CHAPITRE Vni
Suite du même sujet.
Nous avons mis sous les yeux du lecteur , dans un précédent chapitre , les principales ordonnances que notre saint avait portées relativement à la réformation des moeurs des simoles fidèle;;. Le même recueil d'où nous avons tiré cet extrait renferme
yie de LiQuoîi, N
encore un certain nombre de dispositions qui se rapportent uniquement aux devoirs du clergé , et qui n'attestent pas moins que les autres, que le digne évéque dont nous écrivons la vie , embrassait tous les inlérêls de la religion dans sa vaste sollidilude; ils nous apprennent de plus, que si rien n'était étranger à son zèle de ce qui tenait à la conduite même des dernières brebis du troupeau , il se faisait un devoir encore plus rigoureux d'exercer son autorité et sa vigilance vis-à-vis des pasteurs secondaires et de tous les ministres des autels , quel que fût leur rang dans la hiérarchie ecclésiastique.
Un des articles de ces notifications ou ordonnances, a pour objet les devoirs des chanoines et autres membres des chapitres; le prélat se plaint de la grande précipitation avec laquelle, en certains lieux, on récite l'office divin , et déclare, en s'appuyant sur la bulle de Benoît XIV au cardinal Delfino, patriarche d'Aquilée, qu'en ne s'acquittant pas avec soin du ministère de la prière publique, on ne satisfait pas à l'obligation de son litre , et qu'on n'a dés lors point de droits aux revenus du bénéfice. Il réclame, pour qu'on observe les médiantes , que l'on soit au chœur avec dévotion et silence , et qu'on n'en sorte point sans de fortes raisons; il régie ensuite la manière de procéder dans les délibérations des chapitres , à l'effet de maintenir la liberté des suffrages.
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Rappelant ce que le saint concile de Trente a prescrit sur le genre de vie et la manière de se vêtir des ecclésiastiques , il proscrit tout ce qui pourrait leur donner une trop grande ressemblance avec les gens du monde ; il veut les cheveux courts , les habits simples sans aucune espèce de superfluité , malgré l'abus contraire qui s'était introduit depuis assez long-temps dans le royaume de Naples. 11 les oblige , sous peine de suspense , de porter la soutane , ne permettant l'usage de la soutanelle que pendant la saison pluvieuse , et seulement aux prêtres des campagnes , à cau«e de la nécessité où ils sont d'aller quelquefois pour les fonctions de leur ministère , à de grandes distances de leur demeure dans des pays marécageux et remplis de boue.
Il défend aux ecclésiastiques , sous peine de suspense encourue par le seul fait , toute espèce de jeu de hasard , et de jeu public , ainsi que la chasse au fusil ou au filet, et le négoce, qu'ils pourraient faire par eux-mêmes , ou en prenant intérêt dans •des spéculations commerciales. Les ecclésiastiques qui ne sont pas dans les ordres sacrés , et qui se trouveraient dans l'un de ces cas , sont , par la même ordonnance, frappés d'inhabileté pour être pro- ~mus h des ordres supérieurs.
On a vu comment s'y prenait notre bienheureux, pour que le saint sacrifice -de la messe fût toujours célébré avec la dévotion nécessaire et sans aucune transgression ou omission du rit prescrit par
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TEglise. ïlporla encore l'interdit encouru par le seul fait , contre tous les prêtres qui resteraient moins d'un quart d'heure à l'autel , quand même ce serait à une messe de Requie7n. Il chargea quelques prêtres recommandables d'examiner secrètement dans les différentes contrées , non- seulement de quelle manière on s'acquittait de ce grand ministère , mais encore si l'on avait soin de donner un temps convenable à la préparation et à l'action de grâces; tout lui était fidèlement rapporté , et il s'en fallait qu'il négligeât de faire usage des renseignemens qu'il avait reçus.
Dans une autre ordonnance , Alphonse relève avec force l'obligation de la résidence pour les curés , leur déclarant qu'ils ne peuvent s'absenter que pour les causes les plus graves, et avec la permission de leur évêque , par qui ils doivent toujours faire approuverleurs remplaçans. Il ne leur permet pas même, non plus qu'aux chanoines, de quitter leur poste pour aller prêcher le carême. Il regarde ce devoir de la résidence comme si essentiel , qu'il oblige. les curés qui y auraientmanqué , à la restitution de leurs revenus en faveur des pauvres et de la fabrique de leur paroisse. Il soumet à la même peine ceux qui, sans faire des absences, auraient négligé notablement de remplir les fonctions de leur charge, mettant dans ce cas , d'après la décision de la Congrégation du concile , tout curé qui aurait passé deux mois sans annoncer la parole de Dieu'/
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OU sans administrer les sacremens ; il veut eiacore que si les curés n'habitent pas le presbytère , ils aient au moins leur demeure au voisinage de l'église paroissiale.
