‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 17 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

approbation des règles ei de ï institut y du très saint Sauveuj\

NE institiilion forte n'est point en commençant

tout ce qu'elle doit être. Ses accroissements sont lents et progressifs, d'après la nature même de tout ce qui est durable. Ainsi, les sociétés religieuses doivent d'abord se former et grandir, en quelque sorte, sous la protection des évêques. Ce n'est que lorsqu'éprouvces par le temps elles sont parvenues à un certain degré de consistance et de développement, qu'elles peuvent passera un état plus élevé : alors elles reçoivent leur confirmation et, pour ainsi dire, le complément de leur existence par une approbation directe du Souverain Pontife. Il paraissait a Alphonse que sa compagnie avait parcouru tous les degrés nécessaires pour arriver à ce dernier point. Déjà tous les évêques , dans les diocèses desquels se trouvaient établies ses différentes maisons, avaient donné leur approbation en forme aux règles et constitutions : il ne fallait plus que

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l'approbation de Rome, et il était d'autant phis digiic de la sages'^e et du zMc tlu saint fondateur d'y aspirer, qu'il savait en apprécier toute l'importance. Indépendamment des gr.iees répandues sur tout ce qui émane du saint Siège apostolique, il considérait encore quel immense avantage ce serait pour sa congrégation de se rattacher a ce premier siège et d'exister ainsi pctr lui: c'était, à ses yeux, participer en quelque sorte à ses destinées inébranlables et comme si l'on était fondé sur le roc même de Pierre, tant il jugeait qu'il devait en résulter de solidité pour un établissement devenu par là comme une création de l'Eglise qui l'adoptait. Ainsi approuvée par Rome, la compagnie prenait un rang dans l'Eglise de Dieu : elle se trouvait immédiatement placée sous la protection du saint Siège , et jouissant de plusieurs privilèges d'exemption , elle avait une garantie «certaine de la bonté et de la sainteté de son institut qui , dès-lors , ne pouvait plus être considéré comme inie oeuvre purement humaine ; ses règles recevaient, par une sanction souveraine, le caractère de la plus haute autorité , et désormais leurs conseils et leurs préceptes n'étaient plus que les conseils et les préceptes de l'Eglise et de Dieu même. Le'saint se jnit donc en devoir de solliciter l'approbation du Pape, et députa pour cet ellet à Rome le P.

André \ illaiii , homme d'une rare vertu et d'une prudence consommée: c'était Benoît xiv qui régnait alors: ce Pape donna, selon l'usage, les règles à examiner à la sacrée congrégation des évêques et réguliers. On procéda avec cette lenteur etcette maturité qui donneraient seules le plus grand poids aux décisions toujours si sages de la cour de Rome- mais par là, certaines gens qui étaient secrètement opposés, eurent le temps de mettre en jeu tous leurs moyens pour faire échouer la supplique et les efforts du P. Villani. Celui-ci eut besoin de toute son habilité et de sa grande vigilance pour écarter les difficultés qu'une main invisible ne cessait de jeter sur son chemin : il avait a lutter avec des personnes assez puissantes, qui se croyaient intéressées à ce que le nouvel institut ne fût pas approuvé : elles avaient des émissaires secrets cjui s'étaient adroitement glissés auprès des cardinaux pour inspirer certaines craintes aux uns, et paralyser les bonnes dispositions des autres. C'était un manège assez habile conduit sourdement, et, si on ose le dire, avec une perfidie aussi difficile à découvrir qu'à déjouer. D'ailleurs ce qui compliquait encore les difficultés, c'était que des prélats qui jusque là avaient favorisé l'institut, venaient de manifester quelque opposition. Ils aimaient l'esprit qui animait les missionnaires du très saint Sauveur; mais ils auraient voulu une

