‹ Vie de Zéphirin Verreau [microforme]Chapitre 18 sur 24 · TL PUT · texte numérisé non relu

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Le 25 avril 1889, Zéphir écrivait ce qui suit dans son Journal :

‘“ À deux heures, promenade en ville. Nous sommes demeurés assez longtemps sur le pont, où nous prenions plaisir à voir les glaces de la rivière se presser et se frapper sur ses piliers. Je les trouvais heureuses dans leur insensibilité, puisqu'elles devaient passer, en obéissant au courant irrésistible qui les emportait, dans un lieu qui n'est si cher. Oui, plus heureuses que moi, elles batteront peut-être ces rivages où se sont écoulées mes jeunes années, ... Peut-être même, charmées par cet air si pur rt si suave que l’on respire dans ma place natale, et enchainées par la douce influence des êtres chéris de mon cœur, ces énormes glaces se plairont-elles à finir leurs jours sur cette grève qu'ont si souvent foulée mes pieds et iront-elles grossir de leurs eaux sans amertume ces endroits préférés à tous les autres. Ah! si l'avenir vous réserve

de si beaux jours, si le hasard vous porte en ces

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lieux, qui ont été le théâtre de mon enfance, n'oubliez pas de leur dire les sentiments que J'éprouve encore pour eux, et que vous m'avez vu au milieu de mes nouveaux compagnons, me glorifier du bonheur qui vous est réservé de voir ceux que le temps a séparés de mes caresses et de mes baisers.... ”

‘ Mais déjà elles disparaissaient à ma vue, et sûr qu'elles seront fidèles à remplir cette mission, je suis retourné au séminaire.”

Que de fois durant son séjour au séminaire sa pensée dut se reporter ainsi vers le lieu de

sa naissance, vers la petite maison de son père assise au bord de l’eau, tout près du grand fleuve, vers l’église de l’Assomption où il était allé prier si souvent, vers ce petit jardin où sa mère lui avait si souvent parlé du bon Dieu. Mais ce qui tixait surtout son esprit quand il pensait à la maison paternelle, c'étaient “ les êtres chéris de son cœur.” Zéphir avait une âme sensible, ouverte aux sentiments les plus délicats et les plus généreux. “ Qui pourra comprendre le cœur d'une mère,” s'écrie-t-il, ‘“ cet abüñne insondable d'amour, d'abnégation, de dévouement ? Je crois toutefois que s’il est quel-

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qu'un qui peut l’approfondir quelque peu c’est bien le cœur sensible du fils qui a vingt ans.”

Durant son séjour au séminaire il correspondait régulièrement avec ses parents, il n'avait pas de secret pour eux, il les tenait au courant de tous les détails de sa vie de collège Parmi les lettres que nous allons citer il y en a qui sont tout-à-fait remarquables par l'élévation et la délicatesse des sentiments qu’elles expriment.

“ Séminaire de Rimouski, 16 sept. 1887.

Ma chère maman,

“Tout en vous remerciant de votre bonne lettre que j'ai reçue jeudi soir, je viens vous demander un service : dimanche soir nous allons commencer notre retraite annuelle qui devra se terminer jeudi matin Je vous prie de ne pas m'oublier pendant ces trois jours pour que je fasse une bonne retraite et que le bon Dieu me fasse connaître ma vocation.

“ Mardi, le 13, nous avons eu grand congé à l'occasion de la fête de M. le Supérieur et j'ai profité de ce temps pour écrire à M. le Curé”

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“ Séminaire de Rimouski, 10 février 1888.

“,,........ Vous me demandez si c’est dans mon goût d'aller passer l'été au Petit-Métis. Ne vous occupez pas de moi. Je serai assez content d'être au milieu de vous, je ne n'occuperai pas beaucoup du lieu ......

