CHAPITRE X
CAMPAGNE DE VOLTAIRE EN FAVEUR DE LA TOLlÈRANCE RELIGIEUSE AFFAIRES CALAS — SIRVEN — LABARRE — EtC.
Il est encore une chose, on pourrait même dire il est surtout une chose qui provoque la haine de Voltaire contre l'Eglise. C'est Tintolérance qui était alors prêchée et pratiquée par les catholiques. Voltaire détestait de tout son cœur les massacres accomplis au nom d'un Dieu de paix; il ne parlait qu'avec horreur des flots de sang qu'avait fait couler la différence de religion ; il prenait la fièvre chaque année, nous dit-il, à l'anniversaire de la Saint-Barthélémy; et l'on peut dire de lui, si ces deux mots peuvent aller ensemble, qu'il fut un apôtre fanatique de la tolérance. Ici, le rôle de Voltaire est noble et courageux ; il se fait le défenseur des réformés persécutés en France; il s'engage dans des batailles qui lui coûtent bien du temps et bien des peines ; mais il eix soft grandi, digne du respect de tous ceux qui estiment un dévouement désintéressé. A moins qu'on ne regrette les jours sanglants de l'Inquisition, à moins qu'on n'approuve les égorgements et les expulsions en masse au nom d'une foi soi-disant infaillible, on est forcé de reconnaître qu'en attaquant ce reste de la barbarie du moyen âge Voltaire travaillait pour le bien de l'humanité. Si la vérité veut qu'on mette en lumière les côtés faibles de son caractère, la justice
LUTTE POUR LA TOLERANCE REJ-IGIEUSE I77
exige aussi qu'on rende hommage à ce qu'il eut de généreux et d'élevé.
Le xviii® siècle nous apparaît toujours, à nous qui le voyons de loin, ^omme un siècle sceptique et raffiné.- Mais, pendant que Tesprit de doute s'infiltrait peu à peu dans la nation tout entière, la foi vivait encore dans bien des âmes; l'époque est remplie de disputes fastidieuses entre molinistes et jansénistes ; les miracles pullulent et Voltaire, encore jeune, comme Rousseau plus tard, eut l'occasion d'être cité en témoignage pour en constater un; il y eut, à Paris, des années où le surnaturel courut les rues et les cimetières. Ce qui était pis, c'est que le fanatisme n'était pas éteint. Au milieu de cette société d'opinions si libres, de mœurs si relâchées, on voyait parfois surgir tout à coup quelque pratique odieuse qui reportait les esprits à deux ou trois siècles en arrière. Ainsi, les comédiens ne pouvaient se marier, saris renoncer formellement au théâtre, et, quand ils mouraient, on leur refusait dts prières et un peu de terre dans l'enclos réservé aux chrétiens : on enfouissait leur cadavre comme celui d'un chien mort. Les protestants étaient assimilés à ces excommuniés et plus maltraités encore. Depuis la révocation de l'Edit de Nantes, comme ils étaient censés supprimés, ils n'avaient plus aucun droit ; ils étaient forcés de se déclarer catholiques et d'aller à la messe ; sinon leur mariage par devant un pasteur était nul, leurs enfants étaient regardés comme bâtards, et, par suite, inhabiles à hériter des biens de leurs parents. Presque toutes les professions leur étaient interdites, et, pour que la loi ne pût être éludée, on exigeait un acte de foi catholique de quiconque voulait être avocat, procureur, médecin, libraire, épicier, clerc de procureur, etc. Malgré tant de persécutions, les protestants subsistaient, surtout dans le midi ; on les tolérait, â condition qu'ils voulussent se plier pour la
forme à certaines hypocrisies obligatoires et endurer toute sorte de vexations. Mais, si Ton découvrait qu'ils avaient été en pleine campagne, au Désert, comme on disait, écouter la prédication d'un pasteur, ils étaient sur-le-champ envoyés aux galères. Quant au ministre, s'il était pris, on le brûlait, et, à Toulouse, le bûcher s'alluma encore dans la seconde moitié de ce siècle, si voisin du nôtre! En vain Montesquieu et tous les philosophes protestaient contre ces atrocités : ils n'avaient pu prévaloir contre le clergé et les Parlements servilement attachés aux antiques coutumes.