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constitution moins forte et conçue sur un plan moins étendu. Selon eux, il aurait fallu que chaque maison, indépendante des autres, ne relevât que de l'ordinaire; ce ne fut point l'avis des cardinaux examinateurs, ni celui du Pape lui-même : on ju2;ca à Rome, que s'il fallait que dans l'exercice extérieur de leur ministère, les missionnaires fussent soumis à la juridiction de l'ordinaire, il était bon aussi que l'institut conservât toujours son unité sous le gouvernement intérieur d'un chef miique et perpétuel, vu que par la se conserverait la vigueur d'une discipline toujours égale dans le commandement et dans l'obéissance, par la constante conformité de tous à une même volonté , et leur participation à un même esprit , et que l'institut trouverait dans son sein plus de force et de dévouement pour remplir toutes les vues des évêqucs eux-mêmes, et entreprendre un bien sans comparaison plus considérable. Dieu aida le P. Villani; il vint enfin h bout de surmonter tous les obstacles; les opposants, malgré leurs efforts, furent déboutés; et sur les conclusions ou le décret de la sacrée congrégation des évêques et réguliers, ainsi qu'après avoir pris une connaissance suffisante de l'affaire , le souverain Pontife fit expédier, sous la date du 25 février 1 759, dos lettres apostoliques d'approbation en forme • de bref. Le Pape y donne des éloges au zèle et

à la sainteté du fondateur , approuve l'institut et les règles, reconnaissant que c'est l'esprit de Dieu qui les a dictées ; il confirme et institue Alphonse recteur majeur et perpétuel delà congrégation, accorde à perpétuité, tant à lui qu'à ses élèves, un grand nombre de grâces et privilèges, et décide que pour distinguer la nouvelle congrégation de celle des chanoines du très saint Sauveur, elle échangera son premier nom contre celui de très saint Rédempteur.

Une lettre dvi P. Villani vint porter k Alphonse, alors dans sa maison de Ciorani, la nouvelle de l'approbation accordée à son institut et a ses règles; le saint en tressaillit dune vive alégressepar la pensée de tout le bien cpi'on devait en attendre pour la sanctification des âmes : il en fit éclater au plus haut point sa juste reconnaissance envers le Seigneur, et voulut que toute la congrégation, partageant à cet égard ses sentiments, en rendit avec lui au ciel de solennelles actions de grâces -, des prières furent prescrites et acquittées avec des transports de joie dans toutes les communautés de l'institut ; le bienfait signalé que l'on venait d'obtenir imprimait dans les cœurs les plus vives émotions, et chacun se promettait d'en garder un souvenir ineffaçable pour la gloire du grand Dieu qui leur avait accordé une faveur si précieuse. Us éprouvaient comme un

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saint orgueil de la protection divine qnl, malgré leur indignité, les élevait si haut dans TEgiise, et se sentaient animés d'un eonrage nouveau pour le service de ce Dieu à qui ils devaient leur sublime vocation. Le Pape lîenoît xiv eut aussi une juste part à la reconnaissance du fondateur et des disciples : Alphonse le fit déclarer et reconnaître protecteur spécial de la congrégation, ordonna des prières communes pour lui, et fonda im service funèbre qiii, après la mort du Pontife, serait célébré toutes les années et a perpétuité , pendant l'octave des morts , dans toutes les communautés de la congrégation ; ce qui se pratique encore aujourd'hui chez les Rédemptoristes (i) avec une grande exactitude.

Quelques années après l'approbation des règles, Alphonse eut occasion de former des établissements de sa compagnie dans les états pontificaux. Il y fonda quatre maisons, dont deux dans le diocèse de Bénévent et deux dans celui de A'^eroli. En 1760, il envoya aussi des missionnaires travailler en Sicile , et établit une maison dans la ville de Girçrenti.

(t) Cest le nom que Ton donne ordinairement aux pères de la congrégation du très saint Rédompteur, qui, à cause de leur fojidateur, sont aussi appelés Liguoristes ou Liguorins.

Quelqucs-UFiCS de ces maisons étaient assez spacieuses poîir loger un assez bon nombre de personnes du dehors , qui venaient y faire les exercices spirituels, et particulièrement les jeunes clercs qui se préparaient à la réception des ordres sacrés; cependant c'était sans avoir aucune avance d'argent que le saint fondateur commençait ces établissements. Dépourvu de toute ressource humaine, il mettait la main k l'œuvre, comptant uniquement sur la Providence, qui toujours a juslifiéson extrême confiance dans ces entreprises formées pour la gloire de Dieu. Nous nous contenterons de citer un seul trait : il fallait agrandir la maison de Ciorani, qui était insuffisante pour recevoir ceux qui venaient s'y préparer aux ordres sacrés ; pour cela on n'avait qu'un seul sequin (i) donné par une personne de la maison du seigneur du lieu*, n'importe, Alphonse ordonne à un des pcres de la compagnie défaire commencer le travail : « La Providence, dit-il, subviendra à (( tout, » et, contre l'attente de tout le monde, l'ouvrage sachève heureusement. Aussi avait-il coutume de dire qu'il se faisait un miracle continuel en faveur de sa compagnie : u Nous sommes « sans cesse, disait-il, à la veille de manquer de <( tout, et cependant tous les jours nous retrou- (( vous ce qui nous est nécessaire pour vivre. »

(i) Environ douze francs de notre monnaie.

