CHAPITRE IV
Conduite du B. Alphonse pour sa propre sanctification.
1-/ÈS le moment que de saints et irrévocables engagements eurent lié Alphonse à son institut, ses progrcs dans la perfection furent d'une rapidité qu'on pourrait comparer a line course plutôt qu'à une marche. Ce grand amour qu'il avait manifesté pour la vertu de paiivreté dès son entrée dans la cléricaturc, s'accrut au point qu'il voulut retracer effectivement en lui les privations et la pauvreté de Jésus-Christ vivant sans avoir une pierre où reposer sa tête , et mourant sur une croix dépouillé même de ses habits. Tout siipérieur qu'il était , sa chambre était toujours de préférence la plus étroite, la plus incommode , la plus mauvaise de toutes. Un misérable bouge, formé de quelques planches sous un escalier de bois, fut son logement dans les commencements de la maison Ciorani, qui n'était pas alors assez spacieuse. L'ameuble-
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ment était crime pauvreté analogue , deux ou trois mauvaises chaises, une paillasse sur deux planches, une petite table, une lampe d'argile, un crucifix de bois , quelques images communes de la sainte Vierge ou des saints appliquées au mur, puis ça et là des papiers et des livres : voila tout ce qu'on trouvait dans sa cellule. A la mission de Casai-Neuf il avait ccdé a ses compagnons les meilleurs appartements au premier étage, et il avait choisi pour lui une petite chambre au rez de chaussée , qui était inhabitée depuis long-temps, et si humide que l'eau y découlait de toutes parts sur les murs couverts de pariétaire. Le duc du lieu étant venu lui faire une visite, fut fâché de le trouver si mal logé, et le pria d'accepter un appartement dans son palais; mais le serviteur de Dieu persista à refuser cette offre, prétendant qu'il était assez bien dans son réduit. Pour ses habits, non-seulement ils étaient vieux et usés, mais souvent d'autres pères de la communauté les avaient déjà abandonnés , et c'était heureux quand une multitude de pièces en couvraient les trous ; son manteau était grossier et tout décoloré, ses souliers rapiécés et tenant par un bouton de cuir, et son chapeau parfaitement assorti à ce misérable accoutrement. Un jour qu'il avait donné à un frère laïc sa Soutane à raccommoder, celui-ci ne put en venir
à bout, tant elle était usée; il la porta h un tailleur qui, désespérant à son tour de réussir, en linit par la mettre en pièces, et en substitua une autre assez vieille, mais moins mauvaise : « Et qu'est devenue celle que je vous avais don- «née? dit Alphonse au frère.» — Le tailleur u Ta déchirée. — Je vous comprends. » Il fallait user de stratagème pour remplacer ses vieux habits : on lui cachait une partie de la vérité; mais dès qu'il s'en apercevait, il revenait souvent, sous quelque prétexte de commodité, h ceux qu'il avait quittés. C'est dans ce pauvre costume qu il allait dans toutes les villes du royaume , et qu'on le voyait dans les rues, même de Naples, faire des visites aux personnes de la plus haute distinction, tels que princes, cvêques, cardinaux. Un jour qu'il était convoqué, comme aîné de la famille des Liguori, pour l'agrégation d'un gentilhomme au siège de la Porte-Neuve, ses haillons le firent méconnaître par le portier qui le refusa, et il fallut quuiie personne de sa connaissance intervînt pour le faire entrer : il fut reçu avec honneur, tout déguenillé qu'il était, il prit place au milieu de cette noble assemblée, et vota avec les autres pour la réception du prétendant. L'évèque de Noie dit un jour au P. André Villani, qui était venu lui faire visite : a Quant «a vous encore, vous êtes passable; mais poiu*
«ce P. Alphonse, il est chargé d'un tas de « guenilles oii l'on ne voit que pièces sur pièce ces. » L'archevêque de Salcrne qui le ren- « contra en voyage, ne put s'empêcher de lui té- « moigner son étonnement sur ce point, mais « sans que cela diminuât en rien l'estime que « lui inspiraient ses vertus : Ah ! mon père, que a vous êtes heureux , lui dit le même prélat, vous « voilà délivré de tout, vous êtes parvenu, et (( moi je crains de m'égarer et de me perdre. » Il vivait en tout comme le plus pauvre des hommes , se refusant les choses les plus communes , même un morceau de papier quand il pouvait s'en passer : il n'y a pas jusqu'aux enveloppes des lettres reçues qu'il ne conservât avec soin pour les faire servir à ses compositions et autres écritures. Ses ouvrages auraient pu lui rendre de grandes sommes par l'avidité avec laquelle on les recherchait : il n'en retira jamais rien : les frais d'impression une fois payés , il abandonnait toute prétention aux imprimeurs; et ceuxci y gagnaient considérablement , quoique obligés de vendre h un prix très modique pour se conformer aux vues de l'auteur , qui voulait que des écrits dont Tunique objet était la gloire de Dieu et le salut des âmes , pussent se répandre avec la plus grande facilité. Ses revenus particuliers ^ comme la pension que lui avait laissé
son p('rc et aiilrcs droits piitrimoniaux , rentraient tous au profit de la congrégation : il n'en avait pas même conservé l'administration : c'était le recteur de sa maison ou tout autre chargé du temporel de la compagnie qui en disposaient, quoique les vœux simples ne le privassent pas de la propriété de ses biens; il allait plus loin encore : il n'aurait pas pris sur lui de se servir des choses les plus nécessaires, il en demandait toujours la permission , n'y cùt-il pour la lui donner qu'un frère laïc j et n'eùt-il désiré qu'un verre d'eau, et encore il s'en tenait rigoureusement aux termes de la permission sans rien employer jamais h un autre usage; cependant il était lui-même recteur majeur : il en agissait ainsi autant pour sa propre perfection, que parce qu'il regardait l'esprit de pauvreté évangélique comme absolument essentiel pour l'augmentation et la conservation de son institut. Il donnait également l'exemple de la plus sévère exactitude à observer les règles même les plus minutieuses. 11 était toujours rendu avant les autres aux exercices de la communauté, et en récréation, dès le premier signal du silence, il quittait aussitôt son clavecin ou interrompait sa conversation, n'achevant pas même les paroles commencées. Enfin, on l'admirait comme un parfait modèle de l'observance régulière.
