‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 39 sur 52 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Funérailles du B. Alphonse et témoignages de sainteté qui ont immédiatement sui^i sa mort.

Jl AR respect pour la sainte modestie, le B. Alphonse avait recommandé à son frère servant de ne pas laver son corps après son décès ; mais les pères de sa congrégation en jugèrent autrement. Le recteur de la maison de Saint-Michel s'enferma avec le domestique dans la chambre du défunt, et ils procédèrent ensemble k cette opération ; ensuite ils revêtirent le corps des habits pontificaux et le placèrent dans une pièce voisine.

A quatre heures après midi, le son des cloches annonça aux habitants de Nocéra des Païens le trépas du saint évêque. « C'était, disait-on de {( tous côtés, un grand ouvrier évangélique, le « père des pauvres, le consolateur des affligés, ({ un homme de Dieu , un grand saint. » Tous les membres de la communauté de Saint-Michel et plusieurs prêtres étrangers descendirent pro-

cfssionnelloniont 1«^ corps dans une chapelle de rinimaculée Conception , qui était au rez de chaussée de la maison ; après quoi le clergé séculier vint chanter l'oflice des morts , et succes-

sivement les divers corps religieux en firent autant. Ces prières solennelles se prolongèrent jusqu'à huit heures du soir.

Le lendemain, 2 août, le corps fut transfère avec une grande pompe dans l'église de saint Michel, qui était celle de la congrégation. Quatre recteurs portaient le cercueil ; les pères du très saint Rédempteur , tout le clergé séculier et régulier, le chapitre de la cathédrale de Nocéra des Païens , M?' de Saint-Félix , évèque de cette ville, et tous les magistrats se trouvaient au cortège. On plaça le corps sur un catafalque au milieu de plusieurs rangs de flambeaux ardents, aussitôt commença l'office solennel pour les défunts; le vicaire général célébra la grand'messe, et D. Fortuné Pinto, alors chanoine de la métropole de Salcrne, depuis évèque de Tricarique et ensuite archevêque même de Salerne (i), prononça l'oraison funèbre. Le lendemain, 3 août, l'office fut célébré dans la même église par le clergé séculier, et un père du très

(0 Ce prélat est mort archevêque de Salernc, en iSiS.

saint Rédempteur prononça une seconde oraison funèbre.

Une foule innombrable de personnes de toute condition se rendit auprès du catafalque -, on y vint de pays assez éloignes -, le concours dura pendant les deux jours que le corps du saint demeura exposé. Les gardes de la cavalerie royale, postés aux portes de l'église et de la maison de saint Michel pour y maintenir Tordre , ne pouvaient se rendre maîtres d'une multitude empressée qui se précipitait en criant : a Le saint esl mort, ({ nous voulons voir le saint. » On forçait le passage , et chacun cherchait non-seulement à contempler encore mie fois les traits vénérables de l'homme de Dieu, mais encore à faire toucher à son corps des chapelets et autres objets de ce genre qu'on voulait conserver comme autant de reliques précieuses. On se permit même une sorte de pieux outrage sur ses habits dont on enleva bien des morceaux.

Ce corps d'un juste n'avait rien de l'horreur d'un cadavre : son aspect, loin d'exciter une sensation pénilile , pénétrait l'âme d'une véritable dévotion et d'une sorte de contentement : ce n'était point l'image de la mort, mais toutes les apparences d'un sommeil paisible. Son visage était vermeil , il avait de la fraî>^heur, de l'éclat avec un air h la fois gracieux et vénérable ; un peintre

fameux était venu de Naples pour tirer son portrait. En ôlant le masque cle plâtre apposé sur ses traits pour en former le moule , il se fit une légère excoriation , d'où sortit un sang vif et pur qui fut aussitôt recueilli dans des mouchoirs. La plaie resta vermeille et fraîche jusqu'à ce qu'on fermât le cercueil. Cela eut lieu le soir du même jour, par ordre de Tévêque, en présence d'un grand nombre d'assistants. Malgré les chaleurs de Tété et la gangrène qui avait causé la mort, les chairs étaient flexibles et sans aucune trace de décomposition. Le cercueil était doublé en dedans de lames de plomb , il était fermé de trois serrures revêtues de plusieurs sceaux ; on le plaça dans un caveau du côté gauche du maîtreautel : une plaque de marbre, portant le nom du saint évêque, couvrit l'entrée de ce caveau.

