‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 85 sur 97 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

Ii'OuvertuB*e à la Crète-à- Pierrot. — Sa prodaitiation eoi&tre licclere. — Ses itiouvemeiifi; militaires.

L'Ouverture que nous avons laissé au Pont-del'Ester, avait donné pendant la nuit tous les ordres qu'il croyait utiles au salut de son pays ; au marin du 5 venfôse (24 février), il laissa à Vérnet le soin d'évacuer le Pont-de-l'Ester sur la Petite-Rivière ; et, après avoir fait partir sa famille pour Ihabitalion Vincendiaire , dans les montagnes du^Grand- Calios, il poussa reconnaissance, à la tète d'un escadron, jusqu'au lieu du combat de la veille,* s étant assuré que le général Rochambeau n'avait pas fait de pas en avant, il traversa l'Ester, et alla établir son quartier-général sur l'habitation Courvoisier, au milieu de TArtibonite. — Dessalines vint y joindre L Ouverture, qui avait alors une fièvre occasionnée autant peut-êire par les émotions politiques que par les fatigues excessives de ses marches réitérées ; Christophe aussi vint le joindre sur la même habitation. La division Hardy avait enlevé, contre ce dernier la position Bayonnet, après un combat acharné. L'Ouverture se porta avec ces généraux au bourg de la Petite-Rivière ; là, il ordonna d'augmenter les moyens dëfensifs du fort de la Crôte-à-Pierrot.

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Ce fort bàli par tes Anglais, pendant leur occupation, portait alors le nom de Fort-L'Ouverture ; — il ordonna à Vernet d'y faire transporter de l'eau et des vivres pour le cas d un siège ; il chargea Dessalines du commandement de ce point important; il laissa à ce général quelques compagnies de sa garde, le bataillon des Gonaïves , dit manteaux rouges, à cause de la couleur de leurs habits, trois cents des soldats qui avaient évacué Saint-Marc, une centaine d'artilleurs. — Le chef de brigade Magny, les chefs de bataillon Lamartiniére et Larose, les chefs d'escadron Morisset et Monpoint devaient servir de lieutenants au général Dessalines. — Vernet devait s'occuper exclusivement de la fabrication de cartouches.— L'Ouverture fit appeler les officiers, que nous venons de nommer ; il les harangua t « Enfants, leur dit-il, car vous êtes tous mes enfants,depuis Lamartiniére qui est blanc comme un blanc (I), mais qui sait qu'il a du sang nègre dans les veines, jusqu'à Monpoint qui a ma peau, je vous confie ce poste • sachez le défendre.» Les officiers lui jurèrent qu'il pou- Ci) Lamartiniére était un intrépide cjuarteron ; il chercha seui à défendre le Port-au-Prince, quand la division Boudet s'y présenta; pour avoir de la poudre, il brû!a de ses mains la cervelle au commandanl de l'arsenal, Lacombe, blanc, et sut se retirer à la Croix des-Bouquets en faisant respecter sa retraite; c'est le même que nous avons vu poursuivre à l'affaire du carrefour-ïruitier les anglais jusqu'à l'eau de Byzolon.

vait compter sai" eux et que nions ou vivants, ils resteraient dignes de sa conQdnceelde son estime» L*Ouverture après avoir ordonné 5 Chai les-Bélair d'aller occuper les montagnes des Verrettes, partit de ia Petiie -Rivière avec une compagnie de dragons et sppt compagnies d'infanterie, dont il donna le cotiimandement immédiat au chef de brigade Gahart, — mulâtre, — dont il connaissait l'inlrépridité et qui devait mourir obscurément sous le gouvernement ingrat de Dessalines.

Ou allait le vieux Toussaint avec si peu de troupes? Que com ptait-il faire? — Le vieux Toussai n t sa vait que toutes les divisions françaises se dirigeaient contre ia Petite-Rivière; il voulait par un coup d'audace tomber sur leurs derrières, forcer le général Leclerc à rétrograder et relarder ainsi la chute de la liberté de ses frères. — Le plan était magnifique et digne du premier des noirs. — Or, L'Ouverture à travers les Cahos parut devant Ennery, que la garnison française évacua sur la Marmelade; dans ce village il trouva la proclamation qui le mettait hors la loi ; le même jour 1 0 ventôse (1 '"^ mars) i! lança à son tour une proclamation. Cette proclamation^ après avoir énuméré les injustes agressions dont lile était le théâtre et les torts impolitiques du général Leclerc, mettait ce général ainsi que Rochambeau, Desfourneaux et Kerverseau hors la loi à leur tour, et ordonnait de les amener morts ou i^ ifs. La {.ré-

sence de L'Ouverture dans ces quartiers avait fait sortir des bois tous les vieux nègres et tous les mulâtres qui avaient fui avec horreur la ])résence des blancs; chacun avait reparu avec ses armes. Il se porta avec les miliciens qui augmentèrent ses rangs contre la Marmelade , Saint-Michel, Saint-Raphaël et leDondon; partout dans ces villages les garnisons françaises reployèrent à son approche sur la plaine du nord, sans attendre la lulte, — tant était grande la terreur que L'Ouverture, même au fort des revers, inspirait encore à ses ennemis I — Il organisa les milices de ces différents endroits ; il fit venir à la Petite-Rivière le général Christophe et l'envoya dans les montagnes de la Grande-Rivière rallier quelques bataillons des 1 % 2' et tV demi-brigades, réorganiser les milices du Grand-Boucan, de Valliére, de Sainte-Suzane, de Sans-Soucy et du Port- Français et surtout veiller à un dépôt considérable d'armes , de munitions et d'artillerie qu'il avait dans les montagnes de la Grande-Rivère (1).

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