Une preuve éclatante de ce fanatisme persistant vint s'ajouter à toutes les autres en Tannée ijôr. Le i3 octobre, dans la ville de Toulouse, la famille de Jean Calas, un protestant, était plongée dans la désolation. Le soir, après souper, le fils aîné de la famille, Marc- Antoine, s'était pendu dans la maison paternelle. C'était un jeune homme ambitieux et mélancolique ; au moment de devenir avocat, il s'était vu arrêter par sa qualité de réformé; dès lors, il s'était assombri, et ce soir-là, après avoir mangé en compagnie de ses parents et d'un de ses amis de Bordeaux, nommé Lavaisse, il avait mis fin à une vie devenue pour lui un fardeau.
Son père et sa mère, désespérés de ce suicide, pleuraient : mais ils ne se doutaient guère de l'orage qui allait fondre sur eux. La foule yétait attroupée; des magistrats venaient constater le décès, quand tout à coup une voix s'écria : « Il « ne s'est pas tué, c'est son père qui l'a étranglé pour l'em- « pêcher de se faire catholique. » L'accusation tomba dans une oreille attentive; c'était celle d'un membre du Parle* ment, nommé David de Beaudrigues. Ce magistrat était un caractère emporté, un fougueux catholique ; sans autre information, il fait arrêter le père, la mère, un frère plus jeune, nommé Pierre, et l'ami de Bordeaux, Lavaisse. Pen-
AFFAIRE CALAS IJQ
dant ce temps, le peuple s'exalte; on va colportant des calomnies contre les réformés; on prétend qu'ils sont poussés par leur croyance à tuer leurs enfants et on leur jette à la face un passage où Calvin, dans son Institution chrétienne, approuve les paroles de la Bible qui permettent au père de mettre à mort son fils désobéissant. La conviction est si bien faite dans les esprits, que, le jour des funérailles de Marc- Antoine, le malheureux jeune homme est figuré dans Péglise par un squelette écrivant d'une main en grosses lettres ces paroles : Abjuration de Vhérésie et tenant de l^autre main une palme, symbole du martyre. Comme on la dit, c'était l2^ condamnation du père qu'écrivait le squelette.
En effet, les prévenus sont poursuivis avec une fureur que rien n'arrête. En vain ils protestent de leur innocence; en vain tout plaide en leur faveur, une vie honorable, l'impossibilité pour un vieillard d'étrangler son fils dans la force de l'âge, la présence dans leur maison d'une servante catholique qui s'y est toujours trouvée bien traitée, la conversion antérieure d'un autre fils que ses parents n'ont pas cessé de voir et d'aimer malgré son abjuration. L'exaltation de la foule est poussée si loin, que personne n'ose les défendre ; les juges, moitié convaincus, moitié intimidés, cèdent à la pression du dehors, et d'abord le tribunal ordinaire (les capitouls), puis le Parlement condamne le père du suicidé. Et quelle condamnation! Le prétendu coupable doit faire amende honorable de son crime pieds nus, en chemise, une torche à la main ; puis être rompu vif sur la roue, y rester, le visage tourné vers le ciel, jusqu'à ce que mort s'ensuive; être ensuite jeté dans un bûcher, afin que son corps y soit réduit en cendres qui seront jetées au vent. Avant de subir ce supplice, Jean Calas devait passer encore à la torture. On voulait le forcer à dénoncer les complices qu'il devait avoir. Mais on eut beau lui allonger bras et jambes avec des cor-
AFFAIRE CALAS l8l
des attachées à ses fers, on eut beau lui faire avaler d^énormes quaniite's d'eau, il ne cessa de crier qu'il était innocenr. Enfin il subit sa peine avec un courage héroïque, et, pour achever la ruine de la famille, le fils cadet fût condamné au bannissement perpétuel; les deux filles furent enfermées dans un couvent; la mère reconnue innocente, ainsi que le jeune Lavaisse,'dut quitter un pays où elle n'avait plus de quoi vivre, oti elle était poursuivie d'ailleurs par des souvenirs sanglants et par la haine populaire.
