‹ Vie de Zéphirin Verreau [microforme]Chapitre 19 sur 24 · MER · texte numérisé non relu

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DO “ Séminaire de Rimouski, 23 octobre 1890

“ Maman,

“,...Merci beaucoup des quelques roses que vous m'avez envoyées. J'ai admiré aussi le petit sachet qui les accompagnait. Mais ma curiosité est piquée par ce petit papier qu'il renferme. Je n’ai pas voulu cependant être indiscret, et j'ai supposé que c'est une prière qui se récite toute seule sans qu'il soit besoin de la lire. C’est parfait, et c'est là une très bonne invention. ....”

“ Séminaire de Rimouski, 13 février 1891.

‘“ Maman, |

Je n'avais pas l'intention de vous écrire maintenant, mais pour réparer le chagrin que je vous ai causé par ma dernière lettre, je viens converser ce soir avec vous pendant un petit troisquarts d'heure, Lorsque je vous écrivais l’autre jour par délassement, je ne croyais certainement pas que ce petit amusement aurait pour vous de si pénibles résultats. Je ne pensais pas non plus que cette accumulation exagérée d’épithètes, de synonymes, de répétitions aurait pour effet de vous montrer ma position sous un jour

si triste. Vraiment j'ai été attristé à mon tour de vous voir si sensible à mes petites fatigues et prendre tant à cœur ces petites lassitudes qu'une récréation, un bon sommeil, et surtout une....., lettre fait oublier aussitôt pour donner plus d’ardeur au travail.”

“ Séminaire de Rimouski, 9 juin 1891.

“ Chers parents,

“ Vous ne sauriez croire combien il m'est pénible de vous voir, à votre âge, vous imposer tant de fatigues, tant de travaux, surtout de vous voir quitter votre bonne petite maison pour aller vous enfermer dans ce cher Petit-Métis, que vous ne devez pas regarder d'un trop bon œil. Ne soyez pas étonnés si je considère ainsi toutes ces démarches de votre part, car ce serait, il me semble, ingratitude que de ne pas reconnaître que tous ces sacrifices, vous vous les imposez uniquement pour moi.

“ Je vous ai déjà parlé plusieurs fois du Baccalauréat ! Eh bien! le sort en est jeté : mercredi prochain commenceront ces épreuves, et nous en aurons pour le 17, le 19, et le 20 de juin.... Je ne m'effraie pas trop de ces examens, qui après tout sont comme les autres

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Je ne vous demande pas de penser à moi dans vos prières, je sais que vous le faites depuis longtemps et c’est de là que j'attends tous...... mes succès. Nous avons fait le pélérinage à Ste-Anne jeudi dernier et depuis ce temps je ne crains plus rien, je suis prêt à tout. Je vous demande cependant de bien vouloir allumer votre petite lampe devant la Ste Face pendant ces trois jours à cette intention. Pour cela, voici le temps que dureront les séances : mercredi, vendredi et samedi de 7 heures à 12 heures et de 14 à 5 heures de l’après-midi.... Je suis bien joyeux à la pensée que le 23 au soir Je serai avec vous. Au revoir donc.”

La rentrée, en 1891.

Le 4 septembre 1891, Zéphir disait adieu à son curé et à sa famille pour retourner au Séminaire. Il allait être séparé de ses parents pendant dix mois. Il continuerait sans doute à communiquer avec eux en leur écrivant souvent, mais il ne jouirait pas de leur présence ; il allait être privé du plaisir de leur rendre ces mille petits services qu'un enfant bien né aime à rendre à ses parents, et c'était toujours avec peine que Zéphir se séparait de sa famille.

Mais d'un autre côté il avait un grand sujet de joie à la fin des vacances :il pouvait se rendre le témoignage de les avoir passées saintement, Après une retraite aussi fructueuse que celle qu’il avait faite au commencement de l’année précédente, après une année de ferveur passée dans la fréquentation des sacrements, il avait apporté dans sa famille une vertu solide et féconde, Au témoignage de sa mère, il observa à la lettre, comme toutes les autres années d’ailleurs, son règlement de vacances. Ii ne se ralentit nullement de sa piété, ce qu'ou ne trouve pas souvent, car les vacances sont ordinaire-

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ment le temps du laisser aller. Il assistait à la messe tous les matins ; tous les huit jours, et même plus souvent, il recevait la sainte communion. Il allait tous les soirs prier à l’église, il y faisait aussi le Chemin de la Croix presque tous les jours : ce qui.ne l’empêchait pas de faire la prière avec la famille le soir, de réciter le chapelet, et de prolonger encore son oraison, parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit. L'éloignement de l’église ou le surcroît d’'ouvrage pouvaient seuls l'empêcher de se livrer à ces pieux exercices.