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CIIiPITRS: III.

Persécutions suscitées à Alplionse et à son institut.

xMus il restau à vaincre d'autres obstacles que la pauvreté et l'indigence , c'étaient les passions des hommes et la rage de l'enfer. Le démon, tremblant en présence d'une oeuvre qui devait lui arracher tant de victoires, après n'avoir pu l'empécher de naître , voulut au moins en arrêter les progrès. H fut merveilleusement secondé par des gens aussi mal intentionnés que mal instruits , qui tentèrent, contre l'œuvre de Dieu, toutes sortes de moyens coupables : ils calomnièrent lâchement ou attaquèrent avec violence, selon la situation du moment et le besoin ou l'intérêt de leur haine. A IHicetto , quelques homuies passionnés qui jusque là avaient fatigué , par des procès iniques et des contestations de tout genre , la patience de M''' Lucci , leur vénérable éveque , se tournèrent contre le nouvel institut avec un acharnement irjcroyable, et en provoquèrent la destruction de tout leur pouvoir.

Parmi eux se trouvaient des hommes en crédit et en autorité dont Tamour-propre compromis s'irritait toujours davantage. Ceux-ci vexaient de toutes les manières Alphonse et ses compagnons, leur faisant sans cesse les plus injustes tracasseries , les soumettant k une surveillance des plus odieuses, ils les forcèrent même de subir dans leurs églises et jusque dans l'intérieur de leurs maisons, une juridiction dont ils étaient exempts : des personnes respectables ne surent pas assez se défendre de la faiblesse de donner la main à la persécution , dans la vue de soutenir une partie de leurs droits. On ne peut s'empêcher de dire que, dans Tordre sacerdotal, il ne se soit trouvé des individus qui s'étaient laissés aller a des préventions aussi défavorables qu'injustes j les uns, hommes de bien d'ailleurs, ne s'étaient pas tenu assez en garde contre certaines petites passions, et avaient égaré par là des gens également estimables, et qui croyaient bien faire de penser comme eux : d'autres n'avaient pas, dans leur opposition, des motifs qui pussent également trouver une excuse dans la fragilité humaine. De tous les temps , les mauvais prêtres ont été les premiers à signalera la haine et aux persécutions des méchants l'œuvre de Dieu, qui s'est élevée au grand dépit de leur orgueil et de leur perversité ; l'enfer s'est toujours servi avec une sorte deprédi«-

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1 OC lion de ceux qui, sous l'apparence du bien, pouvaient traverser des desseins qui venaient du ciel; les rivalités et les jalousies surtout, ont toujours été un des plus grands moyens cpi'il ait mis en jeu contre les hommes animés de l'esprit de Dieu qui venaient le combattre. Cependant lorage qui s'était formé contre les missionnaires du très saint Hédempteur devenait toujours plus violent : on demandait au gouvernement une mesure de rigueur qui supprimât la nouvelle congrégation , sous prétexte qu'elle n'avait pas une existence légale aux yeux de l'état : on la représentait comme dangereuse par son esprit d'ambition et d'envahissement. u Déjà, disait-on, (( ce ne sont plus de pauvres missionnaires occupés « h prêcher dans les campagnes : ils cherchent ((bien plus à former des établissements magnifi- « ques et à s'agrandir insolemment au mépris de (( toutes les vertus chrétiennes.» A entendre ces accusations calomnieuses, c'était un corps d'ambitieux et d'intrigants cpi'il importait d'arrêter a sa naissance, puisqu'on le pouvait, si l'on ne voulait que dans peu de temps ce ne fut impossible, par la puissance qu'il s(; serait acquise aux d('pens de la fortune publi([uc et des droits de tous les citoyens; bien plus, outre qu'on disait que les missionnaires en voulaient aux richesses dont ils jouissaient déjà avec un faste révoltant, on

