CHAPITRE IX
Procès de la béatification et de la canonisation du bienheureux Alphonse.
Il y avait h peine une année que le bienheureux Alphonse était allé recevoir sa couronne immortelle , lorsque les pères de ha congrégation du trèssaint Rédempteur firent constater par les juges ordinaires ses vertus héroïques et les miracles opérés par son intercession. Deux procès- verbaux furent dressés à cet égard , l'un à Sainle-Agalhe où il avait été évêque , et l'autre à Nocéra des Païens , où Ton possède ses précieux restes. Quatre-vingt-sept lémoins , tous choisis parmi les personnes les plus recommandables par leur piété , leur savoir et leur rang dans la société , attestaient par serment dans ces pièces les faits héroïq^ues et les miracles da saint
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évéque. Elles furent envoyées à Rome pour obtenir rinlroduclion delà cause de la béatification et canonisation.
Vers le même temps , des cardinaux , des archevêques, desévêques , des vicaires capitulaires , des chapitres de cathédrale et de collégiale , des corps religieux , des magistrats du premier ordre , et une foule de personnages distingués du royaume des Dcux-Siciles adressèrent leurs instances auprès du Saint Siège pour demander le commencement du procès. Plusieurs de ces suppliques arrivèrent trop tard pour qu'on en prit acte; cependant celles qui ont été enregistrées sont encore au nombre de quatre cent huit. On remarque parmi celles-ci, les lettres du roi Ferdinand IV qui, aussi grand admirateur que son père des vertus d'Alphonse, donna aux démarches qui furent faites alors toute la considération due à sa personne auguste.
Ensuite de l'examen de ces suppliques , et sur le rapport du cardinal Archinto , préfet de la congrégation des Rites, il fut rendu , le 30 avril 1793 , un décret pour que la cause de notre saint fût introduite. Le 4 mai suivant, le pape Pie VI approuva ce décret , et signa de sa propre main la commission de la cause. Aussitôt fut rendu un autre décret par lequel monseigneur Alphonse-Marie de Liguori fut déclaré vénérable, et des lettres rémissoriaîes furent expédiées dansles villesdeNocéra des Païens et de Sainte-Agathe des Gots aux juges délégués
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pour les informations apostoliques sur les vertus et les miracles du serviteur de Dieu.
Conformément aux décrets d'Urbain VIII , il fut eonslalépar un décret du 16 septembre 1797, qu'on n'avait rendu à Alphonse aucun culte illicite, et le 20 du même mois , le Pape approuva encore cette résolution. Le cardinal Archinto, rapporteur de la cause , vint h mourir ; le pape Pie VII lui substitua, le 6 mars 1802 , le cardinal Carraccioli : ce prélat fit rendre , sous la date du 27 du même mois , le décret en faveur de la validité du procès apostolique sur la réputation de sainteté du serviteur de Dieu. Le 30 avril , ce jugement fut confirmé par le souverain Pontife.
Avant d'en venir h l'examen des vertus , il fallut procéder à celui des ouvrages et des manuscrits. Cet examen eut lieu, et sur le rapport du cardinal de Saluées , qui tenait la place du cardinal Caraccioli , la sacrée congrégation des Rites décida , le 14 mai 1802 , que d'après un examen théologique il ne s'était rien trouvé dans les œuvres imprimées et manuscrites du vénérable Alphonse de Liguori" qui fût digne de censure , nihil censuré dignum fuisse rejjertîim ^ et qu'en conséquence on pouvait procéder ultérieurement. Celte décision fut approuvée du Pape le 17 du même mois. Cependant comme on produisit d'autres écrits qui n'avaient pas été examinés , il fallut revenir h un nouvel examen qui eut le racmc résultat que le premier. Celle
décision favorable de la congrégation des Rites fut rendue le 17 septembre , et approuvée le 24 du même mois. Dès le 25 août, le Pape avait accordé dispense des décrets d'Urbain VIII , portant qu'on ne pourrait procéder à l'examen spécial des vertus d'un serviteur de Dieu que cinquante ans après sa mort.
