CHAPITRE LXXV
Mai'cUe de l'apiiiée française. — Attaques delà Crète-à-l»ierB»©4.
Pendant que L'Ouverture guerroyait dans le
(î) MèiiioJres crisaacL'Ouverlure.
nord contre ia division Desfourneaux, — la division Rochambeau et la division Hardy avaient , après avoir balayé tous les détachements de Christophe^ paru devant la Petite-Rivière de l'Arlibonite. Le général Debelle déboucha par lesGonaïves ; 12,000 hommes des plus braves enfants de la République occupèrent bientôt le village de la Petite-Rivière; — ils devaient y laisser la fleur de leur intrépidité. — Le général Debelle, le plus tôt arrivé sur les lieux, ordonna l'attaque du Fort-L'Ouverture qui était défendu par une pièce de 8 et 6 pièces d'un calibre inférieur. Or, le 1 3 ventôse (4 mars), la division Debelle gravit l'arme au bras la petite côte qui part du village et que domine le fort. Dessalines à cetïe vue ordonna de baisser les portes de la Crète-à- Pierrot ; ces portes se baissent , dil-il , pour ceux qui ne se sentent pas le courage de mourir ; tandis qu'il en est temps encore, que les amis des Français sortent; ils n'ont à espérer ici que la mort. » Et après avoir permis à tous ceux que la maladie ou la peur chassait de se retirer, il ouvre les portes d'une poudrière, prend un baril de poudre , la répand jusqu'à la première porte, et saisissant un tison allumé : Voiià, dit-il , pour le dernier feu ; je fais sauter le fort, si vous ne vous défendez pas(1).
(l) Mémoires de Boisrond-Toiinerre , secrétaire et conseiller intime de Dessalines, auteur des fameuses et célèbres procla-
Les Français cependant s avaiiçaienf, |)rëcédés d'im parlementaire; ce parlernemtaire tenait une lettre à Ja main. Mais Dessalines ordonne le feu, et le malheureux parlementaire est le premier emporté par un boulet.
Le feu commença alors, et aucun silence ne vint i'intervaller pendant plusieurs heures ; les troupes françaises avec leur intrépidité ordinaire se précipitent en avant; mais les troupes coloniales se jettent derrière les abattis de leur position, démasquent ainsi les batteries du fort, qui alors comblent les fossés de cadavres. Le général Debelle est blessé l'adjudant-commandant Deveaux l'est aussi; — on ordonne la retraite sur Saint-Marc, qui n'est éloigné delaPetite-Riviéreque de huit lieues. — Ce désastre fit une cruelle sensation sur l'esprit du général Leclerc, qui se trouvait alors au Port-au-Frince et qui commençait à croire à la témérité de ces mêmes hommes avec lesquels il n'avait pas voulu jusque là compter; — car la facilité avec laquelle les Français étaient entrés au Cap, au Port-au-Prince, aux Cayes (1) et à Jérémie (2), lui avaient fait espérer
mations de 1804; il fut tué au Port-au-Prince presqu'en même temps que cet empereur.
(1) Cette ville fut livrée sans coup férir parLaplume, ce même vieux noir que nous avons vu être un des principaux instruments de la guerre sacnlège de L'Ouverture et de Rigaud.
(2) Celte ville fut livrée par Dommage aussi sans coup férir.
bon, marché de tous les points de l'île,— tant les nègres et lés mulâtres devaient se réjouir de revoir leurs anciens maîtres !
Leclerc vint en personne à la Petite-Rivière;— il amenait de Saint- Marc la division Boudet qui avait pris possession de cette ville ;— dans cette division marchait André Rigaud, sans commandement déterminé, et Alexandre Petion avec la 15' demi-brigade.— Mais dans l'intervalle qui s'était écoulé depuis la première attaque, Dessalines avait ordonnera Lamarlinière d'élever un nouveau fort suruneéminence qui domine celle où se trouve la Crète-à- Pierrot. La nouvelle redoute, quoique faite à la hâte, devait encore être témoin de la défaite des armes du général Leclerc. — Cinq cents hommes restèrent alors au grand fort sous les ordres de Vernet et de Magny, deux cents se portèrent avec Lamarlinière à la nouvelle position,— qu'il avait ceinte de fossés et à qui les soldats avaient donné son nom.— J'ai parcouru ces lieux , témoins de la vaillance des armes françaises et de la noble résistance qui leur fut opposée par une peignée de noirs; j'y ai vu les ossements encore épars d'une multitude de braves qui , suivant l'expression du général Pamphile de Lacroix, étaient dignes d'un meilleur sort; je me suis à mon tour assis d^ns le fort-L'Ouverture et dans le fort-Larnartiniére, an milieu des débris de bombes qui éclatÎTeiit à cette époque, cr: et s en-
droits, — sous les arbres qui ont depuis poussé dans leur enceinte, sur les mêmes pierres qui servaient alors de remparts et qui aujourd'hui s'assolent lesi unes sur les autres; — dans ces endroits, il m'a semblé entendre de sourds gémissements sortir des ossements des noirs et des blancs qui y périrent. — J'ai foulé avec piété les ossements des uns et des autres. - il m'a paru entendre la voix plaintive dts braves de l'une et de l'autre race , accuser la politique des maux qu'elle occasionne à la terre !...
Ici, ciîons une autorité qui est d'un poids immense dans la balance. LegénéralPamphile qui combattit contre la Crète-à-Pierrot, dit, dans ses mémoires, ces paroles que nous rapportons textuellement: « Malgré que nous opérions l'investissement du fort, la musique des ennemis faisait entendre les airs patriotiques adaptés à la gloire de la France.
« Malgré l'indignation qu'exictaient les atrocités des noirs, ces airs produisaient généralement une sensation pénible. Les regards de nos soldats interrogeaient les nôtres; ils avaient l'air de nous dire : « Nos barbares ennemis auraient-ils plus de raison que nous? ne serions-nous plus les soldats de la Piépublique? Et serions-nous devenus les instruments serviles de la politique (1) ? » Enfants de la
(1) Mémoires pour servir à l'histoire de Saint-Domingue,— par !e lieutenant-général baron Pamphiie de Lacroix.
grande France, où vous a oonduils la politique du premier consul ?...