Nous avons déjà parle des prodigieux excès de ses pénitences et de ses mortifications. Quand il fut devenu fondateur, ce fut quelque chose de plus rigoureux encore \ il ne se permettait que la quantité de nourriture absolument nécessaire pour le substanter, encore était-ce à genoux et dans la posture la plus liumiliante qu'il la prenait ordinairement; il ne manquait jamais d'y mêler de la poudre à'absynthe ou d'aloës, ou toute autre également amcre et désagréable au goiit; le plus souvent la soupe et le pain lui suffisaient, et s'il ajoutait quelques fruits communs, ce n'était jamais le mercredi, le vendredi ni le samedi ; les veilles des fêtes de la sainte Vierge il se réduisait au pain et à l'eau, et les autres jours même il prenait seulement un doigt de vin h la fin du râpas; son sommeil ne durait jamais plus de cinq heures par jour , et son lit n'était qu'une méchante paillasse presque vide qui lui laissait sentir toute la dureté de la planche, et d'où pendait une grosse pierre attachée h ses pieds tandis qu'il était couché. On aurait dit que ce n'était qu'à regret qu'il accordait à son corps de quoi se soutenir, et qu'il ne consentait à l'empêcher de mourir qu'afin de pouvoir tous les jours l'immoler au Seigneur comme une victime continuelle et sans cesse renaissante; car cette vie, outre qu'elle ne se conservait que par des soulagements qui
étaient eux-mêmes de nouvelles pénitenees, peut être regardée comme une mort de tous les jours, et une mort au milieu des tourments, si l'on considère h quelles affreuses austérités se livrait notre saint. Kien ne peut être comparé à l'incroyable acharnement avec lequel il faisait la guerre à sa propre chair par de cruelles macérations. Dès le premier établissement de sa compagnie, il était tout cnvcioppé de ciliées et surchargé de petites chaînes de fer où se trouvaient des pointes aiguës qui laissaient sur son linge des empreintes sanglantes. Outre cela, tous les jours il se flagellait jusqu'au sang : c'était souvent plusieurs fois le jour. Ses disciplines, armées de petites molettes de fer, avaient de quoi faire frémir au seul aspect par la pensée de l'affreux usage qu'il en faisait, tellement que, pour cacher cette excessive cruauté qu'il exerçait sur son corps , il était obligé de passer tous les jours sur les murailles de sa chambre un pinceau imbibé de lait de chaux , effaçant par \l\ les nombreuses taches de sang qui avaient jailli sous les coups dont il se déchirait. Ce genre de mortification alla quelquefois jusqu'à le mettre dans l'impossibilité de marcher. Un jour que le cardinal Orsini lui avait dit être venu exprès pour le consulter, il chercha à prévenir les premiers mouvements de l'amour-propre par une si rude discipline, qu'on
le trouva renvers?é sur le parquet el tout en sang, un nerf de la jambe en avait été grièvement blessé et sa démarche s'en ressentit tout le reste de sa vie. Dans le temps qu'il passa à Scala , il lui arrivait de se retirer, pour cet exercice de pénitence, dans la petite grotte dont nous avons parlé plus haut et qui était à portée de son logement. La tradition porte même que ce lieu sanctifié déjà pal* de si rigoureuses macérations, le fut aussi par la visite de la sainte Vierge, qui y apparut plusieurs fois à son austère et fervent serviteur (i). Il n'était pas homme à croire avoir tout fait quand il s'était livré h ces pratiques volontaires de mortification ; mais il aimait à souffrir en toutes choses, et il évitait avec une véritable horreur tout ce qui pouvait ressembler à ce qu'on appelle les douceurs d'une vie commode. Dans toutes les saisons il supportait avec une égale volonté les incommodités de chaque tempéra-
(I) Dans un âge fort avancé le serviteur de Dieu donnait encore les plus vifs regrets au souvenir de celte grotte sainte, où il allait autrefois, armé de rigueur contre lui-même, s'enflammer d'amour divin et de zèle pour le salut de son âme. Il ne manquait jamais de la visiter dans ses voyages à Scala, et on l'avait quelquefois entendu s'écrier avec transport: O ma grotte! ma chère grotte^que ne puis-je encore goûter tes pures délices!
liire : en cté, il se refusait le moindre rafratchissement, même une goutte d'eau fraîche pour se désaltérer hors du repas, ou pour mouiller sa ligur(^ quand il n'y avait pas raison de propreté; dans les plus grandes rigueurs de l'hiver il ne s'approchait jamais du feu, seulement comme le froid engourdissait tout à fait ses mains jusqu'à rempechor de s'en servir, il les réchauffait au besoin par le moyen d'un fer rougi, et cela uniquement afin de pouvoir continuer son travail. Il coupait lui-même sa barbe avec des ciseaux : depuis l'âge de 3(3 ans jusqu'à sa mort, il a usé trois fois seulement d'un rasoir; ce fut d'abord à la mission de Sarno par obéissance pour l'évêque, ensuite le jour de sa consécration épiscopale, et en dernier lieu quand Ferdinand iv , roi des Deux-Siciles, l'admit à sa table.
Cependant, s'il traitait sa chair avec tant de rigueur , il n'était pas moins persuadé que les pénitences corporelles ne sont rien toutes seules , et que c'est l'àme surtout que Dieu regarde et en qui réside la vertu véritable. // châtiait son coT'ps comme l'Apôtre et le i^éduisait en servitude ; mais c'était alin que l'esprit, libre de toute entrave terrestre, piàt s'élever plus facilement vers Dieu,€t lui oftrir, dans un cœur contrit et humilié ^ dos sacrifices qui ne Jiissefit pas rejete's. La croix du Sauveur lui apprenait qu'il y a une
grande vertu d'expiation et de mérite dans le sacrifice de la chair et du sang, mais il savait aussi qu'aucune expiation ne sera jamais reçue, si le cœur n'y a sa part; et que la chair et le sang ne sauraient plaire au Seigneur, si en même temps l'homme ne lui immole sa volonté propre, en la dépouillant de ce qu'elle a d'impur. Aussi notre saint travaillait- il avec le plus grand soin à la perfection de son àme. Peu content de retracer au dehors la vie soutirante et humiliée de Jésus -Christ , il s'efforçait encore de reproduire dans son cœur ces vertus intérieures dont ce divin Sauveur est venu donner les leçons, et offrir l'exemplaire aux hommes. Ayant toujours présent à l'esprit le conseil évangélique, d'être parfait comme le Père céleste est parfait, il desirait de s'approcher de la perfection divine par toute la ressemblance qui est permise à la faiblesse humaine; il s'appliquait sans relâche à se purifier de tout ce qui était de la terre, de tout ce qui était trop humain, pour ne plus retenir que ce qui était du ciel , que ce qui était de Dieu et à son image. Les opérations de la grâce étaient admirables dans cette àme ainsi disposée ; c'était une vie toute surnaturelle qu'il ne cessa d'entretenir et de fortifier en lui par son assiduité dans la méditation des choses divines. C'est là, c'est dans cette méditation qu'il
puisait CCS saintes pensées, ces généreuses résolutions, ces sublimes sentiments dont il nourrissait sans cesse son cœur; que de dons sacrés ne recevait- il pas dans ces fréquentes communications avec Dieu! Eclairé des plus vives lumières , il sentait encore mieux toute la vanité de ce qui est terrestre , et tout le bonheur qu'il y a a s'attacher au Seigneur; touché d'une douce onction , il se livrait avec délices aux gémissements inelFal^les , par lesquels l'esprit saint priait en lui ; alors des larmes coulaient de ses yeux , des flammes secrètes pénétraient son cœur, et quoique sur la terre, il trouvait déjà, dans des extases sublimes, un avant- goût du bonheur du ciel : on peut dire qu'il persévérait sans interruption dans la prière par un recueillement intérieur qui tenait son àme dans un état habituel d'oraison ; son cœur était toujours comme fixé en Dieu, sans que ses occupations extérieures pussent jamais l'en détourner, lors même qu'elles exigeaient toute l'application de son esprit; elles devenaient elles-mêmes comme une véritable oraison par la sainteté de leur objet et le mérite de leur motif, aussi bien que par le soin qu'il avait de les offrir toujours à Dieu, en dirigeant vers lui une intention souvent renouvelée. Il avait contracté l'habitude de se livrer à tout moment à des
