LETTRE À SA FAMILLE
‘# 6 novembre 1891.
“ J'ai reçu ce matin votre aimable lettre à laquelle je m'empresse de répondre. ... Il y a à peine un mois et demi je vous demandais une pensée de plus dans vos prières, sachant que tous les jours vous priez pour moi, et c'était pour le succès de notre retrait. Eh bien, que diriezvous si je venais encore vous faire la même demande et pour la même fin.... Oui, maman, encore une retraite, et une sérieuse donc.... Il ne s’agit plus d’une simple halte fuite dans l'ascension de la montagne sainte pour considérer le chemin parcouru et celui à franchir, ce que nous faisons chaque année, mais il faut maintenant choisir cette route qui nous conduira plus sûrement au sommet de cette montagne. C'est pendant cette retraite que nous allons faire le choix, ou plutot reconnaîtie ce chemin que Dieu a tracé à chacun de nous : c’est-à-dire que c'est le temps de décider notre vocation....
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Inutile donc de vous dire le grand besoin que nous avons des lumières du Saint-Esprit et des grâces de Celui qui sonde les reins et les cœurs. Cette retraite que nous croyions ne faire qu'au printemps, commencera lundi soir, le 9 du courant, pour se terminer le vendredi soir. Le révérend Père Turgeon, Jésuite, qui nous a fait faire une si bonne retraite l’année dernière, en est le directeur. J'en suis bien content. Je compte sur vos bonnes prières.”
‘“ O0 novembre 1891.
“ C'est donc ce soir que doit commencer notre retraite. Que je suis heureux ! Depuis longtemps je désire ces jours bénis pendant lesquels Dieu me montrera le chemin qu’il m'a tracé, et que je suivrai avec bonheur, car marcher sans bnt déterminé, c’est bien pénible.
“ Mais suis-je bien préparé pour une action d'une si haute importance ? Hélas ! une froideur désolante me glace depuis quelques jours, je ne trouve de goùt en rien, tout me répugne. Mais qu'importe ? J'ai fait mon possible pour me bien prépurer. C’est Dieu qui m'envoie ces moments d'épreuve. Il saura bien attendrir un peu cette terre que la sécheresse a durcie, et la préparer à recevoir la semence qu'il veut y jeter
par la main de son ministre. Ma bonne Mère.
et saint Stanislas, sous la protection desquels.
j'ai mis le siccès de ma retraite, sauront bien. suppléer à mon impuissance. ...”
“ Déception ! le prédicateur n’est pas encore arrivé. Mais je me soumets de bonne grâce ; je sais que c'est Dieu qui dispose de tout. et:que c'est pour le mieux : Fiat !.... (
‘“ Au revoir donc, mon cher cahier. Ne t'impatiente pas si tu ne me revois pas ces jours-ci. C'est que dès ce soir je.fais trève à toute oceupation extérieure ; mais je tâcherai de te raconter brièvement ce qui se sera passé pendant ces jours bénis, quand je serai de retour. Au revoir!”
Zéphir fit cette retraite avec une grande piété et la plus complète indifférence pour son propre vouloir, mais aussi avec le plus vif désir de faire la volonté de Dieu.
Le directeur de la retraite le remarqua entre tous, fit part à M. le Supérieur du Séminaire des qualités particulières qu’il avait remarçuées en lui.
Zéyhir reconnut dans cette retraite que le monde n’était pas assez pour lui, et ce fut avec
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générosité qu'il y renonça. Il hésitait encore
antre la vie du sacerdoce. séculier et la vie reli-
gieuse, | Voici les notes qu'il a laissées :
“ Raisons touchant la vie du prêtre :
Direction d’une paroisse,
Direction des affaires,
Rapports avec le monde,
Instruction des enfants.
“ Raisons touchant la vie religieuse :
Règle — Retraite — Silence — Pauvreté — Fuite des honneurs — Jeûne — Pénitence.”
“91 novembre 1891.
“ Bonne confession, ce soir, qui m'a éclairé davantage sur ma vocation ; car j'ai fait part à mon confesseur des résultats de ma retraite, et il m'a dit que je n'étais certainement pas appelé à l’état auquel j'ai renoncé.”
Le lendemain de la clôture de la retraite Zéphir écrivait dans son journal :
“ Je reprends les occupations ordinaires. Tout va bien. Je suis heureux.”
Voici une lettre qu'il écrivit à ses parents peu après, la dernière qu’il leur écrivit et que la maladie l'empêcha de terminer,
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“ Séminaire de Rimouski, 27 novembre 1891.
‘“ Bien Chers Parents,
“J'aurais voulu pouvoir vous écrire aussitôt après notre retraite, mais les préparatifs que nous avons dû faire pour la fète de sainte Catherine et celle de Mgr Blais, qui se trouve lundi prochain, le 30, m'en ont empêché. Maintenant que nous sommes à peu près libres, je ne puis m'empêcher de vous en dire un mot.