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les dcnoiicait encore comme menaçant l'autorité par leurs priricipes, autant que par leurs trames secrètes; la sûreté des trônes, la vie des rois, l'indépendance des nations, tout le bien de l'état se trouvait également compromis par l'existence de cette congrégation qui, si on la laissait se développer, ne manquerait pas d'avoir l'accroissement le plus rapide comme le plus funeste; et à l'appui de tout cela , on donnait je ne sais quelles preuves perfides dont on se servait avec habileté ; c'était tout ce que la calomnie pouvait fournir de plus horrible à la méchanceté, pour représenter la congrégation comme une œuvre de ténèbres , une œuvre infernale , effrayante par tous les crimes qu'elle renfermait, et par tout le mal qu'elle ferait éclater sur les hommes le jour de l'explosion : c'était ce que l'on disait déjà, et ce que l'on a dit, dans des temps plus modernes, d'une société célèbre dont celle du très saint Rédempteur, au dire des ennemis du bien, n'était qu'une alliée , mais plus dangereuse encore. En effet, alors, comme aujourd'hui, linstinct du mal désignait , a quelques hommes pervers, les missionnaires comme animés du même esprit que les jésuites pour faire triompher la vérité et la vertu, et déjouer les projets des méchants. Les missionnaires et les jésuites sont terribles contre l'enfer, et de tout temps ils

ont inorlté de partager les honneurs de la même persoculion.

Cependant la calomnie s'accréditait, l'opinion publique s'égarait toujours davantage; le gouvernement avait reçu les plaintes, le procès était intenté et la congrégation sur le point d'être renversée; il ne paraissait même pas probable qu'elle pût résister aux coups qu'on lui portait avec autant de violence que d'habileté. 11 fallait pourtant se défendre , répondre pour éclairer les juges et ramener l'opinion, ou bien se résoudre à succomber. Que fit Alphonse? Il mit toute sa confiance dans le Dieu protecteur de l'innocence, priant, pleurant et jeûnant pour obtenir son secours. Il écrivit une lettre -circulaire à toutes les maisons de sa société, recommandant h chaque individu de s'unir encore plus intimement a Dieu par une exacte observance de la règle ; il enjoignait h tous d'ajouter aux pratiques ordinaires de la mortification , le jeûne du samedi en l'honneur de la sainte Vierge, protectrice spéciale de l'institut; une discipline particulière le lundi, et la récitation du psaume Qui habitat tous les jours. De plus , il les exhortait îi la patience et à la résignation dans la crnellc épreuve oîi ils se trouvaient, et voulait que le pardon fût déjà prononcé dans leurs cœurs envers tous leurs

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ennemis , au moment même où ceux-ci étaient le plus acharnés, a Imitez, leur disait-il, l'exem- « pie de notre divin Rédempteur attaché à la (( croix : il ne réclama pas la vengeance de son (( père contre ses persécuteurs et ses bourreaux ; « mais il le pria de pardonner à ceux qui le «faisaient mourir.» Dans la même lettre , Alphonse s'adressant à ceux qui , plus pusillanimes, désespéraient du salut de lîîur congrégation dans cette affreuse tempête , s'efforça de relever leur courage , et leur prédit en propres termes : a Que s'ils jettaient en Dieu l'ancre de <( leur espérance , au lieu de périr dans le nau- « frage , ils verraient l'institut sortir du dan- (( ger avec de nouvelles forces et une nouvelle « gloire. »

Mais le serviteur de Dieu ne devait pas se contenter d'employer les moyens surnaturels; le silence , dans une semblable occasion , eût été une violation de ses devoirs de supérieur, et un coupable abandon de l'œuvre de Dieu et de l'honneur de son ministère ; il défendit donc la cause de sa congrégation devant les juges et sa réputation devant le public : ce fut avec un calme et une modération chrétienne dont on trouverait peu d'exemples. Sans invectiver contre ses adversaires , sans se plaindre même de leurs calomnies , sans relever aucu-

