouverture avait encore eu delà bonne et vertueuse Suzanne, sa femme, un troisième enfant du nom deSaint-Jean, qui déjà avait un précepteur. Ce précepteur était M. Granville , vieillard blanc, — qui devait transmettre à un autre Granville , mulâtre et son ûls, l'intelligence et les vertus du cœur qu'il avait en partage. — Les deux premiers enfants étaient adultes, quand L'Ouverture abandonna le drapeau du roi d'Espagne, et entra au service de la République. U avait obtenu, à la seconde mission de Sonthonax, d'envoyer on France ces deux enfants, qu'il ne séparait pas dans son cœur. Embarqués donc à bord du vaisseau le fVatigny, Placide et Isaac furent, par les ordres du gouvernement de la métropole , placés au collège de la Marche. Là , d'autres jeunes nègres et d'autres jeunes mulâtres vinrent les joindre : Cyrille, un fils de Rigaud, était du nombre. Le collège prit alors le nom de Lycée colonial. Son directeur était Coisnon , vieillard comme Granville, et tout aussi homme de bien. Les fils de L'Ouverture, entourés par la France de tous les soins qu'on leur devait , par rapport au père, avaient fait de bonnes

(1) Uu nom de son père.

éludes. Le premier consul les éleva au grade de lieutenants d'état-major, et les manda aux Tuileries, où le futur César venait de faire pénétrer ses aigles. Isaac surtout, parce qu'il était le propre fils de L'Ouverture^ attira son attention. Le grand homme, qui aimait à jouer avec les enfants , tout en faisant trembler les hommes, donna à Isaac quelques problèmes de mathématiques à résoudre. Satisfait de rintelligence du nègre , il lui dit : (( Votre père est un grand homme, il a rendu des services éminents à la France. Vous lui direz que moi, premier magistrat du peuple français , je lui promets protection, gloire et honneur. Ne croyez pas que la France ait l'intention de porter la guerre à Saint-Domingue ; l'armée qu'elle y envoie est destinée, non à combattre les troupes du pays, mais à augmenter leurs forces. Voici le général Leclerc, mon beau-frère, que j'ai nommé capitaine-général, et qui commandera cette arniée. Des ordi^es sont donnés pour que vous so\ez quinze jours d'avance à Saint-Domingue, pour annoncer à voire père la venue de l'expédition. » Le lendemain , le ministre de la marine, au nom du gouvernement, fit présent à Placide et à Isaac d'une armure et d'un costume militaire (1). Ces jeunes gens, qui devaient précéder l'escadre, et épargner à la colonie, par

(1) W(^moires d'tsaac-L'Ouverlure, sur la vie de son père.

3'ai (1802)

kurs conversations a vcclenr père, tous les nouveaux malheurs qui étaient sur le point de l'assaillir, embarqués sur la frégate la Syrène, ne prirent la mer qu'avec l'armée navale. Fut-c€ contre-ordre du premier consul? fût-ce du propre mouvement du général Lecierc ou de l'amiral Villaret-Joyeuse? nul ne le sait. Placide et Isaac-L'Ouverture , transbordés, sur le vaisseau le Jean- Jacques , arrivèrent au Cap-Samana en même temps que la flotte. Là, l'amiral Yillaret sut que L'Ouverture était à Santo- Domingo. C'était l'occasion de lui envoyer ses enfants et quelques officiers, pour lui annoncer l'arrivée de l'expédition, et l'inviter à venir recevoir ses frères d'Europe. Mais le général Lecierc, voulant imiter son beau-frére, qui n'aimait pas à aller par quatre chemins au but qu'il s'était une fois tracé, voulait, disons-le, faire de la conquête à l'instar de r Alexandre moderne 5 il dédaigna donc toute voie de conciliation. Une division, celle du général Boudet, eut ordre de se diriger sur le Poi:t-au-Prince. Une autre division, sous les ordres du général Rochambeau, se dirigea sur le Fort-Dauphîn, et Une troisième division, sous les ordres de Kerveraeau , se porta sur Santo-Domingo, tandis que le gros de la flotte voguait vers le Cap, avec les enfants de L'Ouverture, — malgré les représentai ions de ces enfants, qui voyaient avec inquiétude l'idée si funestement belligérante du général Lecierc ; mais un conseil de guerre avait décidé !

Ce qui prouve combien l'esprit des chefs (leTexpédition était à la guerre, c'est que de prime-abord Leclerc voulut débarquer, sans se soucier de celui qui commandait alors la colonie, quoique Toussaint fût un général comme lui au service de la France et que lui, Leclerc eût pu, sans doute, au lieu de faire lonner l'artillerie sur le Cap, de faire saccager le Fort-Dauphin éviter bien de maux , en envoyant à L'Ouverture ses deux enfants. La vue de ces enfants eût empêché L'Ouverture, - qui les aimait d'amour tendre , de faire résistance, en admetiantqu'ileût voulu réellement s'affranchir de la puissance niétropolitaine. Or, ce ne fut qu'après des actes d'hostilité que Leclerc songea à envoyer à L'Ouverture ses enfantsetia lettre que le premier consul lui adressait; et malheureusement pour les intérêts de la France, c'était seulement pour la première fois que le Premier des Blancs écrivaitau Premier Des Noirs : — unecorrespondrince amicale avec L'Ouverture eût plus fait que l'emploi de toutes les forces matérielles. Placide et Isaac-L'Oaverture furent alors envoyés à leur (amille, accompagnés de leur précepteur, Coisnon, qui tardivement était porteur de la lettre du preuiier consul. Ils arrivèrent à Ennery, celte délicieuse vallée, non éloignée des Gonaïves, où L'Ouverture avait acheté l'habitation Sancey, et où il aimait à aller so délasser des lourds travaux de l'aduuuistraiion publique. Madame L'Ouverture s'em-

pressa d'aviser son mari dn bonheur inespéré qui leur arrivait à l'un et à l'autre.— Le général Vernet lui annonça aussi une lettre du premier consul. — A cette double nouvelle, L'Ouverture loin de conlinutr son voyage dans l'Ouest, se hâta de se rendre à Ennery, pour embrasser ses enfants et connaître le but des agressions dont l'ile était le théâtre.

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