C'est toujours avec bonheur que l’écolier revient au Séminaire après les vacances.

Si on se demande la cause de cette joie, on serait peut-être tenté de l'attribuer à l’inconstance, si naturelle au jeune homme, qui fait qu'il ne sait se tixer à rien, qu'il n’a pas aussitôt atteint un bien convoité qu’il en recherche un autre. Dans cette joie du retour il y a sans doute quelque chose de ce sentiment, maïs ce n’est pas le seul, ce n’est pas non plus celui qui domine chez le plus grand nombre.

Après deux mois de vacances, passés dans le repos et l’inaction, l’écolier va se remettre à l'ouvrage. Plus que jamais le séminaire lui appa-

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raît comme le sanctuaire du travail et del’activité. Il lui semble aussi que sous l'influence de ce travail il va grandir, sc transformer, devenir plus homme. Il va faire ses Belles-Lettres, sa Rhétorique ou sa Philosophie : que d'idées ces mots magiques éveillent dans son âme ! C'est dans un monde nouveau qu'il va pénétrer, c’est un vaste champ livré à sa curiosité. Et puis sa pensée se portant plus loin, quels beaux projets ne caresse-t-il pas dans son âme pour l'avenir : il se voit à tel poste, dans telle ou telle carrière, couronnement de son travail et de ses longues aunées d'étude. Voilà il me semble une des principales idées qui préoccupent l’écolier à son retour au collège. “ Quelquefois, écrit Zéphir, c'est accablant d'être courbé sur un pupitre, l'esprit tendu et le corps inactif ; mais l’homme n'est-il pas fait pour le travail ? Et qu'y a-t-il de plus beuu, de plus noble que d'accomplir cette obligation essentielle à notre nature, lorsqu'on a Ja santé et que l'on peut se dire surtout : je fais la volonté du divin Maître auquel je su's soumis : il le veut, moi aussi. Et puis quoi de plus beau que d’amasser sans cesse comme dans une réserve tout ce dont on aura besoin plus tard ? Quoi de plus encourageant que de s'adonner aux exercices qui ont le double but de

développer l'intelligence, d’affermir la volonté, en un moë de former l’homme ? Nous travaillons, il est vrai, mais avec la consolation que notre t'avail nous est utile.”

Toutefois le séminaire n’est pas une institution où l’on travaille uniquement à acquérir des connaissances quelconques, le séminaire est avant tout une école de vertu et de piété : c’est là que se forme le cœur du prêtre, c'est là que le futur ministre de Dieu apprend à connaître et à aimer davantage Jésus-Christ, c'est là que s’allume cette flamme divine qui devra toujours brûler dans son âme et allumer le feu de la charité divine partout où elle passera. Voilà ce que l'on doit avant tout apprendre dans un séminaire : Ce serait en méconnaître le caractère que de s’en faire une autre idée. Zéphir comprenait parfaitement cette vérité, comme l’atteste bien la prière suivante trouvée dans ses papiers : “ O Marie, exaucez mes vœux...... Mon Dieu, accordez-moi plus de facilité dans mes études... Ma bonne mère, intercédez pour moi auprès de votre divin Fils. Oui, Ô Marie, exaucez la prière de ce cher enfant, de bonne heure il s’est donné à vous. Conservez-le dans l’amour de Jésus, afin qu'un jour il puisse travailler à vous gagner des âmes,”

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Il est d'usage dans les collèges de commencer l'année par la récitation du chapelet : l'entrée se faisant à six heures du soir et le chapelet étant fixé à cette heure. Néanmoins le premier vendredi du mois, qui est consacré au Sacré-Cœur de Jésus, cet exercice est remplacé par un salut solennel du $S. S:crement. Au Séminaire de Rimouski, depuis plusieurs années, la rentrée était fixée au premier vendredi de septembre ; on se trouvait ainsi à commencer l’année sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus.