“# D'abord j'ai fait tout mon possible pour m'y bien préparer. Ensuite pendant les trois jours qu’elle a duré, nous n'avions que deux heures de repos par jour, que nous passions en parfait silence. Le reste, nous l’employions soit à recevoir les instructions du prédicateur, soit à la méditation, à la prière ou à la lecture, suivant le temps de la journée. A cela joignez la direction d’un bon père, riche de l’expérience de plus de trente ans passés dans de tels exercices, et vous aurez une idée de l'ouvrage que nous avons pu faire durant ces trois courtes journées. Aussi y ai-je goûté une joie ineffable, un bonheur indicible auquel j'aurais désiré vous voir tous prendre part. Vous pouvez donc conclure que j'ai fait une très-bonne retraite et que j'en suis
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satisfait. Si les résultats n'ont pas été tels que j'aurais pu le désirer, c'est qu’il a plu au Ciel qu’il en fut ainsi, et je m’y conforme volontiers.
“ Mais après ces jours de bonheur, une autre journée, non moins grande, dans son genre bien entendu, nous était réservée peu de temps après : je veux parler de la Ste Catherine, cette fête qui est l'objet des désirs de tous les jeunes écoliers et un souvenir ineffaçable pour les anciens, et qui en outre est.... unique dans la vie.”
Cette lettre s’interrompt là.
L’offrande acceptée.
Zéphir dut laisser la classe et l'étude vendredi, le 27 novembre. La maladie ne parut pas d'abord avoir un caractère grave, du moins Zéphir le croyait. Bien qu'indisposé depuis quelques jours, il n’en parlait pas, se confiant comme toujours en la force de sa constitution, et croyant d'ailleurs à une passagère indisposition. Il avait passé la nuit précédente dans une insomnie complète, souffrant d'une fièvre très-forte. Le matin arrivé, il se rendit à l’infirmerie, et le médecin fut sopelé Ce retard amena sans doute quelques complications dans la maladie et contribua à l'aggraver.
Zéphir s’appliqua à unir sa volonté à celle de Dieu et se déclara content de souffrir et de mourir même si telle était la volonté de Dieu.
Sa mère averbie se rendit aussitôt auprès de son fils. Elle comprit en le voyant la gravité du mal et fit généreusement à Dieu le sacrifice de son enfant. A son arrivée elle lvi demanda s’il lui coûterait de mourir. — “ Oh ! non, maman, répondit-il, j'ai fait une trop bonne retraite.” Puis
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l'attirant à lui : ‘“ Approchez, maman, dit-il, il nous reste peu de temps, mais il est à nous; je vais vous parler de notre retraite.”
La force de la fièvre augmenta davantage et mit bientôt le malade dans un état d’inconscience et de délire presque continuel. 11 fallait veiller à son chevet jour et nuit.
Quand il paraissait revenir à lui-même; il parlait souvent de sa Mère du Ciel. Au milieu de Ja nuit de jeudi, à vendredi il chanta l'hymne Ave Muris Stella. A la quatrième Strophe : Monstra te esse Matrem, il fixait sa vue vers le ciel, il levait ses mains et les agitait comme s’il eût voulu s'élever vers le ciel, et sa figure était tout enflainmée.
Zéphir ne pouvait recevoir la sainte communion, et, on le comprend, c'était là la plus grande douleur de sa bonne mère. Cette faveur ne lui fut pas toutefois refusée. Le vendredi, vers une heure de l'après-midi, le cher malade était dans un état tellement alarmant qu’on lui donna l'Extrême-Onction. Peu après il s’opéra en lui une réaction telle qu'il demanda à se confesser et à communier. Ilse prépara à cette grande action avec le plus grand soin. “ Eloignez-vous,
dit-il à sa mère, je vais me préparer à recevoir mon Dieu.” Alors joignant ses mains, il s: mit à prier dans le plus profond recueillement et avec une conviction qui tirait les larmes: des yeux de tous les assistants. Il récitait avec ardeur l’acte de contrition, en appuyant avec force sur les mots les plus importants. Il demanda pardon à ses condisciples, à ses maîtres et à sa mère.
Lorsqu'il vit entrer son directeur, le Rév. M: Roy, avec le saint Viatique, il dit : “ Comment se fait-il donc que le bon Dieu me fasse le bonheur de le recevoir avant de mourir ?”
Il communia pieusement,
Puis les mains jointes, les yeux aux ciel, la figure tout enflammée, il se init à prier de vive voix, répétant une foule d’oraisons jaculatoires :
“ Jésus, Marie, Joseph, ayez pitié de moi !
“ Marie, ne m'abandonnez pas, venez me chercher !
“ Saint Stanislas, mon patron, priez pour moi !
“ Mon bon Jésus, miséricorde !
“ Ma bonne Mère, moi qui vous ai tant aimée, qui suis votre congréganiste, priez pour moi, ne m'abandonnez pas à l'heure de ma mort, venez me chercher !”