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Ou bien en agitant ses mains qu'il élevait, il répétait dans toute l'ardeur de son amour : Au ciel ! au ciel ! au ciel !
Il fit ensuite ses adieux à sa mère avec ses dernières recommandations pour sa famille. Il dit à sa mère qu'il n'avait qu’un seul regret : celui de n’avoir pu dire une messe avant de mourir.
J'ai toujours aimé deux Marie sur la terre, dit-il encore à sa mère, qui porte ce nom, mais je les ahnerai encore davantage dans le ciel. Je vais prier le bon Dieu vour que nous soyons tous réunis dans le ciel.
Il demanda qu'on lui apportât l’image de l'Immaculée Conception. L’'ayant reçue, il la porta à <es lèvres, puis la pressa sur son cœur avec le crucifix et la relique de la vraie croix.
Il dit à son ami qui venait lui faire ses adieux : “ Mon frère, merci, c'est notre amitié en Marie qui cause mon bonheur. Oui, je suis heureux.
Bientôt je serai dans les bras de notre bonne Mère. Je prierai pour toi.... Adieu, mon frère !
Pendant ce temps sa figure était toute rayonnante de joie. Il suffisait de le voir pour être consolé et pour envier son sort : on voyait qu'il
oûtait un bonheur qui n’était pas de la terre. g
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Peu après il s’enquit du temps où arriverait la première fête de la sainte Vierge, disant qu'il avait toujours demandé de mourir un de ses jours de fêtes. Comme on lui répondit qu'il y avait encore cinq jours avant l’Immaculée Conception, il dit qu’il ne croyait pas pouvoir se rendre jusque-là, et que c'était sans doute parcequ'il était indigne d'une si belle faveur.
Il fit recommander aux congréganistes d’être bien fidèles à réciter l'office de la sainte Vierge, et d'observer les règles de la Congrégation, en particulier l'article IV touchant les devoirs envers les congréganistes défunts.
Pendant tout ce temps il éprouvait une grande consolation. Le maître d'infirmerie, Monsieur l'abbé J.A. Ouellet, lui ayant demandé s’il consentirait à céder sa place à un autre, il répondit : “ J'ai fait le sacrifice de ma vie, et je ne voudrais pour rien au monde donner ma place, je suis trop heureux. Cependant je suis prêt à faire la volonté de Dieu : s’il m'appelle à lui, je l'en remercierai, s’il me laisse sur la terre, je n'irai pas dans le monde : j'aime le plaisir et la joie, mais j'y ai renoncé dans ma retraite... Je veux faire la volonté du bon Dieu, mais je souhaite que ce soit d'aller à lui dès maintenant, ”
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Mais le moment de cette union avec Dieu, qu'il désirait si vivement, n'était pas encore arrivé. La maladie diminua d'intensité, même jusqu’à donner de légères espérances.
Durant les jours qui suivirent, le cher malade affaiblissait davantage Toute espérance était désormais perdue, hormis la grande et consolante espérance de la sainte mort de ce pieux serviteur de Marie. Il souffiait avec la plus parfaite résignation à la volonté de Dieu, étant toujours étroitement uni à Jésus et à Marie par la prière. |
Le mercredi, sa mère, épuisée de fatigues par la douleur et par les veilles continuelles au chevet de son fils, prit l& parti de retcurner dans sa famille. Elle n'avait d’aillenrs aucune inquiétude sur ce cher enfant : ï: était à Jésus et à Marie, et sous la gardc de si puissants protecteurs que pouvuit-elle craindre? Elle fit ses adieux à son enfant qui lui répondit par un regard eb un sourire qui disaient tout son bonheur et son détachement.
Peu après il demanda où étuit sa mère. On Jui répondit qu'elle était au pied de l'autel et qu'elle faisait de nouveau le sacrifice de son enfunt,
— “ Pourvu que ce soit la volonté de Dieu, dit-il, je suis content, car il est plus parfait de se soumettre à la volonté de Dieu.”
Vers le soir il manifesta le désir de recevoir la sainte communion le lendemain, jour de l’Immaculée Conception, et ce furent ses dernières paroles.
