‹ Vie du bienheureux Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 51 sur 56 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Miracles opérés par P intercession du bienheureux Alphonse après sa mort

On sail qu'en procédant à la béalificalion d'un saint, on examine à Rome s'il conste de quelque miracle opéré, après sa mort, par son intercession, et que sa cause ne se poursuit qu'autant que plusieurs de ces miracles sont juridiquement prouvés. Si nous ne pouvons citer tous ceux dont les actes de la béatification du bienheureux Alphonse nous donnent la connaissance, du moins est-ce dans ces actes authentiques que nous nous sommes imposés le devoir de puiser tous nos docuraens pouice présent chapitre. Nous n'exceptons de celle règle que quatre faits plus récens , que nous ne saurions aucunement passer sous silence , vu qu'ils ont eu lieu dans notre patrie , et nous pourrions presque dire sous nos yeux , puisque nous connaissons particulièrement les témoins oculaires, comme les personnes qui en ont été l'objet.

Le Père François d'Ottajano , mineur réformé de l'ordre de saint François , était atteint depuis plusieurs mois d'un rhumatisme très-douloureux ; il s'y joignit la fièvre et une grosse toux accompagnée

de

ALPHONSE-MAr.IE DE LIGUORI. 505

decrachalspurulcns mêlés de sang. Aprésbien des remèdes inuliles , les médecins déclarèrent (ju^il était élique. Il se rendit alors k Naples pour y consulter les docteurs les plus renommés ; ils s'accordèrent tous à dire qu'il était dans un état voisin du marasme , dernier degré de la phtisie ; mais qu'il risquait d'être étouffé par l'explosion de quelque tubercule avant même que le mal fût parvenu à ce dernier période. Se regardant comme incurable et voyant que tout le monde le fuyait k cause de la contagion , il imagina d'aller finir ses jours dans la terre de Labour , auprès d'une tante octogénaire. Il s'y trouva toujours de mal en pis ; il était tout décharné , et semblable à un squelette ; il faisait comme horreur à voir, et s'attendait h mourir à tout moment. Cependant, le 29 août 1787, c'est-à-dire, vingt-huit jours après la mort du bienheureux Alphonse , il lui vint dans l'esprit de recourir à son intercession , et appliquant sur sa poitrine un petit morceau de linge qui avait servi au saint évêque , il s'écria spontanément : « Si vous êtes vérilable- » ment au Ciel , obtenez-moi de ne pas mourir de » cette maladie. » A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il s'endormit tranquillement , et à son réveil il se trouva parfaitement guéri.

En 1790 , Madelaine de Nunzio , épouse Tozzi , du lieu de Rain , diocèse de Bénévent , eut , à la suite de ses couches , un abcès au sein gauche. Le chirurgien voyant que la partie malade était deve-

yi« de Lisuovi. Y

nue noire , jugea nécessaire de Tonvrir pour donr ner issue à la matière qui y séjournait et empêcher la gangrène. Il en découla pendant plusieurs jours une humeur virulente et fétide ; cependant la gangrène s^élait établie, elle gagnait les parties environnantes , et la plaie était devenue très-profonde : le chirurgien tailla alors toutes les chairs mortes et spongieuses : malgré celte opération la plaie s'envenima toujours davantage , et il fallut en venir à Tamputation de la majeure partie du sein dont les chairs furent portées au cimetière. La gangrène ne fut pas extirpée pour cela et ses ravages étaient toujours plus alarmans; comme l'homme de l'art désespérait de la guérison , on administra à la malade les derniers sacremens. Dans la soirée du même jour , elle reçut la visite d'une de ses amies , qui lui apporta une petite image et un morceau des vétemens de notre bienheureux , l'engageant à se recommander à son intercession. La malade appliqua aussitôt l'image sur la plaie , et avala dans un peu d'eau quelques fils du morceau d'étoffe. A l'instant voilà qu'elle entre dans un paisible sommeil. Au milieu de la nuit , elle s'éveille et déclare qu'elle se sent guérie. Le lendemain elle se lève, et elle n'en revient pas de surprise et de joie en voyant non-seulement sa plaie fermée , mais son sein entièrement renouvelé , de manière qu'elle pouvait allaiter son enfant. Depuis , elle n'a plus ressenti aucun mal. C'est sur ces deux miracles que nous venons de re-

ALPaONSE-MVniE DE LIGUOP.r. 507

îater , qu'a été rendu affirmativement le décret : Anci de quibiisraiiaculis constet?