Enfin, notre saint prélat rendit une ordonnance pour établir , dans tout son diocèse, les conférences des cas moraux, auxquelles tous les prêtres séculiers étaient tenus d'assister. La permission de confesser était retirée h ceux qui , sans être légitimement empêchés , se dispensaient de s'y rendre , et on ne pouvait être admis au concours pour les cures et autres bénéfices , qu'après avoir présenté un certificat attestant qu'on avait été assidu à celle assemblée. Les conférences avaient lieu une fois la semaine, et les questions que l'on y devait traiter étaient proposées par un décret de l'évêque, au commencement de chaque année. Elles se tenaient toujours en présence d'Alphonse lui-même dans le p^ys de sa résidence ; il voulait s'y trouver quand bien même il fût malade : c'était alorsdanssa chambre que Ton se rendait. Il donnait de son lit sa décision sur chaque cas, jugeait du mérite de chacun, et ne manquait jamais de profiter de cette circonstance pour donner des avis utiles autant pour la piété que pour la science. Le désir qu'il avait de procurer l'édification et l'instruction de son clergé lui inspira de composer un ouvrage intitulé : le Dominical ou Discours abrégé pour tous les dimanches. ainsi qu'un autre livre qui renferme des
instructions pour donner les exercices spirituels aux prêtres, et les exercices de mission aux peuples.
Indépendamment de ces ordonnances émanées de lui, Alphonse renouvela, par des mandemens obligatoires , les dispositions les plus essentielles f des canons des conciles , des statuts , des synodes et des réglemens de ses prédécesseurs. Peu content de commander, le saint voulait encore persuader ; c'est ce qui le porta à donner si fréquemment des retraites aux prêtres de son diocèse , pour leur inspirer à tous l'esprit de leur sublime vocation, et leur en faire pratiquer les vertus les plus parfaites.
Quand il eut réglé ce qu'il croyait le plus utile au bien de l'Eglise et à l'édification des âmes, il iugea qu'il devait s'appliquer , avec tout le soin possible , à ne donner à son troupeau que des guides capables de les conduire dans les bons pâturages , et à suppléer, autant que faire se pourrait , à l'insuffisance des pasteurs que leur défaut de zèle ou de science rendait inhabiles à un emploi aussi important. Il ne fit pas difficulté de demander leur démission à quelques curés qui se trouvaient dans ce cas , leur faisant entendre que s'ils s'obstinaient à ne vouloir pas quitter une place dont ils ne pouvaient remplir les devoirs , il saurait bien les y contraindre par la voie juridique , et à leur grande confusion.
Pressé comme il l'était du désir de n'élever aux charges que les plus dignes , il établit que les béné
fices k charge d'ame seraient toujours délivrés au concours ; avant d'être admis pour concourir, il fallait que le saint évéque eût l'assurance qu'on le méritait par toutes les qualités qui caractérisent un bon prêtre plein de xèle et de piété, en laissant aux examinateurs à décider ce qui regardait la science et l'habileté ; il se réservait personnellement l'examen des autres conditions. Il recommandait trèsexpressément aux examinateurs la plus exacte impartialité dans une matière de si grande importance , chargeant grièvement leur conscience de tout jugement qui aurait été influencé de quelque manière par une considération humaine. Pour lui, si le partage des voix l'obligeait d'intervenir pour décider entre deux concurrens , il ne le faisait jamais qu'après avoir pris l'avis de pi usieurs personnes éclairées et avoir long-temps médité devant Dieu pour savoir lequel des deux méritait la préférence: personne ne pouvait jamais être exempté du concours pour parvenir à un poste quelconque. Le supérieur du séminaire , homme aussi distingué par son grand savoir et sa vertu que respectable par son grand âge , aspirait à la dignité de doyen du chapitre, à laquelle se rattachaient les fonctions de pénitencier ; on désirait généralement qu'il y eût une exemption en faveur de ce prêtre vénérable : il fut impossible de l'obtenir. Les examinateurs , qui avaient tous été ses élèves, se récusèrent, ne voulant pas devenir les juges de celui en qui ils hono-
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raient leur docteur et leur maître : ils supplièrent le prélat de daigner signaler par une dispense Testime particulière qu'il professait pour un homme en qui il avait placé lui-même une si haute confiance ; mais Alphonse n'adhéra pas à leur demande et îiommaen leur place d'autres examinateurs.