aspirations et oraisons jaculatoires très animées , pratique excellente et d'autant plus recommandable, qu'elle est à la portée de tout le monde ^ et que, sans rien dérober aux devoirs de la vie active et au milieu même des soins les plus dissipants, elle réveille la vigilance, nourrit la piété et maintient l'union avec Dieu. Le coeur de noire saint, si fécond en pieuses affections et en saintes pensées, lui fournissait dans chacune de ces aspirations un sujet de sentiments intarissables : ses liv^'es de piété sont remplis de ces sortes de prières oii respire le plus tendre et le plus ardent amour de Dieu, a O aimable irifini! « s'écriait -il , je k>ous aime; he'lasl mon Dieu, (( je dirai mieux , je ne \>ous aime pas. — O mon (( Dieu ! vous seul ! vous seul ! c'est vous seul (( que je veux aimer ! — Je ne vous laisserai « pas , 6 mon Dieu ! nous nous aimerons toujours « dans cette vie et dans Vautre! » Ces paroles et une foule d'autres semblables que nous trouvons presque a chaque ligne dans ses ouvrages, se trouvaient également dans son cœur, qui les mettait aussi souvent dans sa bouche que sous sa plume. D'ailleurs un seul mot suffisait pour réveiller en lui les plus vifs sentiments : O mon Dieu! s'écriait-il, et aussitôt il trésaillait jusqu'au fond de son ame; il disait avec une expression touchante : Mon Jésus! et on voyait son
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visage s'cnflainmer et tics larmes couler de ses yeu<. Cependant il n'est pas nécessaire de dire que quelque avantage qu'il put retirer de ces élancements de son cœur, il ne se bornait point là pour Tentretien de son àmc dans la piété et la ferveur. Outre l'oraison qu'il faisait tous les matins avec ses collègues, il savait se ménager plusieurs heures tous les jours pour vaquer en particulier à cet exercice : il y consacrait même une partie de la nuit : il passait enfin devant le saint Sacrement tout le temps qu'il avait de libre, et alors même que ses occupations le retenaient ailleurs, il savait encore se dérober quelques moments qu'il venait donner à la contemplation de son Sauveur dans l'adorable Eucharistie. Pendant la prière il conservait toujours la même attitude avec une parfaite immobilité; seulement de temps en temps il laissait échapper de manière a être entendu , mais sans qu'il s'en aperçut^ d'affectueuses aspirations envers Dieu , ou bien quelquefois il lui arrivait d'être saisi d'un tremblement général dans tous ses membres; tantôt son visage était tout de feu, tantôt son corps s'élevait de plusieurs pieds au-dessus terre : il restait ainsi quelque temps suspendu en l'air et ravi en extase dans les transports de l'amour divin.
La passion et la mort de Notrc-Scigneur étaient
le sujet le plus cher de ses méditations ", il y compatissait avec une telle douleur aux angoisses de son bien-aimé Jésus que , ne pouvant plus résister à l'excès de ses sentiments, il répandait quelquefois des torrents de larmes. Il connaissait tellement le prix de la prière que jamais il n'a commencé aucune entreprise sans avoir auparavant demandé le secours du ciel , et toujours avec une parfaite soumission à la volonté de Dieu et en ne voulant jamais que ce qui pouvait être avantageux à sa gloire. Il gémissait de voir comment on néglige un moyen aussi nécessaire et aussi efficace pour opérer son salut éternel , et obtenir toutes les grâces dont on a besoin à cet effet. Il ne cessait de rappeler la nécessité de priera tous ceux avec qui il avait des rapports de charité : il en parlait surtout fort souvent à ses élèves , et en vint enfin à composer sur ce sujet un petit traité fort utile, ayant pour titre : Du grand moyen de la -prière; ouvrage qu'on ne saurait assez répandre et qui devrait surtout être lu et médité par tant de gens prétendus chrétiens qui, sous les plus légers prétextes , se dispensent avec une déplorable facilité d'un précepte de l'Evangile aussi formel que celui, non-seulement de prier, mais de prier sans cesse , en entendant cette obligation dans le sens et selon la mesure que l'Eglise y attache-
Ce que nous venons de dire pourra donner une idée du recueillement ou de la ferveur avec lesquels il récitait son bréviaire et célébrait la sainte messe. En disant roflice, il prononçait lentement avec un ton pénétré et paraissait s'identiticr tout à fait avec le psahniste; il faisait des pauses fréquentes pour ranimer sa dévotion ; aux versets qui le touchaient le plus on le voyait lever les yeux au ciel, et, pour ainsi dire, savourer dans le silence les sentiments que lui inspirait le texte sacré. Sa piété, h Tégard du saint sacrifice, était digne de la grandeur d'une action la plus sublime et la plus sainte de notre religion. 11 s'y préparait toujours pendant un temps assez considérable, et avec un soin et une ferveur bien propres à lui mériter toutes les grâces dont il était favorisé à l'autel : alors sa dévotion, sa modestie , l'excès de son amour qui se manifestait d'une manière très sensible , devenaient pour les assistants un tel sujet d'édification, qu'il arrivait quils en versaient eux-mêmes des larmes d'attendrissement. On aurait pu lui appliquer ce qu'on rapporte de saint Pierre d'Alcantara : « Qu'il y avait plus a profiter à sa J^ « messe qu'aux sermons de tous les prédicateurs <( de sa province. » Il ne manqua jamais de s'acquitter avec une touchante piété de l'action de grâces : il y consacrait un temps fort long, pen-
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clant lequel son cœur s'épanchait dans les plus vifs sentiments d'amour , d'admiration et de reconnaissance pour l'inestimable bonheur d'avoir reçu son Dieu. A ses exemples il voulut encore joindre ses leçons : dans son ardent désir de voir dans tous les prêtres une parfaite fidélité à s'acc[uitter dignement de l'importante obligation de la prière , il composa pour leur usage deux excellents traités intitulés : l'un De la récitation de V office divin ^ et l'autre De la messe dite avec précipitation. Il explique dans ce dernier ouvrage les cérémonies de la messe : il y traite de la préparation et de l'action de grâces , et établit d'une manière très forte la nécessité de ne rien négliger pour remplir , avec toute la perfection dont un homme peut être capable, un ministère si grand et si relevé , qu'il ne peut guère s'y glisser de faute qui ne soit très grave. Avec un tel genre de vie , notre saint ne pouvait que marcher a grands pas dans la perfection. Déjà il était parvenu à un degré très élevé : il pouvait s'élancer avec confiance jusqu'aux voies les plus sublimes de la vie spirituelle : il osa donc s'imposer les plus terribles obligations ; il fit vœu de ne rester jamais oisif, et ce vœu si difficile a observer , et qui n'oblige pas seulement comme les autres pour un temps particulier et pour certains actes déterminés ,
