‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Exactitude du bienheureux Alphonse pour tous les devoirs de son ministère pastoral.

On a vu l'empressement de notre saint à se rendre dans son diocèse aussitôt après sa consécration, quelque danger qu'il y eût pour lui d'aller habiter, au fort des chaleurs, un pays très-malsain. Il ne voulut jamais user, dans le cours de son épiscopat, des interstices accordés aux évêques par le concile de Trente, et ne s'absenta que trois fois de son diocèse , et encore pour très-peu de temps , et pour des raisons des plus impérieuses. En 1763, il se rendit au chapitre général de sa congrégation, où sa présence fut extrêmement utile pour le bien de l'inslilut du 1res saintPiédempteur. Quelques années après,

les médecins et son direcleur robligèrenl d'aller , à la suite d'une grave maladie, respirer un meilleur air dans la maison de Saint-Michel des Païens ; enfin , il fil un voyage à Naples pour soutenir la cause de sa congrégation , qui était attaquée sous un rapport de la plus grande importance. Il ne resta qu'un mois dans cette capitale , et ce mois ne fut pas perdu pour l'Eglise. Tout en s'occupant de l'objet qui Ta- •. vait amené , il donna une retraite au clergé de la vTÎUe, à la grande satisfaction du cardinal Sersale , qui en était alors archevêque ; il prêcha aussi dans plusieurs églises , et il fut comme un ange de paix pour un couvent de religieuses , où il parvint à rétablir la tranquillité qui depuis long-temps y était troublée.

Cependant, Alphonse n'habita pas toujours sa ville épiscopale ; il était en visite pasloraleà Arienzo, lorsqu'il tomba dangereusement malade ; quand il se trouva mieux, des réparations nécessaires à son palais de Sainte- Agathe, qui menaçait ruine, le forcèrent de différer son retour , et ensuite les médecins lui déclarèrent qu'avec son asthme et ses douleurs de poitrine , il ne pouvait , sans imprudence -, habiter encore sous un climat aussi humide. Ses amis et son directeur intervinrent ; on lui fit un cas de conscience d'aller ainsi exposer sa santé. Ce fut un vrai sujet d'inquiétude pour le serviteur de Dieu; il consulta des prélats et autres personnes recommandables, et d'après les décisions qu'on lui donna , il

ne fui plus question de quiller Arienzo; celle ville était de son diocèse ; le chapitre de l'église principale partageait avec celui de Sainte-Agathe les prérogatives de la cathédrale ; il y avait un palais épiscopal , et il fallait que pour représenter Tévéque un grand vicaire y fit toujours sa résidence.

Père de son peuple , le vrai pasteur lui rompt avec assiduité et en abondance le pain de la parole, moyen ordinaire d'entretenir la vie de la grâce dans les cœurs des fidèles , et de la leur faire retrouver quand ils ont eu le malheur de la perdre , par conséquent moyen ordinaire de salut pour les peuples. Le zèle de notre saint, dans cet important ministère de la parole , ne se ralentit pas au milieu des soins si multipliés du gouvernement de son diocèse ;il reçut au contraire comme unnouvel accroissement par la considération des devoirs de sa charge pastorale.

Outre la mission qu'il avait donnée à Sainte Agathe, dès le commencement de son épiscopat, A4phonse prêcha toujours dans sa cathédrale tous les jours de fête et de dimanche , et il donna constamment tous les samedis un discours sur la sainte Vierge , pour qui il brûlait d'inspirer la plus grande dévotion. Celle pratique, à laquelle il s'était obligé par vœu, il la suivit encore quand ilhabila Arienzo. 11 fut effectivement le missionnaire de son diocèse , annonçant sans cesse la parole divine , non-seuleraenl dans les retraites et les missions, où nous ve*'-