“Je me suis rendu avec platsir, inaman, à la petite demande que vous in’avez faite; mais ne pensez pas que je mme contente d’un Ave Maria par jour pour toutes les bontés que vous avez pour moi; je prierai surtout pendant le mois de Saint Joseph que nous allons avoir bientôt, car

tous les rs nous irons faire notre prière à là chapei'e où nous ferons le mois de ce grand Saint, et où nous aurons chaque soir la bénédiction du Suint Sacrement, ”

“ Séminaire de Rimouski, 25 mars 1888.

“ Le retour de l’Annonciation, que l’on peut placer au nombre des jours remarquables pour la fanille, me fournit l'occasion de vous écrire quelques mots pour vous prouver qu'au moins je n'oublie pas ces petites fêtes de famille, qui sont bien gravées das mn mémoire et dont l'anniversaire me rappelle de si doux souve-

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“ Séminaire de Rimouski, 11 avril 1888.

“ Bien chère petite maman,

“ En m'éveillant ce matin, je ne puis retenir les premiers élans de mon cœur. Une joie secrète, que je ne pourrais pas bien définir, mais que vous devinez sans doute, s'est emparée de moi. Ah! c'est que j'ouvrais les yeux à l’heureux jour de votre fête ........ Oh! chère maman, si je pouvais vous peindre les sentiments que j'éprouve en ce jour! Mais il n’y a pas d'idée assez belle pour vous les exprimer. J'espère toutefois que vous ne rejctterez pas ce que la inain de celui que vous aimez tant va tracer sur ce r°pier.

“Que le ciel s'ouvre donc, chère iaman, et ue des torrents de grâces couleat sur vous! Que Dieu, du haut de son trône, daigne étendre la main sur votre tête pour vous bénir, et que la Reine du ciel, votre patronne, jette aussi ses yeux sur vous et vous demne comme cadenu de fête la santé, le bien-être, en un mot tout ce que vous pouvez désirer ici-bas !

‘“ Pardonnez-moi, maman, si je suis si court dans mes souhaits, ce n’est ni le temps ni le papier qui me manquent, mais plutôt le talent, Cependant les sentiments ne me sont pas refu-

sés, soyez-en bien assurée. Fasse le ciel que mes vœux s'accomplissent et votre bonheur sera complet !”

“ Séminaire de Rimouski, janvier 1889.

“ Bien chers parents,

“Il ya déjà six longs jours que Je vous ai quittés : il est bien temps de vous écrire un mot, si

je ne veux p::x vous porter à croire que le souvenir de vos bontés n'a pas trouvé place dans mon cœur, eb n'a pas dépas,é le toit que j'ai

quitté avec tant de regrets. Non, je ne vous

laisserai pas porter un tel jugement, sachant d’ailleurs que votre bon cœur ne peut me croire capable d'une telle action. Ni la reconnaissance pèse au cœur indigne d’un bienfait, c’est pour moi un devoir bien agréable de vous prouver la mienne et de vous l’assurer pour toujours. Egaler ma reconnaissance à ce que: je vous clois serait ‘ifficile, aussi malgré ma bonne volonté je me sens incapable de vous le promettre, Je puis dn moins vous assurer que le souvenir de ce que vous n avez fait et me faites encore occupera toujours dans mon cœur un endroit où jamais ne pénètreront l'ingratitude ni l'oubli, et que tous les jours, comme je l'ai fait jusqu'à présent,

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je demanderai au Très-Haut de suppléer à mon impuissance en répandant ses plus abondantes bénédictions sur vous et sur mes bienfaiteurs, sans oublier monsieur le curé, qui a contribué pour une large part à me placer où je suis aujourd'hui. Oui, certainement après vous, c’est à lui que jé dois le bonheur que j'éprouve dans cette maison où les plus grandes contrariétés ne sont que des roses comparées aux plaisirs passagers du monde que l’on ne cueille jamais sans se percer aux épines qu'ils cachent.... ”

“ Séminaire de Rimouski, 8i janvier 1889.