Il conserva connaissance parfaite jusqu'à ses derniers moments.
À neuf heures moins dix minutes, Zéphir expira paisiblement dans le Seigneur, à l’âge de vingt ans et dix mois.
Les anges vinrent recueillir son âme, cette fleur de la terre, pour la porter au ciel. C’est cette assurance qui faisait la consolation, que dis-je, la joie de ses amis. Son ami intime nous disait avec le calme le plus grand, la joie et la sérénité sur la figure : ‘“ Son corps, peu importe, son âme est au ciel !”
L'admiration fut œrande lorsqu'on connut plus intimement les vertus de ce fervent serviteur de Dieu : vertus qu’il avait su si bien cacher. Le secret pour lui était bien facile : lui-même Îles ignorait, tant il est vrai de dire que plus on s'approche de Dieu plus on perçoit la distance infinie qui nous en sépare,
Zéphir a rendu son âme à Dieu en demandant la sainte communion, pouvons-nous dire. Dieu a rempli son désir, nous en avons la ferme assurance, en l'appelant à lui, en le confirmant en grâce, en l’admettant à ce banquet immortel que Dieu donne à ses élus dans le ciel.
Il ne demandait qu’une chose ici-bas : faire la volonté de Dieu. Au ciel son bonheur doit être grand : sa volonté est celle de Dieu même, il ne peut vouloir autre chose.
Dans son désir de faire la volonté de Dieu Zéphir s’est souvent offert à lui durant se vie et ses derniers jours. Cette offrande a été agréable au Très-Haut, et elle a été jugée digne d’être acceptée.
Ou plutôt n'était-ce pas Dieu lui-même, auteur de tout don et de toute grâce, qui lui inspirait cette pensée généreuse ? La vertu de ce jeune homme charmait les regards de Dieu, il est vrai, mais elle n’était pas assez connue des hommes : Dieu voulait nous la faire connaître davantage, et cela pour notre bien et notre édification.
On ne connaît bien le parfum de la fleur qu'après qu'elle a été cueillie : cette fleur, l'âme de Zéphir, nous embaume du parfum de ses vertes surtout depuis que Dieu l’a cueillie.
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La fleur qui reste sur l'arbre se change bientôt en fruit, mais le fruit fait oublier la fleur ; Zéphir aurait produit d’heureux fruits de salut : prêtre, religieux peut-être, il aurait travaillé à la gloire de Dieu ; mais ces heaux fruits de l’âge mûr auraient fait oublier les fleurs de la vie d’éco .sr,et ce que Dieu voulait c'était de conserver ces fleurs dans toute leur beauté et leur fraicheur, c'était de les offrir à l’admiration de ses condiseiples, et cela sans fin, car désormais elles sont immortelles, le temps a passé pour elles. Aussi longtemps on se rappellera Zéphir; aussi longtemps on se rappellera ses vertus : son grand amour de Jésus et de Marie, sa soumission en tout à la volonté de Dieu, sa grande humilité, son esprit de pénitence et de mortification, comme aussi son zèle pour la gloire de Dieu et pour le bien de ses confrères, l'affection qu'il portait à ses parents et à ceux qui lui faisaient du bien. Ces vertus qu'il avait puisées au foyer domestique, il sut les augmenter par la suite, en mettant à profit tous les enseignements qu'il reçut. Il a réalisé cette parole de l’Ecriture Sainte, qui était une de ses devises : ‘“ Il est bon à l’homme de porter le joug dn Seigneur dès ses plus tendres années.”
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Maintenant, chers élèves, qui avez été les condisciples de cette ange, ou qui viendrez après lui parcourir le chemin qu'il a lui-même parcouru, admirez en passant ces fleurs de vertu cueillies par la main de Dieu ; ces fleurs précieuses vous charmeront par leur grâce et leur beauté, leur parfum pur et céleste vous attirera toujours vers Dieu, vers la Table Sainte, vous conduira aussi à l'autel de Marie.
Et nous qui venons d'écrire ces lignes, nous qui avons connu Zéphir, qui avons été témoin de ses vertus, qui avons connu la bonté de son cœur, nous lui demandons une faveur : qu'il intercède pour nous auprès de Die, qu’il vienne
souvent parler à notre âme de Jésus et de Marie.
