CHAPITRE PREMIER
Foi du B. Alphonse.
I-Je récit de la vie de notre bienheureux a donné sans doute une grande idée de ses vertus; maison ne les connaîtrait encore qu'assez imparfaitement, si nous nous bornions h ce que nous avons pu en dire dans le cours de notre narration. Elles eurent chez lui un caractère si élevé et si parfait, que nous devons a l'édification du lecteur autant qu'à la gloire de notre saint, de les montrer pour ainsi dire en détail ; un si beau modèle de perfection ne saurait être considéré de trop près ni avec trop de soin.
(( Sans la foi , dit l'Apôtre, il est impossible « de plaire à Dieu ; » elle est le principe des autres
508 VIE DU BIEÎiHEUREUX
vertus. Le B. Alphonse n'était si éminent en sainteté que parce qu'il la possédait à degré supérieur. Il appréciait singulièrement le bonheur d'èlre né dans le sein de l'Eglise catholique; il en offrait h Dieu une continuelle reconnaissance. « Notre sainte religion , disait-il «souvent en chaire, est la seule véritable; je «répandrais tout mon sang, et je sacrifierais «mille vies pour elle; remercions le Seigneur « de ce que nous la professons. » Il produisait fréquemment des actes de foi; on avait remarqué qu'il était alors animé d'une très grande ferveur, ainsi que quand il récitait, en disant son bréviaire, le symbole de saint Athanase. Son esprit de foi lui rendait continuelle la pensée de la présence de Dieu, et c'était pour honorer ce grand Dieu toujours présent avec lui , qu'en tous lieux, dans sa maison, dans les rues des villes et sur les routes publiques dans ses voyages, il allait toujours la tête découverte, ne portant pas même une calotte pour se garantir des inlempéries de Tair ou des ardeurs du soleil. On aurait cm qu'il voyait de ses yeux et qu'il touchait de ses mains les vérités de la religion , tant il en parlait avec énergie et conviction. Son zèle pour la foi lui avait inspiré le doslr d'aller en porter les lumières dans les pays infidèles ; il ne put accomplir ce désir, mais il s'en dédommagea par le
soin avec lequel il tâchait d'inspirer anx antres l'esprit de ces saintes conquêtes du christianisme et le dévouement avec lequel il se livra toute sa vie à l'instruction des ignorants. Il ne permettait a. ses élèves la lecture d'aucun livre nouveau, s'il n'avait été auparavant examiné par un théologien de la congrégation, et s'il n'était entièrement assuré de l'orthodoxie de l'auteur. Même vigilance dans son diocèse , surtout par rapport à son clergé.
Nous avons déjà arrêté un moment notre attention sur la manière dont notre saint envisageait les triomphes déplorables de l'impiété, et sur l'ardeur avec laquelle il s'opposait dans ses écrits à l'invasion des doctrines philosophiques que la corruption du siècle avait adoptées. Il avait appris qu'un libraire de Naplcs se livrait au commerce de mauvais livres : il écrivit a ce sujet lettres sur lettres, et ne fut tranquille que quand il eut réussi à faire prendre par l'autorité des mesures convenables contre le désordre qu'il signalait.
Ce fut par le même principe qu'il prit la plume contre les ennemis de la religion, et qu'il encouragea de ses suffrages les écrivains qui entraient en lice pour combattre sous la même bannière que lui. Mais une arme qui lui inspirait bien plus de confiance que tous les efforts et
les talents des hommes, c'était la prière : il l'employait sans cesse, en prescrivait l'usage à ses élèves , et la recommandait à tous pour obtenir de Dieu le triomphe de la vérité.