Cet examen des vertus fut commencé le 10 juin 18C8 dans une congrégation extraordinaire dite anti préparatoire ; il fut continué dans une autre congrégation préparatoire du 17 février 1807 au palais Quirinal, et terminé le 28 avril dans une congrégation générale , tenue en présence du pape Pie VII dans son palais du Quirinal. Les cardinaux et les consulteurs y déclarèrent unanimement que les vertus du vénérable Alphonse Marie de Liguori s'étaient élevées à un degré héroïque. Cependant avant de rendre sa décision , le souverain Pontife voulut attendre quelques jours pour se donner le temps d'implorer encore mieux les lumières du Saint-Esprit. Ce fut le 7 du mois de mai , fête de l'Ascension de Nolre-Seigncur, qu'après avoir célébré la messe dans sa chapelle domestique, et avoir assisté avec les cardinaux h. la messe solennelle chantée à la basilique de saint Jean deLatran , que le saint Père publia , dans le chœur d'hiver de celte basilique , son décret solennel sur les vertus du serviteur de Dieu ; Sa Sainteté proclamaqu'il « cons- )5 lait que le vénérable serviteur de Dieu , Alphonse-
» Marie de Liguori avait possédé à un degré hé- » roïque les vertus théologales et cardinales , co?isn tare de venerabilis servi De 1^41 jjlionsiMariœ de )) Liguorio virtutihus theologalibus et cardinali- •» bîis ^ earuinque adnexis in gj^adu heroico (l). » Il ne restait plus pour la béatification solennelle que l'examen des miracles. Parmi le grand nombre de ceux qui s'étaient opérés par l'intercession du serviteur de Dieu , on en choisit trois qui devaient être proposés dans la congrégation extraordinaire ariti-jiréparatoire . Celte assemblée devait avoir lieu le 26 septembre 1809. Les circonstances ne permirent pas de la tenir. La captivité du Pape , la dispersion des cardinaux , l'envahissement des Etats romains , suspendirent la procédure. Seulement chacun remit son avis par écrit sur la question des miracles au cardinal de Pietro , alors délégué apostolique à Rome. Après la persécution, l'affaire de la béatification du serviteur de Dieu fut reprise. Le 28 février 1815, c'est-à-dire , au bout d'environ six ans d'interruption , eut lieu au palais Quirinal la congrégation préparatoire sur les miracles ; et le
(d) On remarquera sans doute qu'il conste par ce décret solennel du souverain Pontife, que le bienheureux Alphonse a possédé la prudence , \citu cardinale , à un degré héroïque , et cela non-seulement dans ses actions , mais encore dans ses écrits ; car, comment louer la prudence d'un homme qui aurait écrit imprudemment? En conséquence , ce décret nous paraît donner à la tliéologie morale du bienheureux une autorité que n'ont pas a»- Buiénicnt tous les auteurs.
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5 septembre , se tint en présence du Pape , et toujours dans le palais Quirinal , la troisième congrégation générale d'usage sur la même question ; deux miracles suffisaient, la congrégation n'en approuva que deux. Le Pape voulut prendre encore du temps pour implorer les lumières du Saint-Esprit ; mais le 17 septembre, jour auquel on célébrait pour la première fois dans toute l'Eglise catholi- (jue la fêle de Notre-Dame des douleurs , fut choisi 2)ar le saint Père pour la promulgation du décret en faveur des miracles , à cause de la grande dévotion du serviteur de Dieu pour les souffrances delà sainte Vierge. Ce jour-là, après avoir offert le saint sacrifice dans sa chapelle domestique du Quirinal , Sa Sainteté publia son décret par lequel elle reconnaissait deux miracles du second ordre opérés par l'intercession du vénérable Alphonse-Marie de Liguori , savoir : a La subite et parfaite guérison du » sein de Madelaine de Nunzio, dont la plus gran- » de partie avait été coupée la veille à cause d'un )> ulcère gangreneux avec la réintégration des » chairs enlevées; ainsi que la guérison instantanée » et entière avec rétablissement des forces du père » François d'Ottajano , de l'ordre des mineurs ré- » formés de saint François , lequel était atteint » d'une phlhisie pulmonaire et d'un marasme com- » plet. » (Ces deux miracles sont ceux qui ont été rapportés en premier lieu dans le chapitre précédent.) (.(. Subitœ perfectœque sanationis mammillœ
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» oh uleus gangrœnosum magna ex parle pridiè )> abscissœ Biogdalenœ de Nunzio cuin deperdin tœ substantiœ redintegratione ; et instantanées » perfectœque sanationis P. l'rancisci ah Ottaja- » no, ordinis miiiorum reformatorum sancti Fran- )) cisci y àphtliisi puhnonali , confirmaloque ma- » rasmo^ -ciribus illico restitutis. »
II ne restait plus qu'à prendre Tavis de tous les Pères de la sacrée congrégati.on , pour que le nom du vénérable Alphonse-Marie de Liguori fut inscrit parmi les noms glorieux des bienheureux reconnus par l'Eglise. Il y eut, le 10 décembre 1815 , une congrégation générale dans le palais du Quirinal en présence du souverain Pontife Pie VII. On donna unanimement un vote affirmatif , et le 21 du même mois , jour de la fête de Tapôtre saint Thomas , après avoir célébré le saint sacrifice dans son palais du Quirinal, le Pape publia le décret qui permettait de « procéder en sûreté à la béatification du )> vénérable serviteur de Dieu Alphonse-Marie de » Liguori. Tutô procedi posse ad beatificationem )) venerabilis servi Dei , ^ Iphonsi-Mariœ de Li- » guorio. » En \ertu de ce même décret, il était également permis de faire en son temps la cérémonie solennelle de la béatification dans la basilique de Saint-Pierre.