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Condoléances, Etc.
Lettre du Révérend M. R. P. Sylvain, Supérieur du Séminaire de Rimouski, à la mère de Zéphir.
Séminaire de Rimouski, 19 décembre 1891.
Madame,
Il est de mon devoir de m’unir à tous vos parents et amis pour vous offrir mes sincères condoléances en même temps que les consolations
de la foi à l’occasion de la mort de votre enfant
bien-aimé qui était aussi le nôtre.
La mort de votre enfant est plutôt un sujet de joie que de deuil; elle a été l'écho de sa vie. Et sa vie, nous la connaissons bien, puisqu'il en a fait lui-même le récit. Ce cher enfant l’a dit durant sa maladie: “Mes parents trouveront dans mon petit journal un grand sujet de con-
. solation. ”
Ce petit journal je l'ai lu en partie, et il m'a révélé la beauté de l’âme de ce jeune homme, tout comme la douceur de son caractère et les belles qualités de son cœur et de son esprit. Zéphirin a aimé tout ce qui est beau : la nature
et ses spectacles grandioses; il lisait dans ce grand livre qui raconte la puissance et la bonté de Dieu. Des choses visibles et passagères il s'élevait aux choses d’un ordre supérieur et d’une durée sans fin.
Il a aimé la ve ‘tu et le travail : la vertu. parcequ'’elle charmait son cœur, le travail parcequ'il protégeait sa vertu et lui fournissait le moyen de connaître Dieu davantage et de le servir plus efficacement.
Il a aimé Notre-Seigneur d’un amour ardent et généreux ; il s'était lié étroitement au divin Maître en entrant dans le Tiers-Ordre de St- François pour avoir ainsi l’occasion de se mortifier davantage. La sainte communion et la dévotion à Marie sont les deux sources fécondes où il a puisé la vie chrétienne. Convive assidu de la table eucharistique, il se nourrissait plusieurs fois la semaine du pain de vie qui fait les jeunes gens forts et purs ; il aimait à être seul en présence du Saint Sacrement pour épancher plus librement son cœur dans le divin Cœur de Jésus, et il dit lui-même que Notre-Seigneur daignait lui faire goûter la douceur de ses consolations.
Mais ce qui le distingue particulièrement c'est
sa tendre dévotion à la Sainte Vierge. Il a aimé Marie naturellement comme un enfant aime sa mère. En parler, s’entretenir de ses vertus et de sa bonté, était pour lui un besoin ; aussi avec quelle grande édification on constate que tous les samedis et la veille des fêtes de la Sainte Vierge, il trouvait moyen de parler de sa bonne Mère avec quelque confrère auquel il communiquait le tendre et filial amour qu'il avait pour la Reine du Ciel. “ Heureux, disaitil, ceux qui ont choisi Marie pour centre de leur amitié. Aimer Marie de plus en plus, telle est notre devise.” Et comme il était fier de porter l'insigne des Congréganistes! Au commencement de l’année il avait été élu secrétaire de la Congrégation de la Sainte Vierge.
Lorsqu'une vie suit une telle direction et s'élève vers de si clairs et si purs sommets on ne peut regretter qu'une chose, c'est que Dieu ne lui ait pas donné le temps d'atteindre son parfait développement.
Mais il fallait une victime et Dieu ne pouvait faire un meilleur choix. Et il a envoyé ses anges dérober au petit jardin du Séminaire ce lys pour le joindre au bouquet parfumé qu'ils ont offert à leur Reine Immaculée au jour de sa fête,
Je ne puis, Madame, que vous remercier de nous avoir confié un enfant si vertueux et de nous avoir procuré l'avantage de travailler à son éducation et de participer ainsi aux mérites qu’il a acquis par sa vie exemplaire. |
Son souvenir vivra longtemps dans cette maison, sur laquelle il ne manquera pas d'appeler les bénédictions divines.
Recevez, Madame, pour vous et votre mari, l'expression de ma vive sympathie.
Votre dévoué serviteur,
R. P. SYLvAIN, Ptre.
Sup.