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mais qui iirge conlinuellemnit et pour tous les actes (te la vie, il le remplit avec une irréprochable fidélité et une sainte el admirable persévérance jusqu'à la mort. 11 est vrai qu'il avait une telle habitude d'être occupé utilement, que jamais dans sa vie l'ennui ne Tavait forcé d'aller chercher une ressource dans le travail, bien cliflerent de tant de gens h qui on pourrait h bon droit adresser ce reproche de l'Evangile : u Pource quoi restez-vous ainsi oisifs toute la journée? » A toutes les époques de sa vie, ses jours avaient été pleins, et, ce qui est plus heureux encore , pleins de bonnes œuvres , si tant est que quelc[ue autre chose que ce qui est utile devant Dieu puisse les remplir. Cependant sa vie fut encore plus saintement occupée dès qu'il se fut engagé par le vœu dont nous venons de parler. L'exercice de la prière, le soin spirituel des âmes, l'étude des sciences ecclésiastiques , la composition des livres utiles, voilà à quoi il consacrait tous ses moments; car on peut dire que les délassements qu'il était obligé de prendre n'étaient pas même pour lui des distractions aux saints objets qui Toccupaient sans cesse ; h la promenade , en récréation , ou dans les rues de la ville avec quelqu'un de ses compagnons il gardait le silence, ou bien c'était xuie pieuse conversation sur quelque sujet édifiant; jamais
il n'accordait rien à la curiosité; tout ce qui n'était pas essentiellement de Dieu , ou ne conduisait pas à lui , était sévèrement interdit ; durant la récréation, il jouait quelquefois du clavecin , comme nous avons déjà dit ; il le faisait pour ses novices , s'accompagnant de cet instrument pour chanter quelque cantique qu'il avait lui-même composé en l'honneur de Jésus ou de Marie. C'était, de sa part, une pieuse ruse pour ramener des pensées édifiantes dans des moments oii les jeunes gens surtout sont si portés k se dissiper ; même savoir-faire dans les rapports de pure politesse qu'il était obligé d'avoir avec le prochain. 11 possédait merveil- leusementrart d'abréger les visites qu'il recevait; il congédiait adroitement son monde avec une douce gaieté et une simplicité si aimable , que l'on se retirait encore aussi satisfait qu'édifié de tout ce qu'on avait vu et entendu ; et en se promettant bien de retourner , ne fut-ce que pour recevoir une seconde fois cet édifiant congé. Ainsi dans notre saint, paroles, actions, repos, plaisirs même, si on pouvait donner ce nom aux délassements indispensables d'une vie si mortifiée , tout tournait admirablement à la gloire de Dieu, et tous les moments du jour ajoutaient quelques nouvelles fleurs à la magnifique couronne que lui promettaient ses vertus. Heureux
donc ce grand serviteur de Dieu d'avoir ainsi soutenu jusques h la fin rhéroïsinc de ces efforts continuels! et heureux aussi ceux qui, appelés h la perfection par leur état ou par une inspiration particulière, sauront trouver dans leur cœur assez de courage pour imiter avec une fidélité constante ce touchant modèle de sainteté! Que si nous ne pouvons tous nous élever si haut, au moins animons-nous d'vui saint zèle pour faire à Dieu les sacrifices que demande la grâce qui est en nous , et que nous ne saurions négliger sans un grand préjudice pour notre àme
CflAPlTRE V*
Conduite du B. Alphonse dans le gouvernement de sa congrégation.
JLj'exemple, dans la personne du chef , est ordinairement un moyen indispensable de faire observer ce qu'il commande. Ses paroles, si elles étaient seules, resteraient souvent sans effet. Devenu, malgré son humilité, recteur majeur ou supérieur général de toute la congrégation, Alphonse n'avait pas besoin de faire des efforts pour rendre sa vie exemplaire. Nous avons remarqué qu'il était \\n modèle accompli de toutes les vertus, et surtout de l'observance régulière. Jamais , dans les circonstances même les plus critiques , il n'avait eu à se reprocher aucune infraction aux règles j cependant dès le moment qu'il se vit établi à la tête de l'institut , il redoubla d'exactitude à cet égard ; il fit plus , il s'imposa la loi de pratiquer l'obéissance nonseulement envers ses directeurs , mais encore envers les derniers membres de l'institut ; sa
soumission s'étendait même jusqu'aux frères laïcs; il évitait avec soin toute distinction parmi les siens; il desirait toujours la dernière place, jaloux seulement d'être conforme à son divin Maître, qui voulut être réputé le plus vil des hommes. Il fut quelquefois secondé dans ce sentiment par quelque méprise involontaire de ses disciples et il s'en réjouissait. 11 arriva dans plusieurs occasions qu'on avait oublié de le servir à table : jamais il ne réclama, si ce n'est qu'après le repas, pour remplir le devoir de sa charge , il donnait aux servants un petit avis plein de douceur, afin que leur négligence ne pût désormais mettre quelque autre dans le droit de se plaindre. 11 refusait pour sa personne toute espèce de service, ne permettant pas même que l'on vînt approprier sa chambre : il se donnait lui-même ce soin comme celui de tout ce qui regardait sa propreté particulière. 11 y a plus encore •. il aidait les frères laïcs dans les divers emplois, comme de balayer les corridors, laver la vaisselle , faire les lits, ^t généralement dans tout ce qu'il y avait de plus bas dans la maison. Sans parler du mérite de cette conduite devant Dieu , on pense bien qu'elle était du plus grand effet sur l'esprit de tous les meinl)res de la congrégation, et Alphonse attachait un si grand prix à ces sortes d'exemples, qu'il voulait que le supérieur et le ministre de
chaque communauté fissent, une fois dans la semaine , le service de la table et lavassent la vaisselle , et cela afin tVinspirer à tous l'amour de l'abjection , vertu cjui devait former comme un des caractères particuliers et dominants de ses élèves et de son institut. Alphonse avait tant à cœur d'inspirer l'humilité aux siens , qu'il écrivait dans une de ces circulaires : u Mes très chers «pères et frères en Jésus-Christ, je prie Dieu (( qu'il chasse du milieu de nous tous les esprits « superbes qui ne peuvent supporter les contra- « dictions, non-seulement ceux cjui ne veulent «pas être repris par leurs supérieurs, mais (( encore ceux qui s'irritent des reproches et des « mépris de leurs égaux et de leurs inférieurs; je (( prie le Seigneur de me chasser moi-même le «premier, si j'étais dominé par ce détestable « orgueil. Que celui qui ne veut pas être foulé (( aux pieds s'en aille et parte au plus tôt. Le Sei- « gneur sera plus honoré de deux ou trois vrai- « ment humbles et mortifiés qui resteraient, que « de mille qui seraient aussi imparfaits. »
Il veillait avec le plus grand soin pour que la pauvreté évangélique fut rigoureusement pratiquée. Il défendit toute espèce de somptuosité dans la construction des maisons de la société, voulant que tout y fût simple et pauvre; les corridors ne devaient pas excéder douze pans en
largeur, les chambres devaient être de véritables cellules basses et étroites, les murs sans tapisseries ni ornements, les portes, les fenêtres petites et sans façon; à peine permit-il que pour introduire un jour plus clair l'on substituât quatre carreaux de vitre au papier huilé dont on s'était servi d'abord. On peut juger quel luxe dans l'ameublement comportait un semblable réduit; on n'y souffrait rien de superflu ni de recherché : une table, deux ou trois chaises et un mauvais lit suffisaient pour tous les membres de la société, quel que fut leur mérite ou leur emploi.