Si pour obicnir une cure il fallait faire preuve 'de mérite , il n'était guère plus facile d'être approuvé pour entendre les confessions ; tous les jeunes prêtres étaient examinés sur la théologie morale , et ils en étaient encore réduits à passer par un nouvel examen toutes les fois qu'ils avaient à faire renouveler leurs pouvoirs. C'était en présence d'Alphonse lui-même qu'ils étaient obligés de répondre, et d'une manière satisfaisante , sous peine de ne rien obtenir. La même condition était également imposée à tous les prêtres étrangers , séculiers ou réguliers , qui venaient s'établir dans le diocèse de Sainte-Agathe ; nul n'était exempt , quelle que fût sa réputation ou son mérite. D'ailleurs, le saint évêque n'approuvait jamais que ceux dont la vie édifiante et vraiment sacerdotale pouvait lui inspirer une juste confiance. Il exigeait la plus grande régularité de tous les confesseurs , et celui qui aurait laissé apercevoir dans sa conduite la moindre légèreté , peu compatible avec la gravité et l'importance de son ministère , se trouvait incessamment révoqué ou interdit de ses fonctions.
Alphonse mettait la même délicatesse dans la col-
laîion des canonicals et des bénéfices simples : il ne précipilail rien dans le choix des sujets , et après qu'il avait mûrement réfléchi devant Dieu, c'étaient toujours le mérite et les services rendus à l'Eglise qui remportaient sur les prétentions des personnes même les plus puissantes. Il y a plus : lui recommander quelqu'un à cet égard , c'était exposer singulièrement le protégé à une fâcheuse exclusion. « Je ne veux prendre, disait le saint., aucune es- » pèce d'engagement lors de la vacance des béné- » fices. Je dois examiner moi-même les titres de » chaque aspirant, et décider ensuite selon que Dieu » el ma conscience me l'inspireront. » Alphonse se trouvait personnellement obligé envers le prince de la Riccia , le duc et la duchesse de Magdaloni , dont il avait d'ailleurs à ménager le crédit et à conserver la bienveillance ; il arriva plusieurs fois qu'ils se déclarèrent avec le plus vif intérêt en faveur de plusieurs ecclésiastiques qui aspiraient à des bénéfices; ces illustres personnages en vinrent même , en quelques circonstances, à joindre leurs sollicitations ; cependant ils rie purent jamais rien obtenir de la complaisance du serviteur de Dieu. Monseigneur Pignatelli , archevêque de Bari , vint un jour lui demander un bénéfice pour un prêtre à qui il s'intéressait. « Je ne le puisen conscience, répondit fran- » chemenl Alphonse ; lapersonne dont vous me par- B lez, n'a pas assez de mérite pour être préférée à » tant d'autres qui sont sur les rangs. » Celte sévé-
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rilé de principes , si opposée aux idées el aux condescendances des gens du monde , même les plus délicats sur ce qu'on appelle l'honneur et la juslice, ne laissa pas que de choquer bien des prétentions, el de soulever certains ressentimens. Les habitans de Sainte Agathe ne pouvaient supporter que des sujets nés dans leur ville ne fussent pas constamment préférés pour les bénéfices de la cathédrale ; selon eux , c'était là un de leurs droits qui était lésé, et ils en portèrent plainte au roi. La cour renvoya leur réclamation à Alphonse, qui répondit « qu'aucune loi ni fondation n'attribuant aux » habilans de Sainte-Agathe le privilège exclusif » d'être nommés aux bénéfices de sa cathédrale , il » se croyait obligé de ne faire à cet égard aucune » autre distinction , parmi les prêtres de son dion cèse , que celles qu'exigeaient le mérite persou- )> nel et les services rendus à l'Eglise. » On fut édifié de celle réponse autant qu'on la trouva juste ; et on le laissa en paisible possession de nommer aux bénéfices selon sa conscience.