Cette cérémonie eut lieu le 15 septembre de l'année suivante 1816. On y mit le plus grand éclat ; Bur le frontispice de Téglise , au-dessus de la grande
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l()2;e, floUait un magnirique élendart représenlanl le bienheureux Alphonse dam la gloire avec celle iuscriplioji au bas ;
B. ALPHOKSO-UARIiE DB LIGVOntO ,
KEAPOLITAKO ,
COHGBEGATIOîUS SS. BEDEIttPTOBlS f
AC OLIU
EPISCOPO AGATHENSI,
VIT* IKKOCENTIA ET YIRTl'ïlBl'S AUMÎKASDO,
CHAIVITATE IN DEUM ET DEIPAIIAM FLAGBAWTISSIMU ,
^TEBN-E PBOXIMORUM SALLTIS CCBATOBI IKDEFESSO ,
SXCVLABIBUS; cœKOBITIS , PRESBYTERI3 , AîîtlSTlTlBDS ,
EXEMPLO ABSOLUTISSIMO ,
DECr.ETO PU P. O. M.
HONOauJI CŒLESTICAl ET DIEl PESTI
DEDICATIO (l).
On avait aussi placé sur l'entrée' principale du majestueux portique de Saint-Pierre un très-beau tableau du miracle de Foggia , représentant le moment où des rayons de lumière vinrent d'une image de la sainte Vierge se réfléchir sur le front du sainl prédicateur en extase. Diverses inscriptions rappe-
{i] Au bienheureux Alphonse-Marie de Liguori, de Naples, fondateur de la congrégalion du très-saint Rédempteur, et ancien é\êque de Sainte-Agathe, homme admirable par ses vertus et l'innocence de sa vie , tout brûlant d'amour pour Dieu et plein de dévotion pour la sainte Vierge , ouvrier infatigable pour le salut étcrucl de son prochain , modèle parfait pour les gens du monde , les religieux , les prêtres et les prélats , solennelle dédicace des honneurs des saints et d'un jour de Icls , par un décret du ÊOU'.crain jioiitife Pic VIL
laient des Irails de la vie du bieiilieiireux , ainsi que les deux miracles reconnus par le décret pontifical. L'immense basilique était toute décorée de riches tenlm'es de damas brodées en or. C'était de la plus grande magnificence ; au fond de l'église , au-dessus de la chaire de saint Pierre, se trouvait placé, au milieu d'inie lumière éblouissante, un grand tableau de forme ovale , représentanl îe bienheureux Alphonse-Marie de Liguori. Un nombre prodigieux de cierges de toute grandeur l'environnaient comme d'une gloire céleste. A dix heures du matin, le postulateur de la cause, membre et procureur général de la congrégation du très saint Rédempteur, vint, en présence de toute la congrégation des Rites et accompagné du prélat secrétaire de celte sacrée congrégation , demander dans un discours latin au cardinal de la Somaglia , évéque de Frascaii , vicaire général du saint Père et préfet de la congrégation des Rites, la permission de publier le bref de la béatification solennelle du vénérable Alphonse- Marie de Liguori. Après ce discours et la lecture du bref , monseigneur Guerrieri , archevêque d'Athènes , entonna le Te Deum ■ au même moment , le rideau se retire et laisse voir le tableau du nouveau bienheureux, tandis qu'au son de toutes les cloches et au bruit de nombreuses salves d'artillerie , tous les assistans tombent h genoux , et lui offrent le premier hommage religieux et public de leur vénération. L'hjmne d'actions de grâces se
continue avec l'accompagnement d'une harmonieuse et brillante musique. L'archevêque célébrant dit ensuite la nouvelle oraison approuvée par le souverain Pontife ; après quoi , commence la messe solennelle chantée par un chœur nombreux composé des meilleurs maîtres de Rome. Le soir , vers les six heures , le pape Pie VII se rendit avec son cortège ordinaire à la basilique de Saint-Pierre ; il y fut reçu par tout le sacré collège ; après avoir adoré le Saint Sacrement , le saint Père alla avec tous les cardinaux se prosterner devant le tableau du bienheureux Alphonse ; quand il eut fini sa prière , le postulateur de la cause lui fit hommage d'une /^t'e du bienheureux, ainsi qu'à tous les membres du sacré collège et de la maison pontificale. Là se termina la cérémonie de la béatification.