Il faisait observer très exactement tout ce qui est de la vie commune. D'après les règles qu'il avait données et auxquelles il ne permettait point de dérogation, aucun individu ne pouvait garder de l'argent, moins encore en disposer h sa volonté; il était même expressément défendu d'avoir dans sa chambre des liqueurs, du café et autres objets de ce genre; tout était en commun, et on faisait à chacun la distribution journalière de tout ce qui pouvait lui être nécessaire. Le recteur majeur et les supérieurs locaux n'étaient pas exempts de ces observances : leur régime ne diflVralt pas de celui des derniers membres de rinstilut, et leurs obligations étaient les mêmes quant a la pratique de la pauvreté; elles étaient
plus grandes encore ; car afin qu'il ne s'introduisît jamais aucun relâchement en ce point, le sage fondateur voulut que chaque supérieur local, avant d'entrer en exercice, jurât en présence de la communauté qu'il s'opposerait de tout son pouvoir à l'infraction de ces règles. Le recteur majeur lui-même était tenu le jour qu'il était élu, d'en faire autant devant le chapitre général de toute la congrégation. Alphonse se soumit lui-même à prêter ce serment dans le chapitre du mois d'octobre 1755, et il en remplit l'obligation avec une sévérité scrupuleuse. 11 reprenait les prévaricateurs , les punissait même au besoin, et il en vint enfin a établir par la règle qu'un individu reconnu incorrigible serait exclu de la congrégation, et que tout supérieur, fût -il même recteur majeur , qui, par faiblesse ou négligence, laisserait porter atteinte à la vertu de pauvreté, serait déposé de son emploi, et privé de la voix active et passive dans les assemblées de la société.
Il n'avait pas moins de zèle pour l'observation des autres vœux, règles et pratiques de l'institut: il donnait souvent à ce sujet des instructions fort importantes h ses élèves, a Celui qui n'estime (( pas les règles, disait-il, n'estime pas Dieu : la ((congrégation, les règles, c'est Jésus-Christ. » Il entendait cela de l'autorité des règles qui sont
fondées sur les conseils de Jésus -Christ, et de leur perfection qui rend ceux qui les observent sembiablfs à Jésus -Christ. ((Devenir, disait-il (( encore, comme notre Dieu, pauvre et méprisé, (( telle est notre vocation.
(( Soyez, ajoutait-il, soyez comme des aiiacho- « rètes dans la maison et montrez- vous de vrais « Apôtres au-dehors-, gardez la retraite, chérissez (( vos cellules, et loin de vous laisser jamais aller «h la disculpation , employez dans le recueille- « ment votre temps à l'étude et à la prière •. l'une « et l'autre sont indispensables pour un ouvrier {( évangélique qui a également besoin de vertus (( et d«^ connaissances. Gardez-vous de rechercher (( l'cslime des hommes, le plus grand mérite « d'un membre de la congrégation c'est l'obéis- (( sauce et l'amour des mépris : les saints ont (( toujours désiré d'ctre baftoués et vilipendés (( comme le fut Jésus-Christ. Que ce soit votre (( modestie et votre régularité C|ui vous distin- « guent : par là , véritablement pourvus de mé- « rites devant Dieu , vous prêcherez encore plus (( par vos exemples que par vos paroles. »
Sa surveillance s'étendait avec une égale sollicitude sur toutes les malsons de son institut. Chaque recteur local était obligé de lui rendre compte, et dans le plus grand détail, de la conduite de tous les individus de sa communauté;
eelui-ci n'était pas le seul qui fut chargé d'une telle commission, il était quelquefois lui-même Tobjet des renseignements qu'un de ses inférieurs avait ordre de transmettre au recteur majeur. Par là Alphonse se trouvait à même de corriger tous les abus dès leur principe : c'est ce qu'il faisait avec autant de promptitude que de force et de prudence, tempérant toujours la sévérité par la douceur , et s'opposant avec fermeté aux premiers commencements du mal. Il avertissait d'abord, exhortait, priait même, et lorsque cela ne réussissait point, il déployait une juste rigueur, sans oublier pourtant sa tendresse paternelle. Sa correspondance et les discours qu'on a retenus de lui à ce sujet offrent le modèle le plus accompli de ce que l'ardeur du zèle et de la charité, les lumières de la sagesse et de l'expérience peuvent inspirer de plus admirable et de plus touchant.
Il faisait lui-même toutes les années la visite de ses maisons. Rarement^ pour cause de maladie ou tout autre empêchement de la plus grande force , s'est-il fait remplacer par un de ses visiteurs. En arrivant dans une communauté, il n'oubliait rien pour être à même d'apprécier toutes choses : il voulait tout voir, tout examiner, être informé de tout, et faisait ensuite les règlements nécessaires pour le maintien du bon
ordre ; il corrigeait aussi les fautes ou négligences individuelles; mais si elles n'étaient pas publiques, il le faisait toujours en particulier, suivant celte maxime qu'il s'efforçait d'inculquer aux supérieurs locaux : a Les corrections publi- (( ques ne servent que pour les autres, et sont (( peu profitables à ceux qui en sont l'objet ; aussi (( vaut-il mieux reprendre en secret, sauf ensuite a de le faire en public, si cela devient nécessaire.» 11 était dans l'usage de terminer la visite annuelle par une lettre-circulaire adressée à toutes ses maisons; il y exhortait paternellement ses compagnons et ses élèves a l'observation des règles , et les entretenait , selon les circonstances , des objets qui intéressaient le bien spirituel de la congrégation. Ces circulaires sont toutes autant de témoignages de son attachement à ses enfants et de son grand zèle pour l'œuvre que la Providence lui avait confiée. Voici comment il parle de ses dispositions propres dans une de ces lettres: ce Pour ce qui me concerne, je dé- « clare que je me considère comme me devant (( tout entier h vous. Quand quelqu'un voudra « m'écrire, il le peut librement, à sa volonté, (( et sans craindre de m'iniportuner ou de retar- (( der par là, la publication de mes ouvrages. « Je suis obligé, comme supérieur, d'écouter le « plus petit frère de la congrégation et <le lire
« ses lettres , mais je ne suis point obligé de faire « gémir la presse. Lorsque j'ai à faire imprimer « quelque petit ouvrage , je ne puis prendre pour « cela d'autre temps que celui que j'ai de libre, « et que je ne dois pas employer pour l'avantage « particulier de la socii^té ; si malgré cela quel- (( qu'un s'abstenait de me parler ou de m'ccrire (( pour son bien ou pour celui de l'institut , je « lui en fais une conscience, et je lui en deman- (( derais compte le jour du jugement ; je proteste « que si j'étais sur le point de mourir, je n'aurais (( à cet égard aucun scrupule. Quand quelqu'un « vient pour me parler , ou m'écrit sur quelque (( chose qui l'intéresse personnellement, ou qui « regarde la congrégation, je quitte tout — Qu'on « sache que plus on me donnera de ces témoi- « gnages de confiance, plus on me fera plaisir. (( J'abandonne tout très volontiers, quand il s'agit « de consoler un de mes frères, un de mes en- « fants. Il m'importe plus d'être utile à quelqu'un « de ma famille que de faire tout autre bien. (( C'est la ce que Dieu exige de moi de préférence (( dans la place que j'occupe. » Quels sentiments ne devait pas inspirer un tel langage ! C'est le secret de la vertu et de la bonté de gagner ainsi l'amour et la confiance de ceux h qui on est obligé de prescrire le respect et la soumission.