Donc à six heures du soir, tous les élèves, fidèles à l’appel de la cloche, étaient réunis à la chapelle, faisant monter vers le Ciel leurs prières accompagnées des harmonies du chant et de la musique, Les échos de la chapelle, qui étaient restés muets pendant deux mois, se réveillaient de leur longue léthargie et répétaient les chants si beaux de “ O Salutaris’ “Ave Verum” “ Salve Regina,” “ O Cor Jesu,” etc.

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Commencement de l’année 1891-92.

C'est au commencement de cette année que Zéphir nous attire et nous charme davantage : cette belle âme, que nous avons vue jusqu’à présent si docile à la grâce de Dieu, s'était toujours perfectionnée de plus en plus ; maintement elle est éclairée davantage des lumières divines, et son union avec Dieu n’en est que plus forte. Ce que Zéphir écrit dans son journal à cette époque est admirable, on peut dire qu'il était parvenu à un degré de perfection élevé. On pourra voir par les citations suivantes : son esprit de pénitence et de mortification ; sa conformité à la volonté de Dieu ; sa pureté d'intention dans toutes ses actions ; sa piété de plus en plus grande envers Notre-Seigneur et sa divine Mère ; son âme de plus en plus avide de se nourrir du Pain des Anges ; la céleste flame qu'allumait dans son cœur cette participation à la vie divine ; son détachement des biens de ce monde qui le fait s'écrier : TOUT POUR VOUS, MON JÉSUS ! VOUS PARTOUT ! VOUS TOUJOURS !

Deux retraites, faites avec le plus grand soin,

contribueront, encore à resserrer les liens qui l'unissent à Dieu. Aussi après la dernière retraite il écrira dans son journal : “ Je reprends les occupations ordinaires. Tout va bien. Je suis heureux.”

“ 5 septembre 1891.

“ Nous voilà encore une fois de retour au ber- Cail où nous avons retrouvé nos confrères tous “rétablis par le repos et les pliisirs des vacances,

et remplis de bonnes dispositiois pour reprendre l'étude. Moi-même je suis plein de courage pour la nouvelle année et je crois que l’ennui n'aura aucune prise sur moi, Car jamais je n'ai pris si peu de temps à me trouver chez moi -au retour des vacances.

“ Je pense que la première idée que je me suis formée de la philosophie ne seru pas fausse : car les quelques notions que nous avons reçues ce matin ont suffi pour nous montrer la beauté, l'utilité, l'excellence de la philosophie, qui a pour but de développer l'intelligence, former le cœur rectifier le jugement, en un mot de former l'homme.” |

“ 16 septembre 1891.

“ J'espère que la retraite qui va commencer

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ce soir va tout-à-fait nous remettre sur le ton. Oui, en entrant ce soir à cinq heures nous laisserons à la porte toutes nos pensées du dehors et nos occupations ordinaires pour ne les reprendre que dimanche prochain. Je vais tâcher d’en profiter le mieux possible.”

> “ ler octobre 1891.

“ Fassent donc Jésus, Marie et Joseph, sous les yeux desquels je veux toujours écrire, que tout ce que tracera ma main soit toujours en vue de la: gloire du Père éternel, et que ce noble but soit d’ailleurs celui de toutes mes actions !

“ Ce soir il y a eu salut solennel du $S. Sacrement, avec récitation du chapelet et prière à saint Joseph. Ah! qu'il fait bon, après une bonne journée d'étu:le, d'aller se délasser au pied des autels de Jésus et de Mauie, d'aller confier au S. Cœur de Jésus dans un colloque intime nos joies et nos prières, nos craintes et nos espérances.... J'aime bien ce mois du Rosaire qui réunis les trois plus belles dévotions que puisse avoir un chrétien. Je m'efforcerai pendant ce mois de faire grandir mon amour pour les augustes noms de Jésus, Marie et Joseph.”

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“3 octobre 1891.

“ Aujourd’hui veille de la St-François d’Assise, il m'a fallu jeûner comme membre du Tiers- Ordre. Ce matin je ne savais que faire vu que c'est un jour gras, et j'ai flotté un instant entre le respect humain et le devoir, mais celui-ci a dû l'emporter et J'ai été récompensé de ma petite victoire, car ce qui mintriguait le plus, c'était de me procurer des aliments maigres, et au diner nous avons eu un aliment avec lequel nous avons toujours du thé et du beurre.”