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nement la brulalitc de loiir attaque , l'indécence de leurs clameurs et raboniination de leurs manèges; il se borna à produire les rai sons qui devaient le justifier : elles étaient fortes et évidentes : elles firent impression : l'innocence d'Alphonse et des siens fut reconnue d'une manière éclatante, et le procès jugé en faveur de la congrégation. Ainsi , ce fut un triomphe complet pour la vertu , là où eil

devait trouver son ignominie , et l'oeuvre de Dieu fut raffermie par les coups même qui devaient la renverser. Alphonse usa de sa victoire avec une modération digne de sa modestie et de sa charité. La prospérité, non plus que l'adversité, ne put altérer l'égalité de son âme; il ne s'occupa de l'avantage qu'il venait de remporter que pour en rendre avi ciel, avec ses compagnons , de ferventes actions de grâces , et ensuite il sembla oublier qu il avait été persécuté , tant il traita avec bonté ses adversaires les plus terribles et les plus acharnés. Cette magnanimité y édifiante attira à la conjjfrésfation Testime et rattachement de tous les gens de bien du royaume , qui ne purent s'empêcher de reconnaître que l'esprit de Dieu animait et le fondateur et les disciples.

Ce ne fut pas là pourtant la seule épreuve que Dieu ail ménagée à son serviteur par rapport à

sa corîcrréïïfation. Il avait fondé une maison à Villa : le bien qui s'y opérait, et surtout le courage avec lequel les missionnaires attaquaient les scandales , soulevèrent contre eux une classe d'hommes pervers qui mirent tout en œuvre pour forcer les hommes de Dieu à abandonner ce pays. Ici ce fut encore un mauvais prêtre qui, le premier, donna le signal de la persécution. Animé de je ne sais quelle rage contre les missionnaires dont la vie sainte et pure était à ses yeux comme une censure publique de ses vices, il s'efiforça de les rendre odieux et méprisables parmi tous les habitants, excitant tour à tour contre eux la cupidité des uns et l'orgueil des autres. « Voila des gens, disait-il, qui viennent (( ici s'emparer de tout , enlever les biens des « prêtres du pays, et dévorer les patrimoines « des fomilles;» puis c'étaient les termes du dovnier mépris; il n'épargnait rien pour avilir Alphonse et ses enfants, et depuis le nom d'étrangers jusqu'à ceux qu'on donnerait aux plus vils misérables, il leur prodiguait toutes les injures Cet homme ne parlait pas en vain : la maligiiité, l'avarice, la jalousie, le libertinage, toutes les passions basses et criminelles répondaient comme autant d'auxiliaires de sa haine diabolique. Déjà les esprits en étaient venus à un point d'irritation difficile à apaiser : bien des gens avaient

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(îtc nnlraîncs jusqu'à partager les ressentiments des hommes les plus pervers. On avait su leur donner une opinion affreuse des missionnaires : c'étaient à leurs yeux autant d'abominables hypocrites dont la conduite était loin de s'accorder avec leurs prédications, des gens qui faisaient un infâme trafic de la piété et de la sainteté. La calomnie ne s'arrêta point encore la •. on précisa les accusations, on alla jusquà dire que les missionnaires vivaient criminellement avec une femme de mauvaise vie que Ton désignait, et cette malheureuse , gagnée par argent , eut la scélératesse de déposer juridiquement à l'appui de cette horrible accusation , déclarant effrontément que tous les missionnaires étaient coupables, sans excepter Alphonse lui-même; mais Ihomme de Dieu ne s'émut pas beaucoup de toutes ces calomnies : calme et satisfait intérieurement dans cette affreuse situation, il se recommanda à Dieu, rejetant en lui tout le soin de son honneur, et il exhorta ses élèves à employer la pénitence et la prière pour détourner la tempête. Il alla pourtant réclamer la protection du seigneur du lieu; mais celui-ci le reçut très mal et se refusa à tout ce qu'il put lui dire : cet homme s'était laissé prévenir par le prêtre ennemi , et au lieu de comprimer le mouvement scandaleux des gens mal intentionnés, il le seconda de toute sou iii-