Le premier mouvement de Voltaire, en apprenant le drame horrible qui venait de s'accomplir à Toulouse, fut de croire à la culpabilité du condamné. Mais ses amis de Genève mieux informés lui inspirèrent des doutes. Il fit alors une enquête pour son propre compte; il fut assez long à se former une conviction; mais il vit, il interrogea la mère et le fils réfugiés sur le territoire de la république genevoise, et eùfin il s'écria dans une lettre à Pun de ses amis : « J'ose c( être sûr de l'innocence de cette fartiille comme de ma <( propre existence. » Jean-Jacques, sollicité à cette époque d'agir en faveur de cette grande infortune, répondit : « J'ai fait assez pour le bonheur des hommes. Que d'autres y travaillent à leur tour ! » La conduite de Voltaire est bien différente. Il n'épargne rien pour obtenir la réparation d'une iniquité aussi criante. Il écrit brochures sur brochures; il s'adresse aux ministres, aux princes, à l'Europe tout entière; il revient à la charge avec une admirable ténacité; il lance un jour un traité sur la tolérance, il écrit une autre fois une pièce de thâtre où il flagelle les Parlements. La tâche qu'il poursuit est loin d'être facile. La magistrature, qui croit soti honneur engagé, répugne à se reconnaître coupable d'une erreur et l'on dit à Voltaire ce mot qui le fait bondir de fureur : « Prenez garde ! Il y a plus de magistrats « que de Calas. » Il se heurte à l'indiftérence des honimes
l82 VIE DE VOLTAIRE
au pouvoir, aux mauvaises dispositions du clergé catholique. Mais Voltaire est animé d'une indomptable volonté. « Pendant ces deux ans, écrivait-il plus tard, il ne m^est pas échappé un sourire que je ne me le sois reproché comme un crime. » Ses ennemis les plus intraitables sont obligés de lui rendre justice et le Genevois Bonnet disait alors : « Un a pareil zèle suffit à couvrir une multitude d'écarts. » Enfin sa généreuse activité eut sa récompense. Au mois de janvier 1763, Calas et toute sa famille furent solennellement réhabilités. Ils ne réussirent jamais, il est vrai, à arracher leurs biens confisqués aux griffes du Parlement de Toulouse. Mais peu importait! Le Parlement était flétri justement; tout le monde s'intéressait dès lors aux Calas, ils étaient arrachés pour toujours à la misère et à Tinfamie. C'était bien à Voltaire qu'Hs le devaient. « O le bel emploi du génie! n s'écriait Diderot à ce sujet et il n'était personne qui ne pensât comme lui. Quand Voltaire vint mourir à Paris, il entendit dans la foule une femme du peuple crier : « Le voilà, l'homme aux Calas ! » — Ce fut peut-être l'éloge qui lui alla le plus au cœur et vraiment la gloire de Voltaire ne brilla jamais de plus purs rayons que dans cette lutte aussi désintéressée que longue et pénible.
Voltaire n'avait pas épuisé toute sa philanthropie dans ses efforts en faveur des Calas. Une autre affaire du même genre ne Ip trouva pas plus insensible. Il disait : « Quand on est jeune, il faut aimer comme un fou; quand on est vieux, il faut travailler comme un diable. » Et il mettait en pratique la dernière partie de cette maxime.