Durant l'époque de l'année où la collation des bénéfices appartient au Pape , il vint à vaquer un canonicat à la collégiale d'Arienzo. Il s'éleva une foule de prétendans, tous appuyés de sollicitation» puissantes , afin d'obtenir d'Alphonse une lettre de' recommandation pour Rome. Mais il jugea qu'au milieu de ce conflit d'ambitions contraires , il devait garder une neutralité parfaite , et il se pronon .
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ca de manière à éloigner loule imporlunilé , déclarant ouvcrl<îment qu'il était résolu de ne s'intéresser pour personne. Cependant un gentilhomme des plus distingués de la ville ne craignit pas de venir le prier d'écrire en faveur d'un de ses frères , croyant que le prélat n'oserait pas lui refuser cette grâce , à cause de la considération dont il jouissait. Mais Alphonse ne le traita pas autrement que les autres , et s'excusa sur le parti qu'il avait déjà pris de demeurer absolument étranger dans cette affaire ; cependant comme l'autre insistait toujours davantage en se prévalant des titres de sa famille , le saint le pria enfin de se retirer, « parce que , lui dit- » il , il n'avait pas du temps h perdre , et que quand )> il y avait des bénéfices ci conférer, c'était Dieu » seul qu'il devait consujj^ pour choisir toujours y, les plus dignes, sans égard pour la qualité de » noble ou de plébéien ; qu'au reste, n'ayant pas » à nommer lui-même dans la circonstance présenn le, il n'accordait des lettres de recommandation » i\ personne. » Cette réponse outra de dépit le gentilhomme, mais ce fut bien pis quand il apprit que le canonicat venait d'être donné à un autre qu'à son frère ; transporté de colère , il vint d.' ns le palais ép iscopal accabler Alphonse de toutes sortes de reproches et d'invectives. Les gens de la maison , témoins de celte insolence, ne pouvaient contenir leur indignation ; mais le saint , calme et impassible , tachait d'apaiser ce furieux , répondant aux
outrages par tous les égards el loules les prévenances de la charité et de la politesse. Cet homme ne fut pas content de cette première incartade , il fit ensuite éclater en toute circonstance une haine affreuse contre le serviteur de Dieu , qui s'en vengea d'une manière bien noble et tout-à-fait digne de sa charité et de sa grandeur d'ame ; un autre canonicat vint à vaquer , et il fut conféré à un second frère de cet implacable ennemi ; le nouvel élu était un ecclésiastique plein de savoir el de piété , bien différent de celui pour qui des démarches trop pressantes avaient été faites en premier lieu. Ce fut un grand embarras et une grande confusion au gentilhomme, quand il lui fallut venir se présenter pour faire ses remercîmen^^ependant le saint le mit aussitôt à son aise panirbonté et la cordialité avec lesquelles il le reçut. « Je n'ai fait , lui dit-il , que » rendrejusticeàqui elle était due ; » et sans prendre aucunement avantage de la circonstance pour lui faire sentir son tort, il le traita comme si rien lie s'était jamais passé auparavant. Le mérite d'un procédé aussi délicat et aussi généreux fut parfaitement apprécié , il releva le prix de la grâce qui venait d'être accordée , et laissa dans les cœurs une plus profonde impression de reconnaissance.
Nous ne devons pas passer sous silence la scrupuleuse exactitude avec laquelle notre bienheureux refusait toute espèce de présent quand il était dans ie cas de conférer un bénéfice. Le supérieur du se-
minaire venait d^êlre élevé h la seconde dignité de la cathédrale : il crut témoigner sa gratitude, sans blesser la délicatesse, en envoyant Ix Alphonse quelqnes tablettes de chocolat; mais le saint, toujours fidèle h ce que nous lui avons déjà vu pratiquer dans une visite pastorale pour un objet k peu près aussi modique, renvoya le présent d'une manière polie et avec tous les remercimeus qui pouvaient faire asrréer son refus.
Il nous reste encore à parler des soins que donna le saint évéque h l'éducation de ses jeunes clercs. Le séminaire de son diocèse fut un des objets les plus précieux pour sa sollicitude , et il mit une constante application h le faire fleurir par tout ce qui pouvait former de dignes ministres de l'Eglise. Dès les premiers temps de son épiscopat , il Ife réforma complètement : il lui donna de nouvelles règles, un nouveau supérieur et de nouveaux directeurs. Le grand âge du prêtre qu'il trouva à la télé de l'établissement ne lui permettait plus de remplir les fonctions importantes et difficiles qui lui étaient confiées , et ce vieillard ne se trouvait pas suffisamment suppléé dans la personne des directeurs. Le saint évéque multiplia les exercices de piété , il y établit la visite journalière au très-saint Sacrement et à la sainte Vierge , et il parvint à y faire régner , avec une parfaite régularité , beaucoup de recueillement et un grand esprit d'oraison.
