‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 45 sur 52 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dons surnaturels et réputation de sainteté' du B. Alphonse.

JL RAiTANT de la béatification des saints, le Pape Benoît XIV établit que Dieu opère des miracles pour manifester la sainteté d'un membre de l'Eglise. Le même auteur remarque que les saints personnages de l'ancien testament étaient, en quelque sorte, canonisés de Dieu par des miracles qui éclataient durant leur vie , tandis que sous la loi nouvelle, les miracles arrivent le plus souvent après la mort, parce qu'alors c'est l'Eglise qui est appelée à prononcer sur la sainteté, et qu'elle a comme besoin de ce témoignage divin pour éclairer son jugement sur celui qu'elle doit proposer à l'imitation et h la vénération de ses enfants en lui décernant im culte public. Le B. Alphonse a reçu le double privilège de l'ancienne et de la nouvelle loi. Sa sainteté a éclaté miraculeusement avant et après sa mort. Bien que nous ayons déjà retracé qiiclques-un<^ des

dons surnaturels dont il a ctc favorise pendant sa vie, nous n'avons pas entièrement rempli notre tàclie a cet égard , et on nous permettra de citer encore quelques faits.

Nous ne pourrons les dire tous, à cause du trop grand nombre ; car il constc par le procès de la bcatitication de plus de cent miracles que notre saint a obtenus de son vivant , sans parler de ceux qui ne sont pas spécifiés dans les actes de ce procès , mais qui , d'après les informations qui furent prises h cette époque , pourraient se compter par milliers.

Il a été prouvé que toutes les fois qu'il sortait à pied ou en voiture , on mettait sur son passage des malades de tout âge, et surtout des enfants infirmes. Il s'arrêtait un moment, les bénissait et ils étaient guéris. On les lui amenait dans sa chambre quand il cessa de sortir, et il leur rendait la santé comme auparavant.

En 1754, il prêchait a Saragnan, dans le diocèse de Salerne , pour la neuvaine de Notre-Dame du Mont-Carmel. Il était logé, avec deux de ses confrères, chez le médecin du lieu. Un jeudi au matin il survient douze membres de sa congrégation prêtres et étudiants. Le médecin n'avait que six livres de viande pour nourrir ses hôtes ainsi que sa nombreuse famille : il demanda à Alphonse la permission de faire servir de la

Volaille ; le saint ne voulut pas y consentir : «Allez, dit-il en souriant, ne vous mettez pas « en peine , Dieu pourvoira h tout , faites servir (( seulement vie dîner ordinaire. » On s'en tinta ce qu'il voulut; et en définitive, ce qui paraissait si peu de chose pour tant de gens, suffit pour les rassasier tous. Cependant il y avait h table quinze membres du très saint Rédempteur et dix-huit personnes de la famille du médecin. Après le repas , notre saint , sans s'étonner de ce qui venait de se passer, dit avec une simplicité admirable : « 11 ne faut jamais se méfier « de la Providence , mais il faut recourir à elle « dans tous les besoins. »

Le feu avait pris, dans la nuit, non loin de la maison de Saint-Michel des Païens. Entendant les cris du peuple qui accourait pour éteindre l'incendie, Alphonse paraît à sa fenêtre et voit les flammes qui menacent les maisons voisines ; alors il donne une image de la sainte Vierge a son frère servant : «Cours, lui dit-il, « jeter cette image dans le feu. » Le frère exécute cet ordre et le feu s'éteint aussitôt.

En 1 778 , le Vésuve dans une de ses éruptions, jetait des tourbillons de flammes épouvantables en vomissant des torrents de lave : on voyait ce spectacle de Saint-Michel des Païens. Tout le monde était dans l'eliroi ; Alphonse s'appro-

che de sa fenêtre, fait le signe de la croix, la flamme disparaît, et on n'aperçoit pins que la fiimec qui sort du cratère du volcan.

A Raito , petit pays h trois milles de Salcrne, une femme, nommée Emmanuel de César , avait à la bouche une tumeur qui s'était si considérablement augmentée, qu'elle ne pouvait pas avaler une seule goutte d'eau. La douleur ne lui permettait pas non plus de goûter un moment de sommeil tranquille. Cependant, tandis qu'elle était à moitié endormie , elle vit paraître Alphonse portant l'habit de sa congrégation ; cette femme le connaissait et s'était même confessée h lui -, elle le reconnut parfaitement. Il tenait dans sa main un flacon d'une liqueur blanche , il le lui présenta , en disant : u Buvez de «cette eau. » Elle en but; aussitôt la tumeur disparut, et en effet à son réveil la malade se trouva entièrement guérie. On remarquera que ceci a eu lieu du vivant de notre bienheureux.