Pour assurer encore mieux les effets de sa sol-
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licitiide, il établit des conférences spirituelles dans toutes les maisons de l'institut ; elles devaient avoir lieu toutes les semaines, et le recteur local, ou tout autre prêtre désigne par lui, devait entretenir fiimilièrement la communauté sur l'observation des règles ou sur la vertu à pratiquer dans le mois. L'exercice se terminait par la coulpc ou aveu des fautes que chaque individu pouvait avoir commises par rapport au sujet de l'entretien.
Alphonse donnait à la congrégation les soins du père le plus tendre : si quelqu'un de ses enfants venait à tomber malade, rien n'était épargné pour lui procurer tous les secours convenables : ni les veilles, ni les fatigues de tout genre, ne pouvaient le rebuter , quand il s'agissait de soulaser dans son infirmité un membre de la famille: il faisait dans ce cas tout ce qui était compatible avec la pauvreté de ses maisons, disant que la santé d'un ministre de la religion est d'un bien plus grand prix qu'aucune somme d'argent. Il portait a l'égard des malades les attentions jusqu'à la délicatesse : il les visitait plusieurs fois le jour, s'informait avec une tendre sollicitude de tout ce qui avait rapport à leur situation, et ne dédaignait même pas de vouloir examiner par luimême la nature des aliments qu'on leur donnait. C'était une véritable affliction pour lui que le
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danger de quelqu'un des siens. Ils lui paraissaient tous comme autant de membres nécessaires , dont la perte ne pouvait qu'être un très grand malheur; estimant inutile sa propre vie, il avait
coutume de Toifrir à Dieu pour la gucrison du
malade. 11 envoyait volontiers les convalescents respirer dans un autre maison de Tinstilut un air plus salutaire, s'ils en avaient besoin. Jamais cependant il ne les faisait aller dans leur famille. La règle s'opposait même à ce qu'on fit aux parents des visites qvii n'avaient pour objet que de .^ satisfaire une tendresse naturelle, qui est toujours dangereuse pour la vocation , en même temps qu'elle entraîne un affaiblissement de l'esprit religieux. Lorsque l'état du malade empirait, il redoublait de soins et de charité pour consoler et fortifier son âme. Il s'appliquait à lui inspirer, dans l'accablement de la maladie, un saint courage pour tout supporter et une entière soumission à la volonté de Dieu, soutenue par une confiance sans réserve en son infinie miséricorde. Il se hâtait de lui administrer les sacrements , et ne l'abandonnait pas un moment durant l'agonie , multipliant alors autour du mourant tous les secours du corps et de l'âme. Il n'a jamais renvoyé personne de la congrégation pour raison de maladie. Un jour l'avis général était de faire porter chez lui un étique,.
dont la présence était fort incommocio dans la maison, h cansc du défaut d'espace. 11 s'y opposa fortement. Selon lui, les malades, loin d'être a charge, sont vraiment utiles dans une communauté : « Ils la servent par leurs prières, disait-il, (( et leurs maux sont pour leurs frères une occa- (( sion continuelle de mérite. » Il donnait dans ce sens des instructions très fortes aux supérieurs locaux , leur recommandant surtout un soin paternel pour les jeunes gens : « Nous «sommes leurs pères, disait-il, et la congré- (( galion est leur mère, et puisque pour s'offrir « à Dieu , ils ont quitté leur père et leur mère «selon la nature, il est juste qu'ils trouvent (( parmi nous une tendresse et une charité qui « les dédommagent des affections de la chair et « du sang; aimons-les, car ils sont l'espérance de (( la société, et ils doivent nous remplacer quand (( nous ne serons plus. » Il avait une bonté singulière pour soulager les peines intérieures : consolant ceux qui étaient affligés, et relevant ceux qui étaient abattus, il s'insinuait si bien dans le coeur de ses enfints, qu'il savait souvent y faire naître le calme après le trouble le plus désolant. Habile h discerner les ruses de l'esprit de ténèbres , il les faisait souvent échouer par la sagesse de ses conseils, et plus encore par le charme d'une affection paternelle dont il découvrait
avec abandon toute la tendresse généreus.e. Combien de fois ne lui a-t-il pas été donné de raffermir sans effort, et seulement par quelques paroles pleines de douceur, la vocation chancelante d'un jeune homme tenté d'abandonner sa voie et exposé au danger de se perdre dans le monde ! Il se gardait bien de céder aussitôt quand on lui demandait dispense des vœux qu'on faisait dans la société, quelles que fussent les raisons sur lesquelles la demande était fondée-, il avait pour système de donner dans ces circonstances un temps considérable à la réflexion et à la prière; il adressait des avis salutaires à celui qui voulait sortir de la congrégation, lui signalant sans hésiter son désir comme une tentation très dangereuse. (( Priez , lui disait-il , réfléchissez devant Dieu , «et vous reviendrez a d'autres sentiments; il « n'y a que le démon qui puisse vous inspirer « les pensées qui vous préoccupent , car vouloir « renoncer a l'état heureux où la miséricorde (( divine vous a placé, c'est vouloir renoncer à (( votre salut. 11 en est beaucoup , je le dis et je « le répète, qui se sont damnés pour avoir perdu « leur vocation. La chaîne des grâces étant alors «rompue, il n'y a que très peu de ressources « pour ces infortunés dont l'intidélité est d'ail - « leurs punie même en ce monde : ils sont toute « leur vie déchirés par des remords et en proie
(( à une inquiétude continuelle. » Il montrait en même temps la plus grande fermeté à refuser cette dispense, à moins qu'il ne lui parut évident que pour le plus grand bien, il devait tenir une conduite contraire. Quand il élait question de prendre une détermination rigoureuse contre un individu qui méritait d'être expulsé de la société, il ne pouvait s'y résoudre cju'après avoir inutilement tenté tous les moyens de ramener ce sujet à son devoir; on voyait qu'il en coûtait beaucoup à son cœur de frapper ainsi celui qu'il avait adopté pour son enfant. Il balançait long-temps, pesait avec attention toutes les raisons , les soumettait à Dieu et à l'avis de son conseil; puis il faisait sans faiblesse ce que son devoir lui prescrivait.