Charles de Vieux , novice de la congrégation du très-saint Rédempteur , fut attaqué, en 1788, (W\nQ violente douleur à la poitrine avec diffîcullé de respirer et vomissement de sang. Se voyant dans un état désespéré , il implora Tintercession du vénérable fondateur de sa congrégation , et plaça son image et quelques-uns de ses cheveux sur sa poitrine ; dès lors , les symptômes alarraans de sa maladie disparurent et la santé lui fut rendue.

Dominique Damian , pharmacien à Nccéra des Païens, fut saisi, en 1789, d'une fièvre maligne avec (le 2;randes douleurs dans la tête. En vain on lui administra toutes sortes de remèdes , le mal empirait toujours , et les médecinsTaverlirent de recevoir les derniers sacremens. Enfin , il tomba dans une profonde léthargie ; ce fut alors que sa femme plaça dans sa main un chapelet du bienheureux Alphonse; un instant après , elle s'aperçut que son mari balbutiait qtielques paroles. Elle le crut en délire ; cependant elle lui demanda ce qu'il faisait , il réponditqu'il récitait le rosaire avecle chapelet qu'elle lui avait donné. Celte réponse étonna et consola celte épouse éplorée : elle conçut quelque espoir de guérison. En effet, étant sorti de sa léthargie , le malade déclara que monseigneur Alphonse de Liguori lui avait apparu ; qu'il s'était approché de son lit , lui avait imposé la main sur sa télé , et l'a-

vait assuré qu'il guérirait. Cela se vérifia bientôt après.

Marie Macarielle , épouse Silvius , de la terre d'Arienzo , était sur le point de mourir dans les douleurs de l'enfantement. On lui présenta un bâton dont s'était servi notre bienheureux. C'élaitpour qu'elle s'y appuyât en priant le saint de venir à son secours : et voilà qu'au moment qu'elle a le bâton dans sa main elle accouche heureusement. Elle se souvint alors qu'en faisant présent de ce bâton à son beau père, Alphonse lui avait dit qu'il pourrait lui servir un jour. Plusieurs autres femmes ont dû aussi à l'assistance de notre saint, leur heureuse délivrance dans un accouchement difficile.

Pascal d'Etienne , enfant de huit ans , de la ville d'Amalphi , avait perdu la vue par une ophtalmie. Après mille tentatives différentes, les médecins d'Amalphi et deNaples l'avaient abandonné. Deux Pères de la congrégation du très -saint Rédempteur étant venus à Amalphi , eurent occasion de connaître le jeune aveugle ainsi que sa famille désolée. Ils lui suggérèrent de se recommander au serviteur de Dieu , et de placer une de ses reliques sur les yeuxderenfant. Placer cette relique et être tcrrioins du recouvrement de la vue , ce fut l'ouvrage de quelques courts momens.

Marie Caton , femme Gapouan , de la ville de Cava , avait , depuis six ans , le poumon attaqué làe tubercules avec difificulté de respirer ; elle tous-

AI.rnONSE-MAE'E DE LIGCORf. 509

sait avec effort et ses crachais étaient purulens. Il se joignit h ces fâcheux symptômes une fièvre aiguë, des nausées fréquentes , le dégoût de toute espèce de nourriture, et un grand affaiblissement des forcer et de la voix ; enfin , après vingt-quatre jours d'un état si funeste , les médecins désespérèrent des ressources de Tart , et la malade reçut les sacremens. Depuis, un prêtre se tenait toujours auprès de son lit pour l'assister dans son agonie qui était imminente. Cependant une femme de ses amies lui attacha au cou une relique de noire bienheureux , Texhortant ci prier le saint d'obtenir sa guérison. Dès que celte femme fut sortie , la malade vit paraître devant elle trois vierges avec des vétemens couleur d'azur. L'une d'elles avait plus d'éclat et de majesté que les deux autres. Le bienheureux Alphonse était auprès de ces vierges revêtu de l'habit de sa congrégation: son cou était recourbé , sa têle couverte, et son visage riant comme il était durant sa vie. D'une main il s'appuyait sur un bâton semblable à celui de ses élèves dans leurs voyages ; de l'autre il montrait la mourante aux trois vierges : une d'entre elles la prit par la main et lui ordonna de se lever; puis lui montrant avec le doigt celle qui était environnée de plus d'éclat et de majesté, elle lui dit que la sainte Vierge , par l'intercession de son serviteur Alphonse , lui rendait la santé. A ces mots , la malade essaya de sauter de son lit ; mais sa sœur , qui veillait auprès d'elle , la retint en appelant du secours. On

y 10 VIE DU BIENHEUREUX

vint dans la chambre et la vision disparut. La naïade raconta tout ce qu'elle avait vu et entendu. On reconnut que tous les symptômes de son mal n'existaient plus , et elle se trouva parfaitement rétablie. Le médecin- ne put s'empêcher de convenir que c'était Ik un vrai miracle.