“ Cher papa,

#,,.. Le matin, 27 janvier, fête de St-Jean Chrysostôme, j'ai offert ma communion à votre intention, après quoi je me suis agenouillé aux pieds du petit Jésus qui me tendait ses petites mains tremblantes d'amour et semblait mettre à ma disposition toutes les grâces que contiennent ces petites mains, si petites aux yeux du corps mais si grandes aux yeux de la foi, puisqu'elles contiennent des dons infinis. Aussi soyez certain que je n'ai pas refusé une offre si généreuse et que je n'ai pas oublié de lui demander tout ce qu'un cœux bien né peut et doit désirer en de

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telles circonstances pour celui à qui après Dieu il est redevable de ce qu’il possède : son père.”

“ Séminaire de Rimouski, 15 février 1889.

“ Bien chers parents,

“J'ai accueilli vos félicitations et vos bons souhaïts à l'occasion de ma fête avec un plaisir d'autant plus grand et d'autant plus sensible que je ne m'attendais seulement pas à une telle surprise. Votre lettre était la sixième arrivée depuis le matin, aucune cependant ne m'avait impressionné comme elle, car elle me rappelait d’un seul coup tous les beaux jours que j'ai passés au milieu de vous et qui hélas ! ne reviendront pius. Mais il ne faut pas.être déraisonnable, car ce serait trop exiger que de vouloir toujours demeurer avec ses parents. Cette vie qui ne doit être qu'un chemin escarpé et jonché d'épines, ne serait plus alors qu'un magnifique parterre émaillé des fleurs les plus agréables et sous lesquelles les épines se cacheraïient n’osant plus faire sentir la malice de leurs pointes aïgues. Aïnsi, bien qu’étant éloigné de vous, je me trouve heureux puisque Dieu me veut iei ......”

“€ Séminaire de Rimouski, 15 mars 1889.

sr... Je vous remercie beaucoup

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de l'intention dans laquelle vous faites votre mois de Saint Joseph ; soyez certain que je fais mon possible pour vous récompenser des bontés que vous me prodiguez tous les jours. Je me rendrai avec plaisir à la demande que vous me faites de communier mardi. Et d’ailleurs ce ne sera pas difficile, car mon confesseur me l’a offert samedi soir sans que je le lui aie demandé. Je suppose que vous n'oubliez pas non plus la grande fête de l’Annonciation. J’ai commencé une neuvaine avec mon ami afin de nous bien préparer à cette grande :ête.”

“ Séminaire de Rimouski, 11 avril 1889.

“ Chère petite maman,

“ Recevez donc, chère mère, l'expression des vœux que j'ai formés pour vous ce matin au pied des autels.

«J'ai prié le divin Maître de suppléer à mon impuissance et de vous accorder la récompense que méritent les nombreux services que vous me rendez tous les jours. Je lui ai demandé en particulier de vous donner la santé qui vous est si nécessaire pour résister sous le poids du travail et des fatigues que vous vous imposez. de

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lui ai encore demandé de vous conserver longtemps à mon affection et de prolonger vos jours jusqu’à ce que je sois en état de vous rendre ce que vous me faites aujourd’hui. Je ne vis que dans cet espoir, c’est le plus juste et le plus cher de mes désirs. Cela pourrait-il m'être refusé ? Non, sans doute, car j'ai rappelé au Très-Haut la promesse qu’il a faite d’exaucer la prière fervente de l'enfant, et peut-elle l’être plus que quand il prie pour une mère aussi bonne que vous ?

‘ En attendant cette époque lointaine, puissiez vous couler des jours fortunés et ne jamais verser que des larmes de bonheur ! ”

“ Séminaire de Rimouski, 83 mai 1889.

.... Maman, je me suis rendu avec plaisir à votre demande, à l’occasion du beau mois de Marie, etil n'y a pas seulement qu'A. et moi qui nous sommes unis à votre petite société, mais j'ai aussi demandé la même chose à mon ami, et il s'y est rendu avec grand p'aisir. En récompense je vous demande un petit souvenir au pied de Marie pendant ces jours-ci, car les Quarante- Heures vont commencer dimanche matin. Soyez certaine que je ne vous oublierai pas, surtout durant ces trois jours.”