ronsplus tard quel était son zélé , mais encore dans les assemblées ecclésiastiques, telles que conférences des cas moraux et autres, dans les congrégations diverses qu'il avait formées , et généralement presque toutes les fois qu'il se trouvait dans l'église au milieu de ses ouailles. Dans ses visites pastorales surtout, il n'omettait jamais de faire entendre sa voix , attaquant de front , et avec une véhémence digne de son zèle , les vices dominans du peuple au milieu duquel il se trouvait; il lui arrivait dans ces circonstances de prêcher plusieursfoisdans le même jour , surtout lorsque la paroisse était divisée en plusieurs hameaux ; il allait successivement évangéliser les chrétiens de chacune de ces diverses habitations. Le Ciel bénissait ces travaux d'une sollicitude admirable ; des conversions s'opéraient toujours h sa voix , et son exemple , autant que ses paroles , apprenait à tous combien ils devaient avoir à cœur de remplir et leurs obligations de chrétien et celles de leur état. Alphonse,, devenu évéque, parlait toujours sur les mêmes sujets, avec le même ton , la même force , la même simplicité , et , si l'on veut , le même abandon qu'autrefois dans ses missions ; il instruisait et voulait convertir ; c'était toujours l'homme apostolique , le missionnaire ; il était toujours aussi persuasif et aussi touchant , h cela prés qu'il y avait de plus dans son langage quelque chose de l'autorité de son caractère épiscopal, et je ne ■fiais quoi encore de plus pressant , de plus doux e$

de plus tendre qui annonçait à la fois qu'il remplissait un devoir important de sa charge , et qu'il portait dans son cœur les sentimens d'un jiére plein d'amour pour ses enfans. Aussi ces accens paternels du saint évéque étaient-ils parfaitement compris de tout l'auditoire : on les recueillait avec autant d'empressement que de respect et de reconnaissance ; tout ce qu'il disait était profondément ressenti , souvent on ne pouvait , en l'entendant , retenir ses larmes ; il savait si bien attirer les peuples, qu'ils se disaient entre eux : « Venez , allons » entendre notre saint , qui nous aime tant , et qui j) nous aplanit si bien le chemin du Ciel. » Il ne se bornait point là', en ce qui regardait l'instruction qu'il donnait lui-même à ses ouailles ; à l'exemple du divin Maître , il aimait à s'entourer des petits enfans , h. parler aux simples et aux ignorans. Il était beau de le voir tous les dimanches faire luimême le catéchisme dans l'église et enseigner dans le langage naïf de l'enfance les devoirs de la vie chrétienne. Il distribuait de petits prix aux enfans les plus assidus, et cherchait à les captiver par une bonté douce et touchante. Non content de cela , il les faisait, dans la semaine, venir chez lui pour les instruire. Tous ceux de Sainte-Agathe s'y rendaient et avec eux une foule de grandes personnes , aussi empressées d'entendre le zélé pasteur que ravies des beaux sentimens qu'il exprimait de manière à être compris des plus jeunes de l'assemblée ; c'est ainsi

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que beaucoup d'ignorans ont été instruits de sa bouche , soit à l'église , soit dans son palais. Son zèle , par rapport au catéchisme, l'accompagnait partout dans son diocèse , et dans chaque paroisse, il renouvelait , à cet égard , ce qu'il faisait habituellement dans sa ville épiscopale.

Non-seulementnotre bienheureux ne manquait aucune occasion d'adresser la parole à son peuple ; mais il savait encore faire naître de ces occasions , aussi fréquemment qu'on pouvait l'attendre d'un zèle ardent comme le sien , et de l'intime persuasion où il était que c'était là un des' principaux devoirs de sa place. Il institua un grand nombre de dévolions précieuses, au sujet desquelles la voix des ministres sacrés devait être entendue du haut des chaires chrétiennes. Il donnait lui-même l'exemple dans la ville de sa résidence , et les prêtres de son diocèse étaient obligés de l'imiter dans leurs églises respectives : ces exercices duraient quelquefois huit jours ; il en avait réglé l'ordre et la forme , et ils se renouvelaient assez souvent dans l'année. Ainsi, parle zèle qu'il prescrivait ou inspirait h son clergé , il s'était, en quelque sorte, multiplié lui-même par rapport au ministère de la parole ; et il éprouvait une ineffable consolation en pensant qu'à telle époque, durant la semaine de lapassion, par exemple , il y avait comme une mission générale dans tout le pays de sa juridiction.