fluence. Enfin, on voulut porter l'affaire devant les tribunjiux de Naples; mais les magistrats, in^ dignes de l'outrage que l'on faisait à la sainteté bien connue d'Alphonse et de ses compagnons^ refusèrent avec mépris de se saisir de cette affaire, suscitée pour déshonorer ce qu'il y avait de plus honorable, et flétrir la vertu même. Frémissant de n'avoir pu réussir a Naples, les méchants employèrent la violence. Ils vinrent un matin surprendre le frère laïc qui allait ouvrir l'église, lui en enlevèrent les clés et se retirèrent après l'avoir accablé de coups. Mais comme la grande majorité des habitants conservait toute sa con« fiance pour les missionnaires et s'afïligeait des horreurs qu'on leur faisait, on craignit que cette partie saine de la population ne voulut à toute force venir encore dans Téglise, et quelques hommes se postèrent sur le toit avec des armes a feu pour en empêcher l'approche. On bloqua aussi la maison de la mission , afin qu'il n'y eut plus aucune communication avec les saints prêtres qui l'habitaient. C'étaient tous les jours des menaces furibondes contre eux et contre toutes les personnes qui s'intéressaient à leur cause; il n'était guère possible de prévoir quelles seraient les bornes que les méchants mettraient à leurs excès, et la position des pères du très saint Rédempteur à Villa devenait tous les jours plus

critique et plus déplorable. Dans cet état de choses, h Naples et ailleurs on conseilla généralement h Alphonse d'abandonner cette maison de Villa : il suivit ce conseil. Ce fut im véritable sujet de deuil et de larmes pour l'évêque et pour la plus grande partie du peuple , qui ne pouvait se consoler de voir partir ainsi des hommes qu'on avait tant maltraité et qui méritaient si pfeu de l'être. Cependant un si grand attentat ne demeura pas impuni : Vous ceux qui s'étaient le plus fait remarquer par leur animosité contre les serviteurs de Dieu périrent, peu de temps après, d'une manière tragique , qui fut un sujet d'effroi pour toute la contrée. La vengeance divine éclata, surtout contre les deux plus grands coupables : Tindign-e prêtre, premier auteur de tout le désordre, mourut subitement et sous l'anathême de son évêque , qui avait été forcé de le frapper d'interdit à cause de ses scandales toujours plus révoltants , et l'infâme créature dont la langue avait osé noircir d'une abominable calomnie la vie la plus sainte, eut cette même langue horriblement rongée par les vers, et mourut ainsi en proie h des douleurs intolérables, après avoir rendu hommage h l'innocence, et confessé hautement que tout ce qu'elle avait débité contre Alphonse et ses compagnons n'était que la fausse et détestable invention d'une malice infernale.

Après une semblable épreuve , parleronsnous encore de tout ce qu'eut à souffrir le saint fondateur pour opérer et soutenir le bien? En plusieurs occasions la jalousie lui suscita les plus fâcheux désagréments. A peine avait-il fondé sa maison de Ciorani que plusieurs curés se formalisèrent du concours qui se rendait de leurs paroisses a l'église de la mission ; ils crurent leurs droits lésés, et mirent tout en œuvre pour détruire un établissement qui leur portait ombrage. Les missionnaires devinrent aussitôt odieux au clergé de la contrée : on les représentait comme des espions de l'archevêque et des censeurs de la conduite des prêtres. Des réguliers ne surent pas demeurer étrangers à ces tracasseries : occupant les premiers le pays , ils croyaient avoir acquis par la possession un droit exclusif aux aumônes des fidèles -, dans la crainte que les nouveaux venus n'en fissent tarir la source au préjudice des anciens couvents, ils eurent le malheur de se prêter, avec assez d'activité, à tout ce que l'on faisait contre la nouvelle fondation. Déjà l'archevêque de Salerne , obsédé de mille intrigues et étourdi de tant de cris , balançait si pour calmer les esprits , il ne devait pas renvoyer les missionnaires de Ciorani , oii d'ailleurs ceux-ci trouvaient encore d'autres sujets de mécontentengient \ mais Dieu ayant voulu que,

xlansla suite, les prêtres et les religieux revinssent de leurs préventions, le prélat rendit définitivement une ordonnance en forme pour reconnaître et confirmer la fondation de Ciorani.