Un chanoine de la cathédrale de Sainte-Agathe avait un neveu qui, bien qu'âgé de quatre ans, ne pouvait proférer une seule parole. U arriva que le saint évêque ayant été indisposé, le chanoine alla lui faire une visite, emmenant avec lui son neveu. Alphonse voulut bien donner quelques dragées h l'enfant; il lui demanda comment il s'appelait : Toncle répondit qu'il ne

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parlait pas encore et que Ton craignait bien qu'il ne fut muet. Aussitôt le prélat fait le signe de la croix sur le front de l'enfant et lui fait baiser une image de la sainte Vierge. Alors celui-ci interrogé de nouveau, répond très distinctement : Thomas ! C'était son nom. A cette parole, le saint s'adressant à l'oncle : « Il n'est (( point muet, dit-il, seulement il graissaye un (( peu ; mais cela n'est rien , ne vous en inquiétez «pas.» Depuis, le petit Thomas commença à parler librement , sans que rien dans sa voix ait jamais rappelé la première difficulté de son enfance.

Nous ne pouvons omettre de retracer encore quelque chose des extases du B. Alphonse.

Tandis qu'il était en mission dans la ville de Mugado, il lui arriva qu'en disant la messe il parut tout à coup comme transfiguré, et élevé de quelques pieds au-dessus de la terre. C'est un fait qui a eu plusieurs témoins.

Un père de sa congrégation, entrant un jour dans sa chambre, le trouve en extase devant un crucifix et une image de la sainte Vierge. Il avait les bras en croix , son visage était enflammé et resplendissant, son corps ne touchait point à terre, il s'élevait d'environ trois pieds au-dessus du plancher. A ce spectacle, le père qui était entré éprouve un saisissement religieux ,

il va se mettre à genoux dans un coin de la chambre , et reste là attentif à tout ce qui se passe. Quelque temps après, il voit Alphonse revenir a terre , puis se dresser tout doucement et prendre la plume pour écrire ; mais voilà que le spectateur est aperçu par le saint, qui lui dit, avec la rougeur sur le front et dans une sorte de trouble de cette surprise : « Quoi donc, « vous êtes ici? Je vous ordonne de ne rien dire « à personne de ce que vous avez vu. »

Tandis qu'Alphonse était à Sainte-Agathe, il lui arriva , un vendredi de mars , de commencer sa messe avec une dévotion extraordinaire ; mais quand il est sur le point de consacrer, il lève les yeux vers le crucifix et reste ainsi absorbé dans une contemplation extatique pendant un temps si considérable, qu'il fi\ut qu'un chanoine qui était présent vienne le faire sortir de cet état pour continuer le sacrifice. Le saint exhale un soupir et fiiit la consécration ; mais la messe terminée, il s'enferme aussitôt dans sa chambre, contre son usage , et il ne veut voir personne pendant deux heures entières.

IVotrc saint avait reçu aussi le don de prophétie : deux prêtres de Cava vinrent lui faire une visite à Saint-Michel des Païens. L'un d'eux, qui était le plus jeune, lui dit qu'il se rendait h Naplcs pour quelques procès; a pour des pro-

v« ces ! lui repondit Alphonse ; ah ! vous y trou- « verez une autre affaire bien plus importante : u c'est celle de votre âme, occupez-vous-en avec (( soin, car vous mourrez bientôt. » Puis s'adrcssant a Tautre prêtre : « et vous , monsieur ({ le curé , dit-il , où allez-vous ? » Et comme celui-ci lui fit remarquer qu'il n'était pas curé ; (( il est vrai que vous ne l'êtes pas encore , ré- « pliqua riiomme de Dieu ; mais vous le serez u bientôt par ordre exprès de votre évoque. » Cette double prophétie se vérifia à la lettre. Le jeune prêtre mourut un mois après , et l'autre fut contraint par son évoque d'accepter une des cures de la ville de Cava. ',,;

Le chanoine Garzilli de Foggia demandait à être reçu dans la congrégation du très saint Piédempteur. Le père Cafora trouvait que cela ne pouvait se faire, vu que le postulant était âgé de cinquante ans. « Ah ! dit notre saint, je (( veux le recevoir ; car il vivra encore long- « temps, et vous, vous mourrez bientôt. » En effet, Cafora n'avait que 40 ans quand il mourut, et le chanoine vit sa 97""" année.

Un jour qu'il était en chaire k Arienzo , Alphonse s'interrompit tout à coup au milieu de son sermon, et dit au peuple : « Mes chers « enfants, récitons un Patev à l'occasion dcTheu- « reux trépas de M^"" Alberlini, évcque de Ca-

« scrte. » On fut étonné de ce langage • maïs quelques jours après on apprit la mort du prélat qui était survenue à l'heure précise ou le saint prédicateur l'avait annoncée à son auditoire.