Cependant , pour retirer de ces saints exercices

tous les avantages qu'il s'était proposés pour le bien des âmes , il chercha à former des ouvriers évangéliques spécialement propres au ministère de la prédication : il aurait voulu transformer tous les membres de son clergé en autant de puissans missionnaires ; et il établit plusieurs associations de prêtres qui se réunissaient une fois la semaine pour se former au genre de prédication simple et apostolique , tel qu'il est usité dans les missions bien faites ; genre dont une expérience journalière a démontré, depuis les apôtres, la vertu convertissante , et que l'on est souvent dans le cas de désirer à une foule de prédicateurs esclaves un p'eu trop fiers de leurs phraseg académiques. Alphonse ne voulait pas de ces prédicateurs , même pour prêcher le carême ; il les remplaçait ordinairement par les prêtres des associations dont nous venons déparier. Ceux-ci , après s'être suffisamment exercés dans leur réunion particulière, étaient attachés, en qualité d'auxiliaires, aux missionnaires du très-saint Rédempteur , et l'expérience qu'ils faisaient sous ces Pères de ce genre de ministère , les mettait bientôt à même de rendre d'importans services au diocèse -dans les diverses stations qu'ils avaient à remplir. Le saint se servait d'eux en une infinité de circonstances , et ils étaient continuellement disposés à se porter aussitôt partout où les appelait la volonté de leur évêque.

Notre bienheureux ne se borna pas pourtant aux ressources que pouvait lui offrir lepaysiqu'il avait à

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gouverner. Dés les premiersjoursdeson épiscopat, il s'empressa d'appeler des secours étrangers. H s'adressa en même temps aux missionnaires delà propagande de Naples , à ceux des conférences de la même ville, aux Pères des Œuvres pies, aux jésuites et aux dominicains. Chacun de ces corps divers lui envoya des ouvriers : une seule congrégation , enlr'autres , lui en fournit vingt- cinq des meilleurs; et dés le commencement de l'automne , il y eut comme un assaut général livré au démon dans le diocèse de Sainte-Agathe , et bientôt l'on put admirer un changement total dans les peuples de cet heureux pays. Dans cette grande occasion, Alphonse se trouvait présent en tous les lieux , prenant partout une part très -active aux travaux des missionnaires. Etant venu joindre les Pères des Œuvres pies à Arienzo , il s€ chargea de donner les exercices spirituels h la noblesse , et l'on vit tous ces gentilshommes donner l'exemple des conversions les plus sincères ; il en fit une congrégation trés-édifiante qui , d'après l'esprit des statuts qu'il leur donna , s'est long-temps distinguée par sa piété envers le très-saint Sacrement et la sainte Vierge. Ce fut là , pendant celte retraite pour les nobles , que , tandis qu'il était en chaire , il entra en extase , et parut tout rayonnant de feu semblable à un chérubin enflammé ; l'éclat qu'il jetait , illuminait toute l'église d'une splendeur surnaturelle dont il serait difficile de donner une idée. Il disait en même temps , avec un ton

d^inspiralion : «Voici Marie qui vient pour répan- , » dre des grâces ; demandez-lui ce dont vous avez )) besoin, elle est prête à vous tout accorder. » Durant son épiscopat il a eu , dans cette même ville , jusqu'à trois fois des extases de ce même genre tan-' dis qu'il prêchait. La même chose s'est aussi souvent renouvelée ailleurs. C'était toujours en présence d'une nombreuse assemblée , et on ne saurait révoquer en doute la déposition d'une multitude de témoins.

D'Arienzo , Alphonse se transporta à Sainte-Marie du Bourg, paroisse des plus considérables de son diocèse j son zèle s'y montra aussi admirable qu'il fut fructueux pour les âmes. Le saint y renouvela plusieurs fois le spectacle sanglant de ces pénitences publiques auxquelles il se livrait d'une manière si effrayante avant son épiscopat. Il donna une retraite au clergé, dans laquelle on remarqua l'appel qu'il fit aux simoniaques secrets de venir le trouver en toute confiance. On assure qu'il y en eut qui se rendirent à son invitation , et furent réconciliés avec l'Eglise.