Marianne Pvispoli , demoiselle de trente ans , de la ville d'Amalphi , était abandonnée des médecins pour un ulcère chancreux et invétéré au sein gauche. Un soir que ses douleurs étaient encore plus cruelles que de coutume , elle eut la pensée d'invoquer le secours du bienheureux Alphonse : elle le fil avec une grande confiance , appliqua une de ses reliques sur la partie souffrante et se mit au lit. Son sommeil fut long et paisible ; à son réveil , elle se trouva délivrée de toute douleur. Sa guérison fut si complète, qu'on ne reconnaissait plus sur son corps aucune trace de la plaie qui avait dévoré son sein,

D. Vincent Massar , prêtre de Foggia , avait été frappé d'apoplexie à plusieurs reprises; il était tombé dans des convulsions horribles et vomissait le sang. Les prêtres qui l'entouraient lui faisaient la recommandation de Tame: déjà ses membresétaient glacés; mais voilà qu'on lui fait sur le corps le signe de la croix avec une image du bienheureux Alphonse , et aussitôt ses convulsions et le vomissement cessent, ses membres reprennent leur chaleur elleur mouvement , il se lève de son lit ; et tandis

ALPHOWSE-MARIE DE LIGLORI. 511

qu'on croyait qu'il mourrait dans la nuit , il fut parfaitement guéri dés le lendemain.

Tous ces faits que nous venons de citer sont relatés dans les actes de la béatification. 11 nous reste encore à parler de quatre autres qui sont arrivés dans les pays où nous écrivons , et dont nous pouvons en toute confiance garantir la cerlilude.

La dame Marie-Agnès Bastide , épouse du sieur Jean-Antoine Félix , greffier en chef au tribunal de commerce d'Aix en Provence , était affligée depuis long-temps de la gravelle. Dès la fin du mois de juin 1818 , les atteintes de ce mal furent extrêmement douloureuses ; depuis elles furent toujours en croissant pendant quarante-deux jours. A peine , durant tout ce temps, y avait il quelques courts intervalles d'un soulagéfnent médiocre. C'étaient parfois des évanouisseraens alarmans et des suffocations qui présentaient tous les symptômes de la mort; cette espèce d'agonie se prolongeait souvent prés de vingt-quatre heures , durant lesquelles la malade ne pouvait pas même avaler quelques gouttes d'une boisson quelconque. Jamais , même quand elle se trouvait moins mal , elle n'avait pu se lever sur son séant , et si on voulait la remuer , on lui causait des douleurs intolérables : l'approche seule d'une simple couverture sur la partie affectée lui faisait jeter des cris affreux. Vers la fin de juillet les remèdes n'opérant plus rien , pas même un soulagement momentané, les douleurs étaient continues et tout le

monde s'allendait à une mort prochaine. Enfin , le 2 août de celle année 1818, on célébra, pour la première fois dansiiolre église de la mission deProvence à Aix, la fêle solennelle du bienheureux Alphonse- Marie de Liguori. Le supérieur de la congrégalion des missionnaires, après avoir retracé en chaire les vertus du saint , parla aussi des miracles opérés par son intercession. On rapporta à la dame Félix ce qu'il en avait dit ; déjà son confesseur qui était un des missionnaires , lui avait donné l'image du serviteur de Dieu , en l'engageant à se recommander h son intercession. Tout cela excita en elle une dévotion pleine de confiance. Cependant, malgré tout ce qu'on pullui dire , elle ne voulut appliquer sur son corps l'image du bienheureux qu'avec la permission de son confesseunç en allendantelle tomba dans le dernier état de faiblesse , elle ne parlait plus , le confesseur vint , lui permit ce qu'elle désirait , et se retira convaincu qu'il n'y avait d'espoir que dans un secours surnaturel ; déjà même sur l'invitation du supérieur des missionnaires , les fidèles avaient demandé pour elle la grâce d'une bonne mort dans la prière publique qui se fait tous les soirs dans les églises de notre congrégation. Enfin la malade fait ce qui lui a été conseillé , et aussitôt elle éprouve comme un frémissement suivi d'un bien-être inexprimable. Elle passa une nuit fort tranquille , elle ne souffrait plus et se sentait bien ; le lendemain matin, elle dit à son confesseur qu'elle