Quelque temps après , comme cette même înaison prospérait utilement pour les âmes sous la protection de l'archevêque , un excès de zèle, de la part d'un de ses membres , faillit en compromettre l'existence. Ayant fort h cœur d'achever et d'agrandir l'édifice qui n'était pas suffisant , le P. Sarnelli proposa imprudemment au prélat d'imposer , à cet effet , une petite aumône annuelle aux curés du diocèse : ce n'était guère au fond qu'une souscription qu'il demandait, supposant que ces messieurs se plairaient à contribuer pour une œuvre dont ils retiraient de si grands avantages , et h laquelle ils étaient le plus intéressés; mais il n'en fut pas ainsi, h la première connaissance de ce projet, ce fut aussitôt un cri général d'opposition ; on voulut y voir un véritable impôt levé sur le revenu des pauvres, et on osa le repousser avec une extrême violence : de là on en vint aux personnalités les plus odieuses contre Alphonse, et aux moyens de tous les genres pour renverser la maison de Ciorani. On essaya de faire entrer dans cette espèce de cabale le curé du lieu, qui était à même d'en seconder efficacement les efforts;

ALPHOî?î SE -MARIE DE LIGTJORI. i33

mais cet excellent pasteur appréciait avec plus de justice les services des^ missionnaires , et il se refusa avec fermeté à toutes les propositions de leurs ennemis, u Les hommes que vaus atta- « quez, dit-il, sont autant d'aides qui se dévouent (( pour le bien de ma paroisse , et vous voulez « que je me prive ainsi que mon peuple d'un sî (( grand secours ? » N'ayant pu réussir du côté du curé, on entreprit de ruiner la cause d'Alphonse auprès de l'archevêque : on prétendit que sous prétexte de zèle, lui et ses compagnons s'en allaient partout dépouillant les peuples , et qu'au lieu de gagner les âmes à Jésus -Christ, ils cherchaient bien plutôt à faire des acquisitions pour eux-mêmes ; qu'en conséquence , il importait de ne pas l«s souffrir plus long-temps dans le diocèse. Une aussi plate calomnie ne pouvait guère s'accréditer, l'achevêque la méprisa. « Je <( connais Alphonse de Liguori , répondit le <( prélat, c'est un gentilhomme distingué : il (( n'a pas quitté le monde par nécessité , mais (( par choix, et s'il va épuiser sa santé dans les K missions , ce n'est pas pour un vil intérêt , c( mais pour sauver les âmes et se sanctifier luif( même. »

Nous n'en finirions pas , sî nous voulions retracer toutes les traverses que la congrégation du très saint Rédempteur eut à essuyer : elle fut

plusieurs fois calomniée devant le gouvernement, et courut le risque cVctre dissoute. Dans ces extrémités, Alphonse se voyait réduit à la nécessité dose di'fendre, et obligé d'aller solliciter la bienveillance des ministres ou autres puissants personnages : il en reçut souvent de grandes avanies. Une fois entr'autres il fut lionteusemcnt chassé de la maison d'un de ces seigneurs : il supportait tout avec joie pour l'amour de Jésus- Christ, et il était plein de reconnaissance envers Dieu si , en souftVant persécution pour la juslice , il parvenait à soutenir son œuvre : il la soutint, malgré tous les efforts de l'enfer, qui, en lui suscitant des embarras, ne fit qu'offrir à son zcle une plus ample moisson de mérites.

Alphonse recueillit ce genre de mérite presque partout oii il établit des maisons de son institut; il n'est guère de ces pays qui n'aient vu s'élever, de son vivant, quelque orage contre les missionnaires. Ainsi la vie du saint fut une vie de combats , de souffrances et d'humiliations , et sa congrégation n'a pu s'établir qu'en surmontant toutes sortes d'obstacles, qu'en se faisant jour, pour ainsi dire, au travers des épines.

Il n'y a rien d'étonnant en cela : un des traits

caractéristiques de l'œuvre dcDieu est qu'elle soit

j contredite, car le démon, qui est essentiellement

' ennemi du bien, doit s'y opposer de tout son pou-

voir. Voyez Jcsiis-Christ, il est parmi les hommes un sujet de contradiction et même de scandale: il faut que les plus grands saints lui ressemblent en tout ; voyez TEglise , dès son établissement elle a été battue par la tempête , et toujours depuis elle a traversé les siècles au milieu des tribulations de tous les genres : ennemis au dedans, ennemis au dehors , toujours il lui a fallu combattre et vaincre. Les sociétés religieuses ne sont qu'une fraction , une image de la grande société spirituelle : il faut , autant que possible , qu'elles en portent les caractères et participent à ses destinées. Ainsi pour les saints suscités de Dieu, comme pour Jésus -Christ leur modèle, pour les associations religieuses comme pour TEglise leur mère , et qui est aussi l'œuvre de Dieu , il y a ici-bas les combats et les soufFrances, et dans le ciel une gloire immortelle.

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