À une séance publique donnée par l’Académie St-Jean le 17 mai 1892, le président de cette société, M. S. Bellavance, a rendu hommage à la mémoire de Zéphir.
‘“ Depuis sa dernière séance, a-t-il dit, l’Académie St-Jean a fait des pertes douloureuses. La mort a frappé dans les rangs de ceux qu'elle aimait. Elle lui à enlevé un protecteur bienaimé, * elle a aussi flétri un front que l’Académie avait elle-même couronné. En ce jour de revue
* Monseigneur Langevin.
générale, l’Académie doit payer le tribut de reconnuissance dû à la mémoire de ceux à qui elle a eu des obligations. Il convient de jeter ne fut-ce qu’une fleur sur ces tombes à peine fermées, mais à jamais fermées.”
Ap:ès avoir rappelé ce que fut Mgr Langevin pour l’Académie, il ajouta :
“ Notre sociécé a aussi perdu un de ses membres les plus dignes dans la personne de M.
Zéphirin Verreau. — Il était trop bon, lui, Dieu ne nous l’a pas laissé. Je voudrais pouvoir vous parler un peu de sa piété et de sa vertu : j'essaierais de vous peindre ce cœur plein d'amour de Dieu, réchauffant tout autour de lui.... À vingt ans à peine sa carrière était remplie.... Ila passé en faisant le bien, et la semence du bon exexemple qu'il a jeté dans les cœurs produira longtemps des fruit: abondants. Et comme il est doux le souvenir qu'il a laissé, dans les cœurs auxquels le sien s’est ouvert ! Si ceux-là voulaient parler, que ne diraient-ils pas de sa piété, de sa vertu ?.... Piété, obéissance, travail, succès : telles sont les conditions que l’Académie exige dans ceux qui convoitent ses couronnes. Personne peut être ne les a remplies toutes aussi bien que M. Zéphirin Verreau.... Les travaux que
l’Académie possède de M. Verreau dénotent chez leur auteur une grande sensibilité : c'était là la e note distinctive de son caractère.... Aujour- tr d’hui l’Académie veut rendre un dernier hommage à la mémoire de celui qu'elle a perdu :
c’est de le proposer comme modèle. Oui, chers confrères, voilà un modèle à suivre. Déjà nos supérieurs nous l'ont proposé comme tel, l’Académie veut le faire aussi. Travaillez comme il à travaillé, fécondez votre travail par la piété fortifiez-le par l’obéissance, et l’Académie vous promet d'avance des couronnes.”
La société St-Louis de Gonzague, dans sa séance du 10 décembre 1891, a adopté les résolutions suivantes :
“ Proposé par M. Samuel Bellavance, secondé par MM. Raoul Asselin et George Bouillon :
1° Que c’est avec une vive douleur que les membres de la Société St-Louis de Gonzague ont appris la mort de leur bien-aimé confrère, M. Zéphirin Verreau, élève de Philosophie, décédé le 7 du courant ;
2° Que cette société présente à la famille de notre regretté confrère l'expression de ses condo-
ü chez t là la ujourhomerdu :
chers à nos l’Acaonime piété, à vous
ns sa r'éso-
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1e les ;ague frère, >, dé-
le de ndo-
léances dans l'épreuve qui l’afflige, et qu'à cet effet copie des présentes résolutions lui soit
transmise.
Louis CÔTÉ, Président,
J. P. DUB, Secrétaire.
Les restes mortels de Zéphir reposent dans le nouveau cimetière de Rimouski, dans l'angle des côtés nord et est. La famille a fait placer sur sa tombe un marbre portant l'inscription
suivante :
A la Mémoire de M. JOS. ZÉPHIRIN VERREAU, Elève du Séminaire de Rimouski, décédé le 7 dés. 1891 à l’âge de 20 ans et 10 mois.
Moi aujourd’hui
Vous demain.
Les élèves sont allés de temps à autre en communauté visiter cette tombe et y ont récité le chapelet,
Nous termiferons par la poésie suivante, L'auteur signe “ Lionel ” et n’est autre que cet ami intime dont Zéphir « parlé si souvent.