Al.rnONSE-MAME DE LIGUORI. 513

était lout-à-fait guérie: « SMl en est ainsi, lui ré- )) pondit celui-ci, à peu prés comme Notre-Seigneur )) au paralytique de l'Evangile , s'il en est ainsi , 1) levez-vous et marchez, » El il sortit. Aussitôt la dame Félix se leva et marcha ; elle reprit son train ordinaire , elle alla le lendemain communier à Tautel du bienheureux, et se trouva parfaitement guérie. Nous avons connu nous-mêmes cette dame, qui est morte six ans après d'une autre maladie, et nous connaissons aussi la plupart des personnes qui ont été témoins de sa guérison miraculeuse. La relation que nous en donnons est tirée d'un écrit fait de sa main, et quenous nous sommes contentés d'abréger. Après une maladie sérieuse , la demoiselle Clarisse Boyer, âgée de 21 ans, fille d'un honnête marchand d'Aix en Provence , n'avait plus qu'une santé faible et chancelante. Dans le mois de janvier 1827 , des accès de fièvre, un dégoût presque absolu de toute nourriture , des évanouissemens fréquens et des douleurs aux entrailles la mirent dans une situation assez inquiétante pour que son médecin ouvrît l'avis d'une consultation. Deux médecins se joignirent à lui , et ils déclarèrent au père qu'ils n'attendaient pas un grand effet des ressources dé l'art. Cependant ils ordonnèrent divers remèdes ; mais ce fut en vain , et la malade se voyait dans un état désespéré. Elle s'abandonna h la divine Pi-ovidence , et lui fit généreusement le sacrifice de' sa- vie ; déjà elle n'avait plus la force <lese tenir de^

514 VIE DU BIENHliUREUX

bout. A celle époque , (mois de mars) elle vomissait ordinairement tout ce qu'elle prenait ; k la tin du même mois , Testomac se trouva tellement res- SRiTé , qu''ainsi que Pavaient préd l les trois docteurs , il ne pouvait presque plus recevoir une seule goutte d'eau. Le médecin ordinaire avertit de la faire administrer sans trop différer : elle recul le saint viatique dans la semaine de passion , ( du 2 au 8 avril ) la fréquence des évanouissemens faisait dire au docteur qu'elle succomberait dans une de ces syncopes. Elle vomissait avec des efforts qui laissait une prostration générale de forces. Enfin dés le samedi de cette semaine de passion , elle ne voulut plus rien prendre : on se contentait de lui humecter les lèvres avec un linge trempé dans la tisane ; le lundi le médecin renouvela l'assurance de l'inutilité de toute tentative ; déjà les amies de la malade se disposaient à lui rendre les derniers devoirs : elles demandèrent au docteur quel pourrait être h peu prés le jour fatal ; il répondit qu'elle pouvait passer à chaque instant ; mais que certainement sa vie ne se prolongerait pas au delà du mercredi ou du jeudi au plus. Le mardi le docteur la trouva k l'extrémité : « Votre sœur , dit - il à une » sœur de la malade , n'a plus besoin que de priè- )) res. » Depuis on ne s'altendait plus qu'au trépas, on ne donnait h. la malade que les soins que l'on doit à une agonisante ; pour tout remède du corps , ou se conlentait de lui humecter les lèvres. De temps

en temps on s'approchait d'elle pour s^issurer si elle respirait encore. Cette espèce d'agonie fut ainsi prolongée jusqu'au jeudi-saint. Il y avait près d'une semaine que la malade n'avait pris aucune espèce de nourriture , on croyait à chaque instant qu'elle allait rendre le dernier soupir, et on lui suggérait les pieux sentimens qui convenaient à sa situation. II était on7.e heures du soir , elle avait les extrémités et presque tout le corps glacés , une sueur mortelle était aperçue autour du cou , et déjà le râle se faisait entendre. Il y avait dans sa chambre deux de ses sœurs , une de ses compagnes à peu prés de son ùge qu'elle avait désignée elle-même pour la porter dans le tombeau, et mademoiselle Matthieu, fille d'une piété exemplaire , âgée de trente -cinq ans. Comme celle-ci , une croix à la main , assistait la mourante , elle est tout-à-coup vivement affectée par la pensée de la désolation de la famille , et par un mouvement spontané , elle s'écrie : « Bienheu- » reux Alphonse de Liguori , vous qui avez opéré » tant de miracles, si c'est la sainte volonté de Dieu, )) rendez la santé à cette fille , à cause de ses pa- » rens. » A peine cette prière est-elle achevée , que la malade ressent dans tout son corps un changement extraordinaire , à l'instant elle ouvre les yeux avec joie et vivacité , et d'une voix assurée ejle demande de la tisane ; on est effrayé de l'entendre parler , et on lui présente en tremblant le linge humecté ; elle le refuse et demande une lasse , qu'elle