Cette première année , les missionnaires du trèssaint Rédempteur ne furent pas appelés pour de sages et délicates considérations. Il y avait à craindre au premier abord que les anciens compagnons du saint évêque , traduits devant l'opinion publique sous des déguisemens odieux , soupçonnés peutêtre d'exercer, de la pari- de leur supérieur, une

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sorte d'espionnage sur tout le diocèse , n'inspirassent pas toute la confiance qu'ils méritaient. On ne fut plus retenu par ces craintes dès la seconde an-^ née du laborieux épiscopat de l'infatigable serviteur de Dieu ; comme ils étaient animés de son es- ' prit , et qu'il pouvait en disposer à son gré , ce fut surtout sur eux qu'il fonda ses espérances pour le bien de ses ouailles. Cependant il ne cessa pas de faire venir d'autres missionnaires. Il ne croyait pas qu'il pût trop multiplier les missions dans son diocèse celles avaient lieu successivement dans toutes les paroisses , dans un espace de temps assez court, et elles revenaient assez souvent dans le même pays : il se rencontra des gens qui osèrent le blâmer de ce xéle comme d'un excès; mais il appréciait trop le bien qui en résultait pour se conformer aux vues étroites d'une prétendue modération qui ne vient pas de Dieu. Selon lui, on ne pouvait jamais trop faire pour le salut des âmes ; aussi soutenait-il l'œuvre éminemment apostolique des missions de toute son autorité comme de son exemple et de son zèle. Il aurait , au besoin , eu recours au roi et au Pape. Tous les bons prêtres s'efforçaient de le seconder en ce point, et la plupart des curés étaient pleins de reconnaissance pour ce qu'ils regardaient , avec raison, comme un grand soulagement dans les obligations de leur charge. Il s'en trouva cependant qui n'entraient pas dans les vues du saint évêque à cet égard ; mais il les forçait de recevoir les mission-

naires , allait au-devant des difficultés qu'ils pouvaient faire naître, et fournissait très-souvent luimême de ses revenus pour les frais d'une mission qui n'aurait pu avoir lieu sans cela. Il lui arriva de faire des réprimandes assez sévères à ceux qui s'op- • posaient secrètement à son zèle , tellement qu'un curé se crut permis de répondre d'une manière peu respectueuse. Le grand vicaire indigné ne proposait rien de moins que de lui faire expier son insolence dans les prisons de l'officialité ; Alphonse outragé personnellement fut d'un autre avis : il pardonna ; mais il fallut que le coupable se soumît à recevoir avec une bonne grâce , au moins apparente , des hommes dont il ne voulait pas. Et c'est ainsi qu'en dépit de toutes les contradictions , le bien s'opérait dans un diocèse où une œuvre justement appréciée donnait à elle seule les plus grandes consolations au premier pasteur.

Le palais épiscopal était continuellement ouvert à toutes les personnes qui désiraient entretenir notre bienheureux. Les plus pauvres et les moins considérés , quel que fût leur âge ou leur condition , étaient admis dès qu'ils se présentaient, aussi-bien que les grands et les riches. Le digne évéque interrompait toute occupation , laissait à l'instant la plume ou les livres pour recevoir tous les individus de son peuple. Mais s'il était d'un accès si facile , s'il témoignait une grande bonté à tout le monde», il n'aimait pas pour cela qu'on prolongeât les conver-

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gâtions de simple politesse ; il les terminait sans façon , coupant court à tous les compllmens et menant droit au fait ; il montrait au reste une grande patience h dcouler ce qui intéressait la personne qui lui parlait ; il lui répondait aussi longuement qu'il était nécessaire pour l'éclairer, la consoler ou l'édifier, cl elle ne se retirait jamais avant qu'il eût satisfait à tous les devoirs de la charité, et souvent encore à toutes les exigences si ordinaires en pareille rencontre. Quel que fût l'objet de l'entretien , il y mêlait toujours des paroles utiles à l'arae de celui qui l'avait demandé. C'étaient souvent des avis imporlans auxquels plus d'un pécheur a dû son retour à Dieu , et plus d'un chrétien fidèle sa perfection et sa persévérance. C'est ainsi que, dans l'ordre des devoirs de son ministère , le saint évéque était continuellement à la disposition de son peuple , touj^ours prêt à s'occuper du salut de chacun en particulier, et s'occupant sans cesse avec une incroyable sollicitude du salut de tous en général : digne pontife de ce Dieu Sauveur qui sait compatir à toutes nos infirmités , et qui est toujours vivant pour intercéder pour nous!

