‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 11 sur 56 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Promotion d* Alphonse aux ordres sacrés.

Après s'être préparé à la réception des saints ordres pendant une année presque entière d'interstice , Alphonse fut ordonné sous-diacre le 27 décem-

bre 1 725 , dans l'église de sainte Restitue , par monseigneur Invilti , évéque de Satriano. Dès lors se voyant irrévocablement engagé dans le service de l'Eglise, il crut qu'il devait songer sans délai au moyen de lui consacrer avec succès tous les soins dont il pouvait être capable. Son zèle l'appelait particulièrement au ministère de la parole. Il voulut s'y former de bonne heure , et après un mois seulement de sous-diaconat , il entra , en qualité de novice , dans la congrégation de la Propagande établie dans l'église métropolitaine de Naples , pour aller de là donner des missions dans les divers pays du royaume : on le connaissait, et il fut reçu à bras ouverts. Il n'était pas homme à ne remplir que superficiellement les devoirs de son état : aussi s'appliqua-t-il, avec une fidélité vraiment remarquable , à l'observance de toutes les règles et pratiques de piété prescrites dans la congrégation ; il accompagnait les missionnaires dans les pays où ils portaient leurs secours : il y faisait le catéchisme et de petites instructions. Malgré le peu d'éclat de ces fonctions, telle était déjà l'impression que la sainteté de sa vie faisait sur les peuples , que souvent il était l'objet d'une espèce de préoccupation générale qui se manifestait surtout au moment du départ des missionnaires ; alors on ne parlait presque que de lui, on ne voyait , on ne regrettait que lui, et il était difficile de le défendre de la foule qui le suivait s'altachant à ses habits et lui demandant avec

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larmes de ne pas les abandonner ; il eût voulu se dérober k ces témoignages de vénéralion dont il se croyait tout-à-fait indigne , et il s'en humiliait toujours comme de toutes les autres distinctions qui pouvaient l'honorer devant les hommes. Pendant la mission de Caserte , l'évéque damande un jour , en entrant à la cathédrale , oîi était Alphonse de Liguori:ildésrrait, disait-il, de le voir, parce qu'il avail connu dans une société de Naples un jeune séculier de ce nom. Le missionnaire à qui parlait le prélat était Alphonse lui-même. Le saint novice , confus au dernier point, ne sait d'abord que répondre ; puis se couvrant le visage sous le voile de la statue de la sainte Vierge auprès de laquelle il était en prière en ce moment, il put k peine dire : u c'est )j moi ; cette bonne mère m'a appelé. »

Le 6 avril 1726 il reçut le diaconat des mains de monseigneur Invilti. Le cardinal Pignatelli , qui était plein de confiance dans ses talens et dans ses vertus , lui permit de prêcher , l'exhortant de se livrer particuliérementà celte partiedu ministère. Ce conseil , qu'il regardait comme un ordre de Dieu , et le zèle qui l'embrasait, ne lui permirent pas de rester plus long-temps dans l'inaction. Peu de jours après il donna , à l'occasion de l'exercice des Quarante Heures , son premier sernion dans l'église de saint Jean de la Porte; il voulut consacrer ses prémices au grand objet de son amour; il parla sur le trèssaint Sacrement. A ce début , ce ne fut qu'une vois

parmi les auditeurs pour applaudir à celleéloquence apostolique , qiii promeUait à la religion d''éclaiantes victoires. Dés lors , iuvité de tous cotés pour prêcher^ on le vit paraître successivement dans presque toutes les chaires des églises où le Saint Saerement était exposé , et ses sermons attiraient toujours un concours immense d^audileurs qui en retiraient les plus grands fruits.

Cependant il faillit être arrêté dès les premiers pas quMl fit dans cette carrière ; Texcés de ses travaux lui causa une maladie et laquelle il fut près de succomber : on le crut tellement h l'extrémité, qu'à deux heures après minuit on lui apporta à la hàle le saint Viatique : illereçut avec une ferveur admirable ; et comme si déjà il fût entré pour jamais en possession de Dieu même. Mais pour que rien ne manquât h son bonheur , il voulut , avec le fils , posséder encore la mère, et mourir ainsi dans les bras de Jésus et de Marie. II demanda qu'on plaçât auprès de son lit la statue de Notre -Dame de la Merci , à l'autel de laquelle il avait autrefois suspendu son épée en faisant vœu de se consacrer au service des autels. On lui apporta sans délai la statue miratiuleuse : en la voyant , il ne put contenir ses sentimens : sa joie était telle qu'on aurait dit qu'il voyait, pour ainsi dire, se réaliser d'avance autour db lui ses espérances pour l'éternité : il se livra à tous les épanchemens de la tendresse et de la confiance j son cœur semblait se dilater^ son visage était

rayonnant ; il lui était doux d'être encore reçu au sortir de la vie par celle-là même qui l'avait appelé et Tavait reçu au sortir du monde. Mais après l'avoir consolé, Marie le conserva. On vit disparaître dés ce moment tous les symptômes du mal , et la santé fut aussitôt rendue à ce pieux diacre, qui trouva dans sa guérison un motif de plus pour exciter sa ferveur.

Il ne comptait encore que quelques mois de diaconat, lorsque rarchevéque de Naples , frappé de tout le bien qu'il avait déjà opéré, ne voulut pas priver plus long -temps l'Eglise des secours plus grands que lui assurait l'exercice de son ministère dans un ordre supérieur. Alphonse fut ordonné prêtre le 21 décembre 1726. Il était âgé d'environ trente ans : il pouvait fournir encore une longue carrière , et il se réjouit d'avoir à la consacrer sans réserve à la gloire de son Dieu. Nous ne pourrions rendre quels sentimens d'humilité, quel amour, quelle reconnaissance , quels ardens désirs , quelle vive foi ce digne prélre porta à l'autel la première fois qu'il offrit le saint sacrifice. Son ame en fut pénétrée d'une ferveur nouvelle dont il ne pouvait contenir les transports , en songeant qu'à sa voix son Dieu était descendu dans ses mains pour s'immoler de nouveau comme sur le Calvaire ; et l'on verra , dans la suite , l'impression toujours persévérante de cette pensée sur son cœur pendant qu'il célébrait les saints mystères.

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