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long- S jours “ Séminaire de Rimouski, 14 nov. 1889. dre ce “ Bien chers Parents, is que ; s cher “,,.. Vous craignez le mauvais état de mes fusé ? affaires. Eh bien, je vous dirai que toutes aut la mes dettes sont payées et qu'il me reste encore e fer- cinquante centins au coffre. Je suis toujours s que en parfaite santé, l'appétit ne manque pas: je e que joue comme un enfant et j'étudie comme un perdu ....” puis- “ Séminaire de Rimouski, 11 avril 1890. Anais “ Chère maman,

1889. “ Ne soyez pas surprise si je saisis toutes les Eu à occasions qui se présentent pour vous témoigner sh ma reconnaissance ; il est si doux pour un cœur t qui bien né de prouver son amour à ceux auxquels j'ai l’attache le double nœud de l'affection et de la |

nature! [| et il : || enge “ Parmi toutes les. merveilles de la nature que

d de Dieu s’est plu à répandre autour de nous, il en | est une qui est plus étonnante, plus incompré- Li

nte- )yez hensible et plus admirable que toutes les autres. tout Cette merveille, ce chef-d’œnvre de la création, | |

c'est le cœur d’une mère. Prononcer ce seul nom | de mère, mot à jamais sublime, et qu'aucun autre |

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ne saurait égaler en suavité, c'est dire à la fois la douceur, l'affection, la tendresse, la prévenance, la sollicitude, le dévouement, enfin tout ce qu'une langue hnmaiïne peut dire de beau, de grand et de noble. Mais si Dieu a voulu réunir dans le cœur de la mère toutes les qualités des autres créatures, il n’a pas voulu ïiaisser tant de perfections sans contrepoids, tant d’amour sans objet, et il a créé à cet effet le cœur du fils qui doit répondre à la tendresse inaternelle, par son abandon et son ‘mour filial. Ainsi je puis donc dire avec joie que l'affection que vous me portez n'est pas vaine, puisque y correspondre est tout mon bonheur et mon plus vif désir.

“ C'est cet amour qui, ce matin, pendant que la Victime sacrée descendait sur l'autel, m'a jeté aux pieds de ce divin dispensateur des grâces. Là, je lui ai dit de jeter un regard de tendresse sur celle que mon cœur aime tant, de voir ses besoins, et de suppléer à mon impuissance en comblant tous ses désirs.”

“ Séminaire de Rimouski, 13 octobre 1890.

“Il y a quelques temps je vous demandais un petit souvenir dans vos bonnes prières pour le succès de notre retraite annuelle, qui devait avoir lieu peu de temps après. Depuis qu’elle est

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terminée, c’est-à-dire le 5 octobre, je n'ai pas encore eu l’occasion de vous en parler. Je viens donc ce soir vous en dire un mot. Est-ce l'effet de vos bonnes prières ou est-ce dû à celles de quelqu'autre âme charitable, toujours est-il que la retraite, cette année, a eu des résultats et des fruits tels que je n’en ai pas constaté de semblables depuis que je suis ici. Que j'aurais aimé vous voir au milieu de nous durant ces jours bénis où nous avons goûté les ineffables douceurs du silence et du recueillement ! Inutile d'essayer à exprimer ce bonheur par des mots, toute plume s’y refuse et se sent impuissante à rendre les consolations qu'éprouve l’âme dans ce commerce avec son Dieu. Il faut l'avoir goûté pour le connaître. Je dois vous dire qu'entre autres bonnes résolutions de retraite nous avons pris celle de faire la communion réparatrice mensuelle, hebdomadaire et quotidienne. C'est-à-dire que tous les matins il y aura quelques élèves qui se chargeront de consoler le Sacré-Cœur de Jésus, en s'offrant en victime des fautes qui seront commises pendant la journée, dans la communauté et dans tout le monde. N'est-ce pas admirable ?

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