Tandis que les hommes rendaient ces honneurs aux restes vénérables du serviteur de Dieu, le Seigneur le glorifiait par des grâces et des prodiges éclatants. Comme nous avons le projet de parler plus tard des miracles opérés par l'intercession d'Alphonse , nous nous bornerons h la citation d'une seule guérison miraculeuse qui eut lieu avant que la cérémonie de ses obsèques fut terminée. Un enfant d'un peu plus d'un an, Joseph - Marie Fusco, était atteint d'une fièvre ardente avec dautres symptômes cilcore plus

alarmants •, on désespérait de son rétablissement. Le 2 août, une personne de sa famille, contre l'avis de toutes les autres, le prit dans ses bras et le porta dans l'église de Saint-Michel. L'enfant se trouvait dans une langueur et un abattement extrêmes. On le remit aux prêtres pour qu'ils lui fissent toucher le corps du saint ; des qu'il l'eut touché, voilà qu'il se ranime et reprend ses forces; c'est un changement subit, on ne dirait pas, h le voir, qu'il a été malade. Le lendemain un prêtre lui présenta l'image de notre bienheureux , l'enfant la prit , la baisa et la posa sur son front, il parut en ce moment dans une véritable extase et absolument hors de lui-même. D'une de ses petites mains il tenait l'image et de l'autre il montrait le Ciel, et il s'écriait à haute voix : « Alphonse au Ciel ! Alphonse au Ciel ! » Cependant sa langue ne s'était pas encore déliée , et jamais personne ne lui avait appris le nom d'x\lphonsc. Il considérait de temps en temps l'image, puis levant les mains et les yeux vers le Ciel, il répétait encore avec un transport de joie : (( Alphonse le saint ! Alphonse au Ciel ! » Dans la vue de s'assurer encore mieux du prodige, on lui ota Timage; il se mita crier, à pleu" rer en se désolant ', on lui présenta celle d'un autre saint, mais de même grandeur, il la repoussa en répétant ; « Non, non, ce n'est pas lui.»

On lui rendit la gravure du serviteur de Dieu , il s'apaisa aussitôt, reprit un visage serein et se remit à baiser cette image chérie et à se rappliquer sur le front comme auparavant.

Ce ne fut pas seulement par la bouche d'un petit enfant qu'il plut à Dieu de manifester la gloire de notre bienheureux. 11 y avait dans le monastère de saint Joseph de Blanche-Rive, à Melphe, une religieuse d'une haute sainteté, carmélite déchaussée, de l'ordre de sainte Thérèse. Tandis qu'elle était en oraison dans le choeur de son église , elle entendit résonner à ses oreilles une voix qui lui disait très distinctement de déclarer à son confesseur qu'elle avait vu le vénérable Liguori, revêtu de splendeur et rayonnant de gloire. Dans un premier mouvement de trouble la religieuse dit d'abord : « Je ne vois rien-, » mais h l'instant elle ajouta ( comme elle l'a déposé par deux fois sous serment ) : « Voilà que je « vois le serviteur de Dieu dans un globe de (( splendeur et de lumière. C'est une lumière que * (( je ne saurais comparer h aucune lumière de ce (( monde. Tout ce que je puis dire, c'est qu'elle (( ressemble a un soleil éblouissant qui se réflc- (c chirait dans une grande et belle glace. Monsei- (( gneur, disait cette religieuse dans sa déposi- (( tion, monseigneur était dans un élat de satis- « faction et de beauté inexprimables , son teint

« effaçait la blancheur de l'ivoire, et sa vue me « remplissait d'une joie si vive, que je me sentis « sur le point d'évanouir. » Après avoir rapporté plusieurs avis salutaires que le saint évêque lui avait donnés, la religieuse terminait sa déposition en ces termes : « Il me regardait avec beaucoup « de douceur et de bonté , et il me dit : Ma fille, «conservez toujours la pureté de votre cœur, « que le Seigneur en soit le possesseur unique , et « que livré à Dieu seul , ce coeur se considérant « comme s'il n'existait pas sur la terre , soit prêt « à souffrir pour Dieu tout ce qui lui plaira. »

Après un si magnifique témoignage, il ne reste plus, ce semble, qu'à se prosterner devant celui que le Seigneur a daigné préconiser ainsi luimême par la voix de sa pieuse servante. Nous verrons plus tard que la mort du B. Alphonse a été suivie d'autres preuves éclatantes de sa sainteté, et que, surtout, les miracles n'ont pas manqué à sa gloire.

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