Jaloux de procurer le plus grand bien possible dans la vigne du Seigneur, il ne négligeait aucun des moyens de pourvoir ses maisons du nombre de sujets suffisant pour tous les travaux auxquels les évéques les appelleraient. Aussi il demandait sans cesse au Seigneur de lui envoyer des ouvriers selon son cœur ; et dans les besoins que sa congrégation éprouvait à cet égard, il faisait faire des prières quelquefois en public pour que ces saints désirs fussent accomplis. Il était plein de zèle pour soutenir les démarches de ceux qui se présentaient avec une véritable
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vocation; il les aidait h surmonter tous les obstacles, et si l'opposition des parents était trop forte, il ne craignait pas même de réclamer dans ces circonstances l'autorité du souverain. Il recevait avec empressement tous les sujets qui montraient c[uclquc mérite, quand bien même ils n'eussent aucun moyen pour subvenir à l'augmentation de la dépense et quelle que fût l'extrême pauvreté de ses maisons ; quelquefois même il allait au-devant des besoins des familles, en laissant aux fils la faculté de disposer, en leur faveur, des rétributions des messes.
Il songeait, avant tout, au bien spirituel de son institut , et s'abandonnait à la divine Providence pour tout ce qui regardait le temporel. Dans une circonstance oli à peine la communauté pouvait se suffire , il se présenta un certain nombre de novices qui venaient augmenter le besoin sans accroître les ressources. On crut que l'on était forcé de différer leuT réception ; Alphonse fut d'un avis contraire, u Est-ce que le Sei- ((gneur, dit-il, nous a jamais laissé manquer « de pain? Puisqu'il appelle ces jeunes gens, il « leur donnera de quoi subsister : servons Dieu (( et Dieu nous nourrira. »
Dans les commencements de la congrégation, les novices ne se séparaient jamais d'Alphonse; ils le suivaient dans ses missions, et il s'appli-
quait à les former liii-nième à ce ministère. Alors il ne recevait que ceux qui étaient déjà sousdiacres; mais dans la suite il crut avec raison qu'il était plus avantageux d'admettre des sujets encore fort jeunes, parce que dans le premier âge il y a plus de facilité pour se plier à Tobéissance et se pénétrer de Tesprit qui doit être propre h un institut. Il se détermina en conséquence à établir une maison de noviciat qui fut d'abord à Ilicetto; mais comme ce pays ne pouvait suffire aux besoins d'une communauté toujours plus nombreuse, les novices furent transférés à Ciorani. Le noviciat fut toujours de sa part l'objet d'une tendre sollicitude. Longtemps il en habita la maison, et alors il aimait surtout a se trouver avec ces jeunes gens dont il étudiait lui-même les dispositions et dirigeait l'esprit. Il prenait ordinairement le temps de la récréation pour leur insinuer les sentiments dont il voulait qu'ils fussent animés : c'était dans une sainte conversation et avec tout l'agrément d'une causerie amusaute qu'il savait les édilicr, et les rendre propres au ministère auquel ils étaient appelés. 11 arriva néanmoins un temps oii il fut obligé de se séparer du noviciat, mais il ne devint pas pour cela étranger a ce qui s'y passait, son esprit y vivait toujours, et par les fréquentes instructions qu'il
donnait au maître des novices , il ne cessa pas un moment de diriger ces jeunes gens, sinon avec autant de satisfaction pour lui et pour eux , du moins sans qu'ils fussent absolument frustrés du bienfait de son influence.
Il avait singulièrement à coeur que ses jeunes élèves s'appliquassent avec un très grand soin à l'étude. Dans les premiers temps, il s'était fait en quelque sorte lui-même leur instituteur. Il était touchant de le voir ne dédaignant pas de descendre jusqu'à enseigner aux uns les premiers cléments de la langue latine , en même temps qu'il donnait à d'autres quelque connaissance des lettres humaines, initiait ceux-ci dans la théologie et exerçait ceux-là dans l'éloquence sacrée ; il faisait d'abord écrire à ses élèves de petites instructions en forme de catéchisme raisonné , et remplir des plans de sermons ; ensuite, à mesure que leurs progrès les mettaient en état d'écrire par eux-mêmes, il voulait encore revoir et corriger leur travail; il s'occupait jusque de la déclamation; enfin il soignait avec un très vif intérêt tout ce qui pouvait les former à quelque partie que ce fut du ministère des missions. Cette éducation domestique et toute paternelle avait un charme inexprimable , soit pour le maître, soit pour les élèves, à cause de la bonté et de l'attention de l'un et des espérances que don-
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naiont les autres. Alphonse attachait tant d'importance à CCS soins que, dans la suite, lorsque d'autres devoirs plus multipliés ne lui permirent plus de s'y livrer personnellement , il nomma dans toutes les maisons un prêtre chargé de le remplacer par rapport aux études.
11 ne permettait pas que ceux dont le talent n'était pas encore assez éprouvé, pour parler d'abondance avec suite et solidité , montassent en chaire sans avoir auparavant écrit ce qu'ils devaient dire. Et alors mcme que l'on était capable d'improviser très heureusement quant a l'expression , il exigeait encore que l'on eût profondément médité son sujet, et que l'on se fut fait un canevas bien fourni. Le contraire était à ses yeux une témérité inexcusable qui compromet la dignité de la parole de Dieu, le bien qu'on doit en attendre, et quelquefois encore la vérité catholique elle-même. « C'est ainsi, « disait-il, que le peuple est dégoûté de ce dont «il a le plus de besoin.»
Mais s'il ne souffrait pas qu'on s'aventurât à parler en public sans préparation , il réprouvait encore davantage raffcctation de ceux qui enveloppent ridiculement la parole de Dieu dans de longues et pompeuses périodes arrondies avec art. En effet, quelle pitié de voir des hommes investis d'un si grave ministère, et qui s'occupent
frivolement au plaisir de Toreille et de la grâce de l'expression, quand il faudrait faire entendre des foudres épouvantables, et déchirer les cœurs pour les arracher au plaisir et les porter à la pénitence ! Pauvre talent que celui qui consiste dans des comparaisons recherchées, des descriptions oiseuses, et de jolies phrases propres seulement à faire briller l'esprit de celui qui parle, et à flatter, sans autre fruit, l'imagination de l'auditeur, si tant est que celui-ci ne s'ennuie pas étrangement, et ne soit même fort choqué par une prétention aussi déplacée et qui est vraiment scandaleuse ; car n'est-ce pas une abomination que d'oser ainsi préférer à la gloire de Dieu et au salut des âmes les misérables intérêts de sa vanité? « Si le démon, disait (< notre bienheureux , ne peut empêcher la préce dication de l'Evangile , il se sert de ces indignes « prédicateurs pour en empêcher la réussite. « Ce sont des en?iemis de Jésus- Christ , des (( traîtres à la parole de Dieu qu'ils profanent. « Leur conduite est un forfait contre le saint « ministère dont ils sont charge's. )) Il voulait que l'on fut simple et naturel ; que l'on évitât, avec une vaine montre d'érudition et d'esprit, tout ce qui peut révéler uniquement le mérite de l'homme-, que le langage, sans être bas, fut cependant populaire, et également éloigne d'une
recherche emphatique et d'une trivialité avilissante, et que le débit quelquefois véhément, mais toujours modeste, se ressentît de la simplicité de la diction. 11 exigeait que le prédicateur ne dédaignât pas de descendre, s'il le fallait, jusqu'au ton le plus familier pour être compris du peuple, qui en tous lieux compose ordinairement la masse de l'auditoire. « Si le bas peuce pie, disait-il, ne doit pas comprendre, pource quoi l'appeler dans l'église? Dcs-lors la parole « de Dieu lui devient inutile, et toute la peine « que Ton se donne en chaire est tout à fait « perdue pour la presque totalité des auditeurs.» Il ajoutait encore : « Je n'aurai pas k rendre u compte a Dieu de mes sermons; car, j'ai tou- « jours prêché de manière à me faire entendre « de la bonne femme la plus simple et la plus ((grossière.)) 11 tenait beaucoup a ce que ces sages principes fussent fortement inculqués aux jeunes gens qui étudiaient dans les maisons de la société. Il fut très péniblement afiecté de ce qu'un de ses jevmes prêtres avait laissé échapper en chaire que la sainte Vierge avait été préconisée même avant sa naissance par les Argonautes et les Sybilles. Il condamna l'orateur au silence pendant trois jours et l'interdit de la messe. II voulait que l'on prêchât uniquement Jésus- Christ crucifié; et sans craindre de se donner
pour modèle en ce genre, il disait franchement à ses élèves : « Je donne ma bénédiction à ceux « qui prêchent comme moi, et non aux autres. »
II pensait pourtant que l'on devait cultiver l'art oratoire qui peut être si utile pour se former un style vraiment simple et apostolique, a Les «saints pères grecs et latins, disait-il, étaient c( maîtres dans cet art : ils ne dédaignaient pas « d'en employer les ressources dans l'occasion, (X sans cesser d'être à la portée de tous les esprits.» Son opinion là-dessus était tellement prononcée qu'il composa un petit traité de rhétorique à l'usage de ses étudiants, et deux lettres très bien pensées sur l'éloquence populaire. Il parlait en homme expérimenté, et on eut lieu d'agréer le présent cfu'il fit de ce dernier ouvrage aux congrégations et aux monastères de jNaples, ainsi qu'aux chefs d'ordre et à un grand nombre de prédicateurs et d'évêques.