Après avoir donné la confirmation à un jeune malade h Airolles , dans une visite pastorale, le 13. Alphonse lui dit avec efifusion de cœur : « Ré- « jouis-toi , mon enfant, dans trois jours tu seras « en paradis; mais ne manque pas de prier pour « moi. » Le jeune homme mourut trois jours après celte prédiction.

D. Michel Mellile de Monte-Sarchio sollicita un jour les prières d'Alphonse pour son ami le marquis de Marco qu'il savait être très dangereusement malade à Naples : les médecins avaient déclaré qu'il n'y avait plus d'espoir de rétablissement. Cependant, répondit le saint, u l'état de D. Charles de Marco s'est amélioré « cette nuit, il est bien a présent; et c'est a Tin- <( terccssion de M^^^ Lucci , évèque de Bovino qui <( lui était si attaché , que le malade doit la grâce « de sa guérison. » L'événement justifia ces paroles.

Les dons surnaturels et miraculeux dont le Ciel favorisait avec tant d'éclat le B. Alphonse, lui attirèrent nécessairement une grande réputation de sainteté, et fixèrent en conséquence sur sa personne la vénération et la confiance

non-seulement des peuples, mais encore des personnages les plus distingués et les plus recommandables. Benoît xiv, Clément xiii, Clément XIV et Pie vi lui doinièrent, en plusieurs occasions, des témoignages de la plus haute estime. Ce dernier Pape, recevant un petit portrait du saint avec l'oraison funèbre prononcée à ses funérailles , posa respectueusement le portrait sur sa tête , en présence des personnes qui le lui avaient présenté. Charles m, d'abord Roi des Deux-Siciles et depuis Roi d'Espagne , et Ferdinand iv, son successeur sur le trône des Deux-Siciles, se plurent également à manifester leur vénération pour le serviteur de Dieu. La plupart des grands du royaume partagèrent ce religieux sentiment de leurs souverains : cardinaux, évêques , princes, et tout ce que le rang ou le mérite élevait au-dessus de la foule , montrait assez combien on honorait les vertus qui brillaient en lui. M'^" Scoffi, archevêque d'Amalphi , le citait comme un grand saint du haut de la chaire de sa cathédrale. L'estime que le vénérable serviteur de Dieu M^" Lucci, évêque de Bovino, professait pour le saint fondateur, lui fit établir , dans son diocèse , une maison de la congrégation du très saint Rédempteur. M^"" Bergamo, évêque de Gacte, voulut lui servir la messe en simple surplis : il se mettait à genoux

(levant lui et deniandait à lui baiser la main. Il n'y avait point d'évcquc nouvellement institué dans le royaume de Naples qui , avant d'aller prendre possession de son évêcbc, ne se fît comme un devoir d'aller se recommander à ses prières et prendre ses conseils. Sa simple si^ature était l'objet d'une espèce de culte : il était arrivé que ses élèves se présentant chez divers évêques avec des papiers signés de sa main , ces prélats posaient ces papiers sur le front, en témoignage de leur religieuse vénération pour celui dont les vertus honoraient si fort l'épiscopat. « Ah ! disait-on partout aux habitants «du diocèse de Sainte-Agathe, que vous êtes « heureux , vous avez un grand saint pour évê- (( que. » Tous les sentiments étaient unanimes sur la sainteté du B. Alphonse; ils n'ont jamais varié là dessus h aucune époque de sa vie. La calomnie a pu l'attaquer, jamais elle ne l'a atteint sur sa conduite privée, et les peuples en masse repoussaient avec indignation toute entreprise de la malveillance pour noircir sa personne. Nous avons souvent parlé de l'empressement que l'on témoignait presque partout pour se procurer quelque objet qui lui eût appartenu ; souvent on en venait h lui couper de ses habits : à la mission d'Amalphi il fallut lui faire une autre soutane , par suite de cette dé-

votion générale à le dépouiller ainsi pour avoir des reliques; ses cheveux, le sang qu'on lui avait ôté, les vieux restes de ses vêtements, tout cela était toujours fort recherché, et pieusement conservé.

Cette réputation de sainteté n'était pas circonscrite dans Je royaume, ni même dans l'Italie. On a vu la lettre de l'abbé Nonnotte. Cet écrivain ne parlait pas sur ce ton seulement en écrivant au bienheureux , mais il professait les mêmes sentiments dans des lettres adressées à divers personnages de l'Italie , et s'honorait d'avoir lui-même donné une nouvelle traduction , en français, des p^isites au saint Sacrement, autant à cause des hautes et admirables vertus du saint auteur, que parce qu'il jugeait ce livre éminemment propre à exciter la piété des fidèles envers Notre-Seigneur et envers la sainte Vierge. •

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