Or, au mois de décembre 176 1 , près de la ville de Castres, dans le petit village de Mazamet, la fille d'un protestant, nommé Sirven, avait tout à coup disparu. Les parents la cherchèrent; ils crurent que la jeune fille, dont la tête était un peu dérangée, s'était enfuie ; elle leur avait été enlevée
AFFAIRE SIRVEN l83
une première fois, sous prétexte qu'elle désirait se foire catholique, et enfermée dans un couvent; elle avait été bientôt lasse du cloître et était revenue chez elle où sa raison ne s^était jamais rétablie. Pendant qu'on se livrait à toutes sortes de conjectures sur cette disparition mystérieuse, on découvrit le cadavre de la pauvre fille dans un puits voisin de la maison de son père. Y était-elle tombée par imprudence? S'y était-elle jetée dans un accès de délire? On l'ignore encore aujourd'hui. Mais on ne daigna pas se le demander alors. Le fanatism.e éveillé aussitôt vit là un nouveau crime. Un ordre d'arrestation fut lancé contre Sirven. C'était lé moment où Calas était condamné, et le pays où habitait Sirven était précisément dans le ressort du parlement de Toulouse. On comprend que Paccusé n*ait pas voulu courir la chance d'un jugement en de telles circonstances. Il s'enfuit donc avec sa femme et ses enfants. C'était en plein hiver, par des chemins encombrés de neige. Les pauvres gens arrivèrent exténués à la frontière de Suisse. Ce fut encore Voltaire qui les recueillit et qui se chargea de leur faire rendre justice. Ils avaient été victimes des mêmes passions que les Calas. Leur procès avait été instruit sans enquête sérieuse, et un juge avait même osé dire à un avocat qui sollicitait en leur faveur : a Pourquoi vous, qui êtes « catholique, défendez-vous des protestants? t Avec de pareils procédés, la condamnation était sûre. En effet, Sirven €t sa femme, atteints et convaincus de parricide, étaient condamnés à être pendus; deux filles qu'ils avaient, considérées comme complices, devaient assister d'abord à rexécutian de leurs parents, puis être bannies pour jamais du royaume. Par bonheur pour les Sirven, la sentence ne pouvait être exécutée qu'en effigie. Mais cela ne suffisait pas à Voltaire. Il voulait que ses protégés pussent rentrer en France tête levée. Il poursuivit son but pendant sept ans et plus avec un
acharnement méritoire. Enfin, quand il crut le terrain bien préparé, il décida Sirven à se constituer prisonnier et à purger sa contumace. Le procès fut révisé; Tarrét fut cassé et, chose qui montre bien le progrès que les esprits avaient fait en quelques années, cassé par ce même parlement de Toulouse auteur de Tinique condamnation des Calas. La juslice, à cette époque, n'allait pas vite; mais elle mettait encore plus de temps à réparer ses erreurs qu'à les commettre. Il y avait dix ans que Sirven avait dû fuir la France, quand il fut enfin déchargé de l'accusation qui pesait 'sur lui.
Nous ne sommes pas au bout de ces luttes de Voltaire contre les parlements. Si les peines étaient parfois mal appliquées, elles étaient toujours atroces. Il y avait la plus criante disproportion entre les délits et les châtiments dont ils étaient frappés, et il semblait que les tribunaux fissent des efforts d'imagination pour porter au comble Phorreur des supplices. En faut-il un exemple? Damiens, un fou^ avait frappé le roi Louis XV d'un coup, non pas de poignard^ mais dé canif; estait pour Tavertir, disait-il, et non pour l'assassiner; et, de fait, on ne s'arme pas d'un canif, quand on veut tuer quelqu'un. Il n'en fut pas moins condamné à être tenaillé avec des fers rouges, à recevoir du plomb fondu dans ses plaies et à être enfin écartelé. Le jour du supplice, on pourrait, presque dire de la représentation, les belles dames de la cour louèrent les fenêtres qui donnaient sur la place de Grève, et, comme les chevaux attelés, les uns aux bras, les autres aux jambes de Damiens tiraient et suaient sans parvenir à mettre en pièces le corps robuste du misérable, on entendit une de ces belles dames s'écrier dans un accès de sensibilité : ^ Oh! les pauvres chevaux! »
C'est contre de pareilles atrocités que les philosophes du xviii® siècle ont soulevé Tindignation. Voltaire n'y a pas
LE CHEVALIER DE LABARRE l85
moins travaillé que les autres, et voici une affaire où il se trouva même directement mêlé.