D'après le plan que s'était tracé notre bienheureux , il devait tous les deux ans faire sa visite pastorale dans chaque paroisse de son diocèse , si peu considérable qu'elle fût. 11 demeura fidèle à ce plan, même lorsque depuis long-temps son âge et des infirmités toujours plus douloureuses le dispensaient

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enlièrement d'un devoir devenu Irop pénible pour lui , dans un pays où la difficullé des chemins égalait l'irrégularité des saisons. Tant qu'il garda la voiture que son frère lui avait donnée , il s'en servit dans ses voyages ; mais il finit par ne plus vouloir h son service que les plus viles montures ; et ce pauvre équipage , si conforme à son humilité, il ne le conservait que parce qu'il lui était absolument impossible de faire sa route à pied (1). Il se refusait d'ailleurs toute espèce de commodité, supportait avec joie toutes les intempéries de l'air , marchait pendant la plus grande ardeur du soleil , et ne paraissait occupé que du seul objet de la gloire de Dieu et du salut de son peuple qu'il aimait toujours à revoir. Il ne cessait , durant le voyage , de prier pour ce peuple avec le petit nombre de personnes de sa suite , ou bien il s'entretenait avec elles des choses de Dieu. Dans les maisons où il prenait son logement , son lit n'était pas meilleur que dans son palais ; c'était toujours ce même sac , si pauvre et si dur. Il n'y avait pas plus de différence dans ses repas. Un prieur des Dominicains voulut le traiter avec quelques égards pour le service de la table, le

(1) Comme on se récriait un jour en le voyant an-iver sur un âne, il répondit en souriant à ceux qui se montraient si étonnés : Hi in curribus et ht in equis , nos autem in nomine Domini. Cependant , il n'entendait pas blâmer pour cela les personnes qui avaient une voiture , puisqu'il avait cru quelque temps aupaia-^ vant pouvoir lui-même en faire usage.

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sninl s'en plaignit vivement et fit réformer l'ordinaire.

Il avait réduit la taxe des droits de ses prédécesseurs à l'occasion des visites pastorales , et il en résulta qu'elles furent pour lui l'objet d'une dépense considérable indépendamment de ses aumônes continuelles qui épuisaient tout-à-fait ses revenus. Il s'était fait une loi de n'accepter jamais aucune espèce de présens; celle loi il l'observa toujours avec une scrupuleuse sévérité dans le cours de ses visites : il refusait les objets les plus vils comme les plus riches , et subvenait lui-même aux frais de sa nourriture. Un prêtre de ses amis lui fit porter un jour un plat de laitage ; le saint le refusa , disant : a Qu'il était défendu aux évêques de recevoir des y> présens ; » et comme le prêtre lui faisait observer que cela n'était pas proprement un présent , que c'était un rien qui n'avait aucun prix , « lisez donc » les canons , reprit Alphonse , et vous verrez ce » qu'ils disent. » Enfia , sa délicatesse en ce point le portait même à dédommager les communautés religieuses chez lesquelles il avait logé.

Notre saint avait adopté pour ses visites pastorales une méthode qui prouve quel était son zèle pour tout ce qui tenait au bien de ses ouailles. En arrivant dans un pays , il se rendait aussitôt à l'église principale , où il adressait un discours au peuple et annonçait pour le lendemain l'office pontifical et l'indulgence pléniére qu'il avait obtenue du Pape

pour tous ceux qui , après s'élre confessés , com- . raunieraient dans le cours de la visite. Il avait eu soin de faire venir des chanoines de sa cathédrale ou delà collégiale la plus voisine et déjeunes ecclésiastiques duséminairepour l'assister à l'autel. Dans ' un grand nombre de paroisses la visite pastorale ne différait en rien des missions qu'Alphonse faisait donner dans son diocèse , si ce n'est que les exercices étaient peut-être plus multipliés. 11 prêchait j^ejidant huit jours consécutifs sur les vérités les plus frappantes du salut : il y avait assez de prêtres pour entendre les confessions , et il confessait lui-même à l'église. Il donnait une retraite au clergé de la contrée , aussi-bien qu'aux monastères de religieuses qui se trouvaient sur le lieu.

Il ne manquait jamais de rassembler tous les jours les enfans pour leur faire le catéchisme et les préparer à recevoir dignement le sacrement de confirmation qu'il leur administrait toujours durant sa ■visite pastorale. Il la prolongeait quelquefois dans un pays au delà des huit jours d'exercices spirituels; après ce terme il se contentait de réunir le peuple , tous les soirs dans l'église pour l'adoration du trèssaint Sacrement et une prière à la sainte Vierge , dévotion dont il établit l'usage dans toutes les paroisses de son diocèse.