Il insistait surtout pour qu'on étudiât à fond la théologie. « Si vous ne savez pas la morale, — « disait-il, vous vous perdez vous-même, et vous « envoyez vos pénitents en enfer. C'est une (c étude qui ne doit finir qu'avec la vie. » Dans les conseils qu'il donnait aux confesseurs, il était également éloigné et d'une indulgence sans règle et d'une rigueur indiscrète. Si quelqu'un des siens donnait dans l'un ou l'autre de ces excès,
il en pertlait la tranquillité et même le sommeil. 11 recomniantlait de sages précautions envers les habitudinaires, mais il voulait que ces précautions fussent accompagnées de charité et de miséricorde. Avant d'admettre un sujet pour entendre les confessions, il lui faisait lui-même subir un examen sévère, ne voulant s'en rapporter h personne a cet égard. Cet examen durait quelquefois dix ou douze jours i il se faisait traité par traité : il fallait être capable de répondre sur les points même les plus minutieux, et montrer un jugement assez exercé pour décider les cas avec justesse, sans cela x\lphonse différait la permission de confesser.
Dans le soin qu'il prenait pour porter ses élèves h la perfection , le saint fondateur s'appliquait surtout à leur inspirer une ardente charité pour le prochain. 11 voulait que, tandis qu'ils se regardaient réciproquement comme les membres d'une même famille , et qu'ils étaient tous saintement chers les uns aux autres, leurs sentiments ne fussent pas concentrés dans le sein de leur congrégation, et s'étendissent généreusement a toutes les âmes pour lesquelles Jésus- Christ a voulu mourir -, mais en se fixant d'une manière spéciale et avec une sorte de prédilection sur les pauvres et les ignorants, u L'amour des ((pauvres et des ignorants^ disait-il, a donné
« naissance à notre société : il doit s'entretenir et « croître toujours avec elle. »
Plein de ces sentiments pour les pauvres, Alphonse était attentif à faire pratiquer h ses enfants la miséricorde corporelle : il leur fit un devoir da l'hospitalité envers les pèlerins^ blâmait hautement la parcimonie d'un recteur qui se serait montré peu généreux à leur égard , et avait soin de pourvoir k ce qu'il leur fut accordé dorénavant un traitement plus convenable. 11 avait réglé que l'on ferait toujours l'aumône aux mendiants qui se présenteraient , quelle que fut la pauvreté de la maison. 11 avait coutume de dire que la libéralité dont on userait envers les pauvres serait la mesure de celle qu'on éprouverait de la part de Dieu. Cela se vérifiait tous les jours d'une manière vraiment frappante. Malgré les aumônes que les pères de la congrégation ne cessaient de répandre, quoiqu'ils fussent eux-mêmes au sein de l'indigence par le défaut presque absolu de revenus, ils n'ont jamais manqué de ce qui était nécessaire pour leur entretien.
Pour pratiquer cette vertu miséricordieuse, les missionnaires du très saint Rédempteur n'avaient qu'à imiter ce que faisait tous les jours leur fondateur. Sa sollicitude pour les malheureux était continuelle; on aurait dit qu'il avait
l'oeil constamment ouvert sur toutes les misères, pour les soulager autant qu'il était en lui. Il glissait secrètement des secours à des familles honteuses dont Tindigence était doublement consolée par la délicatesse généreuse du bienfaiteur. Il soutenait encore par ses aumônes des femmes du monde qu'il avait arrachées au crime , et qui se trouvaient exposées à s'y plonger de nouveau, succombant aux horreurs du besoin. Il était dirigé en cela par les motifs les plus élevés de la charité, et Dieu se plut à manifester, par un prodige, combien les œuvres de son serviteur lui étaient agréables : une de ces femmes que le charitable missionnaire avait converties, recevait de lui , tous les mois, une petite pension ; un jour qu'elle allait retirer la somme accoutumée, on lui dit qu'Alphonse était parti pour Naples; cette nouvelle l'accable d'affliction, elle entre dans l'église pour se recommander a Dieu, et voilà qu'aussitôt elle aperçoit dans son confessionnal Alphonse qui l'appelle : elle s'approche et reçoit de ses mains l'aumône qu'elle était venue chercher- croyant alors avoir été trompée par le portier, elle va à Tinstant lui donner un démenti et se plaindre amèrement. Le portier s'obstine a dire qu'Alphonse n'y est pas, et qu'il est parti pour Naples oii il se trouve depuis quelques jours. La coustestation ne cessa que
lorsqu'ils reconnurent que, sans quitter Naples, Alphonse était venu au secours cVune infortunée. Ce miracle de bislocation, que le Seigneur opéra cette fois pour montrer le mérite de la charité de son serviteur, lui fut commun avec saint François Xavier, et se renouvela en plusieurs occasions dans la personne de notre saint, comme on le verra dans la suite de sa vie.
Par tout ce aue nous venons de dire , on reconnaît que le pieux instituteur usa de tous les moyens pour remplir dignement les devoirs de sa charge. Ses soins furent bénis du ciel, et les membres de sa congrégation croissaient également en mérite et en nombre; son autorité, tempérée par une grande douceur, et réglée par une rare prudence, lui soumettait aveuglément toutes les volontés. On voyait en lui un père plutôt qu'un supérieur, et on s'cslimait heureux de vivre sous sa direction, que l'on chérissait toujours davantage.