prend des mains de sa sœur et qu'elle boit incontinent : a Je suis guérie , dil-clle, je veux me lever, » j'irai devant le Saint Sacrement, )i( Celait la nuit du jeudi-saint. ) On se refusa à sa piélé. Mais elle se trouva dés lors tout-à-fait guérie, elle disait qu'il semblait qu'on lui avait ôté son corps pour lui en donner un autre ; le lendemain le médecin , après avoir bien examiné , répéta plusieurs fois : ce C'est » prodigieux , il n'y a que Dieu seul qui puisse )) faire des choses semblables. » Clarisse avait un air de santé sur tous ses traits : son visage et ses lèvres étaient colorés ; elle mangeait avec appétit , et sa voix était forte et soutenue. 11 y eut dans sa maison un concours extraordinaire de gens de toutes les classes pour la voir et entendre de sa bouche ce qui venait de se passer. Le samedi , elle se mit à l'ouvrage, et le jour de Pâques elle alla faire sa communion et prier au pied de l'autel du bienheureux Alphonse dans notre église de la mission de Provence. La foule se pressait sur son passage , et par allusion h la circonstance du jour , on l'appelait la ressuscitée. Ce que nous venons de raconter est un fait dont on peut dire que toute la ville d'Aix a été comme témoin ; les journaux mêmes en ont parlé (l), etilestimpossibledelerévoquerendoute. Nous pouvons ajouter qu'aujourd'hui Clarisse se porte parfaitement bien.

Elisabeth Fluchaire, à Marseille , était dans un (1} Voyez la Gazette de Lyoa et l'Ami de la Religion , n.» 1341»

ALPnONSE-MARIE DE LIGUORI. 517

étal de langueur depuis environ trois ans ; il y avait déjà neuf mois qu'elle gardait le lit : elle éprouvait des vomissemens de sang très-considérables , et paraissait bien prés du terme de sa vie , lorsque vers le mois d'août 1827 , elle eut la pensée de faire une neuvaine en l'honneur du bienheureux Alphonse, dont on célébrait la fête dans notre église de la mission à Marseille. Durant sa neuvaine, elle eut un songe dans lequel elle vit le bienheureux Alphonse qui lui présentait un bouquet de très-belles fleurs , lesquelles s'étant flétries d'abord , avaient ensuite jeté de nouvelles liges d'une fraîcheur et d'une beauté admirables. Depuis ce songe, la malade n'avait plus douté de sa gucrison. Cependant elle se trouvait dans un étal toujours plus alarmant. La veille du dernier jour de sa neuvaine , elle voulut se lever tandis qu'elle était seule. Elle ne put se soutenir , et plusieurs heures après, on la trouva étendue sur le plancher de sa chambre presque sans vie et nageant dans son sang: le médecin fut appelé ; il dit que cet accident hâterait la mort. Mais dans la nuit suivante la malade pria une des personnes qui veillaient autour d'elle de dire le chapelet et les litanies du bienheureux Liguori pour la fin de sa neuvaine. Elle ne pouvait presque pas parler elle-même , et se contenlait de suivre tout bas ce que l'on disait. Ces prières achevées , elle dit qu'elle se trouvait bien : elle voulut se lever , et passa le reste de la nuit en prière à genoux aux pieds de son lit ; elle fit appeler son.

518 VIE DU BIENnEUKEUX

confesseur, el alla ensuite faire sa communion dans la chapelle de l'évêché ; plusieurs plaies et une grande tumeur venaient de disparaître , sa guérison fut complète. Elle ne s'est pas démentie depuis. Le médecin a adressé à monseigneur Tévêque de Marseille un rapport sur celte guérison ; il est conforme à notre récit.

Page 1