‹ Vie de VoltaireChapitre 37 sur 85 · ÉTAT DES ESPRITS AU MILIEU DU DIX-HUITIEME SIECLE · texte numérisé non relu

ÉTAT DES ESPRITS AU MILIEU DU DIX-HUITIEME SIECLE

Voltaire, après les avanies qu'il avait subies, était pour jamais dégoûté des cours. Après avoir vécu chez les rois, il voulait vivre en roi chez lui. Mais, où fixer son domicile? Là était Tembarras. A Paris, on était près de la Bastille, et le roi avait fait entendre qu'il ne désirait pas le voisinage incommode d'un sujet aussi turbulent. Il cherchait quelque part un château qui ne fût pas loin d'une frontière; il pensa d'abord à l'Alsace. Mais on venait d'y brûler solennellement les ouvrages de son ami le marquis d'Argens ; les Jésuites y étaient tout-puissants et les anciens maîtres de Voltaire n'étaient plus ses amis. Il essaya bien de les gagner par une comédie peu digne qu'il a répétée deux ou trois fois dans sa vie. Il se confessa et communia bien dévotement. A ceux qui le lui reprochaient, il répondait : « Je a conçois qu'un diable aille à la messe, quand il est en a terre papale. » Il disait encore : « Si j'avais cent mille a hommes, je sais bien ce que je ferais; mais, comme je ne « les ai pas, je ferai mes Pâques et vous m'appellerez hypo- « crite tant que vous voudrez. » Ce n'était pas, à coup sûr, l'acte d'un héros; mais Voltaire n'avait aucune prétention à l'héroïsme et il trouvait bon de plier sous l'autorité de l'Eglise, quitte à la narguer et à l'ébranler plus tard. Cette capucinade ne trompait d'ailleurs personne et Voltaire le

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