• De nouveaux et èclatans miracles ayant depuis celte époque augmenté encore la dévotion et la confiance des peuples envers le bienheureux Liguori , on crut qu'il fallait s'occuper du procès de sa canonisation ; et le 28 février 1818, sur la proposition de la congrégation des Rites, Pie VII signa unrescrit qui instituait une commission de cardinaux chargés de poursuivre celte affaire. Le 6 décembre 1825 , Léon XII porta un décret qui aulorisait l'instruction d'un procès relatif à deux miracles opérés par l'intercession du bienheureux Alphonse postérieurement à sa béatification. Les pièces constatant ces deux miracles furent envoyées à Rome , et le Pape
nomma le 16 juin 1827 le cardinal Odescalchi rapporteur de celle affaire, en remplacement du cardinal Caracciolo décédé le 22 septembre de la même année. Un décret de la congrégation des Rites, approuvé par le souverain Pontife , élablil la validité des procés-verbaux qui relataient les miracles. Une congrégalion dite cmti -préparatoire ^ tenue le 19 août 1828, s'occupa de l'examen , ayant pour objet la nature des faits proposés comme miraculeux, et la question de savoir si ces faits suffisamment constatés étaient dus à l'intercession du bienheureux; le 7 juillet 1829, sous le pontificat de Pie VIII, il y eût dans le palais du Quirinal une seconde congrégation d'de préparation , dans laquelle on se livr^ au même examen. Enfin le 23 septembre de la même année on tint encore , en présence du souverain Pontife, une congrégation où les cardinaux, prélats et consultcurs déclarèrent qu'on pouvait reconnaître les deux miracles. Le 3 décembre 1829 (le Pape avait choisi ce jour-là, parce que c'était la fêle de saint François-Xavier, dont le nom lui avait été donné à son baptême ) , le chef de l'Eglise déclara qu'il constait de deux miracles , dont le premier du second ordre consistait dans la subite et parfaite guérison d' Antoinette Tarzia qui avait reçu une contusion mortelle à l'abdojnen avec lésion des viscères par suite d'une chute d'un lieu élevé; gué- Tison qui avait été accompagnée d'un entier rétahlissement de forces. Le secoiid miracle proclamé
par
par le souverain Ponlife était la gué/'ison parfaite et instantanée de Pierre Canali , frère laïque , profés de la congrégation des Camaldules , lequel avait été délivré d'un ulcère fistuleux , sinueux , calleux et carieux dans le sternum.
Les deux miracles étant reconnus , il restait encore à décider la question de savoir si on pouvait procéder en toute sûreté à la canonisation solennelle. Sur les instances du postulateur de la cause , le Père Joseph Mautone , procureur général de la congrégation du Irés-saint Piédempteur, le cardinal Odescalclii proposa cette dernière question en congrégation générale tenue le 20 avril 1830 en présence du souverain Pontife. L'avocat du saint, D. Hyacinthe Amici fut entendu, et il démontra que, selon les saints canons et la jurisprudence de la sacrée congrégation des Rites , toutes les conditions avaient été remplies pour la canonisation ; d'une autre part , le promoteur de la foi , monseigneur Virgile Prescelelli , déclara qu'il n'avait plus rien à opposer, d'où il conclut qu'on pouvait résoudre la question afBrmativement. Ce fut là aussi le sentiment unanime et hautement manifesté de tous les Pérès de la sacrée congrégation , cardinaux, prélats et consulteurs.
En conséquence, le 20 mai 1830, le pape Pie VIII, ayant convoqué dans son palais du Quirinal les cardinaux Albani , secrétaire d'Etat et pro-préfet de la congrégation des Rites, Odescalchi, rapporteur de la cause, et messeigneurs Fatati , secrétaire de la
yie de Liguori. Z
530 VIE DU BrENHEDREUX LIGOORI.
congrégation des Rilcs, etPrescelelli, promoteur de la foi, rendit le décret définitif, portant qu'on pouvait procéder en toute sûreté à la canonisation du bienheureux Alphonse-Marie de Liguori. Ainsi fut terminée cette cause qui n'aura cependant son entier effet qu'après la cérémonie solennelle, par laquelle on célébrera la canonisation du saint dans la basilique de Saint-Pierre à Rome.