Il ne parlait jamais d'un lieu qu'il avait visité, sans avoir réglé tout ce qui intéressait le bien des nmes et tenait aux devoirs de sa charge. Celle exae-

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liludele retint une fois quarante jours en visite dans une ville où il eut de grandes réformes à faire ; car il poursuivait avec une admirable persévérance l'exécution des plans qu'il s'était tracés pour l'adminislralion de son diocèse ; il ne reculait devant aucune difficulté dans les choses , ni opposition dans les personnes. Les canons et la discipline reçue dans l'Eglise étaient sa règle invariable , et au cune considération humaine n'aurait pu le porter à laisser subsister les abus qui s'étaientintroduits, bien qu'ils parussent avoir prescrit par une longue tolérance qui les aurait presque mis à l'instar des usages les plus respectables.

11 mettait de la sagesse et de la douceur dans ses mesures d'amélioration , mais sans préjudice de la fermeté et de la vigueur nécessaires pour opérer le bien. Rien n'échappait h sa surveillance : les édifices religieux, les chapelles rurales mêmes, les vases sacrés , les ornemens des prêtres , les tableaux , les autels, tout le mobilier des églises , étaient examinés dans le plus grand détail dans ses visites ; il faisait plus : il s'informait avec un grand soin et une extrémç prudence de la conduite des personnes ; les ecclésiastiques surtout étaient dans ces occasions l'objet d'une sollicitude particulière , qui ne tarda pas à lui faire connaître parfaitement le mérite de tous les individus de son clergé. Il i^gnorait pas non plus les scandales que pouvaient donner les laïques , et son zèle , sa bonté douce et paternelle ,

et une sorte de saint courage qu'il portait dans toutes les affaires qui regardaient la gloire de Dieu , lui procuraient souvent la consolation de faire cesser les désordres qu'il menaçait quelquefois de toute l'animadversion de son autorité. Ces menaces étaient , au besoin , suivies de leur effet ; mais le bon pasteur ne frappait que pour corriger et sauver, et il n'en venait à la rigueur que lorsque toutes les ressources de la bonté avaient été épuisées ou devaient être évidemment inutiles. Ilaimaitbien mieux porter des paroles de paix et de miséricorde, et visiter dans leurs maisons les pécheurs scandaleux pour les ramener paternellement à la pénitence et h la vertu. Il lui était bien plus doux de répandre les grâces et les bienfaits sur son passage , comme le divin Sauveur : aussi ne manquait-il jamais d'aller voir et consoler les malades et les personnes afifligées de la paroisse où il était en visite. Dans ces occasions , sa présence , ses paroles , le tendre intérêt qu'il témoignait et ks secours qu'il prodiguait généreusement , ont souvent séché bien des larmes et soulagé bien des douleurs ; toujours il laissait les âmes remplies d'une grande confiance en Dieu et touchées d'une juste reconnaissance pour sa charité. Il existe encore aujourd'hui de ces pauvres qui, dans leur jeunesse, ont reçu sous le toit de leur chaumière le compatissant évêque ; le souvenir de sa bonté est encore , h la fin de leur vie , vivant dans leur cœur comme celui de sa vertu , et le vieillard

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lard ranime ses forces pour invoquer son nom , en le couvrant de bénédictions et de louanires.

L'infatigable prélat trouvait tant de bien h faire dans ses visites [jaslorales, quMl ne voulait pas qu'elles fussent interrompues , même par ses maladies. Ayant été , dans un de ses voyages , atteint d'un mal qui s'annonça par les sym2:»tômes les plus alarmans , il fut contraint de s'arrêter ; mais il fit continuer la visite par son grand vicaire, qu'il obligea de lui rendre jour par jour un com.pte détaillé de toutes ses opérations , tandis que , de son coté, il lui transmettait des ordres précis sur toutes les mesures qu'il y avait à prendre dans les différentes circonstances. C'était , de part et d'autre , une correspondance des plus actives. Le médecin défendit cette application d'esprit. Selon le docteur , le soin des affaires , les lectures de piété , les prières , les méditations étaient autant de causes qui aggravaient toujours davantage la maladie du saint; mais Alphonse prétendait au contraire que tout cela était un soulagement dans ses souffrances. On voulut faire venir un médecin de Naples , il s'y opposa , disant qu'il ne devait pas être mieux traité que ses diocésains. Il était réduit aux plus inquiétantes extrémités , mais il s'abandonnait à Dieu , et ne paraissait désirer que les secours spirituels qu'il recevait tous les jours dans la sainte communion ; cependant on lui donna le viatique et rexlrêmeonclion ; depuis il se trouva mieux , et il put , dans