‘“ 4 octobre 1891.

€ ND. du TS. Rosaire. J'ai fai’ la communion ce matin, ce qui m'a procuré de grandes consolations toute ln journée.... Ce soir après la récitation de l’office de la sainte Vierge, M. le Directeur de la Congrégation ne 18 a fuit lecture d’un article du Âessager du Sacré-Cœrr, sur la communion fréquente et ses effets, à l'appui duquel il a cité maints exemples J’y ai vn combien je suis peu avancé dans la voie de la piété. ”

“ 6 octobre 1891.

“ Ce soir de neuf heures à dix heures, c'était

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mon heure de garde. * Grâce au privilège que me donne ma charge, ** je veille jusqu’à dix heures. Je suis allé faire cette heure à la chapelle au pied de l’autel de la sainte Vierge. Qu'il fait bon de se trouver seul au milieu du silence le plus profond, n'ayant pour toute lumière au milieu de l'obscurité que la lampe du saint Sacrement ; qu’il fait bon de passer un petit quart d'heure en présence du Maître de l’amour : là, loin de tout bruit, la voix du Seigneur se fait entendre claire et pure sans être interrompue par celle du m"nde. Aussi ai-je promis à mon aimable Sauveur d'aller goûter demain matin le bonheur encore plus grand de le recevoir dans la sainte communion. Je vais me mettre au lit en formant ce désir.”

‘“ 16 octobre 1891.

‘“ On ne parle partout que de picote......

Quoi qu’il advienne, Fiat voluntas Dei !”

“ 28 octobre 1891.

“ Je reçois de chez nous quelque chose de ces agréables douceurs que l’on goûte tant à la inaison paternelle, Je partage avec mes confrères

* Comme membre du Rosaire Perpétuel.

** Celle d'assistant réglementaire,

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et amis, car qu'en retirerai-je si je garde tout pour moi ? Il est si deux de savoir qu'on fait plaisir à un ami. ”

‘“ 31 octobre 1991.

“ Ce soir a eu lieu la clôture des exercices du mois du T. $S. Rosaire. Qu'ils étaient doux ces moments de profonde émotion que nous allions passer au pied des autels du Tout-Puissant ! Il descendait de son trône de gloire jusqu’à nous pour se faire à chacun notre compagnon, notre consolation. Il répandait chaque soir dans nos cœurs une douleur de plus en plus amère des blessures faites à son divin cœur. Ilallumait dans nos cœurs le feu de son amour. Puis nous implorions le secours de Marie et de son chaste époux, et nous 1.ous relevions heureux et délassés de toutes les fatigues de la journée, Ces beaux jours sont passés. Mais il nous reste encore nos visites au saint Sacrement et nos messes où nous pouvons non-seulement adorer le bon Jésus, mais même nous nourrir de sa chair divine. O quam bonus Deus qui talia fecit !”

‘“ 2 novembre 1891.

“ Ce soir M. le Directeur nous entretient du choix d’un ami, et cet ami n'est autre que

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Jésus. Oui, Jésus, après tout ce que vous avez fait pour moi, tout ce que vous avez souffert; toutes les faveurs que vous m'avez accordées dans le but de gagner mon amitié, je constate avec amertume que plus d’une fois j'ai placé cette amitié dans des créatures indignes, qui hier m'entouraient de leurs prévenances et aujourd'hui me tournent le dos, qui aujourd’hui sont p'eines de vie et demain ne seront plus. Vous seul, mon Dieu, demeurez toujours le même :

vous seul m'avez sans cesse comblé de vos bienfaits, malgré mon infidélité. Eh bien ! je veux désormais ‘pour réparer le passé, vous choisir comme mon unique ami. Vous seul serez ma force, mon soutien, ma consolation.

A'vous seul ma confiance, à vous seul mon amour, puisque seul vous pouvez me soutenir dans le’chemin de la vie, vous seul pouvez me relever quand je tomberai. Tout pour vous mon Jésus, vous pour tout, Vous partout, vous toujours | ”

“3 novembre 1891.

“ On nous annonce ce soir que la retraite de vocation pour les trois dernières classes devra commencer le 9, lundi. D'abord j'ai été tenté de trouver un mob à dire, vu que nous nous

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