En Tannée 1765, les habitants d'Abbeville furent un matin dans le plus grand émoi. Le crucifix, qui se trouvait sur un des ponts de la ville, avait été mutilé pendant la nuit- Le clergé célèbre alors une grande cérémonie expiatoire et fait appel, non-seulement à la colère divine, mais à la vengeance terrestre. Pendant ce temps, les coupables étaient activement recherchés. Un mandat d'arrestation était lancé contre un jeune gentilhomme nommé Gaillard d'Etallondes ; mais celui-ci s'était hâté de mettre la frontière entre lui et ceux qui le poursuivaient. On se rabattit sur deux de ses complices présumés. L'un, le chevalier de Labarre, avait vingt ans; l'autre en avait dix-sept. Il n'y eut point de preuve, point d'aveu sur le fait capital qui avait motivé leur emprisonnement; mais on trouva bien d'autres griefs contre eux. Ils ne s'étaient pas découverts en passant près d'une procession; ils avaient chanté des chansons peu édifiantes; Labarre était convaincu d'avoir récité quelques vers de Tj^pître à Uranie, poème de Voltaire hostile au christianisme; il s'était incliné devant certains livres condamnés par TEglise et, entre autres, devant le Dictionnaire philosophique du même Voltaire. Ce furent là les charges que le tribunal eut à apprécier. Le plus jeune des accusés, qui avait révélé ces détails, fut sauvé par cette confession; mais Labarre, chargé par son complice, poursuivi par des rancunes personnelles, vit tomber sur lui une sentence dont la dureté était loin d'être en rapport avec les fautes qu'il pouvait avoir commises. Il était condamné à faire amende honorable devant la cathédrale d'Abbeville, à awoit ensuite la langue arrachée, à être enfin décapité et brûlé. Le chevalier était neveu d'une abbesse; il appartenait à une famille de bonne noblesse. On croyait à un adoucissement en sa faveur. Mais le parlement
l86 VIE DE VOLTAIRE
de Paris confirma la sentence; Louis XV, qui pouvait faire grâce, ne prononça pas le mot sauveur, et Farrêt fut exécuté. Le malheureux jeune homme le subit avec une fermeté que rien n'ébranla. Avant de partir pour le lieu du supplice, il demanda du café, ajoutant en souriant : « Il ne m'empé- « cliera pas de dormir ce soir. » On voulut lui couper les cheveux : « A quoi bon ! dit-il. Veut-on faire de moi un ena fant de chœur ? » On lui épargna la torture de se sentir arracher la langue, et le bourreau prit ses précautions pour lui trancher la tête sans s'y réprendre à plusieurs fois, comme cela n'arrivait que trop souvent. Elle tomba d'un seul coup, aux applaudissements de- la foule.
Voltaire fut indigné en apprenant la cruelle sentence dont le chevalier de Labarre était frappé. Il essaya de le défendre; mais il ne pouvait le faire ouvertement. Un des crimes reprochés au jeune homme n'était-il pas de s'être incliné devant un des ouvrages du patriarche de Ferney ? Si un pareil acte était aussi sévèrement puni, Tauteur des ouvrages en question avait le droit de ne pas être très rassuré. Voltaire, qui avait appris dans sa jeunesse ce que pesait la liberté d'un homme dans les balances du pouvoir, était fort inquiet. Il s'empressa dt se réfugier sur territoire suisse. Il songeait même à fuir plus loin. Réconcilié depuis longtemps avec Frédéric, il lui écrivait pour lui demander un asile dans son royaume. Il rêvait de fonder dans la ville de Glèves une colonie de philosophes. Il engageait Diderot- Platon, comme il disait, et d'Alembert-Protagoras à se transporter avec lui dans ce pays qui serait devenu le foyer de la libre pensée. Mais le projet n'était guère praticable. Paris offrait encore plus d'attraits que de dangers, et ce projet d'établir en territoire prussien • une naanufacture de vérité », comme disait Voltaire, fut bientôt abandonné par lui. Revenu à des sentiments plus calmes, il entreprit de