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sa convalescence , s'occuper , avec toute son activité ordinaire , des objets de son zèle pastoral. Il manda auprès de lui un certain nombre de prêtres, et de son lit il leur fit subir un examen sur Ja théologie morale. Il les examina aussi sur les rubriques de la messe, les faisant exercer devant lui sur un petit autel qu'on avait dressé dans sachambre. Quatre de ces prêtres , qu'il trouva incapables , furent interdits.

Nous ajouterons encore un trait de son zèle au sujet de ses visites pastorales. Dans les dernières années de son épiscopat , deux fois , par complaisance pour son grand vicaire , il consentit k voyager en voiture , et deux fois la voiture versa. La seconde chute eut lieu à peu de distance de Sainte- Agathe ; le prélat devait passer au pied de cette ville pour se rendre au lieu de sa destination. Il s'était démis le poignet et on l'engageait à rentrer chez lui, il n'en voulut rien faire ; un chirurgien fut appelé dans une maison du faubourg, le poignet fut remis, et Alphonse poursuivit sa route , empressé qu'il était d'arriver au milieu du peuple qui l'attendait et pour lequel il devait le soir même ouvrir la visite en forme de mission. Ne nous étonnons point si avec tant de dévouement il inspirait aux peuples une telle vénération que tout le monde cherchait à se procurer quelque objet qui lui eût appartenu , et s'il est même souvent arrivé dans ses voyages que par dévotion on lui ait coupé des morceaux de ses habits.

Le zèle d\m apôtre , les auslérilés d'un grand pénitent , la piété d'un chérubin reluisaient dans Alphonse aux yeux de tous ses diocésains , qui ne pouvaient se lasser d'admirer tant et de si grandes vertus. Tel était Alphonse dans ses visites pastorales, tel il se montrait encore dans toutes les parties de son administration , toujours avec la même sollicitude : quelque confiance qu'il pût avoir dans les personnes qui l'environnaient , il n'en demeurait pas pour cela étranger aux affaires qui leur étaient spécialement confiées. Le grand vicaire lui-même , à qui il appartient ordinairement de prononcer sur les procès pendans en cour épiscopale , ne pouvait rendre aucun jugement avant que d'en avoir conféré avec Alphonse; toutes ses opérations étaient surveillées, et un jour que notre saint eut connaissance qu'on se plaignait d'un retard considérable dans une affaire de grande conséquence , il lui en fit de vifs reproches , et alla même jusqu'à le menacer d'une révocation de pouvoirs.

Mais qu'importent les efforts de l'homme pour planter et arroser ^ si Dieu nt donne pas l' accroissement? Aussi notre saint ne se contentait pas d'agir pour le bien de son peuple , il priait et faisait prier «ncore , n'attendant que du Ciel le succès de ses soins. Tous les jours il offrait à Dieu les vœux de son peuple et s'offrait lui-même en victime d'expiation pour les péchés de tous , s'immolant avec une généreuse ferveur dans des austérités effrayantes. II

avait mis son épiscopat sous la proleclion de la 1res* sainte Vierge , el il la suppliait instamment de faire descendre les bénédictions de son divin Fils sur son ministère. Il se croyait tellement obligé à la prière pour les besoins de son peuple , que n'ayant pu , durant plusieurs mois , célébrer la messe à cause d'un rhumatisme universel dont il avait été atteint , ij mit une somme d'argent entre les mains d'un Père de sa compagnie pour faire acquitter à sa décharge \qs messes qu'ij n'avait pu appliquer pour ses ouailles pendant sa maladie. C'est ainsi que ce digne pasteur s'efforçait de remplir les obligations sacrées de ^on état ^ et qu'il aura pu dire au Seigneur, le jour qu'il s'est présenté devant son tribunal : O mon Dieu! je n'ai laissé péril- aucun de eaux que nous m'avez confiés , hors le fils de perdition.

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