Alphonse se rendait au séminaire tous les mer-
credis et les samedis pour adresser à ces jeunes gens un petit discours, ayant pour objet d'exciter et de nourrir leur piété. Il ne tenait pas moins à encourager les éludes , et pour cela il visitait de temps en temps les classes , y interrogeait les individus et présidait toujours aux examens. Cet attrait particulier , qu'il avait montré autrefois pour les étudians de sa congrégation, rattachait encore avec un tendre et touchant intérêt aux ecclésiasti(|ues de son séminaire : aussi aimait-il h s'environner, comme un père , de ces jeunes élèves en qui il voyait l'espérance de son Eglise. Il se trouvait quelquefois avec eux en récréation , usant pour les mêmes fins des mêmes moyens qui lui avaient si bien réussi auprès de ses novices , espérance si chère de sa Société. 11 cherchait à édifier en intéressant, soit par le charme de ses saints entretiens, soit en faisant chanter de pieux cantiques qu'il avait composés lui-même. Comme , selon ses principes, il importait singulièrement au bien de l'Eglise que lous les prêtres fussent propres , autant que possible , au ministère éminemment apostolique des missions , il cherchait à leur en inspirer le goût dès le séminaire , sans vouloir cependant influencer pour cela leur vocation spéciale. Ce fut même dans la vue de les former à ce ministère, en leur donnant le véritable genre de prédication chrétienne , qu'il établit , pour les séminaristes , des conférences en règle sur l'éloquence de la chaire ; il voulait leur faire
aimer de bonne heure la simplicilé du langage qui convient à un prédicateur de l'Evangile , et leur apprendre à se livrer quelquefois , en annonçant la parole de Dieu , à cette espèce d'abandon , toujours si heureux pour produire le bien parmi les peuples, lorsqu'ils voient un homme s'oublier luimême pour ne s'occuper que des intérêts de leurs âmes. Cet exercice lui paraissait si important, qu'il ne manquait jamais d'y présider en personne, au milieu d'un nombre considérable de prêtres de la ville qui venaient encourager les essais d'une jeunesse studieuse , et peut être aussi profiler pour euxmêmes des observations et de la longue expérience du saint évêque. C'était pour lui une précieuse occasion d'animer un zèle naissant et d'en seconder tous les mouvemens , pour préparer à l'Eglise des hommes apostoliques , capables de lui donner toutes les consolations qu'elle a droit d'attendre des prêtres de Jésus-Christ. Tels furent les soins qu'Alphonse donna à son séminaire pendant tout le temps qu'il habita Sainte-Agathe ; il ne s'y intéressa pas moins quand il eut changé de résidence , et il ne négligea rien pour faire observer ce qu'il avait établi, et continuer ainsi l'oeuvre qu'il avait commencée avec tant de sagesse et de succès.
La crainte d'exposer les séminaristes h une trop grande dissipation , lui avait d'abord fait naître la pensée de ne leur accorder aucun temps pour les i?acances ; mais ce projet ne reçut pas son exécu-
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tion, parce que le saint fui obligé, dès la première année , de réparer et d'agrandir le local occupé par le séminaire. Il put reconnaître ensuite que les vacances n'étaient pas sans utilité pour éprouver des jeunes gens qui , après tout , se trouvaient appelés à vivre au milieu du monde. Il prit de sages précautions pour les préserver des dangers de cette époque critique; il les soumit à un règlement de vie très-circonstancié et h une surveillance sévère sous les yeux de leurs curés respectifs ; il ne recevait ensuite , pour continuer leurs études , que ceux dont la conduite n'avait pas démenti la vocation. Nul ne pouvait jamais être admis aux saints ordres qu'il ne se fût auparavant éprouvé pendant un temps suffisant dans le séminaire, et qu'il n'eût été reconnu propre à l'état ecclésiastique par toutes les dispositions qui promettent un bon prêtre. Mais comme il était loin de vouloir donner l'exclusion h des sujets dont la fortune ne s'accordait pas avec les espérances qu'ils donnaient à l'Eglise , il diminua, en leur faveur , la pension du séminaire ; et , grâces h son indulgence et k sa charilé, plusieurs individus d'un très-grand mérite purent parvenir au sacerdoce sans avoir à surmonter un trop grand obstacle. Alphonse s'était réservé lui même l'examen des ordinands sur la théologie. Il tempérait par beaucoup de bonté et de douceur l'attention sévère qu'il accordait à leurs réponses; mais si d'un côté il encourageait la timidité , il était d'ailleurs sans faiblesse pour l'inappli-
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cation et Tignorance, 11 fallait posséder les traités qui étaient fixés pour chacun des différens ordres , et se montrer instruit sur toute la théologie pour la prêtrise, ou bien l'on était renvoyé h une autre époque à laquelle on aurait mieux étudié. Si quelqu'un était reconnu incapable même d'apprendre un jour ce qu'il ne savait pas , il recevait une exclusion définitive. C'est ainsi que notre bienheureux travaillait à perpétuer et augmenter le dépôt de la science dans le clergé, et qu'il fermait l'entrée du sanctuaire k des individus qui non-seulement n'honorent pas l'Eglise à laquelle ils sont inutiles , mais qui, quelquefois encore , sont pour elle un sujet de douleur, indépendamment du mal qu'ils font aux âmes, lors qu'il leur arrive , comme cela n'est que trop fréquent , de s'immiscer dans les fonctions les plus délicates du saint ministère. Rien ne pouvait ébranler la fermeté du serviteur de Dieu dans un objet de si grande importance. Les recommandations pour la promotion aux ordres n'avaient pas plus d'empire sur lui que pour la collation des bénéfices. Un personnage élevé vint un jour le prier d'ordonner un ecclésiastique qui avait été jugé incapable. Le saint écouta patiemment et sans mot dire l'indiscret solliciteur; celui-ci parla sans interruption pendant une heure entière : quand il eut épuisé toute son éloquence, Alphonse lui demanda s'il n'avait plus rien à lui dire , ajoutant que , quant à lui , il n'avait rien à répondre. «Vous avez parlé h un mort, lui
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)> dit-il , et comme un mort ne répond pas , je ne » répondrai pas davantage. » Il crut devoir donner celte leçon à un homme trop persuadé que parce qu'il portait un nom distingué , il pouvait demander à un évêquc de manquer à son devoir.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire un mot du zèle avec lequel notre saint mit la réforme dans les couvens de religieuses de son diocèse. Il y fit revivre , autant que possible , l'esprit primitif de chaque institut^ en y établissant la régularité In plus parfaite. Il s'occupait avec un véritable intérêt de la perfection de ces saintes filles , leur donnait souvent des exercices spirituels , et consentait même à entrer dans le détail des peines el des consolations particulières de chaque religieuse , afin de les animer toutes à la vertu. Il réforma les règles mêmes d'une communauté qui fut depuis d'une perfection Admirable. Il établit à Sainte-Agathe un nouveau couvent de religieuses cloîtrées qu'il avait fait venir de Scala. Elles furent reçues avec la plus grande pompe , au son des cloches et au bruit des boîtes , comme des anges tulélaires dont la sainteté bien connue était comme un garant de la protection du Ciel sur la ville qu'ils venaient habiter. Alphonse ■s'intéressait si fort à cet établissement , qu'il composa , pour les religieuses , un petit ouvrage auquel il donna pour titre : Souvenirs adressés aux religieuses du très-saint Rédempteur ^ de Sainte-Aga the et de Scala. Il fit lui-même la plus grande par-
tie des frais qu'exigeait l'enlrclien du nouveau monastère. Il eut la consolation d'y voir entrer, dans peu de temps , plusieurs jeunes personnes qui vinrent y cacher leur vie dans la piété et la pénitence , et il put s'assurer qu'il avait rendu un très-grand service à son diocèse , en ouvrant ce nouvel asile à la vertu. En général , notre bienheureux désirait beaucoup de contribuera la sainteté des cloîtres; et ce désir lui inspira un ouvrage aussi pieux qu'utile intitulé : La véritable Epouse de Jésus-Christ ^ ou la sainte Religieuse. Il y rappelle toutes les obligations de l'état religieux, et trace le chemin '^e la perfection , qui est